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Editos de Lamine Gharbi

Ambition, courage, pédagogie


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 18 juillet 2018

Vulnérabilité : tel est le sentiment global éprouvé par les Français quand on leur parle de santé, si l’on en croit une toute récente étude*. Certes, 87% des Français estiment être en bonne santé, mais pour 6 personnes sur 10, l’état de santé est un sujet de préoccupation très partagé, quels que soient l’âge, la catégorie socioprofessionnelle ou la situation géographique. Gageons d’ailleurs qu’à une telle question, on répond moins pour soi que par souci d’autrui et du bien-être de ses proches…

L’étude révèle aussi, sans surprise, le rapport en demi-teinte des citoyens envers notre système de santé. Certes, la confiance perdure, et rien que ceci constitue déjà une fierté pour toutes celles et ceux qui font le soin, dans un contexte où le crédit de nombreuses sphères d’expertise est sévèrement émoussé… Mais le sentiment que les inégalités de santé se creusent, que l’accès aux soins se détériore, est très présent.

Cette ambivalence se révèle aussi dans le rapport aux innovations en santé. Les Français témoignent de beaucoup d’appétence envers ces nouvelles technologies qui ouvrent d’immenses champs de progrès. Mais là encore, ils se demandent qui pourra vraiment en bénéficier : l’espoir est amoindri par un questionnement fort sur l’égalité d’accès à l’innovation.

Toutes ces données révèlent les inquiétudes d’un pays sur sa capacité à assurer, partout sur le territoire national, l’accès de tous à des soins de qualité. Face à ces attentes impérieuses, il faut se montrer à la hauteur des enjeux. Les mesures de l’exécutif, différées à plusieurs reprises et annoncées à présent à l’automne, ne pourront pas se contenter de rustines. Une transformation du système de santé menée avec ambition, courage et pédagogie, constituerait un acte politique fort sur un sujet jugé prioritaire par les citoyens.

Les hôpitaux et cliniques privées prendront toute leur part à cette transformation, sous réserve que celle-ci ne reproduise aucune des erreurs du passé, parie sur la confiance aux acteurs et surtout crée partout les conditions d’une offre de soins de qualité et accessible à tous. Notre cohésion sociale dépendra de notre capacité commune à dépasser les oppositions, à miser sur notre diversité et notre complémentarité, et à « jouer collectif » au service des patients.

A ces conditions, notre pays pourra réussir la transformation de son système de santé, et afficher l’ambition d’être, pour reprendre une expression en résonance avec l’actualité, « le meilleur parmi les meilleurs » !

* Baromètre Eovi MDC Mutuelle

Lamine Gharbi

Innovation responsable


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 11 juillet 2018

Lors du colloque sur l’intelligence artificielle organisé récemment au Sénat par l’association ETHIK-IA, une question était centrale : la transformation numérique est-elle compatible avec la responsabilité sociale ?

Poser un regard éthique sur les mutations à l’œuvre répond à une double nécessité : donner aux citoyens les grilles indispensables de compréhension de « ce monde qui vient » ; et se doter, face aux velléités hégémoniques des GAFA, d’un avantage concurrentiel.

Entre dérégulation sauvage et excès de réglementation, l’exercice d’une responsabilité citoyenne collective favorise une voie médiane : celle du développement d’une innovation responsable.

Les acteurs de santé que nous sommes ont un rôle majeur à jouer. Car non, les professionnels de santé ne sont pas solubles dans l’intelligence artificielle ! Contre les projections fantasmatiques, il convient de poser qu’intelligence humaine et intelligence artificielle ne s’opposent pas, d’identifier les champs de progrès ouverts, et d’investir des espaces de régulation positive.

La complémentarité des hommes et des machines, l’affirmation de la valeur ajoutée du soignant, la reconquête du temps médical, l’information éclairée du citoyen-patient, la nécessaire anticipation de l’évolution des métiers et des compétences, l’amélioration du pilotage médico-économique des structures… Tous ces enjeux liés à l’intelligence artificielle sont à nos portes.

Les hôpitaux et cliniques privés ont une conscience aigüe des transformations à l’œuvre. La profession fait évoluer en continu ses usages et ses pratiques à l’aune des innovations numériques.

Or sur tous ces sujets, la puissance publique se contente le plus souvent de regarder passer les initiatives avec une bienveillance polie, mais passive. La définition comme la maitrise des programmes adaptatifs qui engrangent les données est notamment un enjeu central qui ne semble pas préoccuper outre mesure nos administrations. Toutes les parties prenantes devraient pourtant être mobilisées à l’échelle européenne pour bâtir une éthique de la transparence. Mais soyons rassurés, si nous ne le faisons pas, d’autres le feront… sans nous.

Un pays comme la France dispose pourtant de réels atouts : la qualité de nos formations et de notre recherche, alliée à une culture démocratique garante des garde-fous nécessaires. En santé, l’unique exigence qui vaille est de soigner toujours mieux les patients : le défi est donc de faire émerger le contexte le plus propice au développement de l’innovation numérique, tout en créant, par une approche éthique en surplomb, les conditions de la confiance.

Si, comme le dit Cédric Villani, l’intelligence artificielle est l’affaire de chacun, les acteurs de santé ont besoin en la matière d’être partie prenante d’une véritable dynamique collective.

Lamine Gharbi


L'élan entrepreneurial pour la santé


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 4 juillet 2018

Au siège du Medef, sur le mur de l’auditorium, il est écrit : « L’entreprise, c’est la vie ». La vocation première du mouvement patronal, au-delà des intérêts sectoriels, est sans doute celle-ci : impulser un vaste élan entrepreneurial, qui donne à notre pays tous les atouts pour demain.

L’idée qu’entreprendre change le monde est fondatrice de l’engagement du tout nouveau président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Nous ne pouvons qu’y souscrire : les entrepreneurs de santé que nous sommes développent au quotidien des innovations au service du patient, qui transforment la manière dont nous serons soignés demain.

Il est donc indispensable que la sphère de la santé, et plus largement du soin, soit totalement embarquée dans cette dynamique entrepreneuriale.

Pendant longtemps, la santé a été vue comme un coût, et non comme le formidable facteur de développement humain, de croissance économique et d’attractivité des territoires qu’elle est pourtant.

Pendant longtemps, la légitimité de l’intervention du privé en santé a été questionnée, alors même que notre raison d’être réside dans les missions de service public que nous accomplissons. Nous sommes de fait des « entreprises à mission », au service partagé de l’intérêt collectif !

Pour toutes ces raisons, le Medef gagnera à poursuivre et amplifier en son sein la promotion du sujet santé et la valorisation des actions accomplies par ses acteurs. L’hospitalisation privée y apportera sa pleine contribution, en lien avec les autres acteurs de santé de tous statuts.

Dans toutes les études d’opinion, la santé figure systématiquement dans le trio de tête des préoccupations des citoyens. La santé est, j’en ai la conviction, un moteur de grandes mutations technologiques et sociétales. La filière santé est une filière d’excellence qui peut prétendre à un rayonnement mondial…

Tout cela plaide pour que, plus que jamais, le premier réseau d’entrepreneurs de France porte haut la bannière santé, dans un échange fructueux avec la société civile et une compréhension fine des contraintes, mais surtout des défis et des atouts, de ce secteur.

Le Medef est enfin un lieu, et il n’y en a pas tant, où tous ceux qui font le soin - industriels, hospitaliers, start-ups... - peuvent dialoguer et faire émerger des orientations prospectives. Cette dimension-là doit également se développer pour bâtir, tel que l’a exprimé hier Geoffroy Roux de Bézieux dans son premier discours de mandat, « un Medef qui ait la passion de l’unité ».

