En poursuivant sur ce site, vous acceptez l'utilisation des cookies.
Ces cookies nous sont nécessaires au bon fonctionnement des fonctionnalités du site.
Gérez mes cookies.

Editos de Lamine Gharbi

Appel à la raison


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 16 février 2018

Mardi matin, j’étais présent à Eaubonne à l’occasion de la présentation par le Premier ministre de la stratégie gouvernementale pour transformer l’offre de soins dans notre pays. 

L’annonce sur les tarifs hospitaliers s’est faite dès le début de son discours, sur une totalité singulière de fatalité. « Ils seront en baisse, vous le savez, je le sais », comme s’il y avait dans l’assistance un consensus autour de l’inéluctabilité de ce fait. 

Les conséquences d’une telle décision ont ensuite été égrenées sur ce même registre mêlant déploration et résignation : investissements décalés, impacts humains, techniques et médicaux, fatigue physique et morale des personnels… tout en reconnaissant parallèlement combien les établissements de santé avaient contribué à la régulation ces dernières années !

En résumé, nous nous sommes donc vu expliquer que nous étions collectivement vertueux, que les conséquences des baisses tarifaires étaient très délétères, qu’à un moment donné « ça ne passe plus », et qu’en vertu de tout cela l’arbitrage 2018 serait : une nouvelle baisse des tarifs. Vous conviendrez avec moi que la logique du raisonnement est sujette à caution…Or il ne saurait y avoir d’action solide sans pensée cohérente.

Peut-on raisonnablement, après un tel coup de semonce initial, enchainer sans transition sur des propositions ambitieuses pour la transformation du système ? Qualité, pertinence, financement, organisation territoriale... : nous souscrivons à l’esprit des chantiers ainsi ouverts. Ils sont même depuis longtemps l’épicentre de nos propositions politiques et de nos actions de terrain. Mais aujourd’hui la coupe est pleine.

Dans la démonstration politique et rhétorique de mardi, il y a donc une faille et une incohérence majeures : car sans les acteurs de santé, sans leur engagement, sans leur expertise, rien ne sera possible. Une transformation réelle du système nécessite que nous ayons les moyens de soigner, et de bien soigner. Si on avait voulu nous envoyer un contre-signal absolu sur ces annonces gouvernementales, on n’aurait pas pu s’y prendre autrement. 

Je le déplore, au regard des enjeux et des défis. « La santé est l’un des premiers devoirs d’une collectivité », a dit le Premier ministre. C’est la raison pour laquelle nous appelons, à quelques jours du verdict final, à un à un impérieux maintien de nos tarifs et donc de nos budgets ; en bref, à un indispensable retour à la raison.

Des entreprises comme les autres


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 9 février 2018

Le nouvel exécutif affiche son souhait de gouverner autrement, avec une attention particulière portée sur la pédagogie de la réforme et la volonté d’un contrat nouveau avec les acteurs de la société, fondé sur l’écoute et la confiance. La récente adoption d’un « droit à l’erreur », pour les particuliers comme pour les entreprises, est révélatrice d’un progrès dans la prise en compte pragmatique des réalités et contraintes du terrain. 

Notre société, dans tous ses compartiments, ne s’accommode plus des sanctions arbitraires venues d’en haut et des dispositifs punitifs, le plus souvent contre-incitatifs. Les mécanismes d’incitation, la valorisation des comportements vertueux, la reconnaissance par les pairs, sont a contrario plébiscités. Les études démontrent, dans le domaine éducatif comme ailleurs, que saluer les efforts en continu est infiniment plus rentable, humainement et économiquement, que fustiger le moindre écart… 

Notre profession de l’hospitalisation privée n’a pas ménagé ses efforts en matière d’efficience : tendre vers le meilleur soin prodigué au patient, au meilleur coût pour la collectivité, est notre ligne directrice depuis des années. Nous sommes à la fois économes des ressources de l’assurance maladie, et très engagés sur la qualité, comme en témoignent nos résultats de certification. Chacune et chacun, au sein des hôpitaux et cliniques privés, est pleinement investi dans sa mission.

Peut-on alors imaginer l’effet délétère produit sur notre élan entrepreneurial comme sur la motivation de nos professionnels, d’une mesure telle que celle qui « automatiserait » la reprise des allègements de charge pour les seuls établissements de santé ? Outre le fait qu’elle procède d’une profonde injustice sur le plan économique, cette nouvelle trouvaille du ministère de la santé délivre un message particulièrement péjoratif : vous n’êtes pas des entreprises comme les autres. 

Eh bien si, Madame la Ministre, nous sommes des entreprises comme les autres. Nous rencontrons les mêmes difficultés, et de surcroit nous remplissons au quotidien des missions d’intérêt général auprès des Français. Toute l’énergie employée par les administrations à imaginer des mécanismes alambiqués de privation, pourrait être largement mieux employée : à faciliter notre travail, à encourager nos équipes soignantes, à considérer le service médical rendu avant les coûts, à récompenser les efforts faits en matière d’efficience et d’innovation. 

