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Editos de Lamine Gharbi

Élan vaccinal


edito 106 13 janvier 2021
C’est une enquête d’opinion riche d’enseignements que vient de publier l’institut Harris Interactive, à la suite de l’intervention du Premier ministre Jean Castex le 7 janvier dernier. Elle montre une adhésion croissante des Français à la vaccination, avec un bond de 11 points des intentions d’être vacciné en l’espace un mois. Aujourd’hui, 56 % des Français – soit plus d’un sur deux – indiquent souhaiter se faire vacciner.

Il se passe donc en ce début d’année quelque chose de tout à fait essentiel, l’amorce d’une dynamique vertueuse qui est de bon augure pour les prochaines phases vaccinales. Cela tient pour partie à ce qu’on appelle en science comportementale « le désir mimétique », un besoin de s’inscrire dans ce mouvement collectif qui s’initie partout sur la planète. L’acte vaccinal nous relie comme citoyens du monde, rompant l’isolement dont chacun souffre aujourd’hui. Mais, face à l’épuisement moral qui saisit la société, c’est surtout le désir ardent de reconquête de la vie d’avant qui motive les citoyens.

La conduite d’une campagne vaccinale aussi ample que performante impose mobilisation et réactivité de la part des acteurs de santé. En ce qui concerne l’hospitalisation privée, de nombreux établissements entreprennent actuellement d’ouvrir des centres de vaccination : pour leurs professionnels qui le souhaitent bien sûr, mais aussi pour les professionnels de santé en ville ainsi que pour l’ensemble des Français, à commencer par les plus fragiles, conformément aux recommandations des autorités sanitaires.

Début 2020, le recours au privé dans la lutte contre le virus avait connu des débuts hésitants, avant que les pouvoirs publics ne réalisent qu’ils ne pouvaient pas faire « sans nous ». Début 2021, je suis convaincu que les enseignements ont été tirés, et que la politique vaccinale ne manquera pas d’associer étroitement le public et le privé, dans le cadre d’un dialogue soutenu pour ajuster au mieux les moyens aux besoins.

Cette co-construction est d’autant plus nécessaire, qu’en tant qu’acteurs de terrain, nous pouvons enrichir la stratégie avec des propositions concrètes, favorisant simplicité et fluidité accrues. Nous pouvons répondre avec réactivité et souplesse aux attentes qui s’expriment sur les territoires. Nous pouvons aussi, et c’est important, apporter notre regard sur les arbitrages opérés et suggérer d’éventuels ajustements : aujourd’hui, il convient notamment de prendre rapidement en considération la question de la vaccination des personnes vulnérables de moins de cinquante ans.

Les semaines qui viennent vont être décisives pour la consolidation de la démarche de la France. Rien ne doit venir brider l’élan vaccinal qui s’engage, et qui engage notre avenir.

Vœux d’espoir


edito 106 6 janvier
En temps ordinaire, une nouvelle année est synonyme d’espérance, de perspectives renouvelées et de bonnes résolutions. Les incertitudes que la crise sanitaire, doublée d’une inévitable crise économique, fait peser sur 2021, teintent cette fois-ci nos vœux d’inquiétude. Surtout, cette petite phrase jadis anodine, « et surtout, la santé », revêt un sens tout particulier.

La trêve des fêtes aura été de courte durée, et déjà la polémique resurgit de tous côtés. Nous avons la chance de disposer de vaccins contre le Covid dans des délais records ? Des doutes sont émis sur leur innocuité. Le Gouvernement a souhaité tenir compte des réticences vaccinales massives des Français, en sacralisant notamment le consentement ? On lui fait grief à présent de sa frilosité. Des populations cibles sont clairement identifiées ? Ces arbitrages sont contestés, alors même que davantage de flou aurait sûrement accrédité la thèse d’une vaccination arbitraire, réservés à quelques privilégiés…

Il est urgent de revenir à davantage de rationalité, et de placer cette année sous le triple signe de la réactivité, de la mobilisation et surtout, de l’espoir.

La réactivité tout d’abord, face à une situation très évolutive. Nous devons composer aujourd’hui avec les variants, anglais et sud-africains, du coronavirus. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? Les décisions politiques et scientifiques s’adaptent à ces nouvelles donnes, et c’est d’ailleurs ce que le ministre de la santé a fait cette semaine en faisant évoluer la doctrine vaccinale.

La réactivité suppose aussi certainement un allègement de procédures qui embolisent le processus de vaccination : l’éthique du consentement, oui, mais en simplifiant son recueil. L’hospitalisation privée a plaidé en faveur d’une simplification accrue tout au long de 2020, et continuera en 2021 !

Ensuite, la mobilisation, pleine et entière, des acteurs de santé, des élus, des associations, et de l’ensemble de la société dans cette dynamique vaccinale. Nous avons tous un rôle à jouer, pédagogique et pratique. Attention à ne pas reproduire les pesanteurs logistiques, les logiques trop descendantes ou certaines approches excluantes, qui cassent les élans et la motivation. Je suis optimiste, car ce qui est en jeu est trop important. Nous serons bien sûr vigilants à ce que les professionnels de notre secteur soient pleinement inclus dans la stratégie de vaccination.

Enfin, l’espoir, et il est immense : celui que nous puissions tous, le plus rapidement, renouer avec, non pas la vie d’avant, mais une vie encore meilleure parce que nous aurons pris conscience de ce qui est vraiment précieux. Une expression ironise sur la capacité du politique à nous proposer « des lendemains qui chantent »… Mais là, il y a vraiment une reconquête possible à portée de seringue. Le politique doit, au-delà des précautions indispensables, exprimer sa confiance dans cette trajectoire, dans ces perspectives pour notre avenir individuel et collectif, qui engagent notre santé, notre économie et la cohésion de notre société.

Je vous souhaite donc, pour 2021, de croire en cet espoir, et vous pouvez compter sur tous les acteurs de l’hospitalisation privée pour y contribuer.

La culture du recours au privé


edito 16122020
A quelques jours d’intervalle, les deux Commissions d’enquête sur le Covid, à l’Assemblée Nationale comme au Sénat, ont rendu leurs conclusions au sein de rapports-fleuves extrêmement fouillés et documentés. Alors que, malheureusement, la lutte contre le virus s’avère plus que jamais d’actualité, la publication de ces travaux en cette fin d’année offre une riche matière à réflexion, pour améliorer drastiquement notre préparation collective à une crise sanitaire.


Les parlementaires dédient évidemment de larges développements aux enjeux de la coopération public-privé. Le document de l’Assemblée Nationale déplore notamment un dispositif de crise trop centré sur l’hôpital public. Le retard pris dans la sollicitation du privé, vu au début de la crise comme une solution d’ultime recours lorsque l’hôpital public arrive à saturation, est hérité aux yeux des députés d’une tradition de régulation médicale centrée sur l’hôpital public. Ils soulignent aussi que par la suite, la participation des hôpitaux et cliniques privés à la gestion de la crise a été importante et croissante.


Les sénateurs, de leur côté, saluent le fait que l’épidémie ait fourni le cadre d’une coopération réelle entre public et privé, facilitée par les Agences régionales de santé ; mais ils estiment que l’attribution des autorisations exceptionnelles délivrées aux établissements privés souhaitant fournir un service de réanimation aurait pu être encore plus prompte, dans un contexte où pas une minute ne doit être perdue. En outre, le rapport sénatorial, sévère sur la gestion des équipements de protection, évoque la méthode « contre-productive » des réquisitions et le choix contesté de faire appel aux Groupements hospitaliers de territoire sur le volet logistique.


