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Editos de Lamine Gharbi

Croire en l’intelligence collective


MODELE edito 106 hebdo 29 juillet 2020
Il est dans la nature humaine de se tourner vers l’après, et du rôle d’une Fédération d’anticiper les événements à venir. Néanmoins, après les mois qui nous venons de vivre, il est sage de faire un « arrêt sur image », de poser un regard en surplomb du tourbillon des événements, et de regarder ce qui a changé dans notre monde. La période estivale y est propice.

Au risque de surprendre, je refuse de me borner à analyser la crise sanitaire sous l’unique prisme des failles et des manquements. Oui, il y a eu des retards, des dysfonctionnements organisationnels, des refus de coopération, auxquels il convient de remédier pour être collectivement mieux préparés à une résurgence forte de la menace. Mais il y a aussi, et surtout, la grandeur d’un pays et de ses forces vives, en premier lieu les acteurs de santé, lorsque les circonstances l’exigent : des innovations se sont déployées, des lourdeurs administratives ont été cassées, des institutions et des professionnels qui se toisaient d’un air suspicieux ont travaillé ensemble, et l’Etat a joué son rôle de protecteur et d’amortisseur du choc. Les Français ont payé un très lourd tribut à la pandémie : nous avons le devoir de leur prouver que cette intelligence collective va perdurer, que personne ne retombera dans ses vieux travers, et bien sûr, qu’ils peuvent compter sur nous.

On entendait aussi dire, « avant », qu’il était difficile de mener des réformes vraiment systémiques en santé, et que les marges de manœuvre pour agir étaient ténues. La crise est venue balayer les frilosités et rebattre les cartes dans la hiérarchie des priorités. S’il ne répond pas à tous les problèmes, s’il reste encore frileux sur certains enjeux, le Ségur de la Santé est d’une ambition dont personne n’aurait pu imaginer l’ampleur il y a encore quelques mois. Ce n’est pas juste une question de rémunération, mais de représentation : la Nation reconnait que le monde du soin est l’armature d’une société en bon état de fonctionnement. On pourrait dire, sur le mode café du commerce : le Gouvernement n’avait pas le choix. Peut-être. Mais si on regarde plus loin que le bout du nez politicien, cela prouve qu’il y a dans notre pays des ressources d’intelligence collective qui nous permettent de changer, drastiquement, le cours des choses.

Enfin, on a beaucoup glosé sur l’irresponsabilité des citoyens face au virus. Il faut convenir qu’entre injonctions contradictoires et polémiques scientifiques livrées en pâture aux médias, on ne leur a pas beaucoup facilité la tâche ! Et pourtant, là aussi, l’intelligence collective est à l’œuvre : nous avons inventé d’autres façons d’interagir, d’exprimer nos émotions, de faire société, et cela avec une plasticité surprenante si l’on considère que nos modes de vie n’ont réellement changé que depuis mars dernier… Les professionnels de santé ont travaillé sur la préservation de la relation de soin dans le contexte du Covid. Peut-être a-t-on renoué davantage avec ce que signifie « prendre soin » de l’autre, et ce n’est pas le moindre des acquis de cette période.

Alors oui, demain, il y aura la déclinaison concrète du Ségur, un PLFSS 2021 aux contours exceptionnels, et beaucoup d’incertitudes quant à l’évolution de la situation sanitaire. L’hospitalisation privée sera au rendez-vous de ces challenges. Mais en attendant, profitons de ce moment pour rassembler toutes les énergies et mobiliser ce qu’il y a de meilleur, pour nous retrouver et préparer au mieux la rentrée.

Comme une évidence


MODELE edito 106 hebdo 22 juillet 2020
A l’issue de six semaines d’échanges et de concertation, 90 parties prenantes, plus de 100 réunions, 200 contributions et 118 000 réponses à l’enquête auprès des professionnels de santé, Olivier Véran et Nicole Notat ont présenté hier les conclusions du Ségur de la Santé : 33 mesures en tout, pour « poursuivre la modernisation du système de santé » et « être à la hauteur des soignants comme des patients ».

Dès les débuts, l’hospitalisation privée a pris part activement et sans réserve à cette démarche. Après l’épreuve du Covid, s’inscrire dans une dynamique contributive et constructive revêtait un caractère impérieux : nous n’avions pas le droit de laisser perdre tous les enseignements accumulés dans le combat contre le virus. Bâtir pour l’avenir serait le meilleur hommage à rendre aux professionnels et aux établissements de santé.

La semaine dernière, des décisions fortes ont été prises pour revaloriser les métiers du soin, à la mesure de l’engagement de celles et ceux qui les exercent. Elle ont privilégié l’équité entre le secteur public et le secteur privé. Cela prouve que les mentalités évoluent : l’équité est en passe de devenir une évidence, davantage encore à la lumière des coopérations exemplaires qui se sont forgées pendant la crise sanitaire. J’y vois une avancée majeure, un de ces « effets cliquet » qui change une société et lui permet de progresser. La santé des Français y gagnera beaucoup.

Sur les 28 mesures du Ségur qui concernent l’ensemble des acteurs de santé, une vingtaine s’inscrivent clairement dans l’esprit de ce que l’hospitalisation privée a porté et proposé. Du renforcement de la démocratie territoriale à un Ondam pluriannuel et médicalisé, du confortement des ARS à l’effort massif d’investissement, notamment sur le numérique, de l’augmentation du nombre de professionnels paramédicaux formés à la simplification d’un certain nombre de procédures, les impulsions du Ségur vont assurément dans le bon sens.

Sur certains sujets, nous aspirerons à davantage de volontarisme : je pense par exemple à la formation et à l’emploi, car la relance de notre pays passe aussi par la santé. Le comité de suivi du Ségur nous permettra de l’exprimer, tout comme le futur Ségur de la santé publique ouvrira de nouveaux chantiers, aussi importants que celui de la réduction des inégalités sociales de santé.

Pour l’heure, je retiens la référence du ministre de la santé hier aux « coopérations réussies » pendant la crise. Une mission sera confiée à des acteurs des trois secteurs - public, privé associatif, privé - pour parvenir à travailler toujours mieux au service des patients. Là encore, cette mission illustre le chemin parcouru, la reconnaissance qu’on est meilleurs ensemble, comme une évidence.

Une Fête Nationale sous le signe de la santé


MODELE edito 106 hebdo 15 juillet 2020
Nous n’oublierons pas de sitôt cette Fête Nationale singulière, où le Covid est venu percuter nos rituels républicains comme nos rendez-vous festifs. Mais nous n’oublierons pas non plus que la santé, et les soignants, ont été au cœur de l’hommage de la Nation.

« Un moment historique pour le système de santé » : c’est en ces termes que Jean Castex a qualifié les accords du Ségur de la Santé. Et sans doute, même si de nombreux sujets demeurent encore à l’agenda, l’ampleur de l’engagement de l’Etat - plus de 8 milliards - mérite-t-il ce qualificatif.

Mais au-delà des moyens, je retiens aussi la reconnaissance distribuée au public comme au privé. Une reconnaissance dont la légitimité n’a jamais été questionnée au plus haut niveau de l’Etat lors des concertations Ségur : c’est assez rare pour être souligné, et apprécié comme il se doit.

Le Premier ministre a même eu lundi des mots d’une grande puissance symbolique en évoquant « ces femmes et ces hommes très attachés au service public de sante », « qui s’étend au privé », et qui fait « la force, l’attractivité et la grandeur de notre pays ». Il y a, résumée dans cette phrase, toute la philosophie de notre action de ces derniers mois, cette mise en partage des missions au service des patients, exigeante mais tellement nécessaire.

Olivier Veran a promis d’autres mesures dans les jours à venir, sur l’organisation des soins, sur la réponse aux besoins de santé, sur la démocratie sanitaire. Nous y serons attentifs. Au delà de l’enjeu des rémunérations, de multiples voies sont à explorer pour redonner sens et attractivité aux métiers du soin. Le Président de la République a évoqué lors de son interview du 14 Juillet le développement de la formation professionnelle comme étant au centre des préoccupations gouvernementales. Cette impulsion doit trouver sa pleine traduction dans le domaine de la santé.

Les accords du Ségur ne sont pas une conclusion. Ils constituent la déclinaison concrète des premières leçons tirées de la crise sanitaire : l’indispensable revalorisation des professionnels, et la reconnaissance explicite du rôle joué par chacun des secteurs. C’est une première étape dans la refondation plus générale de notre système de santé, avec, en surplomb, une menace pandémique persistante. La santé n’a pas fini d’être au cœur des enjeux de notre pays.






La santé, au cœur du pacte social


MODELE edito 106 hebdo 8 juillet 2020
Entre les grandes manœuvres à la tête de l’Etat et la nécessité de trouver un terrain d’entente autour de la rémunération des soignants, les arbitrages du Ségur de la Santé se font désirer. Mais le nouveau Premier ministre s’est tout de suite saisi de ce défi, bien décidé à conclure le Ségur dès cette semaine par un accord qui satisfasse les parties. Un terrain complexe, mais familier pour Jean Castex, fin connaisseur de longue date des enjeux de santé et des politiques sociales. Cela permet raisonnablement d’espérer une issue favorable... sous le signe de l’égalité de traitement de tous les acteurs.

Dans cette dernière ligne droite après des semaines de concertation, l’hospitalisation privée demeure particulièrement vigilante à ce que les professionnels du secteur, mobilisés avec une intensité peu commune pendant la crise, bénéficient de toute la reconnaissance qu’ils méritent...

Invité du journal télévisé vendredi soir, le Premier ministre a affirmé croire « aux territoires, à la confiance et aux valeurs de responsabilité ». L’hospitalisation privée ne peut que souscrire à cette philosophie d’action. Les propositions que nous avons portées dans le cadre du Ségur procèdent très largement de cette volonté de redonner des latitudes d’action aux acteurs du territoire, de privilégier la concertation et la responsabilisation, pour répondre de façon adéquate aux besoins des citoyens.

Au-delà du maintien des niveaux d’alerte nécessaire sur la pandémie et des décisions du Ségur, c’est tout un pays qui doit à présent se relever et affronter l’impact économique et social de la crise. Jean Castex veut à juste titre, à la faveur du Ségur, remettre l’emploi au cœur des préoccupations. C’est essentiel. La santé est un secteur créateur d’emplois qui doit être partie prenante de la relance de la Nation. N’oublions pas, parmi les chantiers immenses de ce « nouveau pacte social » que le Premier ministre appelle de ses vœux, l’enjeu majeur de la formation.

Je n’aurai garde d’oublier l’importance de la continuité politique dans le contexte présent, entre le péril pandémique en embuscade, des décisions majeures en passe d’être prises dans le champ de la santé, et évidemment le PLFSS à forts enjeux qui se profile. Olivier Véran reste, et c’est heureux, aux commandes de la Santé, et je salue l’arrivée de Brigitte Bourguignon sur le dossier autonomie. La continuité de l'action publique et leur connaissance des dossiers seront des atouts précieux pour conduire une refondation ambitieuse et équitable de notre système de soin

La santé, un enjeu démocratique


MODELE edito 106 hebdo 1er juillet 2020
En novembre dernier, je participais à un débat sur les enjeux de santé dans le cadre du Congrès de l’Association des Maires de France. Sur scène et dans la salle, quelques 150 maires étaient venus témoigner de leur quotidien et des inquiétudes de leurs concitoyens en matière d’accès aux soins. Dans leurs mairies, leurs permanences, ils étaient tout autant interpellés sur la santé, voire davantage, que sur les sujets d’emploi ou de logement… Nul doute que les nouveaux maires élus dimanche dernier auront largement eux aussi cette priorité à leur agenda.

Avec ces élus de toutes les sensibilités politiques, nous avions eu un échange de grande qualité. J’avais été frappé par leur absence d’idées préconçues, par leur ouverture d’esprit, leur pragmatisme : que le soutien et l’offre de santé viennent du public ou du privé n’importait pas, ils aspiraient seulement à des solutions concrètes, ancrées dans la réalité des besoins de la population dans leur commune.

Je ne l’ai pas oublié quand j’ai porté pendant la crise sanitaire l’impératif de coopération des acteurs de santé. Si certains discours teintés d’idéologie sont encore tenaces, ils résistent difficilement face aux résultats du terrain.

Lors de ce débat, j’avais senti aussi affleurer une amertume de la part de ces élus locaux, entre préoccupation et sentiment d’impuissance. Un sujet fait largement consensus aujourd’hui dans les débats du Ségur de la santé : les élus territoriaux doivent revenir dans le jeu de la gouvernance de la santé.

L’hospitalisation privée porte le concept de « démocratie territoriale de santé », qui confère aux collectivités locales un rôle moteur dans l’animation des projets territoriaux de santé, aux côtés d’ARS confortées dans leurs missions de régulation, de financement et de contrôle. Il ne s’agit pas de savoir qui doit avoir la suprématie, mais de dégager les bons équilibres : la crise a montré à quel point nous gagnerions à mieux nous connaitre, à mieux travailler ensemble, les professionnels, l’administration, les élus, les usagers…

Le scrutin qui vient d’avoir lieu fait apparaître dans le paysage politique de nouveaux visages, de nouvelles sensibilités. Les repères politiques classiques sont souvent chahutés, les Français cherchent dans l’après-crise à donner un autre sens à l’action publique, la préoccupation environnementale, indissociable du sujet de la santé, émerge. Mais le fait majeur demeure l’abstention écrasante, alors que les élus locaux sont pourtant ceux qui bénéficient d’un réel crédit de confiance et d’adhésion. Il convient d’entendre ces messages, y compris lorsqu’on est acteur de santé. Entendre la quête de sens tout d’abord, et y répondre par l’accomplissement de nos missions de santé, qui sont l’une des illustrations les plus manifestes du service de l’intérêt général. Et redonner au politique, sur les territoires, une vraie latitude pour réinvestir les enjeux de santé, car la santé participe à la cohésion sociale et au renouveau démocratique.

Bâtir la société du prendre soin


MODELE edito 106 hebdo 24 juin 2020
Nous devrions connaitre très bientôt les décisions prises par le politique en faveur des professionnels de santé. En réalité, même si d’autres enjeux sont mis sur la table, l’exécutif sait pertinemment que l’opinion publique attend de pied ferme une juste rétribution de l’engagement de celles et ceux qu’ils ont applaudis tout au long de la crise sanitaire.

Dans une société en mal de références fédératrices, le plébiscite des « héros du quotidien » est pleinement justifié… mais il est aussi piégeant. Car placer les individus dans une posture héroïque, quasi sacrificielle - ne parle-t-on pas, d’ailleurs, de « vocation » ? - est aussi une façon d’éluder les véritables enjeux : la revalorisation des professionnels et l’attractivité des métiers.

Et là, clairement, le Ségur de la Santé doit se montrer à la hauteur de ce qui constitue un sujet majeur de société : donner envie, particulièrement aux jeunes générations, d’exercer les professions de la santé et du soin, en faisant émerger des conditions de carrière et d’exercice plus favorables, plus motivantes, porteuses de reconnaissance, de perspectives et de sens. Il y a urgence : 10% des emplois dans les établissements de santé sont actuellement vacants.

Il y a bien sûr l’enjeu des rémunérations. Si des mesures ambitieuses sont adoptées prochainement, elles doivent l’être dans des proportions et des modalités rigoureusement identiques entre le secteur public et le secteur privé de la santé. Les Français qui ont plébiscité les coopérations dans la lutte contre le virus y seront attentifs.

Au-delà, le secteur de la santé a tous les atouts pour participer à la politique de relance de notre pays. Alors que l’économie de la France est éprouvée, il offre un potentiel de 100 000 nouvelles embauches de professionnels ! Là encore, il y a urgence, pour enclencher une puissante dynamique de formation aux métiers de la santé et un vaste plan de recrutement, à la hauteur des besoins en soins de la population.

« Sans le care, la société s’effondre », nous dit la philosophe Cynthia Fleury. Nous ne savons peut-être pas de quoi demain sera fait, et si la menace pandémique s’inscrira, ou non, comme une réalité durable dans nos existences. Mais nous savons qu’il n’y a pas de temps à perdre, et que la société du prendre soin dont nous avons plus que jamais besoin se bâtit à travers les décisions politiques d’aujourd’hui.

Horizon partagé


MODELE edito 106 hebdo 17 juin 2020
Nous avons présenté aujourd’hui les propositions de l’hospitalisation privée pour l’avenir du système de santé. Contribuer au débat public fait partie de la raison d’être d’une Fédération comme la nôtre, mais le contexte sanitaire très particulier rehausse l’exigence de la démarche, tant le « Ségur » a le devoir d’ouvrir une nouvelle page de la santé de notre pays.

Nous avons bâti nos propositions sur un constat que nous avions déjà esquissé, mais que la crise est venue largement conforter : la puissante convergence de vues entre les attentes des citoyens et celles des acteurs de santé.

Les Françaises et les Français demandent d’abord une juste reconnaissance des professionnels de santé de tous statuts, au regard bien sûr de leur mobilisation de ces dernières semaines, mais plus largement à l’aune du service majeur rendu à la Nation. C’est en parfaite résonance avec ce que nous prônons : revaloriser les salaires bien sûr, mais renforcer l’attractivité des métiers de la santé, assortie de perspectives de carrière motivantes. Les Français sont aussi préoccupés par la situation économique et sociale actuelle : le secteur de la santé offre un potentiel de plus de 100 000 nouvelles embauches de professionnels.

Les Français ont plébiscité la coopération de acteurs de santé pendant cette crise. Il est temps de la rendre pleinement effective partout en France. Les Agences régionales de santé doivent orchestrer de manière parfaitement équitable la réponse aux enjeux de de santé. Les établissements doivent se déployer sur des missions qui transcendent le statut. Et le paysage sanitaire doit s’ouvrir davantage aux collectivités locales, aux élus, pour bâtir une véritable démocratie territoriale de santé au service des citoyens.

Les Français veulent des moyens accrus pour les établissements de santé. Ils ne se satisfont pas plus que nous d’une vision comptable de la santé. Nous proposons de repartir des fondamentaux, à savoir les priorités de santé publique, telles que la prévention, l’accès et la permanence des soins, la dépendance, la prise en charge de la précarité, les enjeux du numérique ou encore, évidemment, la prévention des crises sanitaires. Il est urgent de renouer, dans le pilotage budgétaire, avec des approches davantage médicalisées et basées sur les besoins de santé.

Enfin, de multiples études d’opinion illustrent la lassitude des Français à l’égard de la complexité et l’accumulation des normes. En santé également, beaucoup reste à faire en faveur de la simplification des procédures, la transparence des informations, la fluidité des parcours de soins pour le patient, la confiance dans les initiatives portées par les acteurs de terrain. La crise a brisé quelques carcans, pérennisons donc ce qu’elle est parvenue à imposer de meilleur dans l’adversité !

Il existe entre les Français et les acteurs de sante une volonté commune, à partir de laquelle l’hospitalisation privée a construit sa contribution à la grande consultation du Ségur de la Santé : souhaitons que cet horizon partagé puisse inspirer les décisions politiques à venir

Télécharger le document "Acteurs de santé et Français : une volonté commune, un horizon partagé !"



Une nouvelle ambition pour l’action publique


MODELE edito 106 hebdo 10 juin 2020
Les temps d’après-crise voient invariablement le retour de postures familières : la volonté de polémiquer et de régler des comptes à peu de frais ; le « je vous l’avais bien dit », tant il est facile de se complaire dans les charmes de la lucidité a posteriori ; ou encore la velléité de reconstruction de l’histoire à son seul profit.

Pour ma part, je considère que seul un diagnostic éclairé et partagé de la crise sanitaire, sans manichéisme, dépourvu d’effets de manche, permettra de poser des bases solides à la refondation de notre système de santé. C’est tout l’enjeu de ce Ségur de la Santé dans lequel l’hospitalisation privée a choisi de s’engager sans réserve, afin de contribuer à une reconstruction basée sur une considération distribuée à parts égales entre tous.

Dans la foultitude de contributions au débat, une note toute récente de l’Institut Montaigne apporte un éclairage intéressant sur la gestion de la crise, en pointant la tentation dans des temps exceptionnels, de « surjouer la verticalité ». Auparavant, acteurs de santé et administrations déconcentrées partageaient déjà cette réalité commune, faite d’inflation normative et d’injonctions descendantes, parfois contradictoires.

La crise n’a donc fait qu’amplifier certaines pesanteurs préexistantes, mais elle a aussi, en réaction, brisé quelques carcans et permis des réactions exemplaires face au virus. Les hôpitaux et cliniques ont soulevé des montagnes, et certaines ARS ont remarquablement orchestré la réponse sanitaire. C’est tout ceci qu’il faut capitaliser.

