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Editos de Lamine Gharbi

Ce que nous devons au patient


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 18 avril 2018

La Journée européenne des droits des patients permet, chaque 18 avril, de rappeler que chacun, passé la porte d’un établissement de santé, garde toutes ses prérogatives de citoyen ! Les droits que chaque malade peut faire valoir - directives anticipées, personne de confiance… -, bien loin d’installer une forme de contre-pouvoir stérile, visent à renforcer les liens avec les équipes soignantes.

Mais les transformations à l’œuvre au sein de notre système de santé nous invitent à une conception moins restrictive, plus ambitieuse des droits des patients, au-delà du seul champ d’action de la « démocratie sanitaire ». 

Des études récentes montrent que leur place au sein du triptyque « patients-médecins-établissements de santé » est un motif de préoccupation pour les Français, qui éprouvent souvent bien des difficultés à s’informer et s’orienter dans un « parcours de soins » encore singulièrement abstrait.

Face à cela, le sujet des droits des patients nous renvoie en miroir à nos devoirs collectifs, en tant qu’acteurs et professionnels de santé, mais également de la part des pouvoirs publics.

Nous devons d’abord au patient le respect. Les données de santé contenues dans le dossier médical appartiennent avant tout au patient. Les enjeux de confidentialité prennent une autre dimension à l’ère du numérique, et font partie du pacte de confiance entre patients et communauté soignante.

Nous devons au patient la qualité. Toutes les compétences doivent être mises à son chevet. L’égal accès aux soins, c’est avant tout l’égal accès de tous à des soins de qualité prouvée et pertinents. 

Nous devons au patient la transparence. Les disparités d’accès à l’information constituent une inégalité insupportable, entre ceux qui ont les moyens - culturels, financiers… - de maitriser les meilleures filières de soins, et les autres. Je plaide pour une transparence pleine et assumée des indicateurs de qualité des établissements de santé. 

Nous devons au patient la liberté. Cette liberté, c’est d’abord celle du choix entre secteur public et secteur privé. Cette organisation de notre système de santé est une chance, pourtant largement sous-exploitée. La répartition défaillante des malades entre les services d’urgence publics et privés est à ce titre édifiante : quelle perte potentielle de chance pour le patient ! 

Nous devons enfin au patient la sécurité, en réduisant les risques d’événements indésirables associés aux soins. Nous n’avons pas à faire reposer sur le patient la garantie de sa sécurité, même s’il est étroitement associé aux processus mis en place. Ce devoir passe par l’évaluation régulière des pratiques, les retours d’expérience positifs qui améliorent nos façons de soigner, et la comparaison avec d’autres équipes qui favorise l’émulation. 

Gardons-nous sur le sujet de déclamations toutes faites, telles que « le patient acteur de sa santé ». Oui, il faut œuvrer à favoriser l’implication du patient à toutes les étapes de son parcours, parce que nul autre mieux que lui ne possède le savoir intime sur sa pathologie. Mais le plus important est de garder constamment à l’esprit que, quelle que soit sa demande, il faut écouter le malade.

Respect, qualité, transparence, liberté, sécurité : autant de devoirs qui nous incombent car, pour reprendre la belle formule de Levinas, « l’homme couché oblige l’homme debout ».

La donnée, entre protection et innovation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 11 avril

La « donnée » est aujourd’hui le nouvel or noir : qui maîtrise les données, et leur transmission, maitrise l’évolution des connaissances et prépare pleinement notre avenir collectif.