La préconisation commune de ces deux rapports est claire : face à une situation de crise, mais plus largement dans l’organisation de l’offre de soin, l’automatisme du recours au privé doit faire partie intégrante de la culture des pouvoirs publics. Rien n’est plus délétère que le sentiment d’être mis à l’écart. Si le politique aujourd’hui est bien davantage que par le passé imprégné de ce « réflexe privé », il reste encore à irriguer puissamment de cette conviction l’ensemble de la gouvernance du système de santé, encore « complexe et peu lisible », pour reprendre les termes des sénateurs. Nous continuerons à nous y employer en 2021.


D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous, de très belles fêtes de fin d’année !

Un homme de dialogue


edito 09122020
Dans une actualité largement prédominée par les enjeux de santé, Olivier Véran a tenu hier à venir dialoguer pendant plus d’une heure avec l’hospitalisation privée. Il a délivré à notre secteur des messages forts, et bienvenus au terme d’une année qui a mis rudement à contribution tous les acteurs de santé.

Le ministre de la santé a réaffirmé la valeur qu’il accorde au principe d’équité entre acteurs de santé de tous statuts : « comment peut-on envisager de traiter différemment des acteurs à qui l’on demande le même engagement ? », a-t-il dit. Je lui ai exprimé combien, en effet, le service au public, essence même de notre profession, gagnerait à s’inscrire dans une conception plus inclusive !

Olivier Véran a aussi voulu rendre hommage à la pleine mobilisation du privé pendant la crise sanitaire, et aux coopérations « formidables », « intelligentes », qui se sont déployées à cette occasion. Celles-ci doivent à présent s’inscrire dans la durée dans le paysage de l’offre de soin de notre pays, et le ministre s’est engagé à appuyer cette dynamique, grâce à une simplification et un pragmatisme accrus.

A l’image de ce qui s’est passé tout au long de cette année, à savoir une écoute attentive et une considération des pouvoirs publics, les établissements de santé continueront à être soutenus financièrement dans leur action contre le virus, si nécessaire sur l’ensemble du premier semestre 2021. C’est fondamental pour parvenir à maintenir, alors que la deuxième vague est loin d’être terminée, un niveau d’engagement absolu au service des patients.

2021 sera aussi l’année de la campagne vaccinale, et j’ai suggéré au ministre que les établissements privés puissent y prendre part si nécessaire. Une proposition bien accueillie par Olivier Véran, qui en appelle à toutes les bonnes volontés au regard de l’ampleur de la tâche, y compris pour vaincre la défiance et apaiser les inquiétudes qui peuvent se faire jour.

Au terme de cette heure, nous avons jeté les bases de ce qui devra continuer à nous guider en 2021 : le dialogue et la confiance mutuelles, au-delà des différences et des divergences. « Que vous soyez fiers du rôle que vous tenez est la plus belle des récompenses pour moi », a dit le ministre. Cette fierté, les hôpitaux et cliniques privés la puisent dans les missions accomplies chaque jour, car « nous sommes tous au service des patients ».


Modernisation, réparation, cohésion, ambition


edito LG 02122020
Hier, les adhérentes et les adhérents des hôpitaux et cliniques privés m’ont fait l’honneur de me réélire largement à la présidence de la Fédération de l’Hospitalisation Privée. Au-delà du témoignage personnel de confiance, je vois dans ce soutien massif la marque de la belle unité de notre profession, soudée dans ses missions, rassemblée autour des valeurs du soin, et encore renforcée par une année dédiée à la lutte contre le coronavirus.

Il y a quelques temps, j’ai entendu un infirmier dire : « C’est une période très difficile. Mais puisqu’on ne peut pas l’éviter, puisqu’il faut composer avec cette maladie, voyons-là comme une occasion d’apprendre, progresser, dans nos pratiques soignantes comme dans nos relations avec les patients ». Tirer le meilleur du pire : cette citation d’Alain Peyrefitte s’applique parfaitement à la situation. Nous le devons à toutes celles et tous ceux qui ont été lourdement éprouvés, sur le plan personnel comme sur le plan professionnel.

Cette pandémie est un coup de semonce pour remédier à l’impréparation de nos sociétés face à des événements extrêmes, et pour engager les ruptures nécessaires. Notre Fédération hospitalière est écoutée, le rôle de nos établissements est reconnu, et la crise sanitaire a contribué à amplifier la confiance des citoyens vers le privé. Ne nous contentons pas d’en tirer une satisfaction de court terme. Profitons de l’opportunité qui nous est donnée, de cette confiance qui nous oblige, pour aborder 2021 en bâtisseurs et en précurseurs.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la modernisation. Sachons considérer avec lucidité les failles du système de santé, son hypercentralisation, ses dédales de procédures, ses injonctions contradictoires. Sachons protéger et pérenniser ce qui l’a renforcé, la capacité à faire tomber des cloisons, la coopération des acteurs de santé, la créativité mue par l’urgence, la reconnaissance des professionnels. Rien ne serait plus délétère que de renouer avec les travers du passé : 2020 a délivré des messages forts, c’est un devoir de les entendre. L’hospitalisation privée y veillera.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la réparation. Nous le savons, cette crise sanitaire s’inscrit dans un temps long qui en accentue la charge psychologique. Mais, les rassuristes, les agitateurs de peurs, les attiseurs de polémiques à répétition, ne construisent rien. Ce sont les Français, par leur attitude responsable, qui ouvrent des perspectives plus positives pour demain. Dans un quotidien complexe, parfois un peu ubuesque, ils réinventent des façons de faire société, plus protectrices d’autrui. A terme, et alors que se profilent des perspectives vaccinales, il faudra sauvegarder cela, ce soin à l’autre, qui est aussi une façon de témoigner d’une solidarité envers l’action des professionnels de santé.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la cohésion. Les cliniques et hôpitaux privés sont ancrés dans les territoires, au plus près des besoins des populations. Demain, au-delà du Covid, d’autres souffrances s’exprimeront, physiquement et psychologiquement, dans un contexte de crise économique et sociale. Nous serons présents. Dans une société fracturée, les acteurs de santé ont un rôle à jouer, pour peu qu’on valorise leurs mission au-delà du statut.

Enfin, si nous le voulons, 2021 peut être l’année de l’ambition pour les établissements de santé, pour repenser les modèles d’innovation numérique, pour travailler les enjeux de responsabilité sociale, pour promouvoir les métiers du soin, et surtout, pour parier plus que jamais sur la santé comme facteur d’avenir. Modernisation, réparation, cohésion, ambition : un beau programme pour une première année de mandat !


Santé mentale, l'autre enjeu


edito LG 25112020
Lors de son allocution hier soir, le Président de la République a abordé les répercussions de long terme liées au virus, concernant notamment la santé mentale, en demandant au Gouvernement « de préparer une stratégie prenant en compte les conséquences psychologiques de la pandémie et des divers confinements ». La semaine dernière, c’est le ministre de la santé Olivier Véran qui faisait état d’une dégradation significative de la santé mentale des Français, traduite notamment dans plusieurs études par une augmentation des syndromes dépressifs.

Cette situation peut conduire à l’amplification des troubles chez des personnes souffrant de pathologies psychiatriques prééxistantes. Mais on observe aussi, ceci de manière plus marquée depuis fin août, une montée des états anxieux, sous les effets conjugués de la menace pandémique, de l’isolement, et des épreuves liées au contexte économique. Les jeunes paient notamment un lourd tribut, tant leur capacité à se projeter dans l’avenir est obérée. Et gardons-nous d’oublier, en cette Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, les traumatismes de certains huis-clos familiaux en confinement…
Les 180 cliniques psychiatriques privées, partout en France, figurent évidemment parmi les premiers capteurs de cette souffrance qui s’exprime dans notre société. Elles sont, elles aussi, des contributrices majeures dans ce contexte épidémique, par leur prise en charge de ces détresses aux multiples visages. Elles ont, elles aussi, fait preuve de grandes qualités d’innovation tout au long de 2020, en développant notamment des prises en charge en hospitalisation de jour dématérialisée, complémentaires du « présentiel » et guidées par le souci constant de la qualité de la relation de soin. Tout ceci doit être encouragé et pérennisé, en donnant aux établissements de vraies latitudes pour innover.