Plutôt que d’opposer les uns aux autres, considérons donc le bénéfice commun que nous aurions à impulser une nouvelle ambition pour l’action publique, vers, comme le préconise l’Institut Montaigne, « une plus grande transparence, une habitude du partage de l’information, une clarification de l’échelon de la décision et une responsabilisation des différents acteurs ». Ce dernier point, autour de l’accroissement des marges de manœuvre laissées à l’appréciation et à l’initiative des acteurs de terrain - l’épisode des masques est édifiant à ce titre - constitue l’une des attentes majeures de l’hospitalisation privée, que nous portons dans le Ségur.

Ne pas opposer, ne pas tomber dans la facilité non plus : il n’y a pas d’un côté un Etat défaillant et des collectivités territoriales exemplaires. Mais il y a à l’évidence de nouvelles formes de collaboration à faire émerger, « marquées par une confiance et une agilité inédites », notamment avec les Régions qui constituent certainement un échelon pertinent. La réussite indéniable de la stratégie de déconfinement illustre l’importance de ce dialogue, à consolider dans l’après-crise, au sein d’une gouvernance renouvelée de la santé sur les territoires.

Enfin, l’institut Montaigne plaide pour une « recomposition des rapports entre l’Etat et la société ». A l’issue de cette crise, notre pays est celui qui a le moins confiance en ses dirigeants. C’est assez injuste, notamment lorsque l’on considère l’ampleur des amortisseurs mis en place par l’Etat français pour tenter d’atténuer le choc économique et social. Mais il faut entendre ce signal, car nous ne pourrons affronter la suite sans cohésion nationale. Et dans le domaine du soin, sans bâtir une démocratie territoriale de santé, avec les élus, les ARS, les citoyens, et bien sûr les acteurs de santé dans toute leur diversité.



Citoyens et acteurs de santé : des attentes partagées


20200603 Edito 106 LG 3 juin
Nous vivons ensemble une période particulière et exigeante, où chaque acte posé requiert réflexion, discernement, clairvoyance. Dans notre quotidien, le virus marque le pas et la stratégie de déconfinement est plutôt habilement orchestrée. Pour autant, il ne faut pas se laisser griser par ces pans de liberté reconquises, et maintenir un strict respect des gestes qui nous protègent mutuellement.

Ce subtil équilibre, il est aussi aujourd’hui à l’œuvre dans nos hôpitaux et cliniques privés, qui se sont tant investis contre le virus, et qui aujourd’hui reprennent les soins en maintenant une vigilance de tous les instants à l’égard du Covid, pour accueillir les patients dans les meilleures conditions.

Mais l’enjeu de cette période post-crise aigüe est plus fondamental encore : saurons-nous vraiment, au-delà des applaudissements et des primes, faire émerger un système de santé à la fois plus performant pour les Français et plus attractif pour les professionnels ? Tant de « rapports » et de « plans » successifs, davantage bâtis dans la réaction que dans la construction, ont échoué faute de réelle vision.

Le Ségur de la Santé constituera-t-il enfin ce grand rendez-vous tant attendu, ce temps politique dont on se souviendra dans l’histoire de la santé comme ayant bousculé les représentations, changé les paradigmes ? Dire que je le souhaite est un euphémisme. En réalité, nous avons le devoir de réussir.

La santé, constituait déjà la préoccupation première des citoyens « avant ». Aujourd’hui, avec une réalité pandémique qui a fait irruption de plein fouet dans nos vies, installant une menace pérenne au-dessus de nos têtes, elle est devenue emblématique de ce qui nous protège et de ce qui nous sauve. Au-delà, les dommages économiques et sociaux que va connaître notre pays dans les prochains mois, renforcent cette nécessité de soins qui « réparent » le corps social.

En face de cette exigence, l’heure n’est donc pas à une énième grand-messe accouchant de demi-mesures. Disons-le, les attentes des citoyens et du monde de la santé sont les mêmes : des acteurs, publics et privés, qui travaillent ensemble en bonne intelligence sur les territoires au service des patients ; des établissements et des professionnels dotés enfin des moyens de remplir leurs missions, pleinement considérés et valorisés ; des approches moins technocratiques, moins complexes, guidées avant tout par la réponse aux besoins de santé et d’accès aux soins.

C’est à ces attentes communes, à cet élan, à cette ambition partagée entre la Nation et toutes celles et ceux qui soignent, que les Accords de la santé de juillet devront apporter une réponse sans précédent.







Une occasion unique


20200527 Edito 106 LG
Il y a des rendez-vous qu’on n’a pas le droit de manquer, car ils constituent au moins la promesse, à défaut de la certitude, d’un changement dans nos vies. Ainsi en est-il de ce Ségur de la santé qui constitue, au-delà de son appellation peu intelligible pour les citoyens, une occasion unique de bâtir les fondations d’un système de santé profondément rénové.

Certes, il y a un peu d’amertume à penser qu’il aura fallu une crise sanitaire aussi éprouvante pour, enfin, appuyer sur le bouton « avance rapide » de réformes réclamées par les acteurs de santé depuis longtemps. Mais à présent que la volonté politique est posée, nous avons collectivement le devoir de réussir à construire, selon les mots du Premier ministre, « des Accords de la santé robustes », fondés sur des propositions opérationnelles.

L’hospitalisation privée en est pleinement partie prenante, en tant que membre du « Comité Ségur » national, et s’engage dans la concertation avec un état d’esprit constructif et déterminé. Le Premier ministre comme le ministre de la santé ont été clairs : il ne s’agit pas d’un énième plan fléché sur le seul hôpital public, mais d’une démarche associant public, privé, libéraux, sanitaire et médicosocial.

Les Français ont été très sensibles aux coopérations développées pour combattre le virus : notre étude d’opinion « Viavoice » montre qu’ils sont 77% à souhaiter que celles-ci s’inscrivent de manière pérenne dans le paysage de la santé, plaidant ainsi pour une dynamique résolument inclusive de ce Ségur !

Cette même étude fait aussi apparaitre la reconnaissance des Français envers la mobilisation des établissements de tous statuts pendant la crise, et leur attachement à une revalorisation exemplaire des professionnels de santé. L’opinion publique ne s’accommodera à l’évidence pas de demi-mesures en la matière, et l’exécutif en a bien conscience…

Sur ces enjeux de revalorisation salariale également, l’équité doit prévaloir entre le public et le privé. Au regard de ce qui se passe pour la « prime soignants », dont les professionnels du secteur privé n’ont toujours pas été gratifiés, notre vigilance sera particulièrement soutenue.

Au-delà des enjeux de santé, notre pays est aujourd’hui particulièrement éprouvé sur le plan social et économique, et sans doute ne prenons-nous pas encore toute la mesure des dommages. Ces Accords de la santé ne peuvent donc pas être déconnectés du contexte plus général dans lequel ils se déroulent. Aussi la FHP mettra-t-elle particulièrement l’accent, dans sa contribution, sur les enjeux d’emploi, de formation, de carrières, d’élargissement des missions et des passerelles pour les professionnels de santé.

10% des emplois en établissements de santé sont vacants : impulser un « choc d’attractivité » pour les métiers du soin est une nécessité. La santé est une source de développement à haute valeur ajoutée pour notre pays, plus importante que jamais dans le contexte actuel.







La santé d’après : ce que veulent les Français


Edito 106 LG 20 mai 2020
« Rien ne sera comme avant » : comment éviter que cette formule, très prisée ces temps-ci, ne s’avère finalement qu’un mantra vide de sens ? Trois exigences doivent, j’en ai la conviction, nous guider.

Première exigence, celle de tirer toutes les leçons du passé, en l’occurrence du passé récent lié à la crise sanitaire. Le Président de la République et le ministre de la santé ont annoncé leur volonté de réorienter la réforme du système de santé à l’aune de l’exceptionnelle mobilisation de ces dernières semaines. La concertation qui s’ouvre à partir du 25 mai doit être l’occasion d’un vaste retour d’expériences, exhaustif, lucide, qui associe sans distinction de statut tous les acteurs de santé.

Nous venons de publier les résultats de notre sondage réalisé avec l’institut d’opinion Viavoice. En dépit de l’inquiétude, voire de la défiance ambiantes, la crise sanitaire a davantage encore conforté la confiance envers les acteurs de santé : 88% des Français ont confiance dans les cliniques privées, 85% dans les hôpitaux publics. De tels scores plaident pour que les changements soient vraiment coconstruits avec les acteurs.

Deuxième exigence, pour que rien ne soit plus comme avant : écouter ce que veulent vraiment les Français en matière de santé. Répondre à leurs attentes en matière d’accès aux soins, de qualité et de pertinence de leur prise en charge, de prévention, de prise en considération de la parole et de l’expérience du patient. Ecouter les acteurs de santé également, qui ces trois derniers mois ont fait la démonstration éclatante de leur aptitude à se dépasser.

Notre sondage interroge les Français sur leurs attentes après la crise : la reconquête d’une forme de souveraineté sanitaire, avec la relocalisation de la production de matériel sanitaire, arrive en tête. La pénurie de masques a profondément marqué une opinion publique en attente de protection, physique mais aussi symbolique. Apparait ensuite la nécessité de donner davantage de moyens aux établissements de santé pour accomplir leurs missions et de revaloriser les professionnels, axes qui devraient être au cœur du « Ségur de la santé ».

Troisième exigence enfin, peut-être la plus difficile après un cataclysme comme celui que nous venons de vivre : parvenir à poser un cap politique clair, à proposer des perspectives qui mobilisent et qui rassemblent, malgré les turbulences que notre pays va connaître sur le plan économique et social. Les déclinologues en tous genres sont déjà à l’affût. Ne rentrons pas dans ce jeu. La période qui s’ouvre doit s’efforcer de convoquer le meilleur de chacun.

Dans notre étude faite avec Viavoice, les Français plébiscitent la collaboration entre les hôpitaux publics et les cliniques privées : 77% considèrent que celle-ci doit se prolonger après la crise et s’inscrire comme une base d’organisation pérenne de notre système de santé, dans tous les territoires. Le message délivré par les citoyens pour « le monde d’après » - autre formule à laquelle il convient de donner du sens ! - est clair : il est celui de l’action dans la coopération, et nous devons tous l’entendre.







Soigner et rassurer


Edito 106 6 mai
La stratégie de déconfinement est un exercice d’équilibriste, entre protection de la santé, préservation des libertés, et reprise économique. Face à ces injonctions parfois paradoxales, il est bien compréhensible que les citoyens ressentent de l’inquiétude, voire du désarroi.

Dans cette période transitoire complexe, chacun a son rôle à jouer : l’Etat, qui donne un cap, les élus locaux, qui le déclinent et l’ajustent en fonction des réalités du terrain, et l’ensemble des acteurs de la société qui ont démontré, ces deux derniers mois, à la fois leur créativité et leur esprit de responsabilité. Cette créativité et cette responsabilité seront deux qualités majeures dans les semaines qui viennent, où vont se réinventer de nouveaux modes de vie, et où chacun devra par sa conduite « prendre soin » d’autrui.

C’est dans cet esprit que l’Hospitalisation privée a bâti, avec les Conférences médicales des établissements de santé, une Charte d’engagement baptisée « Vous soigner, vous rassurer » autour de la sécurisation des prises en charge dans les hôpitaux et cliniques privés.
Les Français doivent revenir consulter, leur santé en dépend, car de nombreux indicateurs aujourd’hui sont inquiétants sur le renoncement aux soins : mais ils reviendront si nous les rassurons, si nous leur disons clairement que dans ce contexte épidémique, nous déployons toutes les mesures recommandées et précautions requises, avec des professionnels formés qui assurent un accompagnement et un suivi personnalisés de l’état de santé de chacun.

Il ne s’agit pas d’une pétition de principes, mais d’engagements ancrés dans les pratiques du terrain qui se mettent en place, dans l’adaptation nécessaire des organisations, dans la créativité des professionnels qui doivent composer avec cette nouvelle donne : la vie, pendant sans doute encore de long mois, avec le Covid, et l’indispensable conciliation avec l’attention portée à toutes les autres pathologies.

Dans une telle démarche, il ne suffit pas de dire ce que nous faisons : il faut être à l’écoute des gens, de leurs appréhensions, de leurs attentes, de leurs demandes, et y répondre. Rassurer ne peut procéder d’une démarche unilatérale, mais d’une aptitude à créer l’adhésion. L’époque est au fleurissement des protocoles sanitaires divers, qui sont évidemment nécessaires : mais le défi du déconfinement ne sera relevé qu’avec la participation de toute la société, une société mature qui parvient à dépasser ses peurs, à être résiliente et surtout solidaire.

Résilience, agilité, responsabilité : nos vies déconfinées


Edito 106 LGZ
Il y a deux mois, l’entrée en confinement avait provoqué une sidération collective devant ce phénomène inédit qui faisait ainsi irruption dans nos vies. Cette sidération n’est pas moins grande à la faveur du déconfinement, tant le monde d’avant nous semble loin, tant notre quotidien, même dans ses aspects les plus anodins, est chamboulé par toutes les précautions qu’il nous faut prendre. En ce sens, le déconfinement est peut-être plus exigeant encore que la période qui lui a précédé ! Et la reconquête légitime, et même indispensable, d’espaces de liberté a une contrepartie : l’esprit de responsabilité.

Il va donc falloir que chacun s’adapte, progressivement et avec discernement, à cette nouvelle réalité, afin de trouver les bons équilibres. C’est le cas pour les établissements de santé, qui devront, pour reprendre les termes du rapport de Jean Castex publié lundi, « faire face de façon concomitante à une épidémie encore active et une reprise progressive de l’activité de soins programmés ». Les termes employés dans le rapport sont révélateurs des aptitudes qu’il convient de déployer à l’occasion de ce déconfinement : « réversibilité », « conciliation », « dérogation », « élasticité », autant de ressources d’agilité et d’adaptation qui, ainsi que nous l’avons démontré de manière indiscutable ces deux derniers mois, constituent la marque des hôpitaux et cliniques privées.

Le message que je ne cesse de porter depuis plusieurs semaines est clairement repris : pointant le « niveau inquiétant » du report des soins, Jean Castex appelle au rattrapage et à la reprogrammation des activités, fondés sur une concertation territoriale sous l’égide des ARS, « afin d’assurer une équité entre établissements ». Cette notion d’équité entre les établissements de tous statuts est fondamentale pour permettre une mobilisation massive en faveur du retour aux soins des Français.

L’adaptation, c’est ce qui caractérise également les professionnels de santé, alliée à une bonne dose de résilience : alors qu’ils étaient déjà tant sollicités, ils doivent à présent s’adapter à un nouveau contexte de soins, accaparant, minutieux, astreignant, et cela force l’admiration. Le Gouvernement a exprimé il y a quelques semaines sa volonté de leur manifester une juste considération, à travers notamment un dispositif de primes destiné au privé comme au public. Dont acte, mais à ce jour nous attendons toujours, aux côtés des autres fédérations hospitalières privées, l’aboutissement concret de cet engagement dans notre secteur. Nous mettons un point d’honneur à obtenir gain de cause, pour celles et ceux qui le méritent tellement.

Il est compliqué de se projeter dans l’avenir de nos vies déconfinées. Mais la crise, aussi éprouvante soit-elle, aura inculqué quelques leçons de vie, révélé des compétences et des talents insoupçonnés, requis de la hauteur de vue et de la force morale. Le déconfinement doit préserver cela, à savoir le meilleur de ce que nous pouvons tous réaliser. Il y aura des tensions, des protestations, parfois même des velléités de régler des comptes. A cela, il est largement préférable de substituer la volonté d’être constructif, de préserver la qualité de la relation humaine, de proposer des voies nouvelles d’organisation des soins, et surtout de porter mieux que jamais, au sein de notre profession, nos missions de service au public.



Devoir d’humilité


Edito 290420 texte centre
La gestion et le suivi de cette pandémie imposent un devoir constant d’humilité. La plupart des hypothèses qui avaient fondé les décisions prises il y a deux mois ont depuis lors été largement questionnées, voire remises en cause. « On apprend en marchant », reconnaissait hier un membre du Conseil scientifique. Telle est la réalité avec laquelle il va falloir longtemps composer, n’en déplaise aux démagogues de tous ordres, tant ce virus est imprévisible et cette situation, inédite.

Le discours du Premier ministre hier était empreint de cette humilité, traduite dans l’extrême progressivité du déconfinement : progressivité dans le temps, avec une doctrine réajustée selon des phases de trois semaines, et progressivité dans l’espace, avec une adaptation aux évolutions épidémiologiques des territoires. Il y avait de la solennité dans l’hémicycle hier, car ce n’est pas tous les jours qu’un arbitrage politique porte entre ses mains la survie économique d’un pays, mais surtout la santé et la vie des Français.

Cette humilité implique aussi, de la part des pouvoirs publics, d’être à l’écoute de celles et ceux qui combattent le virus, afin de faire évoluer les stratégies de façon pertinente et ancrée dans les réalités du terrain. Depuis le début de cette crise, l’hospitalisation privée a allié le déploiement d’une incroyable mobilisation sanitaire à la volonté d’être contributive et constructive à chaque étape. J’en veux pour exemple notre message de santé publique sur l’impératif retour aux soins des citoyens.

Nos établissements de santé sont des capteurs des évolutions épidémiologiques, des lanceurs d’alerte des dysfonctionnements, des réceptacles des souffrances d’une population. C’est cette réalité que notre Fédération porte et transmet à la puissance publique, qui doit l’entendre.

L’humilité consiste également à réaliser que rien n’est jamais immuable ou acquis, et, au lieu de le déplorer, d’en tirer les leçons nécessaires. Cette crise a démontré une capacité des acteurs de santé à dépasser des cadres statutaires étriqués pour porter ensemble des missions de service public. La promotion de l’intérêt général s’accommode mal des postures hégémoniques.

Enfin, l’humilité et la responsabilité, ce sont des principes qui vont guider les hôpitaux et cliniques privés dans les semaines et les mois à venir, pour accueillir dans un contexte épidémique tous les patients, dans les conditions les plus propices à les rassurer sur la sécurisation de leur prise en charge. Ce ne sera pas une tâche aisée, cela bouleverse déjà nos pratiques, mais nous le ferons et nous le ferons bien, car rien ne remplace la confiance de celles et ceux que nous soignons.






Dépassement de soi


Edito 106 22 avril
L’échéance du 11 mai focalise aujourd’hui tous les espoirs et toutes les peurs. Chacun mesure bien au fond de soi ce que cette date revêt de symbolique, voire d’un peu dérisoire, tant la réalité épidémique va encore s’inscrire longtemps dans le sillage de nos vies. Mais après ces semaines éprouvantes pour tous, il est légitime d’avoir besoin de perspectives rassurantes.

Il faut convenir que peu d’éléments participent à cette rassurance, car cette pandémie nous confronte à un monceau d’incertitudes, que ce soit sur la compréhension du virus ou sur les incidences sur nos modes de vie en particulier, et sur la marche du monde en général. Je perçois néanmoins, dans tout ce qui passe aujourd’hui, des phénomènes de dépassement de soi individuels et collectifs, qui permettent de retrouver un peu de confiance.

Dépassement de soi tout d’abord des professionnels et des établissements de santé, qui dans l’adversité déploient des ressources inouïes d’inventivité et d’humanité et repoussent les limites du possible. Et je ne parle pas seulement des solutions destinés à pallier le manque cruel d’équipements de protection… mais aussi des lits de réanimation crées en 48 heures, de l’entraide humaine et matérielle entre les régions, de la préservation de la dimension humaine du soin même sous la vague. Il y a de quoi être fier, et conforté sur notre capacité collective à faire face.

Dépassement de soi aussi par rapport à certains carcans ou certaines pesanteurs encore en vigueur dans un passé récent. Oui, le public et le privé sont parvenus à œuvrer ensemble contre le virus. Oui, certaines décisions administratives qui d’ordinaire prennent des mois ont été débloquées en quelques jours. Oui, chacun a dû sortir de sa zone de confort, et c’est bien l’un des rares apports de cette épreuve terrible : réaliser que d’autres modes d’action et d’organisation de la santé dans notre pays sont parfaitement possibles, et se donner les moyens de les pérenniser.

Dépassement de soi de la société : alors que les vies étaient bouleversées, nous avons assisté à une appropriation accélérées par la population française, de nouveaux modes relationnels, de nouvelles habitudes quotidiennes, autour notamment de ces fameux « gestes barrières ». On disait les Français indisciplinés et autocentrés, on les découvre responsables, créatifs et solidaires. C’est une leçon pour rebâtir en profondeur notre politique nationale de prévention, jusqu’ici notoirement insuffisante et davantage fondée sur la culpabilisation que sur la confiance. Nos établissements de santé auront un rôle majeur à jouer en la matière.