Lamine Gharbi

Une pédagogie de la pertinence


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 28 juin

Un savant mélange de justesse et de compétence : telle est la manière dont nous pourrions définir la pertinence. On en disserte abondamment aujourd’hui, comme détenant une partie de la solution aux maux du système de santé. Mais ce concept exigeant mérite mieux que la présentation parfois réductrice qui en est faite : il suppose, pour que les acteurs de santé comme les patients se l’approprient pleinement, une vraie pédagogie d’approche.

Il est essentiel de poser que la pertinence contribue d’abord au renforcement de l’expertise des soignants. Brandir le chiffon rouge des « actes inutiles » ne rend pas justice à toutes celles et tous ceux dont l’objectif, voire la vocation, est de soigner et de bien soigner. La pertinence doit bannir toute idée de défiance a priori vis-à-vis des professionnels si elle veut être un véritable levier d’amélioration en continu des pratiques, et par là même de valorisation du travail des équipes.

En conséquence, être pertinent veut parfois dire faire moins… mais aussi parfois faire plus, la seule jauge étant l’adéquation la plus fine aux besoins des patients. N’en faire qu’un outil de maitrise des dépenses reviendrait à passer à côté du vrai enjeu, une amélioration globale du système dont chacun, soignant comme soigné, doit bénéficier.

Appropriation par les professionnels, mais aussi appropriation par les patients. Relever le défi de la pertinence se fera avec un patient à la fois éclairé et responsable, co-constructeur de ses soins. Il ne s’agit pas de faire peser sur les épaules du patient des responsabilités qui ne sont pas les siennes : mais un système de santé profondément transformé aura besoin du savoir de tous, qu’il soit médical ou plus profane.

Enfin, n’oublions pas que la pertinence est une porte ouverte sur l’innovation en créant une émulation vers l’acte, diagnostique ou thérapeutique, le plus approprié.

Avant les enjeux techniques, la pertinence est donc sans doute une évolution culturelle. Encore faut-il que tous les acteurs de santé perçoivent quel est « l’intérêt à agir », d’où l’importance d’une véritable pédagogie de la pertinence.

Lamine Gharbi

Emancipation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 20 juin 2018

L’article 51 était hier au cœur de toutes les attentions lors de l’événement organisé par la FHP. Les nombreux intervenants ont illustré la manière dont quelques lignes dans une loi de Financement de la Sécurité Sociale peuvent prendre vie, quand on laisse enfin l’esprit de créativité des acteurs s’exprimer.

Et c’est bien de cela dont il s’agit : cet appel aux expérimentations issues du terrain contient un message implicite d’émancipation. On dit aux acteurs de santé : vous n’êtes plus sous tutelle. Vous devez croire en vos idées, car ce sont elles qui vont construire le système de santé de demain.

Olivier Véran, à l’origine du dispositif, est revenu sur cette volonté de s’appuyer sur la loi, non pas pour fixer un énième cadre contraignant, mais pour encourager les innovations. C’est une philosophie d’action nouvelle, qui gagnerait d’ailleurs à irriguer toute la gouvernance de la santé.

Le seul critère qui vaille pour s’inscrire dans le processus, c’est d’avoir un projet porteur qui permette de déroger à l’existant ! C’est une proposition qui convient tout à fait à notre profession : les hôpitaux et cliniques privés ne cessent de faire la démonstration que d’autres organisations, d’autres pratiques, sont possibles pour mieux soigner les patients. La Cérémonie de remise des Trophées de l’hospitalisation privée hier soir en a, une fois encore, apporté la preuve.

Tous les maux de notre système de santé ne vont pas se résoudre grâce à l’article 51. A contrario, passer à côté de cette dynamique reviendrait à se priver d’un puissant levier de transformation, mais aussi de coopération : coopération entre nous, établissements privés, et entre structures de tous statuts juridiques.

Car c’est l’autre message qu’il faut retenir de cette journée d’échanges : l’enjeu clé de la co-construction, notamment avec la médecine de ville, afin de bâtir des parcours cohérents, garants de l’égal accès de tous à des soins de qualité.

Bien sûr, ces parcours ne doivent pas s’imaginer seulement pour les patients, mais avec eux. Jean Léonetti est venu nous faire partager cette conviction : la libération des initiatives des acteurs de santé est indissociable d’une participation active des patients à celles-ci. Finalement, cet article 51 porte une vision d’affranchissement vis-à-vis des cadres et des rôles préétablis.

Acceptons-en l’augure, et jouons le jeu.

Lamine Gharbi

« Je compte sur vous »


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 13 juin 2018

J’étais présent ce matin à Montpellier, pour écouter le Président de la République s’exprimer au Congrès de la Mutualité sur les politiques sociales.

Pendant plus d’une heure, il a eu à cœur de démontrer que, si nous pouvions légitimement nous enorgueillir de notre système de protection sociale, l’effectivité et l’universalité des droits étaient aujourd’hui menacées. Dans ce contexte, « le refus de regarder la réalité en face et ses parts obscures » est la pire des choses.

Il en est de même pour la santé : la fierté que nous éprouvons collectivement à l’égard de notre système de santé, a-t-il dit, ne doit pas pour autant nous brider dans son indispensable transformation.

Certes, les mesures concrètes ont fait défaut ce matin, hormis la confirmation de la finalisation d’ici 2021 du reste à charge zéro pour l’optique, l’auditif et le dentaire. Au passage, le sujet du RAC zéro de l’hospitalisation mériterait lui aussi d’être mis sur la table. Toujours est-il que les grandes annonces sur la santé du Président et de la ministre sont attendues à présent, avec impatience, à l’été...

Mais l’accent mis sur la prévention, sur l’accès aux soins et sur la qualité et la pertinence, dessine d’ores et déjà les contours des décisions à venir.

Nous souscrivons aux principes énoncés pour y parvenir, principes que nous défendons d’ailleurs depuis longtemps : le développement des coopérations entre les acteurs de santé et les logiques de réseau, et l’abandon d’une approche comptable et administrative étriquée au profit de l’exigence d’une réponse juste à la demande exprimée par les patients.

A la fin de son allocution, Emmanuel Macron m’a confirmé dans un aparté que l’hospitalisation privée serait pleinement associée à la transformation du système de santé : « Je compte sur vous », a-t-il affirmé.

Pour œuvrer à cette transformation, seul compte en effet l’engagement de chacun, à égalité de droits et de devoirs, au service du public et des patients. Rompre avec une « société de statuts » cloisonnée et sclérosée est capital pour tenir pleinement la promesse républicaine.

Lamine Gharbi

Un Avis que nous partageons


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Faire des propositions c’est bien, mais lorsque ces propositions irriguent la réflexion collective, c’est encore mieux... 

Nous avons été heureux de trouver, dans ce qui a été rendu public de l’avis du Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie, un certain nombre d’idées en résonance avec la philosophie d’action de l’hospitalisation privée sur la stratégie de transformation du système de santé. 

Le HCAAM appelle d’abord à une réforme radicale, s’appuyant sur deux principes majeurs : faire des établissements, des professionnels comme des patients les vrais acteurs du changement sur le terrain ; et fonder la transformation sur les services attendus par la population. 