C’est maintenant que nous devons, tous ensemble, prendre la mesure de l’importance de ces enjeux de santé mentale : car le bien-être individuel et la foi collective dans un futur meilleur constituent autant de conditions essentielles pour se relever d’une crise et « réparer », dans tous les sens du terme, tout un pays.

Pandémie, le temps long


edito LG 18112020
Le temps long… En cette fin d’année 2020 qui s’étire, ces mots résonnent particulièrement en nous. Notre rapport au temps se trouve bouleversé lors de ces périodes de confinement, avec la mise en suspens de certains repères qui scandent d’habitude le quotidien.

Le temps long, c’est celui d’une maladie qui affecte fréquemment les patients sur la durée, et celui de l’inquiétude des proches qui guettent une guérison.
Le temps long, c’est celui de l’épidémie et de ses rebonds, auxquels les établissements comme les professionnels de santé font face avec, en dépit de la lassitude, un engagement qui force l’admiration.
Il va donc falloir « vivre avec le virus sur le temps long », a dit le Premier ministre Jean Castex. Dans toute l’Europe, les Gouvernements préparent donc des « règles » pour les mois à venir. C’est hautement souhaitable, car ce qui était toléré socialement au printemps, sous l’effet de l’angoisse et de la sidération, risque sinon de s’émousser davantage au fil des semaines.

Nous voyons bien les fronts de contestation qui s’élèvent ici et là, alors que pourtant, en tant qu’acteurs de santé, nous sommes bien placés pour dire aux Français qu’il ne faut en rien relâcher l’effort.
Donner des perspectives, même si elles demeurent contraignantes, de la visibilité de long terme, des raisons d’espérer aussi et de se projeter dans l’avenir : tel est sans nul doute le meilleur chemin à emprunter.
Nous devons nous aussi, hôpitaux et cliniques privés, composer avec ce temps long.

Il suppose que les établissements de santé continuent à être soutenus pour remplir sereinement leurs missions, tant que durera la pandémie.
Il impose de maintenir dans les semaines et les mois qui viennent un haut niveau de prise en charge, non seulement des patients Covid, mais aussi des patients souffrant d’autres pathologies, afin d’atténuer au maximum les retards de soin.

Il nécessite de hiérarchiser avec pertinence les priorités, et de simplifier le quotidien des établissements pour leur permettre de se concentrer sur le soin. En cela, l’adoption il y a quelques jours d’un amendement du Gouvernement décalant les réformes des financements des établissements de soins de suite et de réadaptation, ainsi que des cliniques psychiatriques, est mieux que bienvenu.

Ce temps long doit aussi être celui de la fidélité aux bons gestes, aux bons réflexes, qui constituent, non des atteintes à notre liberté, mais autant de jalons pour la reconquérir.

Enfin, ce temps long doit être mis à profit pour préparer l’après, avec notamment les perspectives ouvertes par le vaccin, et l’importance d’inscrire de manière pérenne dans l’organisation des soins les acquis de la crise sanitaire en matière de coopérations public-privé. Dans cette perspective, la FHP jouera à la fois son rôle syndical, de promotion du rôle de notre profession, et sociétal, en misant sur la pédagogie et l’intelligence collective.

Crise sanitaire, éthique du soin


edito LG 10112020
Enfin, dans cette crise sanitaire si éprouvante, peut-on entrevoir une lueur d’espoir avec les annonces encourageantes autour d’un vaccin susceptible d’être efficace prochainement. Cela constitue évidemment une bonne nouvelle, qui implique que dès à présent, les pouvoirs publics, les acteurs de santé et les associations sachent faire passer ensemble des messages pédagogiques et lever ainsi les réticences à se faire vacciner.

En attendant ce dénouement heureux que chacun espère pour 2021, les établissements de santé doivent faire face actuellement à des situations très lourdes, et ceci partout en France. Elles imposent un maintien drastique des mesures de restriction comme de protection, aussi contraignantes soient-elles. Cet effort collectif est vital.

Alors que nous approchons probablement du pic épidémique, des peurs s’expriment, de la part de professionnels de santé comme dans la population : allons-nous pouvoir accueillir tout le monde ? Si je suis touché par le virus, ou par une autre pathologie, vais-je être bien pris en charge ? Au quotidien, les médecins font des choix fondés sur des décisions médicales, le plus souvent collégiales. Mais des choix fondés sur une pénurie de ressources sanitaires seraient évidemment profondément contre-éthiques, et insupportables pour la communauté soignante comme pour la société.

Pour éviter à tout prix cela, et n’avoir pour seul souci que le soin d’autrui, anticipation et optimisation des organisations doivent être les mots d’ordre. Des progrès ont été accomplis entre la première et la deuxième vague, au travers notamment de coopérations public-privé encore renforcées sous l’égide des ARS. Il faut aussi poursuivre l’exigence de souplesse et de simplification administrative, qui favorise la réactivité des acteurs. Enfin, au fil du temps, la connaissance de la maladie s’affine et les techniques s’améliorent. Toutes ces dynamiques conjuguées sont aujourd’hui déployées pour faire face, sous une triple bannière : coopération, simplification, réactivité.

Certes, il y a encore de réelles marges de progrès pour écarter tout risque de submersion de notre système de santé dans l’avenir : faire émerger des outils vraiment efficaces pour piloter en temps réel les crises ; briser les cloisons entre sanitaire et médicosocial, pour mieux prendre en charge nos aînés ; et bien sûr former et recruter les professionnels de santé dont nous avons tant besoin.

La grandeur de notre système de santé réside dans le respect des principes éthiques qui sous-tendent tout acte de soin, a fortiori dans des situations exceptionnelles où les professionnels de santé doivent se sentir plus que jamais, soutenus et protégés.

Pour un débat responsable et apaisé


edito 04112020
Ce sont des images aussi récentes que frappantes : d’un côté, un parterre de supporters dépourvus de masques, devant lequel Donald Trump fait une allocution martiale tôt ce matin heure française ; de l’autre, peu de temps auparavant, son rival Joe Biden, son épouse masquée à ses côtés, prenant la parole en posant ostensiblement son masque sur le pupitre, illustrant ainsi l’importance accordée à la protection contre le virus.

Deux visages de l’Amérique, et dans un pays aux multiples fractures, sans doute l’une des plus manifestes de ces dernières mois. Dans une étude du Pew Research Center de mars 2020, à la question « Croyez-vous que l’épidémie du coronavirus est une menace majeure pour la santé de la population américaine », 59% des Démocrates répondaient oui, contre 33% des Républicains. Opposition entre économie sinistrée et catastrophe sanitaire, propagation des théories conspirationnistes et amplification de la fracture sociale (les Afro-Américains, les plus démunis, sont les plus vulnérables face au Covid), tous les ingrédients d’une situation explosive sont réunis.

Nous ne devons pas regarder cela de haut. Sans nier les différences culturelles, nous ne pouvons que constater, dans notre pays comme dans toute l’Europe, des brèches dans la cohésion nationale autour du combat contre la pandémie. Le sentiment d’appartenir à un collectif, exposé au même risque, se délite. Les intérêts particuliers reprennent le dessus par rapport au sentiment de « faire communauté » dans l’adversité.