Dépassement de soi, enfin, pour préparer l’après, pour se mettre en capacité dans nos établissements de santé de continuer à soigner les patients Covid, bien sûr, mais aussi tous les autres patients de la manière la plus efficace et sécurisée. Là aussi, ce sont de nouveaux défis, compliqués, exigeants, mais nous allons y arriver, car les citoyens comptent sur nous, et cette sécurisation est la condition de la confiance et du retour indispensable aux soins.

Tous ces dépassements de soi, j’en ai la conviction, ne sont pas conjoncturels : la crise fonctionne comme un puissant révélateur de potentialités latentes, et il nous appartient de les faire fructifier. C’est un devoir, car personne n’a le droit de dire à toutes celles et ceux qui ont fait bouger les lignes : tout va redevenir comme avant. Plus que jamais, l’hospitalisation privée sera vigilante face à tout risque de retour des conformismes, et promotrice de voies nouvelles.

Apprendre de cette crise sanitaire


Image edito 15 avril
36,7 millions de Français étaient devant leur télévision lundi soir pour écouter le Président de la République, tant chacune et chacun, dans ces moments difficiles, a besoin d’explications et de perspectives. Pour ma part, je retiens de cette intervention trois moments.

Le premier moment, c’est lorsqu’Emmanuel Macron a rendu hommage « aux coopérations inédites entre les hôpitaux et les cliniques privées ». Cette reconnaissance officielle, au sein d’une allocution solennelle, est aussi importante que méritée. Elle s’accompagne d’un éloge appuyé aux soignants, et de toutes celles et ceux qui tiennent le pays debout et méritent considération et valorisation.

Cette coopération entre les secteurs hospitaliers de tous statuts ne doit pas être un feu de paille, attisé par l’urgence de la situation, mais une organisation durable sous l’égide d’une régulation juste et équilibrée des Agences Régionales de Santé, comme ce qui s’est passé en Ile-de-France. Les citoyens, qui plébiscitent cette intelligence collective, ne comprendraient pas un retour en arrière. Nous avons, à la faveur de cette crise, installé dans l’esprit de la population qu’une organisation plus mature entre les acteurs de santé était possible : nous n’avons pas le droit de les décevoir.


Le deuxième moment fort, c’est lorsqu’Emmanuel Macron a clairement reconnu que notre pays n’était pas assez préparé à un tel phénomène pandémique, notamment en ce qui concerne les équipements de protection. Cette situation délétère, nous la vivons et nous la dénonçons depuis de nombreuses semaines, en entrevoyant de loin en loin de faibles perspectives d’amélioration.

Dans une note du think tank Terra Nova publiée aujourd’hui, intitulée « Du H1N1 au Covid-19, comment les sociétés désapprennent », il est dit que l’expérience du H1N1 et le degré de mobilisation des autorités de l’époque (notamment sur les stocks de matériels de protection) aurait pu - du ? - avoir « un effet d’apprentissage particulièrement précieux » pour la suite. Hâtons-nous donc de tirer tous les enseignements des dysfonctionnements qui affectent actuellement la gestion de cette crise, d’y remédier, et surtout d’emmagasiner collectivement un savoir expérientiel pour l’avenir, tant nous devrons vivre pendant longtemps avec la réalité pandémique. La réussite du déconfinement, disons-le, dépend d’un sursaut sur les masques et les tests, promis pour toute la population alors qu’à ce jour même les professionnels de santé ne voient pas grand-chose venir…

Enfin, un troisième moment que je retiens est la référence au danger du renoncement aux soins. Les Français « doivent pouvoir continuer à consulter leur médecin », a dit le Président de la République. C’est le message que je porte avec force, notamment dans les médias, depuis une dizaine de jours : la nécessité, pour éviter toute perte de chance, que les citoyens retrouvent le chemin des établissements de santé et des cabinets médicaux. Voir que des services d’urgences fonctionnent à 30% de leur activité constitue un véritable signal d’alarme.

Dès à présent, les établissements adaptent leurs pratiques à un contexte pandémique qui va, hélas, nous accompagner longtemps. Il faut le dire clairement : aujourd’hui, c’est en restant chez soi qu’on prend des risques alors qu’on a besoin de consulter. C’est pourquoi nous mettons en place des circuits de prise en charge sécurisés, différenciés de ceux qui accueillent des patients Covid. Là aussi, nous apprenons en continu de ces nouveaux process, et nous acquerrons des savoirs indispensables pour préparer l’avenir et prodiguer toujours la meilleure qualité des soins.


Coronavirus : se préparer au temps long


Edito LG 8 avril
Le virus continue sa progression en France, et le déconfinement n’est pas pour demain. Au « pic » annoncé, les faits substituent plutôt la perspective d’un plateau, mobilisant encore pour de longues semaines les forces des établissements de santé et des professionnels. Une chose est certaine, nous allons continuer à vivre longtemps avec cette réalité épidémique, et il convient de s’y préparer.

S’y préparer, c’est d’abord mettre à disposition toutes les ressources pour faire face au virus. Il ne faut pas que se reproduisent, sur la disponibilité des tests de dépistage pour les personnels des établissements de santé, les lacunes d’anticipation et la pénurie constatées pour les équipements de protection. C’est un enjeu majeur, à la fois de sécurisation de la prise en charge des patients, et de rassurance pour des professionnels déjà largement éprouvés.

S’y préparer, c’est aussi organiser la mobilisation de tous à court et à moyen terme. Aujourd’hui, les services de soins continus et de réanimation sont soumis à une pression intense et déploient des moyens sans précédent pour soigner les malades. Mais après la phase aigüe, vient pour nombre de patients le temps nécessaire de la réadaptation, car les formes sévères de cette maladie peuvent laisser des séquelles : d’où le rôle majeur des établissements de soins de suite. Sans oublier, dans cette période collectivement traumatisante pour les soignants, pour les patients, et pour tous les Français, la contribution des établissements psychiatriques, dont Olivier Véran saluait hier à l’Assemblée Nationale « le remarquable travail ».

Se préparer sur le temps long suppose également de parvenir, après quelques semaines de gestion de l’urgence, à prendre de la hauteur et à considérer l’ensemble des enjeux de santé dans notre pays. Je partage l’alerte du ministère de la santé sur les risques encourus par un moindre recours aux soins. Le confinement étant amené à durer pour des raisons évidentes, les autres pathologies doivent être prises en charge, et j’ai porté clairement ce message ces derniers jours. Nous sommes là pour soigner la population.

Se préparer, enfin, sur le long terme, c’est évidemment poursuivre l’effort de pédagogie auprès des Français autour du respect scrupuleux des règles qui bouleversent leur quotidien, pour maximiser les chances de scénarios de sortie de crise rassurants. Mais c’est aussi réfléchir de manière prospective, à l’échelle d’une Fédération comme la nôtre, sur nos missions en intégrant en surplomb de toutes nos pratiques la réalité du Coronavirus et en tirant les enseignements des semaines écoulées.

Beaucoup d’incertitudes subsistent pour l’avenir. J’entends dire : « au moins, demain, on va s’intéresser davantage à la santé ». J’invite à la prudence et à la vigilance. Demain, notre pays va sortir affaibli de cette crise : il y aura des problèmes économiques, des enjeux sociaux qui devront légitimement être pris à bras le corps. Mais attention alors à ne pas, comme cela a souvent été le cas par le passé, laisser à nouveau de côté la santé et ses acteurs au profit d’autres priorités. Se préparer ensemble au « temps d’après », c’est affirmer la primauté de l’attention à accorder à la santé des Français et au changement de cap dans la prise en compte du risque sanitaire. Et c’est aussi accorder une reconnaissance à celles et ceux qui soignent sur laquelle, pour reprendre les mots d’Olivier Véran, « il ne faudra pas transiger ».

Public, privé, contre le Covid : "ensemble, c'est mieux..."


Edito 106 LG 01042020
Dans les pires moments, peut se révéler le meilleur de l’humain. Il y a eu dans un passé récent des résistances, des rétentions, des réticences : mais la gravité de la situation a balayé tout cela, et la coopération entre le public et le privé pour combattre le virus est à présent une réalité pleine et entière. Des solidarités, intra ou inter régionales, des partages de ressources humaines ou matérielles, se mettent efficacement en place.

Ce qui se passe notamment en Ile-de-France, dans le Grand Est ou encore dans les Hauts-de-France, où chacun déploie des efforts de mobilisation inouïs et repousse ses murs pour augmenter les capacités d’accueil en réanimation, voire pour créer des services de réanimation ex nihilo, en témoigne. Certes, l’angoisse collective face à la pandémie est intense : mais tant de réactivité et d’engagement, dans des conditions souvent dantesques, force l’admiration et mérite tous les éloges.

Cette organisation exemplaire doit impérativement se reproduire partout ailleurs. Si dans d’autres régions, nous avons déprogrammé les interventions non urgentes, si les professionnels se forment par anticipation sur les bonnes pratiques pour soigner au mieux les patients Covid+, c’est pour la meilleure et la plus impérieuse des raisons : être prêts, tous ensemble, quand cela s’avèrera nécessaire. Bien sûr, et il est important de rassurer les Français sur ce point, nous continuons aussi à assurer les autres urgences de santé, au sein de filières distinctes et sécurisées.

Disons-le clairement : le décalage entre les annonces et la réalité du terrain sur les approvisionnements - de masques, de protections diverses pour les soignants, de médicaments… - produit un effet puissamment délétère. Des messages, et surtout des actes forts de rassurance doivent être délivrés de toute urgence, alliés à l’indispensable dépistage massif des professionnels au sein des établissements de santé.

Ces femmes et ces hommes sont parfois confrontés à l’indicible : les protéger est une exigence absolue. Les cliniques psychiatriques y contribuent d’ailleurs par leur action d’accompagnement psychologique.

Enfin, il y a tout ce qu’on ne voit pas, tout ce qu’un éditorial ne pourra jamais restituer, ces gestes de sollicitude, cette créativité malgré la pénurie et la tension, ces solidarités d’équipe dans l’adversité, ces soignants qui appellent longuement les familles pour leur donner des nouvelles de leurs proches, cette préservation des valeurs éthiques… En somme tout ce qui fait dire que même dans le pire, pour paraphraser le titre d’un livre populaire, « ensemble, c’est mieux ».

Coopérer, protéger, soigner : le privé pleinement mobilisé


Edito 106 LG 25 mars 2020
Notre système de santé comme notre société tout entière vivent une déflagration d’une violence inouïe. Nos repères les plus élémentaires sont bousculés, nos certitudes ébranlées, notre vision de l’avenir assombrie. Dans ce chaos, les Français mettent plus que jamais leur espoir dans les établissements de santé et leurs soignants pour gagner la guerre contre le virus.

Mais dans toute guerre, il y a quelques principes stratégiques clés à respecter.

D’abord, une coopération sans faille des acteurs de santé, car chaque jour compte. Après des débuts laborieux dans certains territoires, le bon sens semble de retour. Les citoyens se soucient comme d’une guigne de querelles dérisoires : ils attendent de nous que nous luttions ensemble, dans des circonstances exceptionnelles qui imposent l’unité et la solidarité. Ils attendent que nous sachions nous adapter et nous organiser, vite, lorsque dans une région la pandémie monte en puissance. Je veux leur dire que nous sommes là, pour les soigner de notre mieux, et que nous resterons sur le front en dépit de la déferlante.

Ensuite, l’impératif de protection des soignants. Ce n’est pas pour faire le « buzz » que j’ai été très présent dans les médias ces derniers jours, mais parce qu’en tant que président de la FHP, je dois jouer mon rôle de lanceur d’alerte. Et clairement aujourd’hui, il y a le devoir collectif de doter massivement les professionnels de santé des équipements sanitaires indispensables pour faire barrage au Covid. Certes, les initiatives citoyennes fleurissent, et c’est formidable, mais aussi profondément préoccupant car cela révèlent les failles de notre Etat protecteur. C’est parce que nous soutenons l’action, ô combien ardue, du ministre de la santé et de l’ensemble du Gouvernement, que nous estimons indispensable d’alerter quand cela est nécessaire.

Enfin, la prise de conscience pour préparer demain. Les formules « il y aura un avant et un après » ou encore « rien ne sera jamais comme avant », peuvent vite devenir vides de sens. Soyons vigilants : nous aurons certes besoin de résilience, mais aussi de mémoire. Les acteurs de santé seront là pour rappeler l’inestimable valeur des soignants et leur contribution fondamentale à notre humanité. Ils seront là pour tenter de rétablir une certaine hiérarchie des valeurs, au sein de laquelle le soin et la santé bénéficieront enfin de toute la reconnaissance qu’ils méritent.

A ce moment-là, quand nous essaierons, comme dit Christian Bobin, « d’extraire du chaos la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin », il faudra s’en souvenir.

Guerre contre le Covid-19 : l’hospitalisation privée sur le front


MODELE edito 106 hebdo 18 mars 2020
Le Président de la République nous a appelés à nous hisser, individuellement et collectivement, à la hauteur de ce moment d’une exceptionnelle gravité que notre pays connait. Les 1000 hôpitaux et cliniques privés sont pleinement mobilisés, aux côtés des établissements publics et associatifs et de la médecine de ville, dans une lutte contre la pandémie où chaque jour compte.

Nous avons procédé à la déprogrammation de 100 000 interventions non urgentes. Nous avons mobilisé, sur l’ensemble du territoire, 4000 lits de réanimation et de soins intensifs. Nous sommes guidés par le devoir de libérer toutes les places disponibles afin d’accueillir les patients atteints de Covid-19, et de leur prodiguer les meilleurs soins, tant techniques qu’humains.

Le Président de la République a employé une rhétorique martiale qui est réellement à la hauteur de la réalité de ce que nous vivons sur le terrain, notamment dans les régions les plus touchées, où d’ores et déjà nos équipes soignantes sont mises à rude épreuve. Dans cette guerre sanitaire, les soldats du soin font preuve d’un dévouement exemplaire. Il faut les soutenir. Nous avons prévu des cellules psychologiques de soutien aux soignants quand ils seront en continu dans l’action.

Il faut aussi les protéger ! Cet impératif de protection est majeur, et j’ai cette semaine, aux côtés d’autres acteurs, joué mon rôle de lanceur d’alerte. Sans polémique, avec responsabilité, et avec un message clair : on ne part pas sur le front sans rien. L’urgence, aujourd’hui, est donc d’assurer la sécurité de nos professionnels par un approvisionnement des matériels de protection individuelle (masques, gants, blouses…) à la hauteur de l’enjeu. C’est fondamental pour garantir l’engagement sans faille de tous.

Les événements les plus tragiques peuvent réveiller ce qu’il y a de meilleur en l’être humain : la responsabilité, l’empathie, le courage, le dévouement sans bornes à autrui. Dans quelques semaines, quelques mois, nous serons tous amenés à tirer des leçons de ce que nous vivons. Faisons tous en sorte de pouvoir ensemble, dire demain : « Nous étions là, nous avons agi, et nous y sommes parvenus ».

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Elections municipales : l’enjeu de la santé


MODELE edito 106 hebdo 11 mars 2020
Plus que quelques jours, et nous serons toutes et tous appelés à nous rendre aux urnes pour élire notre futur maire. Alors que l’évolution de la gouvernance politique de la santé est aujourd’hui au cœur des débats, la Fédération de l’Hospitalisation Privée a souhaité consulter ses adhérentes et ses adhérents sur leurs liens avec leurs maires, et leurs attentes pour l’avenir. Les enseignements qui ressortent de cette consultation sont particulièrement dignes d’intérêt.

Le premier enseignement, c’est l’importance que revêt pour les acteurs de santé un lien de qualité avec les élus de leurs territoires. 86% des responsables d’hôpitaux et cliniques privés ont rencontré leur maire lors de la dernière mandature, et 85% se disent satisfaits de la relation ainsi établie. Deux bémols : le souhait d’une meilleure connaissance par les maires de l’offre de soins privés, et d’un soutien accru sur certains projets. Alors que les enjeux d’accès aux soins de proximité sont au cœur des préoccupations des Français, il est essentiel de s’inscrire, avec les maires notamment, dans une co-construction pour trouver ensemble les réponses adaptées. Les maires sont souvent des facilitateurs, pragmatiques et engagés, de coopération.

Le deuxième enseignement, c’est l’affirmation de la légitimité du maire à avoir son mot à dire sur les sujets de santé… 90% des directrices et directeurs des établissements de santé privés estiment que la santé doit figurer dans les priorités du maire, et 66% vont même plus loin en souhaitant que les maires disposent de davantage de pouvoirs en la matière ! J’ai eu la chance, au congrès de l’Association des Maires de France, d’échanger avec des maires de la France entière sur leurs préoccupations en matière de santé : ils se sentent tiraillés entre les demandes impérieuses de leurs concitoyens, et une latitude d’action qu’ils estiment trop faible. Et bien sûr, la gestion du Covid-19 mobilise aujourd’hui les énergies de tous, les élus comme les acteurs de santé que nous sommes, unis dans la nécessité d’une réponse cohérente et coordonnée.

Enfin, le troisième enseignement, c’est le rôle fondamental des établissements de santé privés, pour faire vivre la santé sur les territoires et être vraiment « acteurs de la cité ». Au sein de 67% des établissements répondants, des initiatives participent pleinement de l’animation de la vie municipale : actions de prévention et de dépistage, relations avec les établissements scolaires et les associations, forums de l’emploi… Au-delà, 95% des directrices et directeurs souhaitent pour l’avenir entretenir des relations encore plus partenariales avec leurs édiles locaux, sur des sujets tels que l’accès à des consultations médicales sur leur commune.

Ces résultats traduisent, de la part des hôpitaux et cliniques privés, ancrés sur les territoires, créateurs d’emploi, une dynamique encourageante pour l’avenir. Ils révèlent une confiance bienvenue dans les élus et un attachement aux valeurs de civisme. Ils montrent enfin en filigrane, en ces temps d’épidémie de Coronavirus qui fragilisent le corps social, une hospitalisation privée engagée, et prête à assumer pleinement le rôle d’accueil et de soins qui lui est confié.

Une question de temps


MODELE edito 106 hebdo 4 mars 2020
La question de la gestion du temps, fondamentale en politique, est particulièrement présente dans l’actualité. Gestion du temps de crise dans la lutte contre le Coronavirus, où chaque jour compte pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Gestion du temps politique dans le débat sur les retraites, entre débats qui s’éternisent et volonté d’aller vite dans la réforme.

Lorsque nous avons signé en février avec Agnès Buzyn le protocole sur la pluriannualité des ressources, c’était aussi dans l’esprit d’une réappropriation de cette gestion du temps : substituer à l’arbitraire d’arbitrages couperets, des capacités d’anticipation et de vision de long terme pour nos établissements de santé. La maîtrise de la temporalité est un enjeu stratégique majeur et une aide inestimable pour développer des projets pour nos patients.

J’ai par ailleurs la conviction que toute logique de « contractualisation » confère aux parties prenantes – en l’occurrence les acteurs de santé et la puissance publique - un surcroît d’exigence et de responsabilité. En témoigne un premier effet positif du processus vertueux ainsi initié : une campagne tarifaire respectueuse du calendrier et globalement conforme aux engagements politiques pris.

On a parfois coutume de dire que le temps politique n’est pas celui des acteurs économiques, ni celui des évolutions sociétales. Davantage de dialogue et de concertation, une meilleure prise en considération des corps intermédiaires, un consensus autour d’engagements partagés, peuvent pourtant contribuer à harmoniser davantage les tempos.

Nous restons évidemment toujours, et fortement en vigilance, tant le tissu hospitalier est fragilisé. Lorsqu’un fait nouveau, imprévisible, fait irruption dans notre quotidien, a fortiori de l’ampleur d’une épidémie, ce sont toutes les structures hospitalières qui sont fortement mobilisées, voire mises en tension. Ce qui se passe actuellement doit plus que jamais faire prendre conscience de l’attention profonde, constante dont les hôpitaux, les cliniques et les professionnels de santé doivent faire l’objet, avec des moyens à la hauteur.

Dans ce contexte, les maires sont eux aussi particulièrement mis à contribution. Parmi les élus, ce sont ceux qui bénéficient de la meilleure cote de confiance, investis d’un rôle de rassurance et aussi de mise en garde contre la désinformation… Dans notre consultation pour les élections municipales, les directrices et directeurs d’établissements de santé privés expriment une volonté forte d’entretenir dans l’avenir une relation encore plus partenariale avec leurs maires, et d’être pleinement investis dans la cité. C’est une dynamique intéressante, prometteuse, qui montre que le temps politique et le temps des acteurs peuvent être à l’unisson, lorsqu’une logique vraiment coopérative s’instaure pour faire vivre la santé et l’accès aux soins dans les territoires.