Cette gouvernance par l’incitation et la valorisation est une évolution irréversible des mœurs de nos sociétés, qui profite à tous : à l’évidence, elle n’a pas encore pénétré le pilotage de notre système de santé. 

Lamine Gharbi

1000 jours pour la santé


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 1er février 2017

Le concept a été théorisé depuis longtemps, mais peine encore à irriguer nos politiques publiques : plus une action d’ordre social intervient précocement dans un parcours de vie, plus son efficacité est élevée. Cette notion « d’investissement social » est tout à fait transposable au domaine de la santé. 

 C’est la raison pour laquelle, dans nos propositions présentées lors des débats de la LFSS 2018, nous avons porté auprès des parlementaires le sujet des « 1000 jours », défini par l’Organisation Mondiale de la Santé. 

 Les « 1000 jours » couvrent la période périnatale jusqu’aux deux ans de l’enfant. Les études montrent que cette période impacte de façon importante la santé tout au long de la vie, des adultes et des générations futures. Le mode de vie, la qualité des interactions de l’enfant avec son entourage, les facteurs environnementaux… constituent des facteurs de risque, ou de résistance, à développer telle ou telle pathologie. 

Le concept de l’OMS vise donc à prôner des actions de prévention, bien plus fléchées vers la petite enfance qu’elles ne le sont aujourd’hui. Jusqu’alors, les préoccupations de santé publique prépondérantes - tabac, alcool… - concernaient surtout des publics adultes. Travailler sur la façon dont nous pouvons préserver notre santé dès la conception et le 1er âge, c’est un vrai changement de paradigme, qu’appelle d’ailleurs de ses vœux la Stratégie Nationale de Santé. 

200 000 nouveaux-nés - soit un sur quatre en France - sont accueillis chaque année dans nos 119 maternités privées. Certes, le secteur, longtemps sous-tarifé, a été malmené ces dernières années par un recul du nombre des naissances et des mesures défavorables : aujourd’hui, 31 départements ne disposent plus de maternités privées, ce qui est très préjudiciable à l’offre de santé et à la liberté des choix des futures mères.

Mais la prise en charge individualisée que nos établissements assurent les rend particulièrement réceptifs à ces enjeux de prévention. De longue date, l’importance de la préparation à la parentalité, les consultations de prévention spécialisées, les parcours personnalisés, les projets de naissance, le suivi au long cours des mamans et des bébés… font partie de notre quotidien. 

C’est donc forts de cette expertise que nous considérons que les établissements de santé, et les professionnels, ont un rôle important à jouer dans le développement d’actions de prévention, à incorporer au parcours de l’enfant et de sa famille. Les 1000 jours, c’est l’inverse des approches techniques et pyramidales telles que celle imposée au secteur avec la gradation des soins… 

Nous plaidons donc, notamment auprès des parlementaires, pour que ce sujet majeur soit mis à l’agenda et bénéficie de la reconnaissance qu’il mérite.

Principe de privation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 26 janvier 2018

L’imagination de la puissance publique est souvent fertile, mais nous apprécierions qu’elle le soit davantage à bon escient… Un projet de décret vient de nous être soumis à concertation, visant à créer un mécanisme pérenne de neutralisation des mesures fiscales en faveur des établissements de santé.

Voilà un exemple édifiant de tout ce qu’il ne faudrait pas faire politiquement.

D’abord, se protéger a posteriori de ses propres erreurs, en les amplifiant. 

Il s’agit là, ni plus ni moins, de renforcer la robustesse juridique d’arrêtés tarifaires qui ont été jugés l’an dernier par le Conseil d’Etat non conformes au droit, car manifestement contraires au principe d’égalité entre les établissements de santé. Avant de se faire à nouveau taper sur les doigts par ce même Conseil d’Etat, on sort opportunément un tel texte...

Ensuite, aller à l’encontre des impératifs économiques du pays. 

Ce projet institue un « principe de privation » des établissements privés et associatifs des bénéfices des allègements de charge, pourtant mis en place par les mêmes pouvoirs publics. On n’en est pas à une contradiction près, tandis qu’on en appelle parallèlement à l’efficience de tous… Nous sommes des entreprises comme les autres, soumises aux mêmes réalités économiques, et l’importance des défis auxquels nous sommes convoqués dans la transformation du système de santé devrait au contraire inviter à d’autres logiques.

Enfin, s’inscrire en contradiction avec les intentions politiques affichées et entamer une fois encore la confiance.

Nous devions poser ensemble les bases de campagnes tarifaires fondées, pour tous les secteurs sans distinction de statut, sur plus de sincérité, de transparence et de visibilité. Mais les vieux réflexes, à courte vue, entrainant l’effritement de nos capacités d’action collectives, ont à l’évidence la peau dure.

Ce projet est donc une erreur sur toute la ligne, et nous y sommes, avec la FEHAP notamment, résolument opposés. Les entrepreneurs de santé que nous sommes, au service du public, doivent bénéficier des mêmes capacités d’adaptation que les autres acteurs de l’économie. Le contraire serait un non-sens absolu. 