Ce n’est pas mon rôle de juger sur le fond le bien-fondé de tel ou tel plaidoyer. Mais force est de constater qu’en tant qu’acteurs de santé, en première ligne de nouveau aujourd’hui, nous nous passerions volontiers des polémiques et des discordances qui émaillent le débat public. Si l’on commence à semer dans les esprits la graine du doute sur le bien-fondé du confinement et des mesures-barrières, nous en constaterons rapidement les effets délétères pour la santé des citoyens. Au niveau de tension où nous sommes, et au regard des projections inquiétantes pour les semaines à venir, pouvons-nous nous permettre de prendre un tel risque ?

Alors oui, certaines décisions mériteraient sans doute de gagner davantage en cohérence, et certaines doléances légitimes doivent être respectées et prises en considération. Mais hystériser le débat ne sert à rien, dans ce domaine pas plus que dans n’importe quel autre. Dans un contexte douloureux et anxiogène à plus d’un titre, les leaders d’opinion de toutes natures doivent faire preuve d’autant d’esprit de responsabilité que les Français, qui, dans un récent sondage du Parisien, sont à 71%, prêts à accepter, si l’obligation s’en fait sentir, d’être confinés jusqu’à la fin de l’année.

Souhaitons évidemment que cela ne soit pas nécessaire, et gardons le cap et l’esprit du printemps dernier. Si l’arrivée du froid dissuade d’applaudir au balcon, faisons confiance aux Français pour trouver d’autres moyens d’exprimer aux professionnels de santé leur soutien et leur reconnaissance, en premier lieu par leur attitude citoyenne.

La donne a changé


106 hebdo 28102020
« Des enseignements tirés de la première vague », « pleinement impliqués dans la crise », « davantage de fluidité », « des acteurs de premier plan », « une aide précieuse », « les cliniques prêtes pour la deuxième vague » : le message est passé, et bien passé. Les médias se font désormais quotidiennement l’écho du rôle fondamental des établissements privés dans la crise. Aucune satisfaction narcissique dans un contexte aussi grave, mais la reconnaissance du travail remarquable accompli par tous les professionnels, si importante tant la tâche est rude…

Cette reconnaissance, elle se manifeste dans la visite lundi dernier de l’un de nos établissements par Olivier Véran, « venu à la rencontre des soignants mobilisés jour et nuit », et dans les déplacements de directeurs généraux d’ARS dans nos cliniques. Lors d’une réunion hier, le ministre a entamé sa prise de parole par des propos élogieux envers la mobilisation des acteurs privés.

Pour reprendre les termes d’un journaliste qui m’a interviewé récemment, « la donne a changé ». Alors que nous abordons des semaines préoccupantes pour la santé des Français, cette association pleine et entière du privé, cette aisance accrue dans les coopérations avec le public, sont tout simplement vitales. Nous veillerons en permanence à ce qu’il n’y ait aucun accroc, nulle part sur les territoires, à ces principes d’action.

Car les citoyens comptent sur nous. Dans un sondage Elsan/Opinionway qui vient d’être publié dans le cadre du « Big Bang Santé » du Figaro, 75% des Français pensent que les hôpitaux et les cliniques sont capables de faire face à la seconde vague du Covid. Cette confiance nous oblige. Elle suppose aussi que nous continuions à maintenir un niveau de soins à la hauteur des besoins des patients non-Covid, pour éviter tout retard de soins.

Ce soir, nous serons tous devant notre télévision pour écouter le Président de la République. Les arbitrages à opérer sont d’une infinie complexité. Quels qu’ils soient, nous resterons sur la ligne que l’hospitalisation privée porte depuis le début de la crise : celle de la responsabilité, de la pédagogie, de l’appel au civisme et à la cohésion du pays. En dépit des sacrifices que les temps nécessitent, c’est la seule ligne tenable pour vaincre ensemble, espérons-le le plus tôt possible, cette pandémie.

La confiance, dans tous ses états


MODELE edito 106 hebdo 21 octobre 2020
D’une étude menée en juin dernier dans 19 pays, et qui vient d’être publiée, il ressort que les niveaux d’acceptation d’un vaccin contre le Covid-19 sont insuffisants pour « répondre aux exigences de l’immunité communautaire ». Certes, à la question « vous feriez-vous vacciner si un vaccin disponible contre le Covid démontrait son efficacité et son innocuité », 72% des personnes interrogées répondent par l’affirmative. Mais la France fait partie des trois pays sous les 60%, avec 59%, aux côtés de la Russie et de la Pologne… 

Parallèlement, une autre étude publiée dans une revue britannique montre qu’un tiers de la population de certains pays est susceptible d’adhérer à des théories complotistes sur le Covid, voire de nier l’existence même du virus. 

Ces données préoccupantes en disent long sur une problématique au cœur de la gestion de la pandémie : la crise profonde de confiance que nous connaissons en France, corrélée à la défiance envers les pouvoirs publics, les experts et les médias. Tout ceci risque d’émousser les capacités collectives à faire face, et d’abaisser l’adhésion aux mesures de protection et de restriction. 

Et pourtant, plus que jamais, il ne faut rien abdiquer de notre civisme collectif, et préparer dès à présent les conditions de l’acceptation d’une couverture vaccinale.
Car la confiance est la base de tout. Elle s’invite même dans des débats tels que celui, pourtant technique, du Projet de loi de financement de la sécurité sociale. Les acteurs de santé eux aussi ont besoin de confiance, de transparence, de partage dans l’information pour adhérer aux changements, pour se réunir autour d’une vision commune de l’avenir de notre santé. Pourquoi en irait-il autrement pour les Français ?

Trop de voix aujourd’hui opposent artificiellement la santé et la liberté et jettent le trouble dans les esprits. Je suis convaincu pour ma part que tous les actes que nous posons depuis des mois, tels que les gestes barrières, forgent une cohésion citoyenne dans l’adversité. Gardons toujours à l’esprit que le soin et la santé des autres sont indissociables de notre propre santé, et donc de notre liberté. Quand nous aurons relevé cette épreuve ensemble, nous serons heureux d’avoir résolument pris le parti de la confiance.

Ce parti-pris de la confiance et du dialogue, il guide l’hospitalisation privée. Aujourd’hui est un jour important : la Fédération de l’Hospitalisation Privée avec la CGT et FO ont signé un accord de revalorisation salariale, qui transpose aux professionnels des 1030 hôpitaux et cliniques privés les mesures du Ségur de la Santé. Ce dialogue social constructif consacre la reconnaissance de l’engagement exemplaire des professionnels du secteur privé, au service de la santé des Français. 

Assortie de l’engagement du gouvernement à financer rapidement ces mesures, cette séquence témoigne d’une confiance mutuelle entre les acteurs, peu partagée dans ces temps troublés… et d’autant plus remarquable !
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Forces et faiblesses


edito 106 hebdo 15102020
Au fil des rapports et des missions d’information, les retours d’expérience sur la crise sanitaire s’affinent et convergent. Ils constituent d’utiles balises pour mieux affronter l’avenir proche. Le dernier rapport en date, commandé par l’Elysée, émane de l’infectiologue Didier Pittet et de plusieurs autres experts. Rapport d’étape, ni lapidaire ni complaisant, il pointe des forces et des faiblesses, et propose un certain nombre de marges d’amélioration qu’au sein de l’hospitalisation privée, nous partageons.

Parmi les points positifs, les capacités d’adaptation et l’effort considérable de mobilisation du système de santé français sont saluées, ainsi que la fluidité de la coopération entre le public et le privé : avec un point de vigilance toutefois sur la soutenabilité du système, dans un contexte de menace pandémique persistante. Autre satisfecit, et non des moindres, la bonne gestion par l’exécutif des conséquences économiques de la crise sanitaire : nous pouvons, au sein de notre profession, témoigner du soutien apporté.