Responsabilité sanitaire


MODELE edito 106 hebdo 26 fevrier 2020
Face à l’accélération de l’épidémie de pneumonie virale à travers le monde, la France intensifie son action. Un guide méthodologique de préparation au risque épidémiologique Covid-19 vient notamment d’être diffusé par le ministère de la santé. Il expose clairement la réponse graduée mise en place pour endiguer la propagation du virus dans notre pays, et la potentielle montée en puissance de la mobilisation des acteurs de santé, si nous en arrivions au stade épidémique et à une circulation active du virus sur le territoire national.

« Tous les établissements de santé doivent se préparer en conséquence », précisent les pouvoirs publics, même si la priorité est aujourd’hui l’identification et l’isolement rapide de patients qualifiés de « cas suspects », qui demeurent pour le moment des cas sporadiques ou des clusters limités.

L’hospitalisation privée, comme tous les acteurs de santé, est en lien étroit sur ce sujet avec le ministère. Les hôpitaux et cliniques privés sont prêts à répondre à toute sollicitation des Agences Régionales de Santé, dans le cadre d’une mobilisation susceptible de s’avérer nécessaire dans les semaines à venir.

L’enjeu de cette période particulière est de trouver le bon point d’équilibre : aborder une telle situation avec, soit légèreté excessive, soit gesticulation alarmiste, est aussi contre-productif dans un cas que dans l’autre. Activer les peurs est un ressort démagogique, qui porte préjudice à l’action efficace et vigilante des acteurs, qu’ils soient politiques, institutionnels ou de santé. Aujourd’hui, face à cet épisode sanitaire inédit, nous sommes tous placés en position de responsabilité.

Sans oublier le rôle important de l’ensemble des citoyens ! Les comportements civiques, le strict respect des règles d’hygiène à l’égard d’autrui, mais aussi le refus de tout ostracisme, sont autant de marqueurs d’une société mature, apte à faire face aux situations à risque.

L’OMS, pour qualifier les allégations fantaisistes voire dangereuses sur le sujet du coronavirus, emploie le terme d’« infodémie ». Ce virus là aussi doit pouvoir s’endiguer ! Grâce à la confiance dans la puissance publique et les professionnels de santé, grâce à la transparence de l’information, et grâce, comme le dit le guide, à « l’investissement continu » de tous contre le virus.

Gardons le cap


MODELE edito 106 hebdo 19 fevrier 2020
Nous venons de vivre une tempête politique inédite. Elle a provoqué en quelques jours le départ de la ministre de la Santé Agnès Buzyn et son remplacement par Olivier Véran.

Pour le monde de la santé, c’est un bouleversement important dans un contexte politique et social déjà fragile. Des années de rigueur budgétaire ont aggravé les difficultés économiques et sociales des établissements de santé conduisant à l’exaspération les professionnels. Dans le même temps, nos établissements sont engagés dans une nécessaire et ambitieuse transformation du système de santé.

Pour garder le cap, nous devons nous appuyer sur une méthode éprouvée : celle de l’écoute et de la considération. Agnès Buzyn a inauguré une nouvelle ère dans les relations entre le ministère et les professionnels de santé et je souhaite l’en remercier. Elle a pris soin d’écouter et de considérer chacun, sans différence de traitement liée à son statut. Elle a instauré un dialogue mature, basé sur la confiance, après des années de stigmatisation. C’est une avancée majeure qui doit être préservée car elle est indispensable pour réussir la transformation de notre système de santé et répondre aux attentes des patients.

Nous avons tous à gagner à la poursuite de cette dynamique d’inclusion et de responsabilisation. A ce titre, tous les établissements de santé doivent être soutenus dans leur mission de soin et bénéficier des mesures en faveur de l’attractivité.

Olivier Véran est un professionnel reconnu et un parlementaire expérimenté qui connaît bien notre profession. Nul doute qu’il poursuivra avec détermination et équité la transformation de notre système de santé. Dans sa mission, il pourra compter sur une hospitalisation privée responsable et engagée au service de la santé de tous.

Le Bon Chemin


MODELE edito 106 hebdo 12 fevrier 2020
En juin 2018, dans le document de contribution à la transformation du système de santé de la Fédération de l’Hospitalisation Privée, nous pointions la nécessité « d’offrir une visibilité à trois ans sur l’évolution des ressources des établissements de santé ». Toute bonne idée a, dit-on, vocation à prospérer ! La signature jeudi dernier, entre la ministre de la santé et les fédérations hospitalières, d’un protocole garantissant cette visibilité est l’aboutissement heureux d’un travail de conviction mené de longue date auprès de nos interlocuteurs institutionnels.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la signature de ce protocole intervient maintenant. Pour tout, il y a un temps politique. Le temps, d’abord, de tisser avec le ministère de la santé des relations de confiance et d’écoute réciproques. Le temps, aussi, que l’ensemble des fédérations travaillent de concert sur cette démarche, donnant ainsi davantage d’impact à nos arguments. Le temps, enfin, d’un gain en maturité collectif, privilégiant des relations plus contractuelles et plus responsables entre l’Etat et les acteurs de santé.

Le protocole ainsi signé prévoit une progression minimale de l’Ondam de 2,4% pour les trois prochaines années, et garantit des socles minimum d’évolution annuelle des tarifs ajustés chaque année. Il n’était plus concevable qu’un secteur aussi fondamental que celui de la santé, qui porte des enjeux prospectifs immenses, continue à pâtir d’un pilotage à courte vue. Si nous voulons être audacieux pour innover et ambitieux pour les patients, avoir les moyens de voir loin est déterminant !

Enfin, j’y vois aussi la reconnaissance tangible de l’engagement des établissements de santé, et notamment des hôpitaux et cliniques privés, dans la transformation du système de santé. Disons-le, ne plus avoir constamment les yeux braqués sur les arbitrages financiers et libérer du temps et de l’énergie pour la stratégie et la prospective est appréciable… Le protocole formalise notre contribution à des chantiers capitaux pour l’avenir, tels que la qualité et la pertinence des soins ou encore la qualité de vie au travail et la fidélisation des professionnels. Nous serons au rendez-vous.

Agnès Buzyn a parlé à juste titre d’une « démarche inédite » et d’un « changement de méthode complet ». Souhaitons que cet esprit diffuse sur d’autres sujets et dans d’autres sphères, car c’est à l’évidence le bon chemin.

Projets de vie


MODELE edito 106 hebdo 5 fevrier 2020
Sondage après sondage, la cote d’amour des professionnels de santé ne se dément pas : selon une étude Opinion Way présentée hier à l’Académie nationale de médecine, 95% des Français ont une bonne image des personnels soignants et 92% une bonne image des médecins. Tous sont crédités des qualités de sérieux, de compétence ainsi que de passion pour leur métier.

Hier, c’était la Journée mondiale de la lutte contre le cancer. Ces scores de confiance, aussi remarquables que mérités, tombent à point nommé pour saluer tous les acteurs de cette lutte. Si 80% des Français, dans cette même étude, considèrent disposer « d’un des meilleurs systèmes de santé du monde », c’est aussi, sans doute, une manière de saluer les immenses avancées dans la recherche et la prise en charge de maladies telles que le cancer.

Aujourd’hui, des patients vivent au quotidien avec le cancer, et cette chronicisation de la maladie nous invite à repenser les enjeux de l’accompagnement, du parcours, du « vivre avec ». La qualité de la prise en charge initiale, dans toutes ses composantes, est déterminante pour bâtir la relation thérapeutique et de confiance indispensables au suivi au long cours de la personne.

Sur cet enjeu également, il est intéressant de détecter les « signaux faibles » dans ce qu’expriment les Français : leur attachement à la prise en compte du bien-être des patients, de la qualité de vie avec la maladie, est fort. Il s’accompagne d’un souhait, mâtiné d’inquiétude : qu’une médecine forcément vouée à devenir « plus technologique » (93% sont en accord avec cette idée) sache également sanctuariser sa dimension humaniste et sa capacité à l’empathie.

La recherche se développe beaucoup autour des différentes voies pour aider les patients à mieux vivre avec la maladie. Notre secteur de l’hospitalisation privée s’est beaucoup investi ces dernières années sur le sujet, en prenant en compte le patient dans l’ensemble des composantes de sa prise en charge et de son itinéraire de vie.

Pour 77% des Français, le rôle d’un médecin est bien sûr de guérir, mais aussi d’être à l’écoute des souffrances de la société. La chronicisation d’un certain nombre de pathologies, dont le cancer, nous appelle à revisiter notre conception collective de la maladie au sein de cette même société. Pour les acteurs de santé que nous sommes, c’est une dimension essentielle de notre engagement, celle de l’accompagnement des patients tout au long de leur projet de soin et de vie.

Citoyens du monde


MODELE edito 106 hebdo 29 janvier 2020
Nous sommes tous des citoyens du monde, et la manière dont ce monde fonctionne ou dysfonctionne a des impacts majeurs sur notre santé. Les bouleversements climatiques ont, et auront, des incidences certaines sur notre état de santé physique et psychique, soit directes, soit indirectes au regard notamment des conséquences sur la biodiversité. Les pays victimes de catastrophes naturelles ou industrielles paient un lourd tribut en matière de santé : à titre d’exemple, les dramatiques incendies en Australie ont entrainé, outre des difficultés respiratoires, une hausse des troubles mentaux. De même, les facteurs géopolitiques conditionnent un certain rapport à l’information en santé, transparence ou repli sur soi....

Nous ne pouvons évidemment pas regarder tout ceci de manière distanciée, car tous ces soubresauts à l’échelle de la planète nous touchent. La récente découverte d’un nouveau coronavirus, et la confirmation de plusieurs personnes touchées sur notre sol, l’illustrent parfaitement.

Dans de tels moments, le mot « responsabilité » prend tout son sens. Toute « épidémie » renvoie à des peurs ancestrales et ravive certains comportements irrationnels - tels que la ruée sur les masques chirurgicaux - voire de stéréotypes déplacés, dont la population asiatique est aujourd’hui l’objet. Sans compter les fake news sur les réseaux sociaux ou la théorie du complot visant les pouvoirs publics…

Les acteurs de santé sont investis dans un tel contexte d’un rôle particulier, en lien avec les gouvernements : celui d’informer tout d’abord, de délivrer les informations objectives qui à la fois rassurent, coupent court aux rumeurs, et surtout favorisent les bons réflexes au service de la santé de tous.

Autre responsabilité, celle du partage des études des équipes scientifiques françaises avec leurs homologues à travers la planète : ce sont ces expertises conjuguées qui permettront peut-être demain, par exemple, de connaître la durée de contagion et de mieux contrôler l’épidémie.

Enfin, face à une telle situation, tous les acteurs de santé doivent se mobiliser et se tenir prêts à proposer les conditions de prise en charge les plus adéquates. Les hôpitaux et cliniques privés ont toujours répondu présents dans les situations de crise de toute nature, et celle-ci ne fera pas exception. Tous les sujets sur lesquels la Fédération se déploie - en ce moment évidemment, les enjeux majeurs de la campagne tarifaire et de la pluriannualité des ressources – convergent d’ailleurs vers cet objectif : disposer des moyens de remplir pleinement nos missions au service des populations soin.

Ethique et équité


MODELE edito 106 hebdo 22 janvier 2020
Un simple coup d’œil sur certains réseaux sociaux pourrait nous amener à désespérer de la qualité du débat public dans notre pays. Gardons-nous de généralités, les sujets bioéthiques en témoignent !

Les Etats généraux de la bioéthique avait permis une large expression des citoyens, dans le respect des valeurs républicaines. Aujourd’hui, les parlementaires s’emparent du projet de loi bioéthique dans un climat apaisé, même si des divergences sont inévitables - et même souhaitables - sur des sujets aussi majeurs et sensibles. Les observateurs des débats à l’Assemblée Nationale avaient salué leur qualité, et les sénateurs de tous bords se disent guidés par la même volonté. Quoi qu’on en pense sur le fond, le fait que certaines postures caricaturales n’aient plus cours constitue un vrai progrès démocratique, dont il y a lieu de se réjouir.

Dans notre profession, nous suivons évidemment avec attention le cheminement parlementaire du texte. Les établissements de santé privés sont très engagés dans les processus de Procréation Médicalement Assistée, avec des standards de qualité élevés contrôlés par les Agences régionales de santé, et selon des conditions strictement identiques à celles de leurs homologues du public.

Aujourd’hui, 60% des PMA réalisées en France le sont dans des centres privés qui maillent l’ensemble du territoire. Et des centres privés pratiquent déjà aujourd’hui l’activité de conservation des gamètes, dans des conditions tant médicales qu’éthiques irréprochables. Après les députés, ce sont donc les sénateurs qui en commission ont logiquement souhaité affirmer l’extension de cette activité de conservation de gamètes à l’ensemble du secteur privé. Mais rien n’est encore acquis…

Alors que le projet de loi arrive en séance publique au Sénat, je tiens à l’affirmer : personne ne peut douter que sur de tels sujets, l’exigence éthique soit aussi draconienne dans le privé que dans le public.

Par ailleurs, ce texte est porteur d’avancées sociétales, voulues et assumées par ses acteurs. Chacun, indépendamment des considérations statutaires, doit donc s’efforcer de répondre aux attentes légitimes qui s’expriment. Il s’agit de permettre ainsi une véritable accessibilité aux soins et aux nouvelles prises en charge permises par le projet de loi. Sans oublier cet autre enjeu d’importance qu’est la valorisation de l’excellence des centres français !

Sur ce sujet où les enjeux éthiques et d’équité se croisent, mon souhait est simple : la reconnaissance des missions de l’ensemble du secteur privé et de notre contribution aux évolutions de la société.

Redonner du sens


MODELE edito 106 hebdo 15 janvier 2020
C’est une phrase qui ne nous a pas échappé : « Vous pouvez compter sur moi pour vous accompagner dans la transformation du système de santé dans laquelle vous êtes engagés ». Lors de ses Vœux lundi soir, la ministre de la santé a dit sa détermination à soutenir l’ensemble des acteurs de santé, évoquant leur « détresse » : celle de l’hôpital public bien sûr, mais aussi celle des autres composantes du système, dont le secteur privé, qualifiées « d’essentielles ».

Cette expression n’est pas anodine, dans un contexte où, en novembre dernier, les annonces du plan « Investir à l’hôpital » avaient largement laissé de côté le secteur privé. Pourtant, les enjeux de relance de l’investissement, de rémunération ou encore de renforcement de l’attractivité des carrières concernent l’ensemble des établissements, publics comme privés. Les professionnels de santé exerçant dans les hôpitaux et cliniques privés méritent eux aussi attention et reconnaissance. Faire des arbitrages à rebours de l’équité porte préjudice à l’ensemble du système de santé. En 2020, j’affirmerai plus que jamais cette exigence d’une prise en considération systématique de notre profession. Pas pour une satisfaction narcissique, mais pour le service au public !

Vous le savez, les fédérations hospitalières publique et privées parlent désormais d’une même voix sur certaines orientations politiques fortes. Chacun a fait un pas pour insuffler cet esprit nouveau, et j’y ai moi-même œuvré. Notre pays est en proie à suffisamment de fractures sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter ! Les acteurs de santé sont attendus, peut-être davantage que les autres, sur un discours de responsabilité et de réponse pragmatique aux besoins. Face aux défis à venir, rentrer dans des polémiques vaines constituerait le pire des paris. Pour bâtir les parcours et les coopérations indispensables, il faut un secteur privé et un secteur public à égalité de forces comme de moyens, de droits comme de devoirs.

J’entends ce qui se passe en ce moment, y compris au sein des hôpitaux publics. Nous avons des différences de vue, mais aussi quelque chose en commun : une quête de sens. Trop souvent dans la santé, les approches administrées et les visions comptables priment sur le sens que nous aspirons tous à donner à nos missions. La complexité abyssale de l’environnement, les procédures descendantes, les injonctions contradictoires : tous les établissements de santé sont familiers de ce quotidien. Des ressources inépuisables d’abnégation et de passion sont souvent nécessaires pour continuer, dans l’adversité, à retrouver du sens et tout simplement à soigner.

Un défi de taille profile pour l’avenir : ramener les jeunes générations vers les métiers du soin. Au début de ses vœux, Agnès Buzyn a annoncé sa volonté de doubler les formations d’aides-soignants. C’est positif. Mais au-delà, nous ne susciterons l’envie d’exercer ces métiers magnifiques que si la transformation du système de santé parvient à redonner tout son sens à l’acte de soin.

Quelques principes pour la nouvelle décennie


MODELE edito 106 hebdo 8 janvier 2020
Il est un peu passé inaperçu, sans doute pour ne pas trop plomber l’ambiance des fêtes… Mais le « bilan de santé » des professionnels de santé établi par l’institut d’opinion Odoxa n’est guère florissant. Ils se disent en effet majoritairement insatisfaits au travail, à 54%, alors que par comparaison plus des trois-quarts des Français expriment une satisfaction à l’égard de leur contexte professionnel.

Ce qui réunit tout le monde en revanche, c’est la vision très sombre de l’avenir de notre système de santé, 57% des Français et 78% des professionnels portant sur celui-ci un regard négatif, les pourcentages grimpant à respectivement 78% et 96% concernant la situation de l’hôpital. Pour parachever le tableau, 75% des Français et 92% des professionnels estiment que la situation va encore empirer…

Il faut regarder cette réalité en face, à savoir cette profonde inquiétude que notre propre Baromètre FHP-Viavoice de décembre traduisait également. Non pour jouer les pleureuses, mais au contraire pour y puiser la force, pour la prochaine décennie, de porter des principes fondateurs.

Le premier principe, c’est celui de la reconnaissance de celles et ceux qui soignent. Le philosophe Frédéric Worms le dit parfaitement : le soin structure des pans entiers des relations humaines. Il contribue à une société plus soudée, plus solidaire. Nous savons bien que nous aurons de nombreux périls à affronter dans les années futures : les établissements de tous statuts et les professionnels de santé seront, plus que jamais, indispensables pour protéger et réparer. La valorisation des professions du soin doit être un impératif politique pour la décennie à venir.

Le deuxième principe, c’est encore et toujours celui de l’équité. A tort ou à raison, le sentiment d’injustice taraude les citoyens. Il est le ferment des divisions, des replis sur soi, à l’échelle individuelle ou collective. Les dix dernières années ont occasionné dans notre pays des fractures de toutes sortes. Notre profession elle-même a, par le passé, ressenti qu’elle n’était pas considérée à la mesure des missions d’intérêt général qu’elle accomplissait. La donne a réellement évolué, mais il faut toujours prendre garde à ne jamais donner prise, dans les arbitrages politiques, à l’absence d’équité et à l’injustice. La confiance jette des ponts pour bâtir l’avenir.

Enfin, dernier principe qui sera ma ligne directrice en 2020 : soyons utiles, soyons responsables, soyons au service du public. En ce début d’année chaotique sur le plan social, sachons retrouver le sens du service au public, partout et pour tous. Ne jouons pas avec le feu. La dernière décennie a vu émerger des extrémistes de tous ordres. Puisque nous avons la chance immense de vivre dans un pays où nous pouvons prendre la parole, exerçons ce droit de manière pleine et responsable, en étant constructifs et force de proposition pour les réformes à venir.

Je vous souhaite une belle année 2020 !

Des engagements pour 2020


MODELE edito 106 hebdo 18 decembre 2019
« Agnès Buzyn prend des engagements devant la Fédération de l’Hospitalisation Privée » : ainsi titrait une dépêche au lendemain de la venue de la ministre de la santé à nos « Rencontres », événement annuel de notre secteur qui se déroulait les 12 et 13 décembre derniers à Paris. Elle résume bien la tonalité de ce que fut son échange avec les acteurs des hôpitaux et cliniques privés : direct, sincère et constructif.

Sur le papier pourtant, convenons que le contexte général n’était pas optimal. Organiser un événement dans un Paris quasi paralysé relevait de la gageure ! Pourtant la profession a répondu largement présent, offrant l’image de femmes et d’hommes mobilisés pour répondre aux besoins de santé, mais aussi inquiets quant aux moyens nécessaires pour remplir leurs missions. De l’autre côté, nous avions une ministre accaparée par le dossier brûlant des retraites, qui néanmoins a pris le temps de venir vers nous et de nous délivrer plusieurs messages sur les réformes en cours.