Mais cela en dit long sur la persistance des stéréotypes de la puissance publique : des entrepreneurs sont-ils légitimes en santé ? Les Français quant à eux, et c’est heureux, ont tranché depuis longtemps. 

Lamine Gharbi 

2018, sous le signe de la responsabilité


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP 
Edito du 18 janvier 2018

Agnès Buzyn répondait récemment à une interpellation sur le sujet de l’obligation vaccinale en ces termes dépourvus d’ambiguïté : « J’assume et j’en suis fière. Quand l’Etat prend ses responsabilités, cela rassure ».

Nous ne pouvons que souscrire à cette idée : quand chacun est pleinement conscient des responsabilités qui lui incombent, on peut construire l’avenir sur des bases saines. Pour nous acteurs de santé, il s’agit de remplir avec une exigence sans faille nos missions au service du public. Pour l’Etat, il s’agit de prendre les décisions les plus justes au regard de l’intérêt du pays.

Or, peu de domaines incarnent mieux l’intérêt général que les missions de santé. Ces dernières doivent être défendues, portées, valorisées, car elles sont primordiales pour les Français.

C’est pourquoi, en ce début d’année, la Fédération de l’Hospitalisation Privée lance un appel à la responsabilité de l’Etat. Nous sommes disposés à être pleinement contributeurs à la Stratégie Nationale de Santé, mais des gages de confiance s’imposent.

Appel au respect des engagements d’abord : la restitution très partielle des réserves prudentielles a émoussé la confiance des acteurs hospitaliers, comme un symbole de non reconnaissance de nos efforts.

Appel à la prise en considération des réalités du terrain : un quart des cliniques est en déficit. Notre exigence quant à l’excellence des soins dispensés n’est pas compatible avec des baisses tarifaires réitérées. La stabilité tarifaire est le seul scénario envisageable et admissible en 2018.

Appel enfin à la transparence et à la concertation. Nos revendications n’ont rien d’outrecuidant : il s’agit de renouer avec la sincérité des données qui président aux arbitrages budgétaires, et d’être pleinement partie prenante des décisions qui nous concernent. Notre secteur fait au quotidien la démonstration que d’autres modes d’action, alliant qualité et efficience, fonctionnent.

Le contexte économique est difficile : raison de plus pour rompre définitivement avec les raisonnements qui ont échoué jusqu’à présent. « Les transformations profondes se poursuivront avec la même force en 2018 », a annoncé le président de la République lors de ses vœux.

Nous ne saurions formuler un meilleur souhait pour notre système de santé en cette année nouvelle !

Lamine Gharbi


S’autoriser l’imagination


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 11 janvier 2018

L’année 2018 s’ouvre sur la publication, le 4 janvier, d’une première ordonnance sur un sujet fondamental, s’il en est, pour nos établissements et l’impact territorial en matière d’offre de soins : la simplification et la modernisation du régime des autorisations.

Nous accueillons avec satisfaction l’extension de la durée des autorisations de 5 à 7 ans, même si l’option de 10 ans aurait sans doute été plus cohérente avec les autres outils de planification sanitaire.

Quant à la prise en compte de la certification HAS dans la décision d’autorisation, si elle est en résonance avec les exigences d’excellence qui fondent nos missions et les résultats positifs de nos démarches qualité, il convient d’être prudent sur les modalités. Des appréciations discrétionnaires des ARS en fonction des territoires seraient très préjudiciables : nous n’avons pas la mémoire courte !

Cette ordonnance marque en tout cas la première étape d’une réforme plus globale. Nous devons, sur cet enjeu stratégique de premier plan, nous fixer des objectifs ambitieux pour l’avenir.

Les prérequis indispensables sont évidemment le respect des principes d’équité et de transparence. Les Groupements Hospitaliers de Territoire ne doivent pas phagocyter les décisions prises. Nous attendons de la ministre qu’elle nous prouve son attachement à la pluralité de l’offre de soins !

Au-delà, la réforme des autorisations constitue une opportunité pour faire émerger dans notre secteur de nouveaux modes de prises en charge pour les patients, et ainsi favoriser l’innovation et le développement économique.

Il s’agit aussi d’aller plus loin dans la réflexion sur ce sujet. Les pistes évoquées par la puissance publique sont trop timides. Les seuils d’activité ne peuvent pas être la panacée en matière de sécurité des soins, pas plus que la gradation des soins. La capacité à assurer le retour d’expérience d’événements porteurs de risque est essentielle, l’appréciation du patient aussi. L’audit des équipes par les pairs peut constituer une piste à étudier. Soyons imaginatifs et constructifs, pour simplifier et dégager du temps pour… soigner.

« J'ai refait tous les calculs, ils confirment l'opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste qu'une seule chose à faire : la réaliser ! » avait coutume de dire l’entrepreneur Pierre-Georges Latécoère. Puisse cet élan de volonté nous guider tout au long de cette nouvelle année, que je vous souhaite fructueuse et heureuse.

Lamine Gharbi