Une autre prise de position forte concerne le maillage de l’offre de soins sur les territoires. Les Groupements Hospitaliers de Territoire, nous dit l’avis du HCAAM, n’ont pas vocation à organiser la réponse territoriale aux besoins de la population. L’hospitalo-centrisme qui les gouverne ne peut les qualifier à relever les défis d’une offre de soins équilibrée et de proximité. 

L’avis du HCAAM porte également une critique à peine voilée de la loi Touraine. Il propose de redéfinir les missions des établissements de santé, et de réouvrir le Service Public Hospitalier aux hôpitaux et cliniques privés. 

Deux autres points méritent attention : la fin de l’ARS juge et partie tout d’abord, qui ne serait plus en charge de l’offre de soins - et notamment de la gestion des hôpitaux publics - mais régulatrice du service rendu. Et un volontarisme accru sur la formation, avec une véritable ouverture à l’ensemble des acteurs, tant public que privés. 

Alors réforme radicale, scénario de rupture, renversement de perspective... 

Appelons cela comme on veut, mais souhaitons que cette contribution soit prise en considération comme elle le mérite dans les annonces imminentes de l’Exécutif. 

Lamine Gharbi

Vigilants mais confiants


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 30 mai

La Fédération de l’Hospitalisation Privée est présente cette semaine à la Paris Healthcare Week, l’événement annuel qui réunit Porte de Versailles l’ensemble des acteurs hospitaliers, des professionnels de santé et des institutionnels.

Notre participation à ce Salon qui est historiquement le « temple » de l’hospitalisation publique, tout comme la qualité de l’accueil qui nous y est réservé, tout ceci a valeur de message : ce qui rapproche les secteurs public et privés de la santé est bien plus fort que ce qui les oppose. Nos convergences de vue - qui n’excluent pas de vraies différences d’approche parfois - s’illustrent notamment sur certains sujets structurants de la Stratégie de transformation du système de santé initiée par Agnès Buzyn.

La ministre a d’ailleurs appelé de ces vœux dans son discours d’hier cette nécessaire coopération entre les acteurs, pour relever le défi du parcours. Elle a égrené une série de principes - qualité, pertinence, innovation, prévention… - qui font aujourd’hui globalement consensus.

Les propositions de l’hospitalisation privée, que j’ai remises officiellement à Agnès Buzyn hier matin lors de son passage sur notre stand institutionnel, sont évidemment venues irriguer tous ces travaux. Nous avons connu d’autres temps, où la ministre de la santé contournait scrupuleusement notre espace d’exposition : ne boudons donc pas notre plaisir ! C’est aussi la marque que les choses changent…

Autre invité de marque sur notre stand, le président du Sénat Gérard Larcher, qui porte la défense des territoires : « Aucune stratégie ambitieuse ne pourra se bâtir sans l hospitalisation privée », nous a-t-il affirmé.

A présent, tous les regards sont tournés vers le Président de la République qui devrait faire les grandes annonces tant attendues en juin.

Sur la forme, on ne peut que se féliciter que la santé fasse l’objet de l’attention au plus haut sommet de l’Etat. Un tel portage politique constitue aussi un gage de reconnaissance pour toutes celles et tous ceux qui font vivre le soin.

Sur le fond, nous espérons que cela augure d’une réelle ambition dans l’action. Nous l’avons dit, l’ère des ajustements cosmétiques est révolue. Si j’osais un clin d’œil, je dirais que depuis longtemps, notre profession illustre le fait que l’on peut être efficient, et, en même temps, prodiguer le meilleur soin au patient !

Ce « en même temps » cher à Emmanuel Macron est tout sauf une philosophie du non choix : il vise à mettre à bas les clivages obsolètes ou les oppositions sans fondement. C’est sans conteste ce dont la santé a besoin aujourd’hui, les annonces à venir devront en faire pleinement la démonstration.

Nous sommes vigilants, mais confiants.

Lamine Gharbi

Un nouveau monde en santé


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 16 mai

Il y a un an quasiment jour pour jour, Agnes Buzyn entrait au Gouvernement en qualité de ministre de la santé. Son arrivée a marqué, sur la forme en tout cas, un changement notable par rapport à l’ostracisme qui prévalait jusqu’alors à l’égard de l’hospitalisation privée.

Le président Macron appelle à l’émergence d’un « nouveau monde ». J’ai la conviction qu’en santé, le véritable marqueur d’un puissant changement de paradigme se situe là, dans cette égale considération accordée à tous les acteurs de santé, qui fait fi des carcans statutaires. Oui, en France en 2018, les hôpitaux et cliniques privés servent l’intérêt général et doivent être pleinement reconnus comme tels.

Sur le fond, nous sommes au milieu du gué, avec les annonces à venir sur la Stratégie de Transformation du Système de Santé.

L’hospitalisation privée apporte une vaste contribution à cette démarche. Nos propositions, rendues publiques très prochainement, ont deux caractéristiques majeures.

La première caractéristique, c’est la rupture avec les fonctionnements technocratiques et descendants pour renouer avec la réalité du terrain : réalité des pratiques des professionnels, réalité du vécu des patients. Aujourd’hui, on fixe des cadres rigides auxquels chacun doit se plier. Cette vision obsolète a vécu. Il est temps de faire, a priori, confiance aux compétences et à l’expertise des acteurs - de tous les acteurs - pour rehausser en qualité l’ensemble du système.

La seconde caractéristique de nos propositions, c’est de ne pas se satisfaire de demi-mesures mais d’être réellement dans la transformation du système, à tous les niveaux : organisation, gouvernance, financement... Le système est aujourd’hui sclérosé par son arbitraire, son opacité et son absence de vision. Retrouvons, ensemble, le sens de nos missions et pilotons enfin le système par la valeur : la valeur médicale, la valeur ajoutée apportée au patient et le service que nous lui rendons.

La marque de cette nouvelle mandature est la volonté de porter des projets « disruptifs » : nous souhaitons donc que les préconisations de la Stratégie de Transformation du Système de Santé s’inscrivent dans cette ligne, pour être à la hauteur des enjeux. Les attentes sont à la mesure de l’urgence. Pour notre système de santé bien sûr, mais aussi pour tous les Français qui souhaitent de ce Gouvernement un message social fort.

Lamine Gharbi

La santé, au service de la cohésion sociale


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 9 mai

Redonner de l’élan aux quartiers prioritaires, telle est l’ambition affichée par le rapport que Jean-Louis Borloo vient de remettre au gouvernement, « Vivre ensemble », assorti d’un sous-titre évocateur : « Pour une réconciliation nationale »…

De très nombreux hôpitaux et cliniques privés sont implantés dans des zones péri-urbaines ou rurales, où le sentiment de relégation est fort. Les professionnels qui y travaillent savent bien qu’au-delà de leurs missions de soins, ils contribuent également à la cohésion sociale : la santé est notre bien commun.

Le chapitre du rapport Borloo qui lui est dédiée rappelle le préambule de 1946 de la Constitution : « La Nation garantit à tous la protection de la santé ». Pourtant, ce principe est battu en brèche par les inquiétudes croissantes des Français autour de l’accès aux soins, notamment géographique.

Nous l’affirmons lors des auditions parlementaires ainsi que dans notre contribution à la Stratégie de Transformation du Système de Santé (STSS) : l’une des voies les plus prometteuses pour remédier au ressenti de désert médical est le développement, partout sur les territoires, de centres de soins de premier recours et de consultations non programmées.

De telles structures répondent tant aux attentes des soignants, attirés par l’exercice regroupé, qu’aux besoins des patients qui trouvent sur place biologie médicale et imagerie, tout comme aux urgences. Nos établissements s’engagent d’ores et déjà dans cette voie : encore faudra-t-il qu’un modèle économique consolidé vienne pérenniser de telles initiatives.