Agnès Buzyn s’est dit à la fois consciente des difficultés de nos établissements de santé et convaincue que nous rendions « un service considérable », notamment dans certains territoires où nous sommes la seule offre de soins. Cette reconnaissance s’est du reste traduite dans les faits en 2019, notamment avec la hausse des tarifs ou encore le récent dégel intégral du coefficient prudentiel.

Mais cette inflexion plus que bienvenue ne portera ses fruits qu’en s’inscrivant dans la durée, en s’incarnant dans une trajectoire réellement positive et prometteuse pour les années à venir et en se fondant sur des méthodes de travail lisibles et partagées. Agnès Buzyn a donné quelques gages dignes d’intérêt, sur les tarifs, sur la qualité, sur les autorisations aussi, dont nous espérons la pleine concrétisation en 2020.

L’estime qu’elle nous accorde, et qui est réelle, s’accommode toutefois mal aujourd’hui d’un plan gouvernemental quasi exclusivement tourné vers l’hôpital public. Ce sont tous les professionnels de santé, publics et privés, qui méritent d’être considérés et valorisés : les Français ne disent pas autre chose lorsqu’ils demandent à 88 % aux pouvoirs publics de soutenir davantage les acteurs de santé *.

Enfin, l’exemplarité est aujourd’hui une valeur à laquelle les citoyens, à juste titre, accordent beaucoup de valeur. J’ai remis à Agnès Buzyn notre « Charte d’engagement de l’accueil des patients aux urgences privées ». Pour combattre certains préjugés, nos services d’urgence privés désirent ainsi mieux informer les patients sur les modalités de leur accueil, dans le cadre de la mission de service public que nous accomplissons au quotidien et que nous sommes prêts à amplifier en 2020.

Je vous souhaite de belles fêtes et vous retrouverai avec grand plaisir le 8 janvier prochain, au seuil d’une nouvelle année, souhaitons-le, fructueuse et plus apaisée pour notre pays.



* Observatoire FHP-Viavoice avec la Croix, le Point et France Info


MODELE edito 106 hebdo

Cela peut paraitre difficile à croire dans le climat ambiant, mais il subsiste encore dans l’opinion publique quelques îlots de confiance. La troisième édition du Baromètre FHP-Viavoice, en partenariat avec France Info qui vient de sortir, place en effet en tête des acteurs crédités par les Français d’un fort capital de confiance : les professionnels de santé (à 91%), les hôpitaux et cliniques privés (à 83%) et les hôpitaux publics (à 82%). Juste après viennent la gendarmerie et l’armée. Par diplomatie, nous jetterons un voile pudique sur la queue du peloton…

Dans des temps jugés anxiogènes, le besoin de se sentir protégé, par des institutions considérées comme garantes d’une certaine cohésion du collectif, d’un certain sens de l’intérêt général, constitue donc un ressort important de la confiance. Et logiquement, les citoyens veulent protéger celles et ceux qui les protègent !

Ils éprouvent notamment, et plusieurs études d’opinion l’ont illustré cette année au moment de la crise des urgences, beaucoup de lucidité et d’empathie vis-à-vis des difficultés rencontrées par les professionnels de santé dans l’accomplissement de leurs missions.

Pour remédier à la fragilisation du système de santé, qu’ils pressentent et redoutent à la fois, les Français estiment en priorité - 88% - que les pouvoirs publics doivent davantage soutenir les établissements de santé, les professionnels, quel que soit leur statut. C’est une demande unanime, qui se retrouve exprimée de manière aussi impérieuse dans tous les groupes sociaux interrogés.

Et tel est sans doute l’autre enseignement majeur de l’Observatoire sociétal FHP-Viavoice de cette année : la cartographie de l’opinion française en groupes sociaux traduit le plus souvent des opinions clivées, voire des fractures profondes sur de nombreux sujets. Or la santé et ses acteurs apparaissent comme un socle de confiance fédérateur pour l’avenir, même chez les personnes les plus pessimistes ou désenchantées.

Dans une France divisée, en proie à un malaise social profond, la santé apparait plus que jamais comme une puissante valeur fédératrice, qu’il convient de défendre et soutenir. C’est une grande et belle responsabilité, et nous devons collectivement nous donner les moyens d’y répondre.


MODELE edito 106 hebdo

Chaque année en décembre, les femmes et les hommes qui font vivre les hôpitaux et cliniques privés dans toute la France se réunissent pour échanger sur les enjeux d’avenir du secteur, et surtout pour construire le système de santé de demain : nos « Rencontres », dont 2019 marque la 17e édition, se tiennent en effet les 11, 12 et 13 décembre prochains au Carrousel du Louvre.

Cette année s’est caractérisée par une omniprésence de la santé dans le débat public. Alors que le questionnement gouvernemental ne l’intégrait initialement pas, les Français l’ont imposée dans le Débat National. Mois après mois, les instituts d’opinion égrènent la santé comme sujet prioritaire aux yeux des personnes sondées, devant l’emploi et le pouvoir d’achat. Face au malaise du monde hospitalier, les citoyens ressentent une profonde empathie. Quant aux difficultés d’accès aux soins, elles concentrent un haut niveau de préoccupation.

Dans un tel contexte, un thème s’est naturellement imposé pour notre congrès : le rôle des établissements de santé privés dans l’accès à des soins de proximité et de qualité dans les territoires, et l’importance de notre contribution à un maillage de santé qui se relâche. La ministre de la santé Agnès Buzyn, qui nous fera l’honneur d’être à nos côtés le 12 décembre, a eu récemment une formule bienvenue : chacun détient « sa part de solution » pour répondre aux besoins de santé.

Mais nous devons avoir des garanties absolues que le privé sera systématiquement embarqué dans toutes les dynamiques, territoriales, d’attractivité, d’investissement… qui sont à l’œuvre. Le Plan hôpital récemment annoncé ne nous a pas franchement rassurés sur ce point, et c’est un euphémisme.

Une vingtaine d’intervenant.e.s viendront, eux aussi, nous faire bénéficier de leur expertise et nous exprimer « leur part de solution ». Ils sont tous, de diverses manières, en prise étroite avec les réalités d’un pays inquiet, comme nous le sommes sur le terrain dans nos établissements. L’analyste d’opinion François Miquet-Marty sera là pour nous présenter les résultats de notre 3e Observatoire sociétal FHP-Viavoice, autour d’une question-clé : la perception des enjeux de santé est-elle impactée par ces « fractures françaises » que 2019 a cruellement mises à jour ?

Il y aura donc des séquences de qualité. Il y aura aussi tout le plaisir d’être ensemble. Mais au-delà, si nous savons remettre en cause quelques idées reçues, si nous cernons mieux encore les attentes des patients, si nous faisons preuve d’inspiration et d’inventivité, alors nous ferons toutes et tous émerger, à l’occasion de ces Rencontres, des perspectives ambitieuses pour 2020.


MODELE edito 106 hebdo

Depuis 20 ans, le 25 novembre est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Deux décennies de mobilisation ont été nécessaires pour faire sortir ce sujet dramatique de l’invisibilité sociale dans laquelle il avait été relégué. Mais l’actualité jette une lumière crue sur l’ampleur du phénomène. Un chiffre : en France, chaque année, 220 000 femmes sont victimes de violences de la part de leur compagnon ou ex-compagnon. 

Autre date symbolique, le 20 novembre dernier ont été célébrés les 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, sous l’égide des Nations Unies. Et un autre chiffre : en France en 2018, 67 enfants étaient décédés sous les coups d’un parent ou d’un proche. 

Le coût humain, social et économique de ce fléau des violences intrafamiliales est considérable. A quelques jours d’intervalle, ce sont donc deux plans gouvernementaux qui ont été annoncés, étroitement liés l’un à l’autre : en effet, 80% des femmes victimes sont aussi des mères.

Face à cette réalité qui nous confronte à l’indicible, les établissements comme les professionnels de santé ont un rôle majeur à jouer. Le recueil de la parole, le repérage des signaux de maltraitance, le constat des violences, la prise en charge des victimes au sein d’un parcours de soin dédié, font partie de nos missions. Les formations des professionnels, médicaux comme paramédicaux, doivent intégrer davantage ce sujet. 

Parmi les mesures gouvernementales contre les violences conjugales, figure notamment la généralisation, depuis début septembre, de la possibilité de déposer plainte dans les établissements de santé, dans le cadre de conventions de partenariat entre les structures hospitalières et les commissariats et gendarmeries. Cette prise en charge coordonnée est une avancée importante. 

Le sujet de la levée du secret médical pour les violences faites aux femmes fait débat. Certains craignent l’inhibition de la parole des victimes. Je ne trancherai pas ce débat très sensible, mais le Premier ministre a bien cerné l’enjeu en évoquant les cas d’urgence absolue. De même, pour les enfants, l’alerte par le médecin des autorités judiciaires ou administratives en cas de maltraitance avérée est une obligation : on constate d’ailleurs que les signalements progressent. 

La prise de conscience est là. Les institutions s’engagent : la Haute Autorité de Santé a émis récemment des recommandations et des outils d’aide aux professionnels de santé, sur le repérage des enfants maltraités ou en risque de l’être, ainsi que sur le repérage des femmes victimes de violences. Dans cette grande cause, établissements et professionnels, soyons tous concernés, tous mobilisés !


Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple : recommandation et bonne pratique

Maltraitance chez l’enfant : repérage et conduite à tenir


MODELE edito 106 hebdo

" Des moyens considérables pour redonner de l’oxygène à la communauté des soignants" : c’est en ces termes que le Premier ministre Edouard Philippe a présenté ce matin, avec la ministre de la santé Agnès Buzyn, le plan gouvernemental pour tenter de remédier à la crise de l’hôpital.

Nous avions, depuis de nombreux mois, alerté la puissance publique sur les signaux, de moins en moins faibles, de détresse provenant du monde hospitalier. L’annonce d’un Ondam hospitalier à 2,1%, totalement déconnecté des besoins réels des établissements et des patients, avait frappé de stupeur les acteurs de santé comme la représentation nationale.

La séquence de ce jour témoigne d’un véritable effort pour endiguer le mal, à travers une revalorisation de l’Ondam, l’engagement d’un dégel intégral des crédits mis en réserve, auxquels il faut ajouter l’adoption récente - et marquante - du principe de pluriannualité des ressources : autant de mesures positives et nécessaires, en faveur desquelles nous n’avons eu de cesse de plaider.

Mais la situation est telle que toutes les inquiétudes ne sont pas dissipées, loin de là. L’annonce d’une évolution des tarifs des établissements inférieure à l’inflation vient doucher notre enthousiasme. Sur ce point, la copie est à revoir, afin de créer les conditions de la confiance et du dynamisme pour les hôpitaux et cliniques ainsi que pour les professionnels.

La confiance passe aussi par la garantie que, dans cette démarche, personne ne sera laissé de côté. Des thèmes majeurs comme le renforcement de l’attractivité des carrières ou la relance de l’investissement concernent tous les acteurs, publics comme privés. Gardons-nous donc de fragiliser la politique menée jusqu’à présent, faisant primer la mission sur le statut : soutenons tous les acteurs !


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Une décision toute récente du Conseil d’Etat risque de changer grandement la donne en matière de communication en santé. Les articles du code de déontologie des médecins et des dentistes leur interdisant toute publicité sont contraires au droit de l’Union Européenne, a-t-il en effet estimé mercredi dans deux arrêts revenant sur sa jurisprudence antérieure.

Dès juin 2018, dans un rapport remis au Premier ministre, le Conseil d’Etat avait plaidé en faveur d’un assouplissement de la règlementation applicable en matière d’information et de publicité pour les professions de santé. La Fédération de l’Hospitalisation Privée avait été auditionnée dans le cadre, et nous avions fait passer deux messages principaux.

Tout d’abord, l’encadrement drastique des informations que les praticiens peuvent aujourd’hui rendre publiques n’est plus compatible avec les attentes légitimes des patients, qui aspirent à davantage d’information et de lisibilité sur l’offre de soins… et sur la qualité de celle-ci !

Pouvoir, dans le strict respect des règles déontologiques, communiquer sur son parcours, ses compétences et ses pratiques et délivrer des informations objectives scientifiques ou pédagogiques, profitera à tous : au patient bien sûr, éclairé de manière plus fiable sur ses choix ; mais aussi au médecin, dont l’expertise gagnera à être mieux connue et reconnue.

Par ailleurs, l’essor de l’économie numérique va frapper d’une obsolescence de plus en plus rapide certaines des restrictions actuelles en matière d’information dans le domaine de la santé. Plutôt de que subir, soyons proactifs, en gardant tact et mesure en toutes choses ! Le tact et la mesure, cela n’aura échappé à personne, n’est pas forcément la qualité première des réseaux sociaux… Il suffit pour s’en convaincre de voir l’opprobre jeté sans discernement sur celles et ceux qui soignent à travers le hashtag BalanceTonMédecin.

Offrir aux praticiens l’opportunité de mieux informer, de manière intelligente et éthique, leur permettra également d’être davantage acteurs de leur « e-reputation ». 

A l’image de la société dans son ensemble, médecins comme patients aspirent aujourd’hui à faire tomber certains carcans pour privilégier la transparence de l’information, qui constitue aussi, ne l’oublions pas, un vrai enjeu d’égalité d’accès aux soins.


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C’est une petite évolution sémantique, mais elle ne manque pas d’attirer l’attention : le nouveau conseiller de la ministre de la santé en charge de l’organisation des soins est aussi en charge de… l’exécution des réformes. Le souhait est manifeste, aux côtés des sujets de fond, d’afficher un volontarisme réformateur et « d’incarner » la méthode pour y parvenir.

Or cet enjeu est crucial, tant « la méthode est la clé de la réforme », pour reprendre l’intitulé d’un intéressant rapport de l’Institut Montaigne/Roland Berger publié en 2018. Son message ? Il n’y a aucune malédiction française autour de la volonté de réforme, mais le plus souvent des défauts de méthode, une absence de transparence et d’indicateurs clairs et compréhensibles, et de pédagogie et de visibilité sur les impacts. Si ces paramètres clés sont clarifiés, on crante une appropriation et une adhésion des acteurs, qui sécurisent la réussite ultérieure de la réforme.

Cette analyse trouve dans les réformes initiées dans le domaine de la santé d’éclairantes illustrations. Les lacunes en matière de données tangibles indispensable pour étayer les trajectoires, un pilotage parfois erratique au gré de calendriers fluctuants, l’absence de simulations ou d’études d’impact, jettent trop fréquemment le doute sur des réformes dont le bien-fondé est pourtant reconnu.

La méthode est, dit-on, "l’art de rendre possible ce qui est nécessaire". L’enjeu est donc considérable pour permettre la pleine et entière réussite de la stratégie de transformation du système de santé, et générer de la confiance et de la mobilisation autour des grands défis.

A ce titre, l’adoption dans le PLFSS du principe de régulation pluriannuelle des ressources des établissements de santé constitue une avancée notable, sur le fond naturellement, mais aussi sur la méthode. L’objectif est en effet de définir les contours de cette pluriannualité sur la période 2020-2022 au sein d’un « protocole » - tel est le terme précis inscrit dans la loi - qui définit les engagements respectifs de l’Etat et des organisations représentatives des établissements de santé publics et privés.

Cette démarche de contractualisation va constituer un excellent test de notre capacité collective à aboutir positivement sur le sujet, dans un cadre de pilotage clair et des délais rapides… en bref, dans un cadre méthodologique rigoureux et engageant !





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C’est un chiffre très significatif, que l’on trouve au détour d’un sondage* qui vient d’être publié sur la… laïcité. Invités à indiquer leurs thèmes prioritaires pour les mois qui viennent, les Français mentionnent la santé en première position, à 82%, devant la lutte contre le chômage et le pouvoir d’achat.

La santé a clairement pris aujourd’hui dans le débat public une place prépondérante, et l’accès aux soins constitue un sujet majeur de préoccupation. Au plus haut niveau de l’Etat, on ne s’y trompe pas : invité hier sur l’antenne de RTL, le Président de la République a évoqué les maux du système de santé, et notamment de l’hôpital, en pointant la nécessité, aux côtés des réformes de long terme, d’apporter « une réponse d’urgence pour traiter les souffrances immédiates » et de « remettre des moyens ».

C’est cette même volonté de trouver rapidement des voies d’amélioration de la situation, qui a présidé à l’adoption la semaine dernière d’un amendement gouvernemental au PLFSS actant une trajectoire pluriannuelle des ressources des établissements de santé sur trois ans. « Une base légale pour des engagements mutuels ambitieux et chiffrés », a dit la ministre. Cet amendement est l’aboutissement heureux d’une démarche volontariste initiée par toutes les fédérations hospitalières depuis de longs mois.

Cette avancée, qualifiée d’« historique » par Agnès Buzyn, marque un puissant changement de paradigme dans les relations entre l’Etat et les acteurs de santé, vers une contractualisation autour d’engagements réciproques. Elle a recueilli une large adhésion sur les bancs de l’Assemblée Nationale, avec un point majeur de vigilance toutefois, exprimé par de nombreux députés, et qu’évidemment nous partageons : la garantie d’un niveau de ressources cohérent avec les besoins des établissements de santé et les impulsions de « Ma santé 2022 ».

Dès à présent, le travail sur les contours précis et détaillé du protocole va débuter avec les pouvoirs publics. Nous l’abordons avec confiance. Nous sommes convaincus que dans le contexte actuel, chacun aura la volonté de donner à cette inscription « dans le dur » du principe de pluriannualité une déclinaison concrète ambitieuse, assortie des moyens qui s’imposent

*Sondage IFOP-JDD - « Les Français, la laïcité et la lutte contre l’islamisme » - Octobre 2019


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Je reprendrais volontiers aujourd’hui à mon compte l’expression de la ministre de la santé hier dans l’hémicycle, relative au « trésor national »… dans une acception élargie toutefois ! Car ce sont tous les établissements de santé, publics comme privés, qui doivent « avoir la place qu’ils méritent ». Le rôle que nous jouons dans le pays est majeur et mérite d’être pleinement sauvegardé.

Dans un sondage tout récent* et sans appel, les Français déplorent largement (85 %) le manque de moyens, tant financiers qu’humains, dévolus au secteur hospitalier. Ils y voient la cause principale du dysfonctionnement des urgences, bien avant la dimension organisationnelle, et soutiennent à plus de 80 % le mouvement de grève… Ils y imputent aussi la dégradation de la qualité des prises en charge et l’insuffisante reconnaissance accordée aux professionnels de santé. 

Un élément particulièrement marquant est la convergence des catégories sociales et politiques autour de ce soutien à l’hôpital, puisque par exemple 88% des sympathisants LREM appellent à un appui accru des responsables politiques sur le sujet…

Cette enquête, axée sur le public, fait du reste largement écho aux résultats de notre Observatoire FHP-Viavoice 2018, qui concernait les acteurs de tous statuts. Il pointait déjà clairement l’insuffisance des moyens attribués aux acteurs hospitaliers publics comme privés pour accomplir leurs missions. 

L’inquiétude qui traverse la société sur ce sujet de la santé est donc intense, massive, et dépasse les considérations statutaires. Les établissements de santé et les professionnels qui y exercent font l’objet de toute la sollicitude des citoyens, qui l’expriment avec force aux politiques. Les débats sur le PLFSS qui ont débuté à l’Assemblée Nationale en sont le reflet : le député Jean-Carles Grelier, pourtant connu pour ses propos mesurés, qualifiait hier soir le sous-financement de l’Ondam hospitalier de « dernière estocade à notre service public de santé ».

C’est dans un tel contexte que toutes les fédérations hospitalières demandent une réévaluation de l’Ondam hospitalier à 2.4 et un engagement positif en matière de ressources pour les trois prochaines années. La ministre de la santé a pris une orientation forte, que nous saluons et qui pourrait trouver sa concrétisation très rapidement : celui d’une régulation pluriannuelle des ressources des établissements de santé. C’est un chemin inédit, profondément novateur, mais qui ne trouvera sa pleine expression politique que dans des conditions propices.

Nous voulons être des acteurs responsables : nous savons que les maux de notre système ne se résoudront pas instantanément. Nous sommes prêts à prendre des engagements concrets si une pluriannualité positive est actée. La ministre de la santé est dans son rôle quand elle fixe un cap ambitieux de réformes de fond. Nous soutenons les grandes orientations qu’elle porte, et nous continuerons, alors qu’elle a annoncé vouloir faire de nouvelles propositions rapidement, en concertation avec les acteurs, à être dans la construction…. sous réserve que le secteur privé soit lui aussi vraiment pris en considération.

Aujourd’hui, j’ai le sentiment que chacun prend la mesure de la gravité de l’enjeu. Les signaux qui nous seront donnés dans les jours, les semaines qui viennent, vont donc être décisifs.