Pourtant, il faut bien reconnaitre que nos pouvoirs publics sont passablement frileux sur le sujet. La loi de modernisation du système de santé de 2016 a privilégié une approche de « Close Data », restreignant drastiquement l’accès aux données de santé anonymisées aux seuls membres de l’appareil d’Etat. Dans la même logique qu’Hadopi - qui a connu le succès que l’on sait - on met ceinture et bretelles au lieu de réfléchir aux modèles qui nous permettront collectivement de suivre la marche du monde…

Aujourd’hui, c’est le Règlement Général sur la Protection des Données, prenant effet en mai, qui mobilise les acteurs économiques. Dans un environnement numérique et mondialisé, garantir la sécurité, la souveraineté et la portabilité des données - particulièrement sensibles quand il s’agit de santé - est évidemment fondamental. On ne bâtira pas une gouvernance ambitieuse de la donnée sans un levier majeur : la confiance des citoyens.

D’autant que la démarche du RGDP est intéressante : pour lourde qu’elle soit, elle porte une volonté de responsabilisation des acteurs, qui devront faire la démonstration du respect des données personnelles, avec une évaluation a posteriori. C’est sans doute le bon moyen pour que nous soyons tous, face à ces mutations ainsi qu’aux risques de dérive mercantile, des citoyens matures et avertis !

Néanmoins, il s’agit encore d’une strate supplémentaire de contraintes… alors que sort parallèlement le rapport ambitieux et ouvert de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle, qui flèche la santé comme l’un des secteurs prioritaires, avec une place centrale donnée à la mutualisation des données.

Amélioration de la qualité, efficience accrue grâce à une prise en charge plus personnalisée, appui au diagnostic et à la décision thérapeutique, meilleure orientation dans le parcours de soins… le rapport souligne l’ensemble des apports de l’intelligence artificielle en matière de santé.

Grâce à cette approche très concrète, il met à distance la sempiternelle dualité entre Frankenstein et Prométhée. Oui, nous dit-il, les interactions entre l’expertise humaine et les nouvelles technologies peuvent être vertueuses ! Et puisque l’être humain n’est pas réductible à la somme des données que l’on possède sur lui, la valeur ajoutée du professionnel de santé trouve tout son sens.

Mais le rapport émet aussi un signal d’alerte : il faut agir vite, car dans ces domaines la perte de maitrise est rapide. Un équilibre est possible entre protection et innovation. Notre profession, très engagée dans les dynamiques d’innovation - notre implication dans Hôpital Numérique en témoigne - le sait bien. « La reformulation des enjeux de santé publique et des pratiques » impulsée par l’intelligence artificielle, doit se faire avec l’ensemble des acteurs de santé, unis dans le partage et la valorisation de la donnée au service du patient.

Lamine Gharbi

Mesures d’urgence


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 30 mars

Pour l’opinion publique, les services d’urgences représentent à la fois ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de moins bon au sein de notre système de santé. Le meilleur, c’est la prise en charge complète qui y est dispensée, la lumière allumée dans les moments les plus critiques de nos existences, et l’expertise médicale qui s’y déploie. Nous avons tous connu, au moins une fois dans notre vie, pour nous-même ou un proche, cette atmosphère intense et fébrile qui est celle des lieux où la vie est en jeu, où le pronostic vital peut être engagé, nécessitant une intervention immédiate.

Mais les urgences cristallisent aussi les nombreux problèmes auquel l’organisation de notre santé est confrontée : une offre de premier recours insuffisante par endroits, des difficultés financières d’accès aux soins pour de nombreux Français, des patients mal informés et aiguillés… Il n’en faut pas plus pour qu’un épisode de suractivité provoque saturation et dysfonctionnements.

Il n’y a pas de fatalité à cet état de fait. Des solutions existent, et l’une d’entre elles est de solliciter l’ensemble des acteurs de santé, publics comme privés. Aujourd’hui, cette répartition équilibrée n’est pas à l’œuvre.

Le Samu lui-même oriente quasi automatiquement les patients vers l’hôpital public, que ce soit pour les services d’urgences ou pour les admissions en soins intensifs, en prise en charge spécialisée ou en réanimation, sans prendre en considération les situations de tension.

