En poursuivant sur ce site, vous acceptez l'utilisation des cookies.
Ces cookies nous sont nécessaires au bon fonctionnement des fonctionnalités du site.
Gérer mes cookies.

Protéger l’espace de soin

share share
print

Edito 106 LG option 2

Edito du 9 mai 2019

Tout comme les dégradations à l’hôpital Necker il y a trois ans, l’intrusion de manifestants dans l’enceinte de l’hôpital de la Salpétrière a donné lieu à une déferlante de polémiques. Il ne nous appartient pas de juger des événements sur lesquels toute la lumière n’a pas encore été faite : mais en tant que Fédération rassemblant des établissements de santé, une telle séquence ne peut nous laisser indifférents.

Sortons donc quelques instants des querelles sémantiques, et prenons en compte l’exigence professionnelle et la conscience morale qui guident les missions des professionnels de santé : soigner, respecter, protéger. Toute atteinte à ces principes est légitimement vécue de manière douloureuse, comme une agression intolérable. La directrice de l’hôpital a exprimé une émotion dans laquelle nous pouvons tous, acteurs publics comme privés, nous reconnaître.

L’attachement des citoyens aux établissements de santé est profond. Au sein d’un espace public souvent vécu comme insécure, ils savent pouvoir disposer de lieux tout entiers dévolus au soin et à la « réparation des vivants », pour reprendre le titre du livre de Maylis de Kerangal. Pourtant, les médias se font régulièrement l’écho d’atteintes à la sureté et à la sérénité de l’action des soignants. Qui aurait imaginé, il n’y a pas si longtemps, que nous soyons obligés au sein de nos établissements d’assurer en continu la sécurité de nos professionnels et de nos patients ? Il convient de le dire avec force : celles et ceux qui soignent ne doivent en aucune cas être victimes de violences, physiques ou verbales. Une société qui ne respecte pas les lieux où l’on soigne est une société qui ne se respecte pas elle-même.

Pour autant, l’hôpital est-il toujours « un sanctuaire », comme le disait sur les ondes Agnès Buzyn lundi ? Oui sans doute, si l’on considère que sa vocation soignante lui confère - ou doit lui conférer - une protection. Mais la réalité est plus complexe : dans leur quotidien, les hôpitaux et les cliniques ne sont plus ces lieux coupés du monde et délestés de ses contraintes. Nous sommes des réceptacles des évolutions comme des maux de la société, et ceux-ci nous poussent à ajuster sans cesse le service que nous rendons au public. Nous sommes des acteurs du territoire sur lequel nous sommes implantés, avec ses spécificités et ses difficultés.

Entre protection et ouverture, il y a donc un équilibre subtil à réinventer sans cesse. Mais certaines valeurs, tels que le respect de l’espace de soin et de ses professionnels, doivent être sacralisées, sauf à porter un coup fatal à notre « savoir vivre ensemble ».