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C’est un rapport qui tombe à point nommé, alors que les débats autour du Projet de loi de financement de la sécurité sociale s’ouvrent cette semaine : la Mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du Sénat (Mecss) avait en effet décidé de consacrer une mission à l’Ondam, l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie, dans la perspective de lui redonner du sens. 

Les conclusions des travaux des sénateurs Catherine Deroche et René-Paul Savary, visant à remettre davantage de transparence, d’équité et de visibilité dans la gestion de l’Ondam et à l’inscrire dans une vision prospective aujourd’hui largement défaillante, sont particulièrement intéressantes. Plusieurs propositions émises s’inscrivent de surcroit largement en résonance avec les messages portés aujourd’hui par les fédérations hospitalières de tous statuts, autour de la nécessaire vision pluriannuelle des ressources des établissements de santé.

Les sénateurs analysent avec lucidité les dysfonctionnements du système actuel et d’une logique de « rabot », alliée à une régulation à courte vue qui rogne tout élan et réduit les capacités des acteurs hospitaliers à investir pour préparer les défis de la santé de demain. Il convient, martèlent-ils, de « donner une visibilité pluriannuelle aux acteurs sur l’évolution des financements, afin que ces derniers puissent adapter leurs organisations ». Et de privilégier des approches favorisant un vrai pilotage qualitatif, fondé notamment sur la qualité et la pertinence des soins prodigués au patient…

Ils déplorent du reste, de manière plus générale, le défaut d’analyses réellement prospectives autour des grandes tendances de l’évolution de la dépense de santé. C’est pourtant ce cap partagé qui pourrait redonner toute sa raison d’être à l’action. Ce n’est pas anodin, dans le contexte actuel, que ce rapport se place clairement sous le signe du « sens » et des perspectives à donner à des acteurs de santé en tension.

Des études sociologiques montrent en effet une décorrélation croissante, chez celles et ceux qui soignent, entre fierté et satisfaction. La fierté, celle de remplir des missions essentielles de soins au service des patients, est toujours bien présente. Ces métiers ne sont pas tout à fait comme les autres… et les Français le savent bien, leur témoignant une confiance toujours intacte et les gratifiant d’une reconnaissance réelle. Mais au fil des années, la satisfaction, celle de parvenir à accomplir son travail dans des conditions favorables et avec des moyens suffisants, s’est notablement émoussée. Aujourd’hui, pour les établissements de santé et celles et ceux qui y travaillent, il est temps de réconcilier fierté et satisfaction et, comme en appelle ce travail parlementaire, de « redonner du sens ».


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C’est une information peu habituelle, qui a donc fait l’objet de nombreuses reprises, et pas seulement de la part des médias locaux : « un hôpital public en passe d’être repris par le privé », titrait hier Le Monde. Un centre hospitalier de Maine-et-Loire, en grande difficulté financière et jugé par la Cour des Comptes « sous survie artificielle après de lourdes carences de gestion », fait en effet l’objet d’un appel à repreneur lancé par l’ARS et le conseil départemental. Essentiellement tourné vers la prise en charge des personnes âgées, l’établissement n’est pas encore fixé sur son sort, car la décision se fait attendre… 

Il est certes tout à fait légitime que sur une décision de cette nature, tous les éléments du dossier, notamment de nature juridique, soient pris en considération avec le plus grand discernement : gageons que les autorités concernées sauront le faire. Mais les débats depuis quelques jours autour de ce sujet m’inspirent certaines réflexions.

Force est d’abord de constater que la défiance a priori envers le privé peut être encore vivace, et que les oppositions politiques relèvent parfois davantage de présupposés idéologiques plus que d’une appréciation objective de la situation. Face à une situation comme celle-ci, une seule considération doit prédominer : l’effectivité de la réponse aux besoins des patients sur un territoire, et la pérennité de cette réponse, qui doit être apportée par des acteurs à la fois responsables et engagés. Telle est aussi, d’ailleurs, la nature de notre message sur les urgences, qui plaide pour un meilleur partage de la charge entre public et privé.

Contrairement au passé, la stratégie de transformation du système de santé impulsée par Agnès Buzyn témoigne d’une volonté réelle de faire coopérer les acteurs de santé, au-delà des considérations de statuts, à égalité de droits mais aussi de devoirs, en faisant primer les missions au service du public. Une illustration parmi d’autres : le fait que les hôpitaux de proximité puissent être aussi bien publics que privés. 

Un système de santé pleinement mature doit donc pouvoir compter sur toutes ses forces vives, les faire coopérer de la manière la plus efficace qui soit, et surtout parvenir à trouver dans chaque situation la meilleure solution à offrir aux citoyens en matière d’offre de soins. 

Avec une telle grille de lecture, dépourvue d’arrière-pensées dogmatiques ou de représentations erronées, nous ferons tous ensemble progresser la santé en France.


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Comme chaque année, la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale a lancé lundi la grande séquence du PLFSS. 

Dans un contexte de crise des urgences, d’inquiétudes des citoyens sur l’accès aux soins, de mutations épidémiologiques et démographiques, et de volonté de transformation du système de santé, convenons que l’arbitrage sur l’Ondam hospitalier - fixé à 2,1% - est difficilement compréhensible ! 

Difficilement compréhensible, et dommageable si l’on considère que les décisions politiques récentes envers les acteurs hospitaliers de tous statuts s’étaient caractérisées par une réelle prise de conscience de leurs difficultés et une considération marquée pour leurs missions. 

Parce que nous ne doutons pas de la sincérité de cette démarche, nous peinons à croire que cette décision sera maintenue en l’état… tant il est important, pour progresser ensemble au service des patients, de maintenir intacte la confiance et de l’inscrire de manière pérenne. 

Pour les patients… mais aussi pour tous les professionnels de santé qui exercent au sein des hôpitaux et des cliniques. Dans notre Observatoire FHP-Viavoice de 2018, les Français exprimaient déjà ce qui constituait pour eux les deux dysfonctionnements majeurs de notre système de soins : le manque de moyens financiers dévolus aux établissements de santé, se traduisant par une dégradation du climat social et l’épuisement des professionnels. Et notre enquête avait été effectuée juste avant que ne se cristallise dans notre pays ce mouvement de malaise social qui perdure encore…

Nous prônons aujourd’hui, public et privé ensemble, une régulation pluriannuelle des ressources, mais cette évolution ne trouvera tout son sens que sur la base d’objectifs partagés et de moyens financiers pour les atteindre.

En hommage à Jacques Chirac, me revient une de ses phrases : « Les moyens ne sont jamais adéquats quand le but est mal défini ». Pour nous, acteurs de santé, le but est clair : transformer véritablement le système de santé. Alors, mettons les moyens adéquats et nécessaires !


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A l’initiative du président de la République, une commission d’experts présidée par le pédopsychiatre bien connu Boris Cyrulnik, vient d’être installée. Sa mission : réfléchir à l’amélioration de l’accompagnement des « 1000 premiers jours de l’enfant », période qui va de la conception aux deux ans de l’enfant et qui est cruciale dans le développement de celui-ci. 

Parmi les priorités fixées à la commission, les modes de garde, le soutien à la parentalité, et bien sûr les enjeux de santé publique, tant les études illustrent combien l’attention portée aux premières années de la vie conditionne la santé globale du futur adulte. 
Nous ne pouvons qu’être satisfaits que cette initiative voie le jour : à l’occasion des PLFSS 2018 et 2019, ainsi qu’à la faveur de la loi de santé l’an dernier, la FHP avait soumis aux parlementaires une proposition d’amendement visant à introduire ce concept des 1000 jours dans les politiques de santé. 

Nous y appelions de nos vœux « un véritable parcours de santé et de prévention » pour les tous jeunes enfants, citant notamment l’Organisation Mondiale de la Santé pour laquelle « l’alimentation, le mode de vie, l’environnement des premières années constituent des facteurs de risque ou au contraire de résistance à développer plus tard des maladies ». 

Lors de nos rencontres avec les députés et les sénateurs, nous avions plaidé pour que cette dimension irrigue davantage nos politique publiques, reprenant le principe de l’investissement social : plus une action de santé intervient précocement dans un cheminement de vie, plus son efficacité est élevée.

L’importance du soutien aux jeunes parents et la construction du lien parents-enfant, les consultations de prévention, les parcours personnalisés, les projets de naissance, le suivi au long cours des parents et des bébés, font partie du quotidien des maternités privées. 

Nous sommes donc particulièrement réceptifs à ce qui constitue un vrai changement de paradigme dans nos approches, auquel l’ensemble des acteurs de santé, établissements et professionnels, doivent contribuer.


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Santé, bioéthique, retraites ou encore rentrée scolaire : à tous les étages, le maitre-mot du gouvernement est « l’apaisement ». Tirant les enseignements d’un climat social houleux, Emmanuel Macron appelait tout récemment à « plus d’humanité et de proximité », exprimant sa volonté d’inclure davantage les Français dans la transformation du pays, au motif que « tout ne peut pas venir d’en haut ». Au même moment, le Premier ministre prônait « plus d’écoute et de dialogue ».

Vœu pieux ? Peut-être. Mais aussi prise de conscience bienvenue, tant le passage en force, dans tous les domaines, relève de mœurs politiques d’un autre temps. Il est nécessaire de rompre définitivement avec ce regard de défiance porté sur la société, qui a longtemps prévalu et qui consistait à faire le bien des citoyens malgré eux… voire contre eux.

Cette perception a parfois encore la vie dure : dans le champ de la santé, ce sont souvent les mêmes qui déplorent à juste titre le malaise de l’hôpital, la souffrance des professionnels de santé, et qui préconisent comme remède des cadres toujours plus contraints et coercitifs… Faire confiance aux acteurs de santé sur le terrain, pourquoi pas, mais de manière bien encadrée par des circulaires de 50 pages !

Agnès Buzyn, en redonnant aux acteurs de santé des gages tangibles de reconnaissance, a ouvert certaines brèches bienvenues dans des fonctionnements encore trop souvent rigides et descendants… voire condescendants. Privilégier la montée en compétence de chacun, la coopération, la co-construction, constitue un chemin éminemment souhaitable pour que la transformation du système de santé soit couronnée de réussite.

Un chemin souhaitable… et de toute façon inéluctable : le sens de l’Histoire en santé, ce sont des patients vraiment « partenaires », des établissements comme des professionnels pleinement « acteurs » sur les territoires, et un Etat « stratège » qui fixe le cap et donne les impulsions. Avec, en surplomb, deux principes-clés : confiance et responsabilité.

Les Fédérations hospitalières publique et privées portent ensemble, en cette rentrée, un message à la fois simple et fort, que nos interlocuteurs institutionnels considèrent avec intérêt : le besoin de visibilité sur plusieurs années de ressources largement positives pour les hôpitaux et les cliniques, pour investir et pour innover.

Voici, s’il en est, un beau sujet pour bâtir une démarche ambitieuse, une forme de « contrat politique » pluriannuel, fondé sur des engagements mutuels entre acteurs engagés et responsables, soucieux de faire émerger pour l’avenir des formes plus matures de relations avec la puissance publique !


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Le rapport Mesnier-Carli ne doit être remis qu’en novembre, mais devant la tension sociale persistante aux urgences cet été, et la sensibilité de l’opinion publique à ces enjeux, la ministre de la santé a tenu à faire dès cette rentrée des annonces marquantes.

Agnès Buzyn l’a dit avant-hier : « Chacun détient sa part de solution ». C’est ce que nous ne cessons de dire depuis des mois : nos services d’urgences privés, présents partout en France, sont l’une des clés de résolution du problème.

Pas la seule clé, naturellement, mais asseoir une bonne fois pour toutes la légitimité de la complémentarité entre les établissements publics et privés sur ce sujet des urgences constituerait un immense progrès. Ceci à tous les niveaux, dès la régulation, dans l’octroi des autorisations, et bien sûr à égalité de reconnaissance des missions et des compétences.

Ce Pacte de refondation des urgences a le mérite d’intégrer l’ensemble des acteurs, hospitaliers et de ville, et de promouvoir une démarche de concertation bienvenue, assortie de moyens financiers significatifs qui doivent être distincts de l’Ondam. Nous exercerons notre vigilance sur certains points : une réforme du financement déconnectée de l’activité, alors même que le nouveau modèle économique vient d’être bâti dans le consensus de tous les acteurs, et une logique trop « GHT-centrée ». Mais nous souscrivons à la philosophie générale pour une bonne raison : c’est une réforme structurelle, qui engage l’avenir, et c’est sans doute le plus important.

Bien sûr, il est toujours plus exigeant et compliqué de porter une réforme structurelle, plutôt que des réponses de court terme destinées à calmer tout le monde et à acheter une paix illusoire pour quelques temps ! Mais cela relève d’une part de la responsabilité du politique, et d’autre part cela engage davantage les acteurs.

Je l’ai dit à la ministre : l’hospitalisation privée participera étroitement à la démarche de concertation avec l’ensemble des parties prenantes sur la déclinaison opérationnelle de ce Pacte de refondation. Elle continuera à plaider pour un recours renforcé aux services d’urgences privés. Enfin, elle sera force de propositions sur les alternatives au « tout-urgences », car une approche structurelle nécessite une vision en surplomb de l’ensemble des enjeux.

Enfin, il est un enjeu que le Pacte proposé par Agnès Buzyn ne doit pas éluder : celui du renforcement de l’attractivité des métiers dans les établissements de santé. La crise des urgences expose aux citoyens, légitimement très attachés à leurs professionnels de santé, l’image de soignants en souffrance. Si l’on veut continuer à susciter des vocations, à donner aux jeunes l’envie de s’engager dans des métiers certes difficiles mais magnifiques, il y a urgence à transformer le système et à en valoriser les acteurs.


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Les pièces de la réforme des retraites se mettent en place, avec notamment l’arrivée de Jean-Paul Delevoye au gouvernement, et un projet de loi envisagé pour la fin de l’année. Un exercice délicat pour l’exécutif, dans un contexte où les tensions sociales demeurent vives...

Il est toutefois surprenant de constater que les discussions évacuent une dimension pourtant importante de cette problématique des retraites : celle de la santé ! En effet, notre espérance de vie, et particulièrement notre espérance de vie en bonne santé, où nous pouvons continuer à jouir de nos capacités physiques et mentales, est évidemment un élément de problématique à prendre en considération.

Il est d’abord légitime que les citoyens aspirent à profiter de cette nouvelle étape de leur vie dans des conditions de santé satisfaisantes. Mais une telle vision est trop réductrice, car la retraite ne doit plus constituer un couperet. L’aménagement de formes intermédiaires d’organisation de son temps de vie, de conciliation entre activité professionnelle et vie personnelle, est un axe important dans une société encore beaucoup trop excluante pour les seniors. La reconnaissance de leur expérience, de leurs apports pour le collectif, est essentielle, et passe aussi par un investissement autour du maintien en bonne santé. 

La FHP a été auditionnée avant l’été par la députée Audrey Dufeu-Schubert, missionnée par le Premier ministre sur la place et l’image des seniors dans notre société : nous avons évidemment mis l’accent sur ce formidable défi de la santé pour les aînés, qui engage collectivement les acteurs que nous sommes. Nous avons évoqué notre mobilisation autour de la qualité et de la pertinence des parcours de soins, autour des questions de prévention, et bien sûr de la bientraitance. Sur ce dernier point, les premières annonces faites sur les urgences par Agnès Buzyn, notamment sur des filières « mieux traitantes » impliquant des admissions directes, vont dans le bon sens.
Il n’y a donc guère d’enjeux sociétaux plus cruciaux et prospectifs, que celui de la santé de nos aînés à l’aune de l’augmentation de l’espérance de vie ! Ce n’est pas pour la beauté du geste que les fédérations hospitalières portent aujourd’hui une forte demande de visibilité sur leurs ressources. Pour innover, pour investir, pour être à la hauteur des mutations épidémiologiques, technologiques, organisationnelles de demain, nous devons avoir les moyens de voir loin.

Alors oui, quand on parle de retraites, il est naturel de parler de taux, de seuils, de régimes… Mais sachons aussi donner de la hauteur et se garder de positions étriquées et conservatrices. Les formidables innovations médicales et techniques vont complètement bouleverser demain notre rapport à l’âge, dans des proportions dont nous ne prenons sûrement pas encore toute la mesure. Inscrivons donc cette dimension au débat !


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La canicule en Europe et les feux qui ravagent l’Amazonie nous rappellent la force du changement climatique. Pour le monde sanitaire, l’incendie qui occupe le devant de la scène est celui qui enflamme depuis plusieurs mois les services d’urgences. Le mouvement de grève qui s’y est déclaré ne faiblit pas et promet une rentrée brûlante.

Si nos 121 services d’urgences privés sont largement sollicités, nous sommes loin de la surchauffe. Là encore, rappelons notre volonté de prendre une part plus importante à l’accueil des patients en urgence, ce qui permettrait de soulager nos collègues en difficulté. Une meilleure régulation de l’amont, par l’instauration d’un numéro unique, est évoquée dans les médias. C’est une piste intéressante à condition d’abattre réellement les cloisons et de répartir sans a priori les patients y compris vers les acteurs privés qui sont disponibles.

Mais la crise qui s’est propagée dans les services d’urgences a des causes plus profondes. Elle est la conséquence des faiblesses de notre système de santé qui peine à se transformer. Notamment car la pression financière est trop forte. Nous avons, tous acteurs confondus, tiré à maintes reprises la sonnette d’alarme pour dénoncer les économies réalisées chaque année de façon aveugle sur les établissements de santé. Qui pourra s’étonner de trouver un terrain propice aux flambées sociales ? Si nous sommes conscients des contraintes de notre système de santé, sa régulation financière est la vraie urgence à traiter.

L’écoute dont nous avons bénéficié en 2019, avec l’augmentation modeste toutefois des tarifs hospitaliers, a été salutaire et témoigne d’une vraie compréhension. Il est nécessaire que l’évolution positive des tarifs s’inscrive dans la durée et que le mode de financement des établissements de santé offre davantage de visibilité. Actuellement, nos tarifs tombent tel un couperet chaque année, seulement en mars. Quel secteur d’activité peut ainsi être géré sans horizon allant au-delà de quelques mois ? Ce pilotage à l’aveugle verrouille toute politique ambitieuse et freine les initiatives des acteurs pour innover.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2020 qui se profile constitue une réelle opportunité pour fixer sans attendre le cadre d’une nouvelle régulation pour les établissements de santé. Elle devra redonner aux acteurs la visibilité, la confiance et les moyens nécessaires pour engager l’urgente transition vers un système de santé durable en introduisant notamment la notion d’indexation de nos tarifs sur l’inflation en pluri-annualité, une véritable révolution. 


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Nous avons connu depuis l’été dernier une année bien singulière, marquée par une crise sociale sans précédent. Largement ancrée dans la ruralité, elle a remis en lumière le sentiment de relégation de nombreux territoires où le « service au public » a déserté. Dans ce contexte particulier, nous avions porté ensemble, acteurs publics et privés, un message d’intérêt général : donnons aux établissements de santé les moyens pour remplir leurs missions de soins. C’était début novembre 2018, et nous avions pressenti l’urgence d’une telle démarche, au regard de l’importance que revêt la santé pour les citoyens. Quelques semaines après, celle-ci s’invitait largement dans le Débat National…

La réponse de la ministre de la santé, à savoir une augmentation, après des années de baisse successives, des tarifs hospitaliers en 2019, a été à la hauteur des enjeux. Nous avons bâti au fil des mois des relations franches et constructives avec la puissance publique, qui ont favorisé sur de nombreux dossiers - de la création de l’OPCO Santé à la décision d’exclure la santé du dispositif de bonus-malus sur les contrats courts - des arbitrages pertinents. Nous avons largement participé aux débats autour de la loi de santé adoptée tout récemment, qui ouvre à notre profession des opportunités que nous saurons saisir. Au-delà, toutes les actions de l’hospitalisation privée ont été mues par la volonté de prendre pleinement part à la transformation du système de santé.

Comment à présent aborder une rentrée qui promet, avec des sujets aussi sensibles que les retraites ou la bioéthique, d’être mouvementée sur le plan politique ? D’abord, avec de la lucidité : la crise vécue par le pays n’est pas sporadique, mais profondément enracinée, et des événements échappant à toute anticipation peuvent toujours surgir. Cela impose particulièrement de préserver, plus que jamais, une des rares institutions dont le capital de confiance reste intact : les établissements et les professionnels de santé.