Or l’hospitalisation privée dispose de 124 services d’urgences répartis sur toute la France, qui accueillent 2.6 millions de patients chaque année, sans aucun dépassement d’honoraires, cela va de soi. Un adressage mieux réparti des patients en amont par les services chargés de la régulation médicale, et une coordination plus fluide des acteurs en aval avec la médecine de ville, améliorerait, à n’en pas douter, l’existant. D’autant que les hôpitaux et cliniques privés s’efforcent d’améliorer toujours davantage l’organisation de leurs urgences, par une meilleure gestion des flux de patients qui réduit les délais d’attente.

Il faut aussi structurer différemment notre offre de soins, en développant des lieux de soins de premier recours pour désengorger les urgences, mailler le territoire, rassurer les citoyens face au ressenti de désert médical. Dotés de plateaux techniques suffisamment robustes pour répondre aux besoins des patients, adossés le cas échéant à un établissement de santé, ces lieux - qui répondent aussi à l’aspiration des professionnels à un exercice regroupé - n’ont qu’un défaut : il leur manque aujourd’hui un modèle économique pertinent, simple et pérenne pour s’inscrire pleinement dans notre paysage de santé.

Je l’ai dit à Thomas Mesnier, le député chargé d’une mission sur le sujet par la ministre de la santé : les initiatives des établissements de santé privés en la matière sont nombreuses. Encore faut-il qu’elles soient consolidées par un cadre sécurisant.

Lamine Gharbi


Transformation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 15 mars

Il est toujours instructif d’analyser les inflexions sémantiques… Depuis la rentrée de septembre, le terme « réforme » n’a plus bonne presse au sein de l’exécutif. Trop techno, trop anxiogène, trop daté… Les divers chantiers engagés sont désormais placés sous la bannière de la « transformation », empreinte d’une tonalité plus positive et ambitieuse.

C’est tout sauf anecdotique : chacun sait que la sémantique tient une importance cruciale en politique. Gageons que le vocable « réforme » évoque le plus souvent aux citoyens quelque processus descendant et punitif. Notre profession est d’ailleurs bien placée pour le savoir ! A contrario, la « transformation » traduit une volonté de faire évoluer la société, pour elle et avec elle.

La santé n’échappe pas à la règle. Vendredi dernier, Agnès Buzyn a en effet lancé les travaux de « transformation » du système de santé, et désigné les pilotes des cinq grands axes de travaux engagés. Toutefois, pour éviter que ce terme de transformation ne soit seulement une coquetterie rhétorique, mais reflète un réel aggiornamento des pratiques, il va falloir faire quelques efforts…

Des arbitrages fondés sur l’effectivité du service rendu au malade, et pas arc-boutés sur les coûts. Une utilisation intelligente des données de santé, et pas des réflexes obsolètes de close data. Une régulation par les compétences, plutôt que par les seuils et les couperets. Une valorisation des acteurs de santé et des incitations à coopérer, en lieu et place de mécanismes coercitifs. Une refonte profonde des modalités d’exercice, en lien avec les aspirations des professionnels, et pas des ajustements cosmétiques…

Voilà quelques conditions, non exhaustives mais décisives, d’une vraie transformation. Elles sont au cœur des messages que nous passerons à la puissance publique dans les deux prochains mois : notre Fédération va être en effet consultée sur les cinq chantiers ouverts, les pilotes ayant pour instruction de bâtir pour la fin mai une feuille de route opérationnelle.

Le calendrier, certes, est très serré. Mais aujourd’hui, on le voit bien, un certain consensus - y compris entre les fédérations hospitalières - émerge sur la nature des actions à mener. Ce consensus est mû par un sentiment d’urgence, l’urgence d’une transformation pleinement digne de ce nom.


Lamine Gharbi

Manager au service du public


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 22 mars

Mal-être, épuisement, malaise, dysfonctionnement... Les médias et les réseaux sociaux ne tarissent pas de formules chocs pour qualifier la situation à l’hôpital public. Au point de subir tout récemment l’ire des directeurs d’hôpitaux, qui dénoncent un « manageur bashing » et des « jugements simplistes et catastrophistes » qui les « jettent en pâture » à l’opinion publique.