Mais la mission met aussi en évidence des défauts d’anticipation et de préparation, dont la carence d’équipements de protection a été la manifestation la plus flagrante : « On a vu le déclin progressif du degré de priorité accordé à la prévention des pandémies entre 2010 et 2020 ». Focalisé sur d’autres priorités et d’autres périls, notre pays a probablement pour partie baissé la garde sur ces enjeux. Un sursaut s’impose.

En outre, l’un des constats majeurs qui ressort est celui d’un pilotage trop cloisonné de la crise, avec notamment une interministérialité défaillante et des agences nationales en carence de partage d’indicateurs. La France n’a pas à rougir de son action contre le virus, et les décideurs ont pris la mesure de la gravité de la situation. Mais la complexité des circuits de décision a pu mettre en difficulté le politique, ses arbitrages… et sa communication.

Autant d’enseignements qui rentrent évidemment en résonance avec ce que nous vivons aujourd’hui : la nécessité de maintenir un haut degré de mobilisation malgré la fatigue, l’importance de la cohérence dans le pilotage, a fortiori dans une approche davantage régionalisée, et bien sûr l’enjeu de la pédagogie envers les citoyens. Le rapport prône, sans doute à juste titre, une meilleure association de la société civile aux décisions prises. En tout cas, face à l’irresponsabilité des « rassuristes », il est plus que jamais de notre devoir collectif de passer des messages forts et clairs.

Les Français, meilleurs soutiens des acteurs de santé


edito 106 07102020
Enjeux de savoirs, enjeux de pouvoirs, cette crise sanitaire met en jeu des oppositions, des conflits voire des manipulations multiples, qui accroissent la charge d’anxiété liée à la maladie. Ce qui se passe dans de nombreux pays, de la Chine au Brésil en passant par les Etats-Unis, ne doit pas nous laisser indifférents : car en France également, le populisme sanitaire fait florès, sur fond de parole politique et scientifique hélas largement démonétisée.

La théâtralisation orchestrée par Donald Trump de sa positivité au Covid constitue à ce titre le dernier épisode en date : ses contradictions apparentes depuis le début de la crise participent en réalité de la même minimisation de la gravité du virus, et de l’affirmation de sa puissance envers et contre tout. Chaque geste, comme le fait d’ôter ostensiblement un masque, participe d’une posture qui fait froid dans le dos, quand on imagine l’effet démultiplicateur à travers la planète de l’affichage d’une telle irresponsabilité.

Nous aurions tort de ne pas analyser cela de très près. Récemment, on a pu par exemple entendre certaines personnalités remettre en cause les données des Agences Régionales de Santé. Des stars à forte audience s’improvisent épidémiologistes dans des posts enflammés sur les réseaux sociaux. Alors oui, il y a pu avoir sur le Covid des revirements parfois difficilement compréhensibles, de la part des scientifiques comme de la puissance publique : mais convenons qu’il est normal, et même rassurant, que la doctrine évolue en fonction de l’évolution même de nos connaissances sur la pandémie…

Arrêter la démagogie serait donc de bon aloi, pour ne pas en rajouter à l’angoisse bien légitime des citoyens. Le dernier sondage Odoxa montre que les trois-quarts des Français sont inquiets face au virus, et près de 6 sur 10 préoccupés pour leur propre santé. Face à cela, les politiques, les experts, les professionnels de santé… doivent agir en acteurs responsables, sans jamais céder aux sirènes des vaines polémiques, pour informer, rassurer et faire de la pédagogie.

Le même sondage Odoxa montre que les Français plébiscitent les professionnels de santé - avec des scores oscillant entre 92 et 96% - dans leur lutte contre le coronavirus. Cette confiance nous honore. Mais elle nous invite aussi à être pleinement partie prenante des messages de santé publique, relatifs au respect des gestes barrières et de toutes les attitudes propices à faire reculer la maladie. Car il n’y a pas que le Covid : il y a aussi toutes les autres pathologies qui doivent pouvoir être accueillies de manière pleinement sécurisées.

Les Français considèrent à 83% que le système de santé « s’en est bien sorti » au printemps. Pour que cela se confirme dans les prochaines semaines, ils doivent être, par leurs comportements, nos plus efficaces soutiens.

De la hiérarchie des priorités en temps de crise


106 hebdo 30 septembre
« Hors normes », « historique », la presse surenchérit ce matin sur les qualificatifs pour évoquer le Projet de loi de financement de la sécurité sociale qui se profile, percuté par la violence de la crise sanitaire. Plus sobrement, le dossier de presse des ministères évoque un PLFSS « singulier », ce qui dans le langage euphémistique du politique révèle néanmoins l’ampleur du séisme auquel nous sommes confrontés…

Pour y remédier, les pouvoirs publics ont mis en place depuis plusieurs mois de puissants leviers d’amortissement du choc de la crise : pour l’économie du pays en général, et pour les établissements de santé en particulier, avec la garantie de financement. Ce n’était pas seulement nécessaire : c’était vital. Ces dernières semaines, je me suis beaucoup déplacé dans les régions à la rencontre des adhérentes et des adhérents de l’hospitalisation privée, et j’ai écouté leurs témoignages. Ainsi soutenus, ils ont pu se consacrer exclusivement à la seule chose qui comptait dans ces moments-là : soigner. Ce message sur la pérennité du soutien aux établissements et aux professionnels de santé, nous aurons à cœur de le délivrer au moment des débats sur le PLFSS, alors que l’épidémie est malheureusement ancrée durablement dans nos vies.

Une crise, aussi rude soit-elle, constitue aussi l’occasion de rehiérarchiser les priorités politiques autour de ce qui est vraiment important et utile pour les acteurs, pour le système, et surtout pour les patients. De faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire. De privilégier ce qui est aidant, d’expurger ce qui est anxiogène et pénalisant. De fixer des ambitions politiques fortes, structurantes pour le pays et pour notre avenir à tous, qui prennent l’ascendant sur certains rouleaux compresseurs technocratiques et certaines réformes secondaires. Cet inventaire est nécessaire dans une période qui requiert la pleine mobilisation de nos établissements et de nos professionnels, déjà éprouvés par la première vague. Chacun doit pouvoir remplir ses missions sereinement, et cela aussi, nous l’exprimerons au moment des discussions sur le PLFSS.

Enfin, la séquence parlementaire qui s’ouvre se doit de tirer toutes les leçons de ce que nous avons vécu au printemps. Les acteurs de santé aspirent plus que jamais à de la coopération, du décloisonnement, de la visibilité à long terme, de la transparence, du partage, pour rebâtir le système de santé. Nous avons besoin, notamment, de parler le même langage et de fonder nos pratiques et nos décisions sur des données fiables et partagées. A court terme, comment piloter une crise en temps réel sans des indicateurs homogènes mis à la disposition de tous ? A moyen et long terme, comment parler pluriannualité et prospective sans partage d’une information juste qui crée la confiance, qui suscite l’adhésion et qui pousse à voir plus loin ? Dans nos échanges avec les parlementaires, ces enjeux de pilotage et de gouvernance trouvent un véritable écho.

Le PLFSS n’est donc pas seulement un texte technique, malgré sa complexité parfois : il offre l’opportunité de vrais débats démocratiques, et nous y prendrons toute notre part.

Acte 2 de la pandémie : un enjeu de démocratie sanitaire


106 hebdo 23 septembre
La terminologie jusqu’ici prononcée avec prudence, voire circonspection, de « deuxième vague », commence à gagner du terrain au regard de la résurgence épidémique. Mais forts des retours d’expérience passés, nous abordons collectivement cette réalité de manière bien différente.