Ensuite, nous avons collectivement le devoir de préserver les liens de confiance que nous avons bâtis ces derniers mois, entre acteurs de santé d’abord, et avec la puissance publique ensuite. Des chantiers majeurs, tels que celui des autorisations, sont actuellement ouverts : ils requièrent de maintenir voire d’amplifier un haut niveau de transparence et de concertation avec les acteurs. Et bien sûr, il est indispensable que les gages de considération qui nous ont été donnés, notamment sur les tarifs, soient inscrits dans la durée, pour engager un processus vertueux d’investissements au bénéfice des patients.

Enfin, une conviction et un souhait pour cette rentrée : la volonté de travailler et de construire ensemble, avec les autres fédérations hospitalières, avec les politiques, avec l’administration, avec toutes les parties prenantes, est maintenant reconnue et ancrée. Elle est arrivée à un degré de maturité suffisant pour nous permettre de porter de nouvelles idées pour la santé de demain, sur des sujets ambitieux. Comment permettre aux établissements d’avoir davantage de visibilité pour répondre aux défis de l’innovation ? Comment adapter la gouvernance de la santé aux évolutions du système ? Dès septembre, réactivons la vie des idées, avec un haut niveau de portage politique et stratégique !

Très bel été à tous !


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C’est un nouveau défi de taille pour Agnès Buzyn : le projet de loi bioéthique arrive ce matin sur la table du Conseil des ministres. Mêlant thématiques sociétales et avancées médicales, il sera au cœur des discussions de l’Assemblée Nationale à la rentrée.

D’ores et déjà, des voix de tous bords s’élèvent pour appeler, sur des sujets qui relèvent de la conviction intime de chacun, à des échanges constructifs et apaisés. D’ailleurs, beaucoup de groupes politiques ne donneront pas de consignes de vote, laissant à chacun la latitude de s’exprimer en toute conscience. L’hystérisation du discours sur d’autres thèmes de société dans un passé récent n’a profité à personne : elle n’a fait que diviser encore davantage un pays déjà affaibli par de nombreuses fractures, sociales, territoriales et culturelles.

Bien sûr, il n’appartient pas à une institution comme la FHP de prendre sur de tels enjeux des positions publiques tranchées : notre action s’inscrit dans le respect de la pluralité des opinions et des sensibilités de nos adhérent.e.s. Quelques réflexions toutefois…

Tout d’abord, la capacité à aborder de manière posée le débat, sans anathème ni instrumentalisation, sera un excellent révélateur de la progression - ou pas - de notre maturité collective. Peut-on encore, alors que les réseaux sociaux aujourd’hui sont devenus des producteurs intensifs de polémiques, tirer le meilleur de la réflexion commune ?

Nous sommes tous concernés par cette question majeure : les fédérations hospitalières sont en effet des acteurs du débat démocratique en santé. Aujourd’hui, la logique de considération, de coopération, de co-construction même parfois avec la puissance publique, produit des effets vertueux de responsabilisation et d’engagement.

Autre réflexion, le projet de loi bioéthique est porteur d’évolutions qui sont aussi en germe dans la transformation de la santé. Il accroit par exemple les possibilités d’information du patient en matière de génétique. Il ne monte plus une cloison étanche entre le sociétal et le médical, mais il prend en considération les changements à l’œuvre dans nos sociétés, tel par exemple que le recul de l’âge de la maternité.

Ce nouveau regard sur les patients et sur la prise en compte de leurs attentes fonde un système qui ne sera plus, demain, évalué seulement selon des critères comptables, mais à l’aune de la qualité du service effectivement rendu. Les hôpitaux et cliniques privées se veulent très engagées dans ce mouvement.

Enfin, rappelons que nos établissements, comme tous les lieux de soins, parce qu’ils s’occupent avant tout de l’humain, convoquent au quotidien la réflexion éthique. Gageons que dans l’avenir, nous assisterons à l’irruption massive des interrogations éthiques dans le champ de la santé, liées notamment aux bouleversements technologiques. Cela suppose que soient créées dès aujourd’hui les conditions du débat des choix pour demain, en privilégiant toujours la sérénité de l’« agora » aux agitations de l’« arena » !


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C’était l’ultime vote au Sénat : hier, au terme d’un marathon législatif de près de cinq mois, le Parlement a définitivement adopté la loi d’organisation et de transformation du système de santé. Fait rare dans la mécanique parlementaire, députés et sénateurs sont parvenus à trouver des éléments de compromis - tout particulièrement sur l’accès aux soins médicaux - qui ont permis d’aboutir à cette fameuse « Commission mixte paritaire » conclusive.

« Notre système de santé a besoin de cette réforme en urgence », a plaidé la semaine dernière Agnès Buzyn dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. C’est sans doute ce sentiment d’urgence, dominant les débats, qui a imposé aux élus de s’accorder sur un sujet prioritaire pour les citoyens et de délivrer ainsi un message politique : la santé est un des piliers du pacte républicain.

Récemment, la Fondation pour l’Innovation Politique a sorti une étude planétaire appelée « démocraties sous tension ». 42 pays, 36 000 interviewés en 33 langues, et un résultat record : 81% des personnes expriment leur confiance dans les acteurs de santé. Une situation privilégiée, puisque nulle autre institution n’obtient un tel niveau de crédit…

Alors qu’un peu partout nos sociétés vacillent sur leurs bases, la santé constitue donc une valeur-refuge à défendre et protéger. Elle s’est imposée en France dans le Débat National, et sera certainement l’un des sujets majeurs d’interpellation des futurs candidats aux élections municipales en mai 2020, alors même qu’elle ne relève pas des compétences communales au sens strict.

Pour celles et ceux qui sont en charge de la santé, dont les 1000 hôpitaux et cliniques privés, ce portage puissant du sujet santé est à la fois une opportunité et une responsabilité. Une responsabilité, pour être à la hauteur des attentes des citoyens et des patients. Et une opportunité pour faire valoir nos propositions pour l’avenir, car la loi de santé n’est que le premier pas d’une stratégie plus large déclinée dans les ordonnances à venir et le PLFSS 2019.

Au Sénat hier, Agnès Buzyn a conclu sur son engagement à « mettre une énergie folle à déployer la loi de santé sur le territoire ». Sur le financement des établissements, la réforme des autorisations ou encore l’indispensable pluriannualité de l’Ondam, la ministre pourra compter sur l’hospitalisation privée pour mettre la même énergie à faire valoir ses convictions !


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Les célèbres « Pages Jaunes » - version site internet ! - viennent de publier la cinquième édition de leur Baromètre Santé, qui met en lumière les usages des internautes en matière de santé, et la quête des professionnels de santé dont ils ont besoin.

Un chiffre d’abord, celui des 311 millions de recherches en santé sur le site Pages Jaunes en 2018, soit plus de 10% des 2,6 milliards de requêtes annuelles : un pourcentage significatif, si l’on considère l’extrême diversité des domaines d’activité couverts. L’analyse de ces données délivre des enseignements intéressants, et parfois préoccupants.

L’étude donne d’abord un aperçu de l’état des besoins exprimés à travers le pays. Elle pointe notamment la difficulté rencontrée par les citoyens des territoires sous-dotés, à trouver certaines catégories de professionnels de santé : dans certains cas, le ratio nombre de professionnels/nombre de recherches peut atteindre 1/2000…

Le vieillissement de la population et la volonté de maintien à domicile transparaissent aussi à travers ce recueil de données. Pour la première fois, les infirmiers libéraux font leur entrée dans le Top 10 des professionnels de santé les plus recherchés.

Une dimension instructive concerne l’appétence croissante pour les thérapies « alternatives » en lien avec la recherche de nouveaux équilibres de vie, qui ressort fortement des demandes formulées par les internautes. Les acteurs de santé que nous sommes doivent se montrer réceptifs à cette aspiration sociétale d’être soigné « autrement ». D’abord pour réagir, parfois, en mettant en garde les patients contre certaines pratiques contre-éthiques… mais aussi pour enrichir nos propres offres de services de soins. 

Surtout, ces centaines de millions de requêtes laissent entrevoir la dose de persévérance dont les citoyens doivent souvent faire preuve pour trouver, seuls devant leur écran, la bonne information et le bon cheminement en santé. La fluidité des parcours, les facilités offertes par les exercices regroupés et les pratiques avancées, les centres de soins de premier recours - proposition formulée par la FHP… : tout ceci doit contribuer à forger avec les acteurs de santé des relations renouvelées.

Enfin, il faut garder constamment à l’esprit que c’est dans l’information - ou plutôt l’absence ou la non-qualité de celle-ci - que réside le principal foyer de l’inégalité entre les citoyens. Au sein de l’hospitalisation privée, nous plaidons depuis longtemps pour une information, sur les établissements comme sur les professionnels, qui soit la plus exhaustive, la plus qualitative et la plus transparente possible. Les patients nous font confiance, prouvons-leur chaque jour qu’ils ont raison.


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Dans l’un de ses nombreux ouvrages, intitulé Fraternités, Jacques Attali pose le fait de « faire confiance » à autrui comme étant l’un des ferments de la société de demain.

Faire confiance doit devenir selon lui « un nouveau droit de l’Homme », et ce n’est pas juste une affaire de bons sentiments : c’est une nécessité dans nos sociétés largement gouvernées par la coercition et la défiance a priori, afin de retrouver un élan collectif qui soit le fruit de la somme des énergies individuelles.
Nos modes de fonctionnement ont en effet trop souvent pour conséquence d’enfermer les institutions comme les individus dans une posture de « résignés-réclamants ». Or nous parviendrons à relever les défis qui nous attendent par la responsabilisation, la considération et la valorisation de tous les acteurs.

La santé illustre parfaitement cette nécessité. « Le contrat plutôt que la contrainte » doit devenir le nouvel adage d’une gouvernance rénovée du système. Libérer les ressources inouïes de créativité et d’innovation qui fleurissent sur le terrain fragilisent certes les réflexes jacobins, percutent les cadres technocratiques. On l’a constaté sur la reprise en main des initiatives article 51… Mais la concertation, la co-construction, la confiance constituent la seule voie d’avenir, et la ministre de la santé en est pleinement consciente.

Autre illustration des évolutions à l’œuvre, une étude très intéressante émanant d’un cabinet de conseil vient de sortir sur la culture qualité : elle met en exergue le concept de « l’erreur apprenante », appliquée notamment au champ de la santé.

Les auteurs posent en préambule le principe que nous acquérons la grande majorité de nos connaissances et de nos savoir-faire de manière empirique, et que nous gagnons en compétence grâce à ce que nous apprenons d’autrui dans une relation fondée sur le « faire-confiance ». Dans ce contexte, l’erreur est présentée comme un levier d’apprentissage collectif, d’où émergent la créativité et les solutions, « nulle pierre ne pouvant être polie sans friction » dixit Confucius !

A travers tout cela, nous entrevoyons bien les changements considérables de paradigme qui se dessinent, pour parvenir à passer d’une société de contrôle à une société de confiance et insuffler cette nécessité dans tous les projets à venir en santé.


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Interviewée sur RMC le 20 août 2003, la ministre de l’écologie qu’était alors Roselyne Bachelot avait dit que la canicule subie n’était que la préfiguration de ce qui allait se passer dans les années à venir, à savoir un phénomène de réchauffement global de la planète : « Nous allons être obligés de considérablement réviser nos systèmes d'alerte, nos moyens de prévention et de précaution. C'est à une nouvelle société, à de nouveaux modes de vie que nous sommes appelés ».

A l’époque, cette déclaration, qui résonne étonnamment juste aujourd’hui, avait été jugée alarmiste par certains… La prise de conscience progresse, et c’est plus que nécessaire.

Bien sûr, les hôpitaux et cliniques privés sont mobilisés, avec les autres acteurs sanitaires et médicosociaux, pour prendre en charge dans les meilleures conditions tous les patients fragilisés par les fortes chaleurs. Agnès Buzyn a raison de souligner l’attention particulière à apporter aux plus vulnérables - les personnes affaiblies par la maladie, les enfants en bas âge, les personnes âgées, les personnes précaires - dans ces périodes éprouvantes, qui sollicitent l’ensemble des professionnels de santé.
Au-delà, nos établissements sont engagés dans des démarches de développement durable, en réduisant leur consommation d’énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre, en développant des filières de traitement des déchets… Autant d’initiatives vertueuses pour le climat qu’il convient de développer et d’amplifier.

Mais il convient, j’en suis convaincu, d’aller encore plus loin dans l’anticipation. Une réflexion collective doit être menée sur les impacts des dérèglements climatiques sur notre système de santé.

L’OMS estime à 250 000 les victimes du changement climatique à travers le monde entre 2030 et 2050 : recrudescence de certaines épidémies, stress thermique, facteur notamment de maladies cardiovasculaires, impact sur la nutrition, interaction de températures élevées avec certains médicaments, ou encore altération de la santé mentale…

Il ne s’agit pas de dresser un tableau apocalyptique de l’avenir : ce serait contre-productif alors même que certaines variables nous échappent. Mais nous devons intégrer cette dimension dans nos réflexions prospectives et l’évolution de nos organisations. Je pense à deux illustrations parmi d’autres : la conception du bâti de demain, avec le choix des matériaux et l’intégration accrue de la végétalisation par exemple ; et l’adaptation des formations et des pratiques des professionnels aux impacts du climat sur la santé publique. A l’anticipation de cette nouvelle donne, il faut consacrer des moyens à la hauteur des enjeux.


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Les arbitrages ont été rendus en haut lieu, et la santé est bien exclue des secteurs soumis au bonus-malus de la cotisation assurance chômage, dans le dossier dit des « contrats courts ».

Depuis des mois, nous faisions valoir auprès des décideurs les spécificités d’une profession dont la vocation est, avant tout, de prendre soin de l’humain.

La continuité des soins et de l’accompagnement est en effet l’un des éléments clés de la qualité et de la sécurité des services prodigués aux patients. Continuité et permanence, qui nécessitent le remplacement de toute absence, sont constitutives de notre mission de service public.

Notre message a été compris et entendu, et il y a lieu de saluer cette juste reconnaissance d’un secteur vertueux, celui de la santé, où le CDI est la norme et le CDD l’exception (88% du total des contrats de travail y sont conclus en CDI) et de la singularité de nos missions.

Il convient d’apprécier aussi l’écoute dont ont été gratifiés les acteurs de santé et médicosociaux réunis au sein de l’OPCO Santé : à l’évidence, c’est ensemble que nous parvenons à défendre nos particularismes et nos valeurs.

La ministre de la santé l’a bien dit : dans un contexte caractérisé par des métiers en tension, le véritable enjeu est de créer les conditions de l’attractivité de nos professions. 

Cette sage décision rejoint donc deux convictions plus générales que nous portons depuis longtemps.

Première conviction, on n’agit jamais aussi bien que lorsqu’on privilégie une approche pragmatique, qui prend en compte les contraintes et les atouts du terrain. Trop souvent, le déni de réalité prévaut, et les acteurs sont mis devant le fait accompli de dispositifs en décalage avec leurs besoins, voire inapplicables. 

Deuxième conviction, la confiance et la considération sont les meilleurs vecteurs de progrès collectif, dans tous les domaines. Les défis en santé ne sauraient trouver de résolution dans des mesures coercitives et punitives à l’égard des acteurs, le plus souvent contre-productives.

Souhaitons donc que l’issue favorable de ce dossier pour notre profession soit de bon augure pour qu’à l’avenir, pragmatisme et considération continuent de prévaloir dans l’ensemble des arbitrages.


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A quelques jours de l’été, l’extrême tension dans les urgences publiques cristallise tous les maux de notre système de santé. Les problème sont anciens, la réponse est complexe et multifactorielle, mais en aucun cas la situation présente ne doit conduire à marquer le pas dans les réformes en cours. Le courage et la persévérance dans l’action politique sont nécessaires dans de tels moments de crise, où la souffrance des personnels et le désarroi des patients se rejoignent.

Un tel contexte est aussi une invitation à la responsabilité. On évoque fréquemment la nécessaire « responsabilisation » des patients en matière de recours aux urgences : sans doute, mais c’est oublier un peu vite qu’ils doivent bien souvent composer avec une offre qui ne répond pas à leurs besoins ! Le véritable enjeu est la mobilisation de tous les acteurs de santé, notamment grâce au renforcement d’une saine complémentarité entre le secteur public et le secteur privé.

C’est précisément ce que vient d’exprimer le Premier ministre Edouard Philippe à l’instant dans son discours de politique générale, en appelant « au sens des responsabilités de tous les professionnels, publics et privés, pour se rassembler et se coordonner ».

Depuis quelques jours, je m’efforce de faire passer ce message dans les médias : les 126 services d’urgences privés, qui accueillent chaque année trois millions de patients, c’est à dire 50 patients par jour en moyenne, pourraient doubler leurs capacités et soulager un hôpital public en saturation. Cela relève de nos missions de service public, et nous sommes prêts à nous y investir encore davantage. Il convient aussi de débloquer de nouvelles autorisations d’urgences pour le privé...et ceci dès maintenant.

Je rappelle aussi systématiquement que les services d’urgences privés ne pratiquent évidemment – c’est la loi ! – aucun dépassement d’honoraires, que le tiers payant y est intégral et qu’aucune avance de frais n’est demandée. Si l’on considère que 67% des citoyens sont convaincus du contraire (Observatoire sociétal FHP/Viavoice de décembre 2018), ce petit rappel est salutaire…

Appel à l’implication de tous, appel à la créativité et à l’innovation également : pourvu qu’ils soient équipés des moyens d’imagerie et de biologie médicale indispensables, les centres de santé de proximité permettraient d’apporter les réponses adéquates aux besoins, diagnostiques et thérapeutiques, des patients en dehors des urgences.

Plus que jamais sur de tels sujets, la mission doit l’emporter sur le statut : l’hospitalisation privée prend donc ses responsabilités et fait des propositions concrètes. C’est, j’en suis convaincu, ce que l’opinion publique attend de nous, et pas de vaines polémiques sur les mérites comparatifs de tel ou tel.

Une étude récente du CEDAP* sur les Français et les associations professionnelles est riche d’enseignements : les « corps intermédiaires » sont attendus non sur des postures, mais sur des actions concrètes et des incitations à l’innovation. Ils sont en outre confortés dans leur légitimité à être force de propositions auprès des pouvoirs publics, pour « les aider à prendre les bonne décisions ».

Sur ce thème des urgences comme sur les autres, nous entendons le message !


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Le Baromètre de l’institut d’opinion Viavoice publié en début de semaine dans le Figaro montre une large adhésion du grand public à de nombreuses dispositions de la loi de santé : la réforme de la première année de médecine et du numerus clausus, les assistants médicaux, la création des communautés professionnelles territoriales de santé et les centres de santé de proximité - ces derniers étant plébiscités à 91% ! - bénéficient de cotes de popularité particulièrement élevées.

Le président de Viavoice, François Miquet-Marty, interviewé hier sur Le Figaro.fr, convenait lui-même que dans des temps de crise démocratique profonde, une telle adhésion était ces derniers mois, si ce n’est inédite, en tout cas très significative.

Mais significative de quoi exactement ? La réponse réside à l’évidence dans l’importance primordiale qu’attachent les citoyens à la santé et au soin, et dans le sentiment d’urgence qui les fait aspirer à une réorganisation profonde du système de santé. La santé et le système de soins constituent plus que jamais, alors que les inquiétudes pour l’avenir ne manquent pas, des piliers de notre identité collective.

Au nom de l’universalité de l’offre de soins, les citoyens émettent cependant un vrai « oui, mais » et se démarquent de la ligne de la ministre de la santé sur deux points : ils sont favorables à 71% à davantage de régulation dans l’installation des médecins, et majoritairement peu enclins à la fermeture de services pourtant porteurs de risques au regard du nombre d’actes réalisés.

Ces enseignements sont très révélateurs de l’ampleur de la préoccupation et des difficultés auxquelles les citoyens se sentent confrontés, qui les conduisent à prôner des solutions qui ont pourtant fait la preuve de leur inefficacité... ou de leur dangerosité. La réponse politique à la désertification médicale doit donc être aussi urgente qu’efficace, et suppose la mobilisation de tous les acteurs de santé autour d’une offre de santé de proximité. 

Enfin, le travail de conviction autour des enjeux de qualité, de sécurité et de pertinence ne fait manifestement que commencer. Sur tous ces sujets, la Fédération de l’Hospitalisation Privée est, en permanence, dans la proposition et la construction.


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Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, ont assisté à une nette poussée des idées écologistes aux dernières élections européennes, qui sortent donc renforcées de ce scrutin.

Au-delà de l’approche politique, il est indéniable que la « conscience verte » progresse chez les citoyens. Le foisonnement d’initiatives auquel va donner lieu la Semaine européenne du Développement Durable - qui débute demain jusqu’au 5 juin - en apporte pleinement l’illustration.