Notre époque se prête en effet souvent avec complaisance au sensationnalisme et aux raccourcis. Opposer les patients, les professionnels de santé, les directeurs, est plus facile que de trouver les voies d’une vraie transformation du système de santé. Les formules à l’emporte-pièce sur « l’hôpital-entreprise », concept voué aux gémonies, permettent de faire l’impasse sur les vraies remises en question qui s’imposent.

Au sein de l’hospitalisation privée, nous revendiquons le fait d’être des « entrepreneurs pour la santé ». Le terme « entreprendre » exprime l’enclenchement d’une dynamique collective, qui porte vers l’avenir, et traduit aussi toute la force de conviction que l’on y met. Cette dynamique n’est possible que grâce à un management fondé sur des valeurs, l’adhésion aux missions de service au public, et la fierté d’appartenance. Un management fondé également sur la considération de toutes celles et tous ceux qui s’engagent pour le soin, engagement exigeant mais gratifiant.

On travaille bien, quand on est bien dans son travail. La qualité des relations humaines conditionne la qualité médicale. Cela peut sembler un lieu commun : mais dans un secteur, la santé, où la relation à l’autre est primordiale, il faut en mesurer toute l’importance. Car rien n’est jamais acquis : les équilibres de tout écosystème sont toujours fragiles. Les mutations organisationnelles, l’irruption des innovations, le numérique, l’évolution des conditions d’exercice des professionnels, et les attentes nouvelles de nos patients, challengent en effet considérablement nos stratégies managériales. Les réformes à l’œuvre - financement, article 51… - ouvrent aussi de nouvelles opportunités.

Face à tout cela, refusons les discours déclinistes et les « c’était mieux avant ». Le service au public mérite mieux que les querelles de tribune qui s’étalent un peu partout. Nous devons travailler de manière prospective sur le management le plus fécond et agile pour demain - diffusion de pratiques innovantes, retours d’expérience - au sein de nos cliniques et hôpitaux privés ; ceci, évidemment, en lien étroit avec l’ensemble de nos professionnels, qui sont la clé de l’excellence que nous visons.

Lamine Gharbi


Décision de justice


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 2 mars 2018


Le gouvernement vient d’annoncer le dégel de la réserve prudentielle, à hauteur de 200 millions d’euros, tous secteurs hospitaliers confondus. Au delà de la somme conséquente en jeu, il s’agit d’une décision empreinte de justice et de légitime reconnaissance, que nous saluons comme telle. C’est une pierre angulaire de l’édifice de confiance que nous souhaitons tous bâtir avec la puissance publique, en ces temps où tellement d’enjeux nous challengent. 

Cet arbitrage est de bon augure, surtout après les récentes annonces tarifaires. Certes, la baisse pour notre secteur a été minorée par rapport aux années précédentes, et c’est une bonne chose : ces derniers mois, nous avons jeté toutes nos forces dans la bataille des tarifs, et sans doute cela n’a-t-il pas été sans effet. 

Mais le principe de la baisse n’est en tant que tel pas remis en question. La réponse de la puissance publique est en inadéquation avec la situation économique et sociale vécue par les établissements de santé et les professionnels, et traduit l’injonction paradoxale à laquelle nous sommes soumis : nos tarifs baissent, mais nous sommes priés de prendre une part active à la transformation du système de santé. 

Le dégel de la réserve prudentielle est néanmoins un gage indéniable de bonne volonté, qui marque aussi une rupture avec les pratiques passées. Nous avons été entendus. 

Il faut poursuivre dans cette voie de rupture. La campagne tarifaire 2018 a, et nous le déplorons, marché sur les traces des années passées. Et la sortie du décret de neutralisation des allègements fiscaux et sociaux est symptomatique de cette difficulté à s’extraire de carcans conformistes. Nous devons discuter sur les voies de sa non application.