Le rapport Borloo ne dit pas autre chose : il prône la création de 200 centres ou maisons de santé, vus comme de véritables « outils de service public », au sein des quartiers prioritaires. Il ne manque pas d’ajouter : « quel que soit leur statut », car l’accès aux soins requiert évidemment la mobilisation de chacun, public comme privé !

Il appelle aussi à juste titre au développement de la télémédecine. Mais pourquoi le dispositif conventionnel actuellement négocié la restreint-il aux zones sous-dotées ? A cette approche étriquée, il faut substituer une ambition beaucoup plus grande : celle d’un élan national en faveur de l’innovation, qui profitera à tous.

Si nous souscrivons à l’esprit de ce rapport, notre conviction est donc qu’en réalité, c’est l’ensemble de notre pays qui est concerné par ses préconisations, avec l’accès aux soins pour tous comme composante de notre pacte social.

Lamine Gharbi

Prévenir, c'est déjà guérir


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP

Edito du 2 mai

Soyons francs : le développement de la prévention primaire, destinée à retarder ou empêcher l’apparition de certaines maladies, accuse en France un vrai retard. Dans un monde hospitalier longtemps dominé par le curatif, l’impulsion vers le préventif constitue un vrai changement de paradigme, qui nécessite l’évolution des organisations et la mobilisation des professionnels. Les attentes sont fortes : dans notre Observatoire sociétal FHP-Viavoice de septembre 2017, 83% des Français souhaitent une implication accrue des établissements de santé dans la prévention.

Le plan gouvernemental présenté récemment, « Priorité prévention : rester en bonne santé tout au long de la vie », témoigne d’un volontarisme politique bienvenu sur le sujet, après des années d’inertie. Son périmètre interministériel est pertinent. Un regret toutefois : le rôle présent et à venir des établissements de santé y est occulté.

Pourtant, la prévention ouvre un large champ de missions au service des patients. D’ores et déjà, nos hôpitaux et cliniques privés s’engagent dans des actions de prévention et de dépistage - diabète, tabac, alimentation, vaccination… - et proposent de l’activité physique adaptée. Nos maternités prodiguent aux parents les conseils indispensables à la période périnatale.

 

Mais nous avons l’expertise pour aller plus loin. Nous soignons chaque année 9 millions de personnes, sans compter tous les visiteurs qui passent dans nos établissements. Nous sommes des acteurs de la cité, aux côtés des associations, des écoles… De nombreuses cliniques tissent d’ailleurs des liens avec des établissements scolaires autour d’actions d’information et de sensibilisation aux enjeux de santé.

Nous avons donc les atouts pour faire évoluer les représentations et devenir, pour le grand public, de véritables référents en prévention santé.

Les mutations du secteur sanitaire - technologiques, médicales, organisationnelles - nous y incitent. La mobilisation des nouveaux outils numériques offrent des perspectives prometteuses pour réinventer la prévention. Le développement de nos établissements « hors les murs » - centres de santé, centres de soins non programmés… - constitue aussi une opportunité de déployer plus largement nos actions, et être ainsi de véritables « ambassadeurs » de la prévention sur les territoires.

Cette volonté d’engagement dans la prévention des établissements de santé, publics comme privés, doit être reconnue, soutenue et accompagnée. Une illustration, et non des moindres : la tarification doit évoluer pour valoriser les actes de prévention. La stratégie de transformation du système de santé (STSS) devra intégrer de manière transversale cette dimension dans l’ensemble de ces chantiers. Prévenir, c’est déjà guérir !

Lamine Gharbi

Un bon diagnostic pour de bonnes solutions


Edito 106 LG option 2
La T2A est-elle responsable de tous les maux de l'hôpital ?

L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 25 avril 2018

Lors de son interview télévisée l’autre soir, le Président de la République s’est dit pleinement conscient de la crise à l’hôpital, annonçant un train de mesures pour début juin. 

Si le constat est lucide, il n’en demeure pas moins partiel. La vision politique du système hospitalier gagnerait à prendre en considération l’ensemble des secteurs, public et privés, et leur aptitude à la complémentarité d’action au service des patients. La situation des urgences en témoigne. 

Sans cette approche en surplomb, l’analyse du malaise sera tronquée, voire faussée. On ne progresse collectivement que par la saine comparaison des modèles. 

Sans cette approche en surplomb, la volonté de transformation du système restera un vœu pieux. Les bons diagnostics amènent les bonnes solutions. 

Or aujourd’hui, c’est la fameuse « tarification à l’activité » qui est accusée de tous les maux. Quelques nuances s’imposent.

Il faut d’abord rappeler qu’en tarification à l’activité, lorsqu’un lit est vide, il ne coûte rien à l’assurance maladie. Dans un cadre économique contraint, être payé en fonction du travail effectivement fourni relève du bon sens. Un financement global conduit trop souvent à un pilotage aveugle. Nos hôpitaux et cliniques privés sont financés en quasi-totalité à l’activité. 

Nous pourrions dire de la T2A ce que nous disons de la démocratie : qu’elle est le pire des systèmes… à l’exclusion de tous les autres ! 

La stratégie de transformation du système de santé offre l’opportunité de faire des propositions pour améliorer le financement des établissements de santé et remédier à certains effets pervers, sans pour autant mettre à bas ce qui fonctionne. 

Il faut ouvrir la réflexion autour de formes renouvelées de tarification en fonction de l’activité : la tarification au parcours ou à la séquence de soins, l’augmentation de la part forfaitaire de financement à la qualité... Autant de propositions que porte la FHP depuis longtemps et que nous avons défendues auprès de Jean-Marc Aubert, le pilote sur ce sujet.

Un autre enjeu majeur, celui des actes inutiles, trouve sa résolution dans une politique déterminée en faveur de la pertinence des soins, chantier autour duquel nous devons tous nous retrouver. 

Enfin, je n’oublie pas que la tarification à l’activité est souvent désignée comme le bouc-émissaire du mal-être social à l’hôpital public. C’est évidemment réducteur. Il ne faut pas perdre de vue que les secteurs, public comme privés, doivent composer avec des contraintes financières et réglementaires toujours plus grandes. Quelles que soient les modalités de financement retenues, nous agissons de toute façon à enveloppe fermée pour soigner les malades. 

Desserrer les étaux bureaucratiques, porter un management qui privilégie la considération et le sens donné à l’acte de soin, libérer les initiatives et les innovations, faire le pari de la qualité et de la pertinence, et passer d’une logique de coûts à la mesure du service médical rendu : à l’évidence, au-delà des idées toutes faites, d’autres voies d’action sont possibles.

Lamine Gharbi

Ce que nous devons au patient


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 18 avril 2018

La Journée européenne des droits des patients permet, chaque 18 avril, de rappeler que chacun, passé la porte d’un établissement de santé, garde toutes ses prérogatives de citoyen ! Les droits que chaque malade peut faire valoir - directives anticipées, personne de confiance… -, bien loin d’installer une forme de contre-pouvoir stérile, visent à renforcer les liens avec les équipes soignantes.

Mais les transformations à l’œuvre au sein de notre système de santé nous invitent à une conception moins restrictive, plus ambitieuse des droits des patients, au-delà du seul champ d’action de la « démocratie sanitaire ». 

Des études récentes montrent que leur place au sein du triptyque « patients-médecins-établissements de santé » est un motif de préoccupation pour les Français, qui éprouvent souvent bien des difficultés à s’informer et s’orienter dans un « parcours de soins » encore singulièrement abstrait.