Les hôpitaux et cliniques privés sont particulièrement engagés en la matière. Développement de filières de traitement des déchets, réduction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre, gestion de l’eau, bâtiments éco-conçus, achats responsables, diminution du recours à des substances nocives grâce notamment au bio-nettoyage : de plus en plus d’établissements de santé privés engagent, de manière structurée et active, un plan d’action autour du développement durable… voire en font un des éléments de pilotage stratégique ! 

En juin 2017, la Fédération de l’Hospitalisation Privée a créé et mis en ligne une plateforme de bonnes pratiques, destinée à diffuser et valoriser toutes les initiatives prises par les établissements. Régulièrement alimentée en actions environnementales, sociales ou sociétales, elle est le reflet, quasiment en temps réel, de la dynamique impulsée par notre profession.

Autre pas important, la signature en 2017 de la Convention développement durable entre l’Etat et les fédérations hospitalières, avec la création d’un Observatoire permettant aux établissements de santé volontaires d’évaluer leur maturité sur le sujet, et donc de progresser. Les résultats 2019 révèlent d’ailleurs un niveau d’engagement des hôpitaux et cliniques privés répondants supérieur au niveau national sur les volets social, environnemental et économique.

Aujourd’hui, face aux défis environnementaux, l’accompagnement des établissements pour répondre aux enjeux de la transition écologique doit être renforcé. Lors de la consultation dans le cadre du Débat National, les adhérent.e.s de la FHP l’on dit clairement : le saupoudrage de mesures incitatives ne suffit pas. Ils appellent à l’harmonisation au niveau national de financements directs, alliée à une meilleure identification et accessibilité des filières vertueuses.

Nous sommes tous attendus, voire convoqués, sur cette responsabilité qui nous engage collectivement. C’est une nécessité de vie qui constitue aussi un investissement pour l’avenir. Le service au public doit être « de haute qualité environnementale » !



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Alors que la loi de santé arrive au Sénat, les conclusions d’une mission sénatoriale sur l’organisation territoriale de la santé, dévoilées il y a quelques jours, constituent un intéressant préambule aux débats.

Les termes choisis par les sénateurs Catherine Deroche, Véronique Guillotin et Yves Daudigny pour brosser la réalité des Groupements Hospitaliers de Territoire aujourd’hui sont explicites : « déconnectés », « portes fermées », « captation », « siphonnage », ou encore « laissés en marge » pour qualifier les relations avec les autres acteurs de santé.

Nul besoin d’être un grand exégète de la langue française pour deviner que les auteurs du rapport sont quelque peu circonspects sur la volonté des GHT de construire de vraies coopérations… même s’ils reconnaissent à juste titre que de véritables efforts sont faits par les professionnels sur certains territoires.

Au-delà de leur différence d’appartenances politiques (LR, RDSE, PS), les trois sénateurs appellent donc à une précision de la vocation même des GHT. Si leur utilité en tant qu’outil de restructuration, de mutualisation et de création de synergies pour l’hôpital public est reconnu, le glissement vers l’organisation des soins sur le territoire est « plus discutable » : manière euphémistique d’illustrer le décalage entre les besoins de collaboration des acteurs et le tropisme centralisateur de la structure des GHT.

Soucieux de « bien nommer les choses », les sénateurs préconisent donc une nouvelle dénomination du GHT, rebaptisé « Groupement Hospitalier Public (GHP) ». Ils y voient une clarification bienvenue des rôles de chacun, sans laquelle il ne peut y avoir de partenariats équilibrés. Ils appellent également à rompre avec des schémas administratifs trop centralisés pour « mieux accompagner les dynamiques locales ».

Donner plus de latitude d’action sur le terrain aux acteurs de tous statuts est évidemment une nécessité, qui avait fait du reste consensus lors de l’audition de l’ensemble des fédérations hospitalières, publique comme privées, à l’occasion de cette mission sénatoriale.

Pour la troisième année consécutive, la Fédération de l’Hospitalisation Privée est présente au sein de l’espace institutionnel de la « Paris Healthcare Week », le salon santé organisé par la FHF. Aujourd’hui, les fédérations publique et privées travaillent ensemble et portent des messages communs. Face aux défis de santé, il n’y a que l’unité et la complémentarité qui vaillent.

Alors que débutent cette semaine les travaux de la Commission des affaires sociales du Sénat sur la future loi de santé, une voie davantage constructive et équilibrée pour structurer l’organisation territoriale de l’offre de soins mérite donc d’être clairement entendue.


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Au-delà de l’habilité politique, la ministre de la santé fait preuve de lucidité en réfutant les mesures coercitives à l’installation des médecins. Elle sait bien, et de nombreuses expériences étrangères l’illustrent, que la coercition est le plus souvent contre-productive et que ses biais sont multiples.

Pour autant, l’inquiétude sur l’effectivité de l’accès aux soins est plus vive que jamais, et il est urgent d’y répondre. Les études d’opinion se font en effet l’écho d’une adhésion croissante des citoyens à la contrainte... surtout si cela concerne les autres !

Cessons sur un tel sujet d’avoir des réflexes obsolètes. Nous sommes en 2019 : la caporalisation et la mise en coupe réglée ont vécu, à tous les niveaux, pour les établissements comme pour les professionnels… et plus largement pour tous les citoyens.

Le seul défi qui vaille est de favoriser un environnement attractif qui permette à chacun d’accomplir ses missions dans les conditions les plus propices à une relation de soin de qualité avec le patient. Pour les médecins, le temps médical libéré, les moyens effectifs mis à disposition pour exercer pleinement son métier, l’accès facilité à l’innovation, le lien avec les autres acteurs de santé… constituent autant de facteurs qui tissent entre les professionnels et le territoire des liens d’attachement pérennes. 

Le terme « s’im-planter », qui renvoie à la notion d’enracinement, est d’ailleurs parlant, et les hôpitaux et cliniques privés le savent bien. Notre force réside dans le pacte de confiance que nous nouons avec les habitants de nos territoires d’implantation, qui considèrent à juste titre la santé et ses acteurs comme une ressource vitale.

Un essai stimulant publié récemment, « Travailler là où nous voulons vivre, vers une géographie du progrès »* propose de refaçonner et revivifier les territoires à l’aune des paramètres fondamentaux de nos vies, tels que l’éducation et la santé. La gouvernance de notre pays doit se défaire de la verticalité et du fait du prince, pour redonner de l’autonomie et responsabiliser les individus en fondant l’organisation sociale sur les choix de vie et de travail. Pour l’auteur, les nouvelles technologies, notamment dans le domaine de la santé, trouvent là une application pleine de sens : se mettre au service d’un projet de vie et « fertiliser » les territoires au lieu de les paupériser.

Le déni de réalité n’est jamais de bonne politique et il est toujours hasardeux de tenter de faire le bonheur des gens malgré eux. En clair : écoutons les aspirations des citoyens, des professionnels, et provoquons les organisations vertueuses qui permettent à chacun de trouver de manière équilibrée la place qui lui revient, au sein de trajectoires et de territoires pleinement attractifs.


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Tout comme les dégradations à l’hôpital Necker il y a trois ans, l’intrusion de manifestants dans l’enceinte de l’hôpital de la Salpétrière a donné lieu à une déferlante de polémiques. Il ne nous appartient pas de juger des événements sur lesquels toute la lumière n’a pas encore été faite : mais en tant que Fédération rassemblant des établissements de santé, une telle séquence ne peut nous laisser indifférents.

Sortons donc quelques instants des querelles sémantiques, et prenons en compte l’exigence professionnelle et la conscience morale qui guident les missions des professionnels de santé : soigner, respecter, protéger. Toute atteinte à ces principes est légitimement vécue de manière douloureuse, comme une agression intolérable. La directrice de l’hôpital a exprimé une émotion dans laquelle nous pouvons tous, acteurs publics comme privés, nous reconnaître.

L’attachement des citoyens aux établissements de santé est profond. Au sein d’un espace public souvent vécu comme insécure, ils savent pouvoir disposer de lieux tout entiers dévolus au soin et à la « réparation des vivants », pour reprendre le titre du livre de Maylis de Kerangal. Pourtant, les médias se font régulièrement l’écho d’atteintes à la sureté et à la sérénité de l’action des soignants. Qui aurait imaginé, il n’y a pas si longtemps, que nous soyons obligés au sein de nos établissements d’assurer en continu la sécurité de nos professionnels et de nos patients ? Il convient de le dire avec force : celles et ceux qui soignent ne doivent en aucune cas être victimes de violences, physiques ou verbales. Une société qui ne respecte pas les lieux où l’on soigne est une société qui ne se respecte pas elle-même.

Pour autant, l’hôpital est-il toujours « un sanctuaire », comme le disait sur les ondes Agnès Buzyn lundi ? Oui sans doute, si l’on considère que sa vocation soignante lui confère - ou doit lui conférer - une protection. Mais la réalité est plus complexe : dans leur quotidien, les hôpitaux et les cliniques ne sont plus ces lieux coupés du monde et délestés de ses contraintes. Nous sommes des réceptacles des évolutions comme des maux de la société, et ceux-ci nous poussent à ajuster sans cesse le service que nous rendons au public. Nous sommes des acteurs du territoire sur lequel nous sommes implantés, avec ses spécificités et ses difficultés.

Entre protection et ouverture, il y a donc un équilibre subtil à réinventer sans cesse. Mais certaines valeurs, tels que le respect de l’espace de soin et de ses professionnels, doivent être sacralisées, sauf à porter un coup fatal à notre « savoir vivre ensemble ».


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Placer l’Etat dans un rôle d’impulsion et de mise à disposition de ressources pour la société civile : telle est la vision de la stratégie numérique en santé présentée la semaine dernière par Agnès Buzyn et Dominique Pon. Ensuite, les acteurs ont la liberté de développer biens et services à l’aide de ces ressources.

Si une telle configuration est particulièrement propice à l’innovation numérique, elle porte aussi la marque d’une progression des mentalités et d’un désir de rééquilibrage des rôles dans la décision publique : un Etat prospectif et facilitateur, des citoyens moteurs et créateurs de solutions. Alors qu’il y a peu, l’innovation était encore mise en coupe réglée, cette impulsion portée par la stratégie numérique est bienvenue. Souhaitons qu’elle fasse des émules dans de nombreux autres domaines.

Dans le même esprit, la crise sociale des derniers mois a eu le mérite de faire bouger les lignes en mettant en exergue le sentiment d’abandon des territoires et les failles dans le service au public. En ce sens, les annonces du Président de la République sur l’arrêt des fermetures d’hôpitaux et d’écoles procèdent d’une salutaire prise de conscience : d’une part des sujets prioritaires pour les citoyens, à savoir l’éducation et la santé ; et d’autre part de la nécessité d’en finir avec un Etat couperet dont les décisions arbitraires n’ont fait qu’accroitre le divorce avec les populations.

Les élus locaux sont en effet mis devant leurs responsabilités, face à des enjeux qui engagent aussi, ne l’oublions pas, la qualité et la sécurité des soins. A eux de mettre à distance conservatisme et clientélisme et de faire preuve d’audace pour inventer la santé de proximité de demain. Et aux acteurs que nous sommes d’être là aussi offreurs de solutions… sous réserve, bien sûr, que soit reconnu l’apport des établissements de tous statuts.

Evolution du rôle de l’Etat, prise en compte des acteurs de terrain sur les territoires… et participation du patient. Le rapport de l’Institut Montaigne sur les indicateurs de qualité, sorti mardi et auquel l’hospitalisation privée a apporté sa contribution, illustre là encore cette aspiration des citoyens à être contributeurs de l’évolution du système : 96 % d’entre eux s’y disent prêts à répondre à des enquêtes d’évaluation de leur prise en charge et du résultat de celle-ci, si cela peut permettre d’améliorer la qualité des soins.

A rebours de la morosité ambiante et des collapsologues, des signaux, de moins en moins faibles, nous disent donc que la maturité collective progresse et que la donne en santé est en train de changer. Une chose est certaine : les hôpitaux et cliniques privés y contribuent jour après jour.


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Une campagne qui démarre laborieusement et des enjeux pas toujours faciles à cerner pour un scrutin fréquemment boudé : toutes les fées ne se penchent pas spontanément sur le berceau des élections européennes, et l’on peut se demander si celles du 26 mai feront exception. La crise générale de la représentation engendre pour les européennes une désertion encore accrue à l’égard d’institutions jugées distantes et complexes… a fortiori à un moment où le Débat national porte une forte exigence de simplification. Pourtant, on ne le dira jamais assez : l’Europe est, et sera, ce que nous en faisons.

Trop souvent, l’action de l’Europe est caricaturée pour masquer les propres défaillances, la frilosité ou le manque cruel d’anticipation des pouvoirs publics nationaux. De nombreux sujets stratégiques de santé mériteraient pourtant d’être davantage portés au niveau européen : le partage de l’expertise pour lutter contre les maladies et faire face aux mutations démographiques, la réponse aux attentes des citoyens en matière de qualité et de sécurité sanitaire, ou encore l’émergence d’une puissance européenne de la donnée pour contrebalancer les velléités hégémoniques des GAFA et des BATX. Nous sommes, en tant qu’acteurs de santé, directement concernés.

Il y a, selon les données de l’Union Européenne de l’Hospitalisation Privée (UEHP), plus de 5000 établissements de santé privés à travers l’Europe. Ils sont des acteurs majeurs des systèmes de santé des pays européens, grâce à un modèle qui valorise la qualité des soins et l’efficience dans une logique de complémentarité avec l’offre publique. Si nous voulons faire prospérer ce modèle, le partage de savoirs entre nous est fondamental. Mais nous devons aussi porter ce message politique au niveau de nos interlocuteurs européens, qui sont parfaitement conscients - surtout si l’on considère les soubresauts sociaux actuels - qu’améliorer la santé et le bien-être des citoyens est un prérequis essentiel à toutes les politiques de développement.

FHP et UEHP viennent donc d’adresser un courrier commun aux têtes de liste des élections européennes en France, assorti de 10 questions sur leur projet pour la santé : reconnaissance des missions des hôpitaux et cliniques privés, égalité des acteurs de tous statuts, simplification, innovation, pertinence et qualité des soins… Nous vous communiquerons leurs réponses avant l’échéance du 26 mai.

Souhaitons que sur de tels enjeux, celles-ci soient à la hauteur des attentes des acteurs de santé et de notre profession, et dessinent une Europe à laquelle nous ayons envie de croire. Mais nous sommes tous aussi en responsabilité vis-à-vis de l’Europe de la santé : alors, soyons « euro moteurs » ! 


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C’est une étape majeure qui a été franchie dans la reconnaissance du principe d’égalité entre le secteur public et le secteur privé de la santé. Le Conseil d’Etat considère en effet que la question des dépassements d'honoraires des praticiens à l’hôpital public, et de la rupture d'égalité avec ceux exerçant au sein des hôpitaux et cliniques privés, relève clairement des droits et libertés garantis par la Constitution. Cette question « présentant un caractère sérieux », le Conseil d’Etat s’en remet donc au Conseil Constitutionnel pour statuer.

Rappelons que ce sujet trouve son origine dans l’ordonnance relative au service public hospitalier, qui permet à l’hôpital public de déroger à ses conditions et de pratiquer des compléments d'honoraires dans le cadre de son exercice libéral.

Le sujet n’est nullement celui de la réouverture de polémiques stériles. Notre volonté est simplement d’affirmer la légitimité de tous les acteurs hospitaliers à remplir des missions de service public, en fonction de critères d’habilitation qui doivent s’appliquer à tous de la même façon. Sinon, c’est l’arbitraire qui prédomine. Egalité de droits, égalité de devoirs…

C’est une question de principe, mais pas seulement. Les acteurs hospitaliers de tous statuts ont besoin d’être reconnus dans leurs missions au service des patients. Réfuter sans fondement l’habilitation au service public hospitalier à un établissement revient à nier son essence même : être au service du public sur un territoire. Or si les dés sont pipés dès le départ, comment bâtir les voies de la confiance et de la coopération ?

Je suis également convaincu que des règles du jeu justes et transparentes incitent les acteurs à faire tous les efforts nécessaires pour s’améliorer, renforcer l’accès aux soins, accueillir et prendre en charge de la meilleure façon tous les patients. Nul n’est exemplaire, mais chacun peut y tendre si on lui fait confiance.

La loi Pacte a été définitivement adoptée il y a quelques jours. Elle valorise, à travers différentes dispositions, les entreprises responsables et « porteuses de sens », dont la raison d’être s’incarne dans les missions d’intérêt général qu’elles accomplissent. Cette définition s’applique aux établissements de santé privés, et à travers la décision du Conseil d’Etat, c’est aussi ce message de considération qui nous est adressé.


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La présentation des premiers résultats du Débat National fait apparaitre une réalité dont il ne faut pas minimiser l’importance : alors que la santé n’était pas clairement ciblée dans les thèmes officiels du débat, elle a émergé comme une préoccupation majeure des citoyens, partout sur le territoire. Comme l’a exprimé avec justesse le Premier ministre : « La thématique de la santé s’est invitée, il faut l’entendre ».

Ceci ne constitue certes pas un immense scoop : sondages après sondages, la santé, aux côtés de l’emploi et du pouvoir d’achat, est au cœur des espoirs les plus grands - les progrès thérapeutiques - comme des angoisses les plus vives - l’accès aux soins. Cela place à un niveau élevé les exigences collectives sur un tel sujet, pour le politique bien sûr, mais aussi pour les acteurs de la santé eux-mêmes.

Premier constat, les participants identifient un seul poste pour lequel ils estiment que les moyens, financiers et humains, doivent être au rendez-vous : la santé. Ils plébiscitent un système de santé accessible à tous, grâce une offre de soins tant hospitalière que de ville à la hauteur des enjeux. La demande de « services au public » de santé est impérieuse, la question du statut des acteurs semble le cadet des soucis des contributeurs, et l’attente de propositions innovantes - centres de santé de proximité par exemple - est grande. Tout ceci témoigne d’une grande lucidité et mérite d’être pris en compte.

Il est également très significatif que les premiers enseignements du Débat National soient, sur de nombreux points, en résonance avec ce que les directrices et directeurs des hôpitaux et cliniques privés ont exprimé. Deux exemples : les mots « manque de considération » reviennent souvent dans les réponses des Français. Dans notre consultation également, cette aspiration à davantage de reconnaissance et de respect était prégnante. Autre illustration, les citoyens aspirent, face aux millefeuille administratif, au développement « d’une culture de la simplicité ».

Nous ne saurions mieux dire, tant se soustraire aux complexités inutiles pour se centrer sur le soin du au patient, et être reconnus dans les missions que nous accomplissons à son service, est fondamental. La déclinaison concrète du message délivré par les citoyens ne sera pas une mince affaire, mais il n’y a d’autre voie que la réussite.


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C’est un arrêté parmi d’autres, publié ce week-end au Journal Officiel, et dont l’intitulé ne parle guère qu’aux initiés. Et pourtant, c’est une étape majeure pour notre secteur : l’agrément officiel par le ministère du travail d’un opérateur de compétences - OPCO - Santé, pleinement représentatif des métiers de la santé, incluant le médico-social et l’aide à la personne.

Cela n’a pas été chose aisée : il y a eu des mois d’un intense travail de conviction, de négociations soutenues avec les partenaires sociaux, de contacts répétés avec les représentants du Gouvernement. Mais le résultat est là, et il constitue une réelle satisfaction pour la FHP et l’ensemble des fédérations employeurs engagées dans le processus. Les syndicats de salariés ont aussi salué cette création.

Cet OPCO Santé constitue d’abord un véritable levier pour mener des politiques ambitieuses de formation des professionnels de santé. Améliorer l’attractivité de nos métiers, donner des perspectives à chacun, favoriser la meilleure adéquation des pratiques aux évolutions du système de santé et aux attentes des patients : nous avons besoin de cet OPCO pour relever les défis à venir. Cet OPCO a d’ailleurs vocation à accueillir demain d’autres acteurs clés de la santé, les professions libérales notamment.

Il convient aussi d’être pleinement conscient que l’agrément des OPCO aujourd’hui préfigure le paysage des Branches professionnelles de demain. Dans un tel cadre, affirmer la cohérence et l’importance de la santé dans toutes ses composantes, favoriser la pleine et entière reconnaissance de ses acteurs, est fondamental. La santé est, ne l’oublions jamais, l’un des sujets majeurs de préoccupation des citoyens aujourd’hui.

Les premières analyses du Débat National font ressortir des mots-clés, dont celui de « respect ». La décision de la puissance publique, que nous saluons, d’agréer l’OPCO Santé, participe de cette indispensable considération.