Changer de paradigme, casser le modèle du rabot, s’engager sur la voie de la stabilité, de la pérennité, de la confiance, voilà qui aurait du panache, et surtout de l’efficacité pour notre système de santé. 

Hier, c’était la journée mondiale du compliment. Alors, satisfecit pour la restitution de la réserve prudentielle... et pour le reste, Madame la Ministre, encore un effort, soyez plus disruptive ! Et vous aurez, non pas en face de vous, mais à côté de vous, des acteurs pleinement engagés dans la Stratégie Nationale de Santé.

Lamine Gharbi


Appel à la raison


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 16 février 2018

Mardi matin, j’étais présent à Eaubonne à l’occasion de la présentation par le Premier ministre de la stratégie gouvernementale pour transformer l’offre de soins dans notre pays. 

L’annonce sur les tarifs hospitaliers s’est faite dès le début de son discours, sur une totalité singulière de fatalité. « Ils seront en baisse, vous le savez, je le sais », comme s’il y avait dans l’assistance un consensus autour de l’inéluctabilité de ce fait. 

Les conséquences d’une telle décision ont ensuite été égrenées sur ce même registre mêlant déploration et résignation : investissements décalés, impacts humains, techniques et médicaux, fatigue physique et morale des personnels… tout en reconnaissant parallèlement combien les établissements de santé avaient contribué à la régulation ces dernières années !

En résumé, nous nous sommes donc vu expliquer que nous étions collectivement vertueux, que les conséquences des baisses tarifaires étaient très délétères, qu’à un moment donné « ça ne passe plus », et qu’en vertu de tout cela l’arbitrage 2018 serait : une nouvelle baisse des tarifs. Vous conviendrez avec moi que la logique du raisonnement est sujette à caution…Or il ne saurait y avoir d’action solide sans pensée cohérente.

Peut-on raisonnablement, après un tel coup de semonce initial, enchainer sans transition sur des propositions ambitieuses pour la transformation du système ? Qualité, pertinence, financement, organisation territoriale... : nous souscrivons à l’esprit des chantiers ainsi ouverts. Ils sont même depuis longtemps l’épicentre de nos propositions politiques et de nos actions de terrain. Mais aujourd’hui la coupe est pleine.

Dans la démonstration politique et rhétorique de mardi, il y a donc une faille et une incohérence majeures : car sans les acteurs de santé, sans leur engagement, sans leur expertise, rien ne sera possible. Une transformation réelle du système nécessite que nous ayons les moyens de soigner, et de bien soigner. Si on avait voulu nous envoyer un contre-signal absolu sur ces annonces gouvernementales, on n’aurait pas pu s’y prendre autrement. 

Je le déplore, au regard des enjeux et des défis. « La santé est l’un des premiers devoirs d’une collectivité », a dit le Premier ministre. C’est la raison pour laquelle nous appelons, à quelques jours du verdict final, à un à un impérieux maintien de nos tarifs et donc de nos budgets ; en bref, à un indispensable retour à la raison.

Des entreprises comme les autres


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 9 février 2018

Le nouvel exécutif affiche son souhait de gouverner autrement, avec une attention particulière portée sur la pédagogie de la réforme et la volonté d’un contrat nouveau avec les acteurs de la société, fondé sur l’écoute et la confiance. La récente adoption d’un « droit à l’erreur », pour les particuliers comme pour les entreprises, est révélatrice d’un progrès dans la prise en compte pragmatique des réalités et contraintes du terrain. 