Face à cela, le sujet des droits des patients nous renvoie en miroir à nos devoirs collectifs, en tant qu’acteurs et professionnels de santé, mais également de la part des pouvoirs publics.

Nous devons d’abord au patient le respect. Les données de santé contenues dans le dossier médical appartiennent avant tout au patient. Les enjeux de confidentialité prennent une autre dimension à l’ère du numérique, et font partie du pacte de confiance entre patients et communauté soignante.

Nous devons au patient la qualité. Toutes les compétences doivent être mises à son chevet. L’égal accès aux soins, c’est avant tout l’égal accès de tous à des soins de qualité prouvée et pertinents. 

Nous devons au patient la transparence. Les disparités d’accès à l’information constituent une inégalité insupportable, entre ceux qui ont les moyens - culturels, financiers… - de maitriser les meilleures filières de soins, et les autres. Je plaide pour une transparence pleine et assumée des indicateurs de qualité des établissements de santé. 

Nous devons au patient la liberté. Cette liberté, c’est d’abord celle du choix entre secteur public et secteur privé. Cette organisation de notre système de santé est une chance, pourtant largement sous-exploitée. La répartition défaillante des malades entre les services d’urgence publics et privés est à ce titre édifiante : quelle perte potentielle de chance pour le patient ! 

Nous devons enfin au patient la sécurité, en réduisant les risques d’événements indésirables associés aux soins. Nous n’avons pas à faire reposer sur le patient la garantie de sa sécurité, même s’il est étroitement associé aux processus mis en place. Ce devoir passe par l’évaluation régulière des pratiques, les retours d’expérience positifs qui améliorent nos façons de soigner, et la comparaison avec d’autres équipes qui favorise l’émulation. 

Gardons-nous sur le sujet de déclamations toutes faites, telles que « le patient acteur de sa santé ». Oui, il faut œuvrer à favoriser l’implication du patient à toutes les étapes de son parcours, parce que nul autre mieux que lui ne possède le savoir intime sur sa pathologie. Mais le plus important est de garder constamment à l’esprit que, quelle que soit sa demande, il faut écouter le malade.

Respect, qualité, transparence, liberté, sécurité : autant de devoirs qui nous incombent car, pour reprendre la belle formule de Levinas, « l’homme couché oblige l’homme debout ».

La donnée, entre protection et innovation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 11 avril

La « donnée » est aujourd’hui le nouvel or noir : qui maîtrise les données, et leur transmission, maitrise l’évolution des connaissances et prépare pleinement notre avenir collectif.

Pourtant, il faut bien reconnaitre que nos pouvoirs publics sont passablement frileux sur le sujet. La loi de modernisation du système de santé de 2016 a privilégié une approche de « Close Data », restreignant drastiquement l’accès aux données de santé anonymisées aux seuls membres de l’appareil d’Etat. Dans la même logique qu’Hadopi - qui a connu le succès que l’on sait - on met ceinture et bretelles au lieu de réfléchir aux modèles qui nous permettront collectivement de suivre la marche du monde…

Aujourd’hui, c’est le Règlement Général sur la Protection des Données, prenant effet en mai, qui mobilise les acteurs économiques. Dans un environnement numérique et mondialisé, garantir la sécurité, la souveraineté et la portabilité des données - particulièrement sensibles quand il s’agit de santé - est évidemment fondamental. On ne bâtira pas une gouvernance ambitieuse de la donnée sans un levier majeur : la confiance des citoyens.

D’autant que la démarche du RGDP est intéressante : pour lourde qu’elle soit, elle porte une volonté de responsabilisation des acteurs, qui devront faire la démonstration du respect des données personnelles, avec une évaluation a posteriori. C’est sans doute le bon moyen pour que nous soyons tous, face à ces mutations ainsi qu’aux risques de dérive mercantile, des citoyens matures et avertis !

Néanmoins, il s’agit encore d’une strate supplémentaire de contraintes… alors que sort parallèlement le rapport ambitieux et ouvert de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle, qui flèche la santé comme l’un des secteurs prioritaires, avec une place centrale donnée à la mutualisation des données.

Amélioration de la qualité, efficience accrue grâce à une prise en charge plus personnalisée, appui au diagnostic et à la décision thérapeutique, meilleure orientation dans le parcours de soins… le rapport souligne l’ensemble des apports de l’intelligence artificielle en matière de santé.

Grâce à cette approche très concrète, il met à distance la sempiternelle dualité entre Frankenstein et Prométhée. Oui, nous dit-il, les interactions entre l’expertise humaine et les nouvelles technologies peuvent être vertueuses ! Et puisque l’être humain n’est pas réductible à la somme des données que l’on possède sur lui, la valeur ajoutée du professionnel de santé trouve tout son sens.

Mais le rapport émet aussi un signal d’alerte : il faut agir vite, car dans ces domaines la perte de maitrise est rapide. Un équilibre est possible entre protection et innovation. Notre profession, très engagée dans les dynamiques d’innovation - notre implication dans Hôpital Numérique en témoigne - le sait bien. « La reformulation des enjeux de santé publique et des pratiques » impulsée par l’intelligence artificielle, doit se faire avec l’ensemble des acteurs de santé, unis dans le partage et la valorisation de la donnée au service du patient.

Lamine Gharbi

Mesures d’urgence


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 30 mars

Pour l’opinion publique, les services d’urgences représentent à la fois ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de moins bon au sein de notre système de santé. Le meilleur, c’est la prise en charge complète qui y est dispensée, la lumière allumée dans les moments les plus critiques de nos existences, et l’expertise médicale qui s’y déploie. Nous avons tous connu, au moins une fois dans notre vie, pour nous-même ou un proche, cette atmosphère intense et fébrile qui est celle des lieux où la vie est en jeu, où le pronostic vital peut être engagé, nécessitant une intervention immédiate.

Mais les urgences cristallisent aussi les nombreux problèmes auquel l’organisation de notre santé est confrontée : une offre de premier recours insuffisante par endroits, des difficultés financières d’accès aux soins pour de nombreux Français, des patients mal informés et aiguillés… Il n’en faut pas plus pour qu’un épisode de suractivité provoque saturation et dysfonctionnements.

Il n’y a pas de fatalité à cet état de fait. Des solutions existent, et l’une d’entre elles est de solliciter l’ensemble des acteurs de santé, publics comme privés. Aujourd’hui, cette répartition équilibrée n’est pas à l’œuvre.

Le Samu lui-même oriente quasi automatiquement les patients vers l’hôpital public, que ce soit pour les services d’urgences ou pour les admissions en soins intensifs, en prise en charge spécialisée ou en réanimation, sans prendre en considération les situations de tension.

Or l’hospitalisation privée dispose de 124 services d’urgences répartis sur toute la France, qui accueillent 2.6 millions de patients chaque année, sans aucun dépassement d’honoraires, cela va de soi. Un adressage mieux réparti des patients en amont par les services chargés de la régulation médicale, et une coordination plus fluide des acteurs en aval avec la médecine de ville, améliorerait, à n’en pas douter, l’existant. D’autant que les hôpitaux et cliniques privés s’efforcent d’améliorer toujours davantage l’organisation de leurs urgences, par une meilleure gestion des flux de patients qui réduit les délais d’attente.