Il n’est plus question aujourd’hui de reconfinement généralisé de la population, insoutenable socialement et économiquement ; ni de déprogrammation massive d’actes médicaux et chirurgicaux à l’échelle nationale, qui aurait des conséquences délétères sur l’état de santé du pays. La mise en œuvre de solutions ciblées est évidemment le bon chemin, mais elle est sans doute plus exigeante encore dans sa mise en œuvre.

En effet, par rapport à un cadrage drastique mais quasi « sécurisant », l’ajustement fin aux réalités du terrain nécessite plus que jamais une adhésion des acteurs : adhésion des acteurs de santé qui sont en première ligne, et adhésion des citoyens dont la vie quotidienne est bouleversée. On a beaucoup entendu dire que la démocratie sanitaire avait été trop latéralisée au printemps. En tout cas, les semaines qui viennent vont constituer un double test, à fort enjeu, pour le politique comme pour les administrations.

Premier test, sur leur capacité à prendre des décisions raisonnées et proportionnées, qui sachent donner lieu à une pleine acceptabilité sociale de la part des citoyens, sans excès de zèle ni laxisme. C’est une dimension essentielle pour asseoir la confiance de la société, non seulement en contexte pandémique mais aussi à plus long terme. Nous, établissements de santé, avons un rôle à jouer, pour contribuer à délivrer les bons messages et rassurer sur la sécurisation des prises en charge.

Deuxième test, sur la capacité du politique comme des administrations à coconstruire vraiment les organisations et les arbitrages avec celles et ceux qui soignent sur le terrain, et à les faire coopérer en bonne intelligence autour de missions partagées. La dichotomie est encore vivace entre l’affichage d’un volontarisme politique et la réalité du vécu des acteurs. Quant à l’ajustement au terrain, il ne doit pas se traduire par de la discordance et une hétérogénéité brouillonne de décisions, mais donner lieu à du consensus et de la concertation.

Nous vivons un moment charnière, où des changements de paradigmes fondamentaux pour l’avenir se construisent aujourd’hui. Le Ségur de la santé porte en filigrane la volonté de rebattre les cartes entre le national et le régional. Mais il ne saurait avoir, a fortiori en temps de crise, de démocratie territoriale de santé vivante sans cap cohérent et concerté avec tous.

Nous sommes prêts


Edito 106 hebdo 16092020
« Vivre avec le virus », tout en maintenant des mesures sanitaires strictes de protection des citoyens : telle semble être la ligne adoptée aujourd’hui par l’exécutif, une ligne de crête subtile entre maintien du pays à flot et haut niveau de vigilance quant à la progression du virus. De tels équilibres sont complexes, et le temps n’est pas à la polémique mais à la mobilisation sous la bannière de la coopération, à la réactivité, à l’adaptation aux réalités du terrain et à la responsabilisation.

La mobilisation : certes, la situation est préoccupante, mais nous sommes prêts. Au pic de la crise sanitaire, les cliniques et hôpitaux privés ont démontré à quel point on pouvait compter sur eux, et cette réalité ne se démentira pas dans les mois à venir. Dans cette période anxiogène, il est important de rassurer, d’autant que notre expérience de la première vague nous permet une appréciation plus fine de la situation. Autre facteur de confiance, la coopération entre le secteur public et le secteur privé sous l’égide des ARS relève maintenant de l’évidence, et toute régression serait inacceptable aux yeux des Français. 

La réactivité : il est essentiel d’être en capacité de réactiver rapidement des dispositifs qui avaient été mis en place au cœur de la crise. Je pense particulièrement aux autorisations de réanimation dérogatoires, accordées au printemps, et qui devront être renouvelées rapidement quand les besoins se feront sentir. Plus largement, nous souhaitons que certaines dysfonctionnements passés - je pense notamment à la gestion des équipements de protection pour les professionnels - ne puissent plus avoir cours. Concernant les tests, les soignants doivent être prioritaires, tout comme les patients pris en charge dans les établissements de santé. La fluidité dans la prise de décision doit être plus que jamais de rigueur, pour libérer les esprits autour de la seule chose qui compte : soigner.
L’adaptation aux réalités de terrain : je souscris à la volonté du Gouvernement d’être en phase avec la situation épidémiologique des territoires, avec des actions ciblées dans l’espace et dans le temps, coconstruites avec les acteurs. Une déprogrammation nationale serait préjudiciable à la santé des Français, et à l’indispensable retour aux soins. Les retards de soin peuvent avoir des conséquences graves. Les conditions de prise en charge dans les établissements de santé, les cabinets, sont parfaitement sécurisées, et il est de notre devoir de le dire.

La responsabilisation enfin : les citoyens, exemplaires pendant le confinement, doivent rester fidèles à cette conscience citoyenne, par le port du masque et le respect des gestes barrières. En agissant ainsi, ils sont nos meilleurs alliés.

Relance et résilience


edito LG 106 09092020
J’en exprimais la semaine dernière le souhait, c’est à présent une réalité : le Plan de relance présenté par le Premier ministre reconnait la santé comme un secteur stratégique, porteur de valeur, facteur de cohésion, créateur d’emploi, essentiel pour bâtir la France de demain. Il s’inscrit ainsi en rupture avec une vision qui a longtemps prévalu par le passé, celle d’une santé essentiellement vue comme un poste de coûts.

Sans doute la crise sanitaire a-t-elle fait progresser les représentations, en érigeant la santé et le soin comme des composantes irremplaçables, insubstituables, de notre vie collective. Investir, à tous les sens du terme, dans la santé, en revaloriser ses acteurs, sont, pour reprendre les mots de la philosophe Cynthia Fleury, « la condition de notre résilience ».

Investir, d’abord, dans les femmes et les hommes qui soignent. Le Plan de relance dédie notamment un effort financier important au renforcement de la formation professionnelle, en prévoyant la création d’ici 2021 de 16 000 nouvelles places de formation d’infirmiers et d’aides-soignants. Edifier la société du soin suppose de relever un défi, celui d’amener les jeunes générations vers ces métiers exigeants et passionnants, en déconstruisant certaines représentations stéréotypées et en se donnant les moyens de renforcer leur attractivité. Bien sûr, c’est un premier pas, tant les besoins des établissements en professionnels de santé sont importants : mais aux côtés du Gouvernement, nous saurons accompagner et amplifier en continu cette ambition.

Investir, ensuite, dans toutes les technologies d’avenir et voies de modernisation pour les établissements de santé et les professionnels, au service des patients. Là aussi, les montants consacrés à l’investissement en santé sont substantiels : la pertinence des choix stratégiques à opérer constitue donc un enjeu majeur. La clé de la réussite est l’accompagnement de projets réellement structurants pour l’avenir de la santé. La lutte contre le virus nous montre d’ailleurs les bons chemins à emprunter : ceux qui favorisent l’interopérabilité, la fluidité des relations des acteurs de santé entre eux pour mieux soigner, ceux qui misent sur la capacité d’innovation des territoires, ou encore ceux qui contribuent à la reconquête d’une forme de souveraineté industrielle.

Ségur, Plan de relance, PLFSS 2021 : autant d’étapes fondamentales qui marquent cette année inédite, et dont l’esprit doit être guidé par les enseignements de ces derniers mois. Le Ségur a très justement cranté un principe, celui de l’égalité de traitement entre les acteurs de santé de tous statuts, à la lumière notamment des missions accomplies pendant la crise. Ce principe doit être sanctuarisé dans tous les actes politiques qui seront désormais posés : je pense par exemple à la baisse annoncée des impôts de production, qui nous donnera de la latitude pour recruter et investir. Dans cette dynamique de relance, chacun est concerné, chacun a un rôle éminent à jouer, et l’hospitalisation privée y prendra toute sa part.