Notre société, dans tous ses compartiments, ne s’accommode plus des sanctions arbitraires venues d’en haut et des dispositifs punitifs, le plus souvent contre-incitatifs. Les mécanismes d’incitation, la valorisation des comportements vertueux, la reconnaissance par les pairs, sont a contrario plébiscités. Les études démontrent, dans le domaine éducatif comme ailleurs, que saluer les efforts en continu est infiniment plus rentable, humainement et économiquement, que fustiger le moindre écart… 

Notre profession de l’hospitalisation privée n’a pas ménagé ses efforts en matière d’efficience : tendre vers le meilleur soin prodigué au patient, au meilleur coût pour la collectivité, est notre ligne directrice depuis des années. Nous sommes à la fois économes des ressources de l’assurance maladie, et très engagés sur la qualité, comme en témoignent nos résultats de certification. Chacune et chacun, au sein des hôpitaux et cliniques privés, est pleinement investi dans sa mission.

Peut-on alors imaginer l’effet délétère produit sur notre élan entrepreneurial comme sur la motivation de nos professionnels, d’une mesure telle que celle qui « automatiserait » la reprise des allègements de charge pour les seuls établissements de santé ? Outre le fait qu’elle procède d’une profonde injustice sur le plan économique, cette nouvelle trouvaille du ministère de la santé délivre un message particulièrement péjoratif : vous n’êtes pas des entreprises comme les autres. 

Eh bien si, Madame la Ministre, nous sommes des entreprises comme les autres. Nous rencontrons les mêmes difficultés, et de surcroit nous remplissons au quotidien des missions d’intérêt général auprès des Français. Toute l’énergie employée par les administrations à imaginer des mécanismes alambiqués de privation, pourrait être largement mieux employée : à faciliter notre travail, à encourager nos équipes soignantes, à considérer le service médical rendu avant les coûts, à récompenser les efforts faits en matière d’efficience et d’innovation. 

Cette gouvernance par l’incitation et la valorisation est une évolution irréversible des mœurs de nos sociétés, qui profite à tous : à l’évidence, elle n’a pas encore pénétré le pilotage de notre système de santé. 

Lamine Gharbi

1000 jours pour la santé


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 1er février 2017

Le concept a été théorisé depuis longtemps, mais peine encore à irriguer nos politiques publiques : plus une action d’ordre social intervient précocement dans un parcours de vie, plus son efficacité est élevée. Cette notion « d’investissement social » est tout à fait transposable au domaine de la santé. 

 C’est la raison pour laquelle, dans nos propositions présentées lors des débats de la LFSS 2018, nous avons porté auprès des parlementaires le sujet des « 1000 jours », défini par l’Organisation Mondiale de la Santé. 

 Les « 1000 jours » couvrent la période périnatale jusqu’aux deux ans de l’enfant. Les études montrent que cette période impacte de façon importante la santé tout au long de la vie, des adultes et des générations futures. Le mode de vie, la qualité des interactions de l’enfant avec son entourage, les facteurs environnementaux… constituent des facteurs de risque, ou de résistance, à développer telle ou telle pathologie. 

Le concept de l’OMS vise donc à prôner des actions de prévention, bien plus fléchées vers la petite enfance qu’elles ne le sont aujourd’hui. Jusqu’alors, les préoccupations de santé publique prépondérantes - tabac, alcool… - concernaient surtout des publics adultes. Travailler sur la façon dont nous pouvons préserver notre santé dès la conception et le 1er âge, c’est un vrai changement de paradigme, qu’appelle d’ailleurs de ses vœux la Stratégie Nationale de Santé. 

200 000 nouveaux-nés - soit un sur quatre en France - sont accueillis chaque année dans nos 119 maternités privées. Certes, le secteur, longtemps sous-tarifé, a été malmené ces dernières années par un recul du nombre des naissances et des mesures défavorables : aujourd’hui, 31 départements ne disposent plus de maternités privées, ce qui est très préjudiciable à l’offre de santé et à la liberté des choix des futures mères.

Mais la prise en charge individualisée que nos établissements assurent les rend particulièrement réceptifs à ces enjeux de prévention. De longue date, l’importance de la préparation à la parentalité, les consultations de prévention spécialisées, les parcours personnalisés, les projets de naissance, le suivi au long cours des mamans et des bébés… font partie de notre quotidien. 