Il faut aussi structurer différemment notre offre de soins, en développant des lieux de soins de premier recours pour désengorger les urgences, mailler le territoire, rassurer les citoyens face au ressenti de désert médical. Dotés de plateaux techniques suffisamment robustes pour répondre aux besoins des patients, adossés le cas échéant à un établissement de santé, ces lieux - qui répondent aussi à l’aspiration des professionnels à un exercice regroupé - n’ont qu’un défaut : il leur manque aujourd’hui un modèle économique pertinent, simple et pérenne pour s’inscrire pleinement dans notre paysage de santé.

Je l’ai dit à Thomas Mesnier, le député chargé d’une mission sur le sujet par la ministre de la santé : les initiatives des établissements de santé privés en la matière sont nombreuses. Encore faut-il qu’elles soient consolidées par un cadre sécurisant.

Lamine Gharbi


Transformation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 15 mars

Il est toujours instructif d’analyser les inflexions sémantiques… Depuis la rentrée de septembre, le terme « réforme » n’a plus bonne presse au sein de l’exécutif. Trop techno, trop anxiogène, trop daté… Les divers chantiers engagés sont désormais placés sous la bannière de la « transformation », empreinte d’une tonalité plus positive et ambitieuse.

C’est tout sauf anecdotique : chacun sait que la sémantique tient une importance cruciale en politique. Gageons que le vocable « réforme » évoque le plus souvent aux citoyens quelque processus descendant et punitif. Notre profession est d’ailleurs bien placée pour le savoir ! A contrario, la « transformation » traduit une volonté de faire évoluer la société, pour elle et avec elle.

La santé n’échappe pas à la règle. Vendredi dernier, Agnès Buzyn a en effet lancé les travaux de « transformation » du système de santé, et désigné les pilotes des cinq grands axes de travaux engagés. Toutefois, pour éviter que ce terme de transformation ne soit seulement une coquetterie rhétorique, mais reflète un réel aggiornamento des pratiques, il va falloir faire quelques efforts…

Des arbitrages fondés sur l’effectivité du service rendu au malade, et pas arc-boutés sur les coûts. Une utilisation intelligente des données de santé, et pas des réflexes obsolètes de close data. Une régulation par les compétences, plutôt que par les seuils et les couperets. Une valorisation des acteurs de santé et des incitations à coopérer, en lieu et place de mécanismes coercitifs. Une refonte profonde des modalités d’exercice, en lien avec les aspirations des professionnels, et pas des ajustements cosmétiques…

Voilà quelques conditions, non exhaustives mais décisives, d’une vraie transformation. Elles sont au cœur des messages que nous passerons à la puissance publique dans les deux prochains mois : notre Fédération va être en effet consultée sur les cinq chantiers ouverts, les pilotes ayant pour instruction de bâtir pour la fin mai une feuille de route opérationnelle.

Le calendrier, certes, est très serré. Mais aujourd’hui, on le voit bien, un certain consensus - y compris entre les fédérations hospitalières - émerge sur la nature des actions à mener. Ce consensus est mû par un sentiment d’urgence, l’urgence d’une transformation pleinement digne de ce nom.


Lamine Gharbi

Manager au service du public


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 22 mars

Mal-être, épuisement, malaise, dysfonctionnement... Les médias et les réseaux sociaux ne tarissent pas de formules chocs pour qualifier la situation à l’hôpital public. Au point de subir tout récemment l’ire des directeurs d’hôpitaux, qui dénoncent un « manageur bashing » et des « jugements simplistes et catastrophistes » qui les « jettent en pâture » à l’opinion publique.

Notre époque se prête en effet souvent avec complaisance au sensationnalisme et aux raccourcis. Opposer les patients, les professionnels de santé, les directeurs, est plus facile que de trouver les voies d’une vraie transformation du système de santé. Les formules à l’emporte-pièce sur « l’hôpital-entreprise », concept voué aux gémonies, permettent de faire l’impasse sur les vraies remises en question qui s’imposent.

Au sein de l’hospitalisation privée, nous revendiquons le fait d’être des « entrepreneurs pour la santé ». Le terme « entreprendre » exprime l’enclenchement d’une dynamique collective, qui porte vers l’avenir, et traduit aussi toute la force de conviction que l’on y met. Cette dynamique n’est possible que grâce à un management fondé sur des valeurs, l’adhésion aux missions de service au public, et la fierté d’appartenance. Un management fondé également sur la considération de toutes celles et tous ceux qui s’engagent pour le soin, engagement exigeant mais gratifiant.

On travaille bien, quand on est bien dans son travail. La qualité des relations humaines conditionne la qualité médicale. Cela peut sembler un lieu commun : mais dans un secteur, la santé, où la relation à l’autre est primordiale, il faut en mesurer toute l’importance. Car rien n’est jamais acquis : les équilibres de tout écosystème sont toujours fragiles. Les mutations organisationnelles, l’irruption des innovations, le numérique, l’évolution des conditions d’exercice des professionnels, et les attentes nouvelles de nos patients, challengent en effet considérablement nos stratégies managériales. Les réformes à l’œuvre - financement, article 51… - ouvrent aussi de nouvelles opportunités.

Face à tout cela, refusons les discours déclinistes et les « c’était mieux avant ». Le service au public mérite mieux que les querelles de tribune qui s’étalent un peu partout. Nous devons travailler de manière prospective sur le management le plus fécond et agile pour demain - diffusion de pratiques innovantes, retours d’expérience - au sein de nos cliniques et hôpitaux privés ; ceci, évidemment, en lien étroit avec l’ensemble de nos professionnels, qui sont la clé de l’excellence que nous visons.

Lamine Gharbi


Décision de justice


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 2 mars 2018


Le gouvernement vient d’annoncer le dégel de la réserve prudentielle, à hauteur de 200 millions d’euros, tous secteurs hospitaliers confondus. Au delà de la somme conséquente en jeu, il s’agit d’une décision empreinte de justice et de légitime reconnaissance, que nous saluons comme telle. C’est une pierre angulaire de l’édifice de confiance que nous souhaitons tous bâtir avec la puissance publique, en ces temps où tellement d’enjeux nous challengent. 

Cet arbitrage est de bon augure, surtout après les récentes annonces tarifaires. Certes, la baisse pour notre secteur a été minorée par rapport aux années précédentes, et c’est une bonne chose : ces derniers mois, nous avons jeté toutes nos forces dans la bataille des tarifs, et sans doute cela n’a-t-il pas été sans effet. 

Mais le principe de la baisse n’est en tant que tel pas remis en question. La réponse de la puissance publique est en inadéquation avec la situation économique et sociale vécue par les établissements de santé et les professionnels, et traduit l’injonction paradoxale à laquelle nous sommes soumis : nos tarifs baissent, mais nous sommes priés de prendre une part active à la transformation du système de santé. 

Le dégel de la réserve prudentielle est néanmoins un gage indéniable de bonne volonté, qui marque aussi une rupture avec les pratiques passées. Nous avons été entendus. 

Il faut poursuivre dans cette voie de rupture. La campagne tarifaire 2018 a, et nous le déplorons, marché sur les traces des années passées. Et la sortie du décret de neutralisation des allègements fiscaux et sociaux est symptomatique de cette difficulté à s’extraire de carcans conformistes. Nous devons discuter sur les voies de sa non application.

Changer de paradigme, casser le modèle du rabot, s’engager sur la voie de la stabilité, de la pérennité, de la confiance, voilà qui aurait du panache, et surtout de l’efficacité pour notre système de santé. 

Hier, c’était la journée mondiale du compliment. Alors, satisfecit pour la restitution de la réserve prudentielle... et pour le reste, Madame la Ministre, encore un effort, soyez plus disruptive ! Et vous aurez, non pas en face de vous, mais à côté de vous, des acteurs pleinement engagés dans la Stratégie Nationale de Santé.