Des souhaits et des espoirs, malgré tout…


MODELE edito 106 hebdo 2 septembre 2020
Elles semblent loin, cette année, les bonnes résolutions de rentrée ! Beaucoup d’inquiétudes, d’incertitudes sur l’avenir, obèrent la volonté de se projeter dans des perspectives attractives. Chacun porte encore les cicatrices des drames du printemps et sait bien que le péril pandémique est loin d’être écarté. Cette épée de Damoclès pèse sur notre quotidien.

Pourtant, pour ce premier éditorial de septembre, je voudrais donner quelques raisons de croire en nos ressources collectives pour faire face dans les mois à venir. Au plus fort de la crise sanitaire, les acteurs de santé ont appris, ont innové, ont progressé dans leur capacité à travailler ensemble pour soigner les Français. La puissance publique est parvenue à sortir de sa zone de confort pour accélérer les prises de décision dans l’urgence. Ce que nous avons engrangé comme expertise doit désormais irriguer toutes nos pratiques. Au tout début de la crise, on pouvait admettre certains démarrages laborieux en matière de coopération entre le public et le privé. A présent, il ne serait plus tolérable qu’il faille attendre que l’épidémie parvienne à un stade critique pour faire appel à tous. Nous nous devons œuvrer ensemble à combattre le virus, et ainsi adresser un message positif de rassurance aux Français.

Au-delà du combat contre le virus, je veux aussi croire que ces temps exceptionnels vont changer nos représentations et impulser de nouveaux paradigmes. Ce n’est pas une figure de style : nous savons tous comme la tentation de se replier sur ses bases familières peut être forte. Ce serait le pire des choix. La crise a révélé des aspirations à œuvrer autour de projets, à trouver du sens à l’action, à réinvestir dans les compétences humaines, à faire émerger des idées sur le terrain. Un retour à une caporalisation du monde de la santé, à des injonctions descendantes dénuées de souffle, à des visions court-termistes agrémentées de saupoudrages budgétaires pour apaiser les troupes, serait désastreux. Le Ségur de la Santé a créé un espoir, celui d’une gouvernance de la santé fondée sur des projets qui rassemblent, qui valorise et qui fédère les acteurs, celui d’une démocratie territoriale épanouie qui prenne en compte les besoins des citoyens de la manière la plus fine et se donne les moyens humains et financiers d’y répondre. Prenons garde de ne pas dévier de ce cap.

Enfin, j’exprimerais un dernier souhait, celui que le plan de relance annoncé demain par le Gouvernement intègre pleinement la santé, secteur à forte valeur ajoutée qui crée des emplois et génère de la confiance et de la cohésion sociale partout où elle s’implante. L’esprit de ce plan de relance - une vraie ambition à décliner rapidement, des investissements stratégiques, des mesures de simplification et un ancrage dans les territoires - prédispose résolument la santé à en être étroitement partie prenante, et nous allons, en cette rentrée, y œuvrer !

Comme une évidence


MODELE edito 106 hebdo 22 juillet 2020
A l’issue de six semaines d’échanges et de concertation, 90 parties prenantes, plus de 100 réunions, 200 contributions et 118 000 réponses à l’enquête auprès des professionnels de santé, Olivier Véran et Nicole Notat ont présenté hier les conclusions du Ségur de la Santé : 33 mesures en tout, pour « poursuivre la modernisation du système de santé » et « être à la hauteur des soignants comme des patients ».

Dès les débuts, l’hospitalisation privée a pris part activement et sans réserve à cette démarche. Après l’épreuve du Covid, s’inscrire dans une dynamique contributive et constructive revêtait un caractère impérieux : nous n’avions pas le droit de laisser perdre tous les enseignements accumulés dans le combat contre le virus. Bâtir pour l’avenir serait le meilleur hommage à rendre aux professionnels et aux établissements de santé.

La semaine dernière, des décisions fortes ont été prises pour revaloriser les métiers du soin, à la mesure de l’engagement de celles et ceux qui les exercent. Elle ont privilégié l’équité entre le secteur public et le secteur privé. Cela prouve que les mentalités évoluent : l’équité est en passe de devenir une évidence, davantage encore à la lumière des coopérations exemplaires qui se sont forgées pendant la crise sanitaire. J’y vois une avancée majeure, un de ces « effets cliquet » qui change une société et lui permet de progresser. La santé des Français y gagnera beaucoup.

Sur les 28 mesures du Ségur qui concernent l’ensemble des acteurs de santé, une vingtaine s’inscrivent clairement dans l’esprit de ce que l’hospitalisation privée a porté et proposé. Du renforcement de la démocratie territoriale à un Ondam pluriannuel et médicalisé, du confortement des ARS à l’effort massif d’investissement, notamment sur le numérique, de l’augmentation du nombre de professionnels paramédicaux formés à la simplification d’un certain nombre de procédures, les impulsions du Ségur vont assurément dans le bon sens.

Sur certains sujets, nous aspirerons à davantage de volontarisme : je pense par exemple à la formation et à l’emploi, car la relance de notre pays passe aussi par la santé. Le comité de suivi du Ségur nous permettra de l’exprimer, tout comme le futur Ségur de la santé publique ouvrira de nouveaux chantiers, aussi importants que celui de la réduction des inégalités sociales de santé.

Pour l’heure, je retiens la référence du ministre de la santé hier aux « coopérations réussies » pendant la crise. Une mission sera confiée à des acteurs des trois secteurs - public, privé associatif, privé - pour parvenir à travailler toujours mieux au service des patients. Là encore, cette mission illustre le chemin parcouru, la reconnaissance qu’on est meilleurs ensemble, comme une évidence.

Croire en l’intelligence collective


MODELE edito 106 hebdo 29 juillet 2020
Il est dans la nature humaine de se tourner vers l’après, et du rôle d’une Fédération d’anticiper les événements à venir. Néanmoins, après les mois qui nous venons de vivre, il est sage de faire un « arrêt sur image », de poser un regard en surplomb du tourbillon des événements, et de regarder ce qui a changé dans notre monde. La période estivale y est propice.

Au risque de surprendre, je refuse de me borner à analyser la crise sanitaire sous l’unique prisme des failles et des manquements. Oui, il y a eu des retards, des dysfonctionnements organisationnels, des refus de coopération, auxquels il convient de remédier pour être collectivement mieux préparés à une résurgence forte de la menace. Mais il y a aussi, et surtout, la grandeur d’un pays et de ses forces vives, en premier lieu les acteurs de santé, lorsque les circonstances l’exigent : des innovations se sont déployées, des lourdeurs administratives ont été cassées, des institutions et des professionnels qui se toisaient d’un air suspicieux ont travaillé ensemble, et l’Etat a joué son rôle de protecteur et d’amortisseur du choc. Les Français ont payé un très lourd tribut à la pandémie : nous avons le devoir de leur prouver que cette intelligence collective va perdurer, que personne ne retombera dans ses vieux travers, et bien sûr, qu’ils peuvent compter sur nous.

On entendait aussi dire, « avant », qu’il était difficile de mener des réformes vraiment systémiques en santé, et que les marges de manœuvre pour agir étaient ténues. La crise est venue balayer les frilosités et rebattre les cartes dans la hiérarchie des priorités. S’il ne répond pas à tous les problèmes, s’il reste encore frileux sur certains enjeux, le Ségur de la Santé est d’une ambition dont personne n’aurait pu imaginer l’ampleur il y a encore quelques mois. Ce n’est pas juste une question de rémunération, mais de représentation : la Nation reconnait que le monde du soin est l’armature d’une société en bon état de fonctionnement. On pourrait dire, sur le mode café du commerce : le Gouvernement n’avait pas le choix. Peut-être. Mais si on regarde plus loin que le bout du nez politicien, cela prouve qu’il y a dans notre pays des ressources d’intelligence collective qui nous permettent de changer, drastiquement, le cours des choses.