C’est donc forts de cette expertise que nous considérons que les établissements de santé, et les professionnels, ont un rôle important à jouer dans le développement d’actions de prévention, à incorporer au parcours de l’enfant et de sa famille. Les 1000 jours, c’est l’inverse des approches techniques et pyramidales telles que celle imposée au secteur avec la gradation des soins… 

Nous plaidons donc, notamment auprès des parlementaires, pour que ce sujet majeur soit mis à l’agenda et bénéficie de la reconnaissance qu’il mérite.

Principe de privation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 26 janvier 2018

L’imagination de la puissance publique est souvent fertile, mais nous apprécierions qu’elle le soit davantage à bon escient… Un projet de décret vient de nous être soumis à concertation, visant à créer un mécanisme pérenne de neutralisation des mesures fiscales en faveur des établissements de santé.

Voilà un exemple édifiant de tout ce qu’il ne faudrait pas faire politiquement.

D’abord, se protéger a posteriori de ses propres erreurs, en les amplifiant. 

Il s’agit là, ni plus ni moins, de renforcer la robustesse juridique d’arrêtés tarifaires qui ont été jugés l’an dernier par le Conseil d’Etat non conformes au droit, car manifestement contraires au principe d’égalité entre les établissements de santé. Avant de se faire à nouveau taper sur les doigts par ce même Conseil d’Etat, on sort opportunément un tel texte...

Ensuite, aller à l’encontre des impératifs économiques du pays. 

Ce projet institue un « principe de privation » des établissements privés et associatifs des bénéfices des allègements de charge, pourtant mis en place par les mêmes pouvoirs publics. On n’en est pas à une contradiction près, tandis qu’on en appelle parallèlement à l’efficience de tous… Nous sommes des entreprises comme les autres, soumises aux mêmes réalités économiques, et l’importance des défis auxquels nous sommes convoqués dans la transformation du système de santé devrait au contraire inviter à d’autres logiques.

Enfin, s’inscrire en contradiction avec les intentions politiques affichées et entamer une fois encore la confiance.

Nous devions poser ensemble les bases de campagnes tarifaires fondées, pour tous les secteurs sans distinction de statut, sur plus de sincérité, de transparence et de visibilité. Mais les vieux réflexes, à courte vue, entrainant l’effritement de nos capacités d’action collectives, ont à l’évidence la peau dure.

Ce projet est donc une erreur sur toute la ligne, et nous y sommes, avec la FEHAP notamment, résolument opposés. Les entrepreneurs de santé que nous sommes, au service du public, doivent bénéficier des mêmes capacités d’adaptation que les autres acteurs de l’économie. Le contraire serait un non-sens absolu. 

Mais cela en dit long sur la persistance des stéréotypes de la puissance publique : des entrepreneurs sont-ils légitimes en santé ? Les Français quant à eux, et c’est heureux, ont tranché depuis longtemps. 

Lamine Gharbi 

2018, sous le signe de la responsabilité


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP 
Edito du 18 janvier 2018

Agnès Buzyn répondait récemment à une interpellation sur le sujet de l’obligation vaccinale en ces termes dépourvus d’ambiguïté : « J’assume et j’en suis fière. Quand l’Etat prend ses responsabilités, cela rassure ».

Nous ne pouvons que souscrire à cette idée : quand chacun est pleinement conscient des responsabilités qui lui incombent, on peut construire l’avenir sur des bases saines. Pour nous acteurs de santé, il s’agit de remplir avec une exigence sans faille nos missions au service du public. Pour l’Etat, il s’agit de prendre les décisions les plus justes au regard de l’intérêt du pays.

Or, peu de domaines incarnent mieux l’intérêt général que les missions de santé. Ces dernières doivent être défendues, portées, valorisées, car elles sont primordiales pour les Français.