Lamine Gharbi


Appel à la raison


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 16 février 2018

Mardi matin, j’étais présent à Eaubonne à l’occasion de la présentation par le Premier ministre de la stratégie gouvernementale pour transformer l’offre de soins dans notre pays. 

L’annonce sur les tarifs hospitaliers s’est faite dès le début de son discours, sur une totalité singulière de fatalité. « Ils seront en baisse, vous le savez, je le sais », comme s’il y avait dans l’assistance un consensus autour de l’inéluctabilité de ce fait. 

Les conséquences d’une telle décision ont ensuite été égrenées sur ce même registre mêlant déploration et résignation : investissements décalés, impacts humains, techniques et médicaux, fatigue physique et morale des personnels… tout en reconnaissant parallèlement combien les établissements de santé avaient contribué à la régulation ces dernières années !

En résumé, nous nous sommes donc vu expliquer que nous étions collectivement vertueux, que les conséquences des baisses tarifaires étaient très délétères, qu’à un moment donné « ça ne passe plus », et qu’en vertu de tout cela l’arbitrage 2018 serait : une nouvelle baisse des tarifs. Vous conviendrez avec moi que la logique du raisonnement est sujette à caution…Or il ne saurait y avoir d’action solide sans pensée cohérente.

Peut-on raisonnablement, après un tel coup de semonce initial, enchainer sans transition sur des propositions ambitieuses pour la transformation du système ? Qualité, pertinence, financement, organisation territoriale... : nous souscrivons à l’esprit des chantiers ainsi ouverts. Ils sont même depuis longtemps l’épicentre de nos propositions politiques et de nos actions de terrain. Mais aujourd’hui la coupe est pleine.

Dans la démonstration politique et rhétorique de mardi, il y a donc une faille et une incohérence majeures : car sans les acteurs de santé, sans leur engagement, sans leur expertise, rien ne sera possible. Une transformation réelle du système nécessite que nous ayons les moyens de soigner, et de bien soigner. Si on avait voulu nous envoyer un contre-signal absolu sur ces annonces gouvernementales, on n’aurait pas pu s’y prendre autrement. 

Je le déplore, au regard des enjeux et des défis. « La santé est l’un des premiers devoirs d’une collectivité », a dit le Premier ministre. C’est la raison pour laquelle nous appelons, à quelques jours du verdict final, à un à un impérieux maintien de nos tarifs et donc de nos budgets ; en bref, à un indispensable retour à la raison.

Des entreprises comme les autres


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 9 février 2018

Le nouvel exécutif affiche son souhait de gouverner autrement, avec une attention particulière portée sur la pédagogie de la réforme et la volonté d’un contrat nouveau avec les acteurs de la société, fondé sur l’écoute et la confiance. La récente adoption d’un « droit à l’erreur », pour les particuliers comme pour les entreprises, est révélatrice d’un progrès dans la prise en compte pragmatique des réalités et contraintes du terrain. 

Notre société, dans tous ses compartiments, ne s’accommode plus des sanctions arbitraires venues d’en haut et des dispositifs punitifs, le plus souvent contre-incitatifs. Les mécanismes d’incitation, la valorisation des comportements vertueux, la reconnaissance par les pairs, sont a contrario plébiscités. Les études démontrent, dans le domaine éducatif comme ailleurs, que saluer les efforts en continu est infiniment plus rentable, humainement et économiquement, que fustiger le moindre écart… 

Notre profession de l’hospitalisation privée n’a pas ménagé ses efforts en matière d’efficience : tendre vers le meilleur soin prodigué au patient, au meilleur coût pour la collectivité, est notre ligne directrice depuis des années. Nous sommes à la fois économes des ressources de l’assurance maladie, et très engagés sur la qualité, comme en témoignent nos résultats de certification. Chacune et chacun, au sein des hôpitaux et cliniques privés, est pleinement investi dans sa mission.

Peut-on alors imaginer l’effet délétère produit sur notre élan entrepreneurial comme sur la motivation de nos professionnels, d’une mesure telle que celle qui « automatiserait » la reprise des allègements de charge pour les seuls établissements de santé ? Outre le fait qu’elle procède d’une profonde injustice sur le plan économique, cette nouvelle trouvaille du ministère de la santé délivre un message particulièrement péjoratif : vous n’êtes pas des entreprises comme les autres. 

Eh bien si, Madame la Ministre, nous sommes des entreprises comme les autres. Nous rencontrons les mêmes difficultés, et de surcroit nous remplissons au quotidien des missions d’intérêt général auprès des Français. Toute l’énergie employée par les administrations à imaginer des mécanismes alambiqués de privation, pourrait être largement mieux employée : à faciliter notre travail, à encourager nos équipes soignantes, à considérer le service médical rendu avant les coûts, à récompenser les efforts faits en matière d’efficience et d’innovation. 

Cette gouvernance par l’incitation et la valorisation est une évolution irréversible des mœurs de nos sociétés, qui profite à tous : à l’évidence, elle n’a pas encore pénétré le pilotage de notre système de santé. 

Lamine Gharbi

1000 jours pour la santé


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 1er février 2017

Le concept a été théorisé depuis longtemps, mais peine encore à irriguer nos politiques publiques : plus une action d’ordre social intervient précocement dans un parcours de vie, plus son efficacité est élevée. Cette notion « d’investissement social » est tout à fait transposable au domaine de la santé. 

 C’est la raison pour laquelle, dans nos propositions présentées lors des débats de la LFSS 2018, nous avons porté auprès des parlementaires le sujet des « 1000 jours », défini par l’Organisation Mondiale de la Santé. 

 Les « 1000 jours » couvrent la période périnatale jusqu’aux deux ans de l’enfant. Les études montrent que cette période impacte de façon importante la santé tout au long de la vie, des adultes et des générations futures. Le mode de vie, la qualité des interactions de l’enfant avec son entourage, les facteurs environnementaux… constituent des facteurs de risque, ou de résistance, à développer telle ou telle pathologie. 

Le concept de l’OMS vise donc à prôner des actions de prévention, bien plus fléchées vers la petite enfance qu’elles ne le sont aujourd’hui. Jusqu’alors, les préoccupations de santé publique prépondérantes - tabac, alcool… - concernaient surtout des publics adultes. Travailler sur la façon dont nous pouvons préserver notre santé dès la conception et le 1er âge, c’est un vrai changement de paradigme, qu’appelle d’ailleurs de ses vœux la Stratégie Nationale de Santé. 

200 000 nouveaux-nés - soit un sur quatre en France - sont accueillis chaque année dans nos 119 maternités privées. Certes, le secteur, longtemps sous-tarifé, a été malmené ces dernières années par un recul du nombre des naissances et des mesures défavorables : aujourd’hui, 31 départements ne disposent plus de maternités privées, ce qui est très préjudiciable à l’offre de santé et à la liberté des choix des futures mères.

Mais la prise en charge individualisée que nos établissements assurent les rend particulièrement réceptifs à ces enjeux de prévention. De longue date, l’importance de la préparation à la parentalité, les consultations de prévention spécialisées, les parcours personnalisés, les projets de naissance, le suivi au long cours des mamans et des bébés… font partie de notre quotidien. 