C’est pourquoi, en ce début d’année, la Fédération de l’Hospitalisation Privée lance un appel à la responsabilité de l’Etat. Nous sommes disposés à être pleinement contributeurs à la Stratégie Nationale de Santé, mais des gages de confiance s’imposent.

Appel au respect des engagements d’abord : la restitution très partielle des réserves prudentielles a émoussé la confiance des acteurs hospitaliers, comme un symbole de non reconnaissance de nos efforts.

Appel à la prise en considération des réalités du terrain : un quart des cliniques est en déficit. Notre exigence quant à l’excellence des soins dispensés n’est pas compatible avec des baisses tarifaires réitérées. La stabilité tarifaire est le seul scénario envisageable et admissible en 2018.

Appel enfin à la transparence et à la concertation. Nos revendications n’ont rien d’outrecuidant : il s’agit de renouer avec la sincérité des données qui président aux arbitrages budgétaires, et d’être pleinement partie prenante des décisions qui nous concernent. Notre secteur fait au quotidien la démonstration que d’autres modes d’action, alliant qualité et efficience, fonctionnent.

Le contexte économique est difficile : raison de plus pour rompre définitivement avec les raisonnements qui ont échoué jusqu’à présent. « Les transformations profondes se poursuivront avec la même force en 2018 », a annoncé le président de la République lors de ses vœux.

Nous ne saurions formuler un meilleur souhait pour notre système de santé en cette année nouvelle !

Lamine Gharbi


S’autoriser l’imagination


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 11 janvier 2018

L’année 2018 s’ouvre sur la publication, le 4 janvier, d’une première ordonnance sur un sujet fondamental, s’il en est, pour nos établissements et l’impact territorial en matière d’offre de soins : la simplification et la modernisation du régime des autorisations.

Nous accueillons avec satisfaction l’extension de la durée des autorisations de 5 à 7 ans, même si l’option de 10 ans aurait sans doute été plus cohérente avec les autres outils de planification sanitaire.

Quant à la prise en compte de la certification HAS dans la décision d’autorisation, si elle est en résonance avec les exigences d’excellence qui fondent nos missions et les résultats positifs de nos démarches qualité, il convient d’être prudent sur les modalités. Des appréciations discrétionnaires des ARS en fonction des territoires seraient très préjudiciables : nous n’avons pas la mémoire courte !

Cette ordonnance marque en tout cas la première étape d’une réforme plus globale. Nous devons, sur cet enjeu stratégique de premier plan, nous fixer des objectifs ambitieux pour l’avenir.

Les prérequis indispensables sont évidemment le respect des principes d’équité et de transparence. Les Groupements Hospitaliers de Territoire ne doivent pas phagocyter les décisions prises. Nous attendons de la ministre qu’elle nous prouve son attachement à la pluralité de l’offre de soins !

Au-delà, la réforme des autorisations constitue une opportunité pour faire émerger dans notre secteur de nouveaux modes de prises en charge pour les patients, et ainsi favoriser l’innovation et le développement économique.

Il s’agit aussi d’aller plus loin dans la réflexion sur ce sujet. Les pistes évoquées par la puissance publique sont trop timides. Les seuils d’activité ne peuvent pas être la panacée en matière de sécurité des soins, pas plus que la gradation des soins. La capacité à assurer le retour d’expérience d’événements porteurs de risque est essentielle, l’appréciation du patient aussi. L’audit des équipes par les pairs peut constituer une piste à étudier. Soyons imaginatifs et constructifs, pour simplifier et dégager du temps pour… soigner.

« J'ai refait tous les calculs, ils confirment l'opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste qu'une seule chose à faire : la réaliser ! » avait coutume de dire l’entrepreneur Pierre-Georges Latécoère. Puisse cet élan de volonté nous guider tout au long de cette nouvelle année, que je vous souhaite fructueuse et heureuse.

Lamine Gharbi