C’est donc forts de cette expertise que nous considérons que les établissements de santé, et les professionnels, ont un rôle important à jouer dans le développement d’actions de prévention, à incorporer au parcours de l’enfant et de sa famille. Les 1000 jours, c’est l’inverse des approches techniques et pyramidales telles que celle imposée au secteur avec la gradation des soins… 

Nous plaidons donc, notamment auprès des parlementaires, pour que ce sujet majeur soit mis à l’agenda et bénéficie de la reconnaissance qu’il mérite.

Principe de privation


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP
Edito du 26 janvier 2018

L’imagination de la puissance publique est souvent fertile, mais nous apprécierions qu’elle le soit davantage à bon escient… Un projet de décret vient de nous être soumis à concertation, visant à créer un mécanisme pérenne de neutralisation des mesures fiscales en faveur des établissements de santé.

Voilà un exemple édifiant de tout ce qu’il ne faudrait pas faire politiquement.

D’abord, se protéger a posteriori de ses propres erreurs, en les amplifiant. 

Il s’agit là, ni plus ni moins, de renforcer la robustesse juridique d’arrêtés tarifaires qui ont été jugés l’an dernier par le Conseil d’Etat non conformes au droit, car manifestement contraires au principe d’égalité entre les établissements de santé. Avant de se faire à nouveau taper sur les doigts par ce même Conseil d’Etat, on sort opportunément un tel texte...

Ensuite, aller à l’encontre des impératifs économiques du pays. 

Ce projet institue un « principe de privation » des établissements privés et associatifs des bénéfices des allègements de charge, pourtant mis en place par les mêmes pouvoirs publics. On n’en est pas à une contradiction près, tandis qu’on en appelle parallèlement à l’efficience de tous… Nous sommes des entreprises comme les autres, soumises aux mêmes réalités économiques, et l’importance des défis auxquels nous sommes convoqués dans la transformation du système de santé devrait au contraire inviter à d’autres logiques.

Enfin, s’inscrire en contradiction avec les intentions politiques affichées et entamer une fois encore la confiance.

Nous devions poser ensemble les bases de campagnes tarifaires fondées, pour tous les secteurs sans distinction de statut, sur plus de sincérité, de transparence et de visibilité. Mais les vieux réflexes, à courte vue, entrainant l’effritement de nos capacités d’action collectives, ont à l’évidence la peau dure.

Ce projet est donc une erreur sur toute la ligne, et nous y sommes, avec la FEHAP notamment, résolument opposés. Les entrepreneurs de santé que nous sommes, au service du public, doivent bénéficier des mêmes capacités d’adaptation que les autres acteurs de l’économie. Le contraire serait un non-sens absolu. 

Mais cela en dit long sur la persistance des stéréotypes de la puissance publique : des entrepreneurs sont-ils légitimes en santé ? Les Français quant à eux, et c’est heureux, ont tranché depuis longtemps. 

Lamine Gharbi 

2018, sous le signe de la responsabilité


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP 
Edito du 18 janvier 2018

Agnès Buzyn répondait récemment à une interpellation sur le sujet de l’obligation vaccinale en ces termes dépourvus d’ambiguïté : « J’assume et j’en suis fière. Quand l’Etat prend ses responsabilités, cela rassure ».

Nous ne pouvons que souscrire à cette idée : quand chacun est pleinement conscient des responsabilités qui lui incombent, on peut construire l’avenir sur des bases saines. Pour nous acteurs de santé, il s’agit de remplir avec une exigence sans faille nos missions au service du public. Pour l’Etat, il s’agit de prendre les décisions les plus justes au regard de l’intérêt du pays.

Or, peu de domaines incarnent mieux l’intérêt général que les missions de santé. Ces dernières doivent être défendues, portées, valorisées, car elles sont primordiales pour les Français.

C’est pourquoi, en ce début d’année, la Fédération de l’Hospitalisation Privée lance un appel à la responsabilité de l’Etat. Nous sommes disposés à être pleinement contributeurs à la Stratégie Nationale de Santé, mais des gages de confiance s’imposent.

Appel au respect des engagements d’abord : la restitution très partielle des réserves prudentielles a émoussé la confiance des acteurs hospitaliers, comme un symbole de non reconnaissance de nos efforts.

Appel à la prise en considération des réalités du terrain : un quart des cliniques est en déficit. Notre exigence quant à l’excellence des soins dispensés n’est pas compatible avec des baisses tarifaires réitérées. La stabilité tarifaire est le seul scénario envisageable et admissible en 2018.

Appel enfin à la transparence et à la concertation. Nos revendications n’ont rien d’outrecuidant : il s’agit de renouer avec la sincérité des données qui président aux arbitrages budgétaires, et d’être pleinement partie prenante des décisions qui nous concernent. Notre secteur fait au quotidien la démonstration que d’autres modes d’action, alliant qualité et efficience, fonctionnent.

Le contexte économique est difficile : raison de plus pour rompre définitivement avec les raisonnements qui ont échoué jusqu’à présent. « Les transformations profondes se poursuivront avec la même force en 2018 », a annoncé le président de la République lors de ses vœux.

Nous ne saurions formuler un meilleur souhait pour notre système de santé en cette année nouvelle !

Lamine Gharbi


S’autoriser l’imagination


Edito 106 LG option 2
L'édito hebdomadaire de Lamine Gharbi président de la FHP.
Edito du 11 janvier 2018

L’année 2018 s’ouvre sur la publication, le 4 janvier, d’une première ordonnance sur un sujet fondamental, s’il en est, pour nos établissements et l’impact territorial en matière d’offre de soins : la simplification et la modernisation du régime des autorisations.

Nous accueillons avec satisfaction l’extension de la durée des autorisations de 5 à 7 ans, même si l’option de 10 ans aurait sans doute été plus cohérente avec les autres outils de planification sanitaire.

Quant à la prise en compte de la certification HAS dans la décision d’autorisation, si elle est en résonance avec les exigences d’excellence qui fondent nos missions et les résultats positifs de nos démarches qualité, il convient d’être prudent sur les modalités. Des appréciations discrétionnaires des ARS en fonction des territoires seraient très préjudiciables : nous n’avons pas la mémoire courte !

Cette ordonnance marque en tout cas la première étape d’une réforme plus globale. Nous devons, sur cet enjeu stratégique de premier plan, nous fixer des objectifs ambitieux pour l’avenir.

Les prérequis indispensables sont évidemment le respect des principes d’équité et de transparence. Les Groupements Hospitaliers de Territoire ne doivent pas phagocyter les décisions prises. Nous attendons de la ministre qu’elle nous prouve son attachement à la pluralité de l’offre de soins !

Au-delà, la réforme des autorisations constitue une opportunité pour faire émerger dans notre secteur de nouveaux modes de prises en charge pour les patients, et ainsi favoriser l’innovation et le développement économique.

Il s’agit aussi d’aller plus loin dans la réflexion sur ce sujet. Les pistes évoquées par la puissance publique sont trop timides. Les seuils d’activité ne peuvent pas être la panacée en matière de sécurité des soins, pas plus que la gradation des soins. La capacité à assurer le retour d’expérience d’événements porteurs de risque est essentielle, l’appréciation du patient aussi. L’audit des équipes par les pairs peut constituer une piste à étudier. Soyons imaginatifs et constructifs, pour simplifier et dégager du temps pour… soigner.

« J'ai refait tous les calculs, ils confirment l'opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste qu'une seule chose à faire : la réaliser ! » avait coutume de dire l’entrepreneur Pierre-Georges Latécoère. Puisse cet élan de volonté nous guider tout au long de cette nouvelle année, que je vous souhaite fructueuse et heureuse.

Lamine Gharbi