Enfin, on a beaucoup glosé sur l’irresponsabilité des citoyens face au virus. Il faut convenir qu’entre injonctions contradictoires et polémiques scientifiques livrées en pâture aux médias, on ne leur a pas beaucoup facilité la tâche ! Et pourtant, là aussi, l’intelligence collective est à l’œuvre : nous avons inventé d’autres façons d’interagir, d’exprimer nos émotions, de faire société, et cela avec une plasticité surprenante si l’on considère que nos modes de vie n’ont réellement changé que depuis mars dernier… Les professionnels de santé ont travaillé sur la préservation de la relation de soin dans le contexte du Covid. Peut-être a-t-on renoué davantage avec ce que signifie « prendre soin » de l’autre, et ce n’est pas le moindre des acquis de cette période.

Alors oui, demain, il y aura la déclinaison concrète du Ségur, un PLFSS 2021 aux contours exceptionnels, et beaucoup d’incertitudes quant à l’évolution de la situation sanitaire. L’hospitalisation privée sera au rendez-vous de ces challenges. Mais en attendant, profitons de ce moment pour rassembler toutes les énergies et mobiliser ce qu’il y a de meilleur, pour nous retrouver et préparer au mieux la rentrée.

Une Fête Nationale sous le signe de la santé


MODELE edito 106 hebdo 15 juillet 2020
Nous n’oublierons pas de sitôt cette Fête Nationale singulière, où le Covid est venu percuter nos rituels républicains comme nos rendez-vous festifs. Mais nous n’oublierons pas non plus que la santé, et les soignants, ont été au cœur de l’hommage de la Nation.

« Un moment historique pour le système de santé » : c’est en ces termes que Jean Castex a qualifié les accords du Ségur de la Santé. Et sans doute, même si de nombreux sujets demeurent encore à l’agenda, l’ampleur de l’engagement de l’Etat - plus de 8 milliards - mérite-t-il ce qualificatif.

Mais au-delà des moyens, je retiens aussi la reconnaissance distribuée au public comme au privé. Une reconnaissance dont la légitimité n’a jamais été questionnée au plus haut niveau de l’Etat lors des concertations Ségur : c’est assez rare pour être souligné, et apprécié comme il se doit.

Le Premier ministre a même eu lundi des mots d’une grande puissance symbolique en évoquant « ces femmes et ces hommes très attachés au service public de sante », « qui s’étend au privé », et qui fait « la force, l’attractivité et la grandeur de notre pays ». Il y a, résumée dans cette phrase, toute la philosophie de notre action de ces derniers mois, cette mise en partage des missions au service des patients, exigeante mais tellement nécessaire.

Olivier Veran a promis d’autres mesures dans les jours à venir, sur l’organisation des soins, sur la réponse aux besoins de santé, sur la démocratie sanitaire. Nous y serons attentifs. Au delà de l’enjeu des rémunérations, de multiples voies sont à explorer pour redonner sens et attractivité aux métiers du soin. Le Président de la République a évoqué lors de son interview du 14 Juillet le développement de la formation professionnelle comme étant au centre des préoccupations gouvernementales. Cette impulsion doit trouver sa pleine traduction dans le domaine de la santé.

Les accords du Ségur ne sont pas une conclusion. Ils constituent la déclinaison concrète des premières leçons tirées de la crise sanitaire : l’indispensable revalorisation des professionnels, et la reconnaissance explicite du rôle joué par chacun des secteurs. C’est une première étape dans la refondation plus générale de notre système de santé, avec, en surplomb, une menace pandémique persistante. La santé n’a pas fini d’être au cœur des enjeux de notre pays.






La santé, au cœur du pacte social


MODELE edito 106 hebdo 8 juillet 2020
Entre les grandes manœuvres à la tête de l’Etat et la nécessité de trouver un terrain d’entente autour de la rémunération des soignants, les arbitrages du Ségur de la Santé se font désirer. Mais le nouveau Premier ministre s’est tout de suite saisi de ce défi, bien décidé à conclure le Ségur dès cette semaine par un accord qui satisfasse les parties. Un terrain complexe, mais familier pour Jean Castex, fin connaisseur de longue date des enjeux de santé et des politiques sociales. Cela permet raisonnablement d’espérer une issue favorable... sous le signe de l’égalité de traitement de tous les acteurs.

Dans cette dernière ligne droite après des semaines de concertation, l’hospitalisation privée demeure particulièrement vigilante à ce que les professionnels du secteur, mobilisés avec une intensité peu commune pendant la crise, bénéficient de toute la reconnaissance qu’ils méritent...

Invité du journal télévisé vendredi soir, le Premier ministre a affirmé croire « aux territoires, à la confiance et aux valeurs de responsabilité ». L’hospitalisation privée ne peut que souscrire à cette philosophie d’action. Les propositions que nous avons portées dans le cadre du Ségur procèdent très largement de cette volonté de redonner des latitudes d’action aux acteurs du territoire, de privilégier la concertation et la responsabilisation, pour répondre de façon adéquate aux besoins des citoyens.

Au-delà du maintien des niveaux d’alerte nécessaire sur la pandémie et des décisions du Ségur, c’est tout un pays qui doit à présent se relever et affronter l’impact économique et social de la crise. Jean Castex veut à juste titre, à la faveur du Ségur, remettre l’emploi au cœur des préoccupations. C’est essentiel. La santé est un secteur créateur d’emplois qui doit être partie prenante de la relance de la Nation. N’oublions pas, parmi les chantiers immenses de ce « nouveau pacte social » que le Premier ministre appelle de ses vœux, l’enjeu majeur de la formation.

Je n’aurai garde d’oublier l’importance de la continuité politique dans le contexte présent, entre le péril pandémique en embuscade, des décisions majeures en passe d’être prises dans le champ de la santé, et évidemment le PLFSS à forts enjeux qui se profile. Olivier Véran reste, et c’est heureux, aux commandes de la Santé, et je salue l’arrivée de Brigitte Bourguignon sur le dossier autonomie. La continuité de l'action publique et leur connaissance des dossiers seront des atouts précieux pour conduire une refondation ambitieuse et équitable de notre système de soin

La santé, un enjeu démocratique


MODELE edito 106 hebdo 1er juillet 2020
En novembre dernier, je participais à un débat sur les enjeux de santé dans le cadre du Congrès de l’Association des Maires de France. Sur scène et dans la salle, quelques 150 maires étaient venus témoigner de leur quotidien et des inquiétudes de leurs concitoyens en matière d’accès aux soins. Dans leurs mairies, leurs permanences, ils étaient tout autant interpellés sur la santé, voire davantage, que sur les sujets d’emploi ou de logement… Nul doute que les nouveaux maires élus dimanche dernier auront largement eux aussi cette priorité à leur agenda.

Avec ces élus de toutes les sensibilités politiques, nous avions eu un échange de grande qualité. J’avais été frappé par leur absence d’idées préconçues, par leur ouverture d’esprit, leur pragmatisme : que le soutien et l’offre de santé viennent du public ou du privé n’importait pas, ils aspiraient seulement à des solutions concrètes, ancrées dans la réalité des besoins de la population dans leur commune.

Je ne l’ai pas oublié quand j’ai porté pendant la crise sanitaire l’impératif de coopération des acteurs de santé. Si certains discours teintés d’idéologie sont encore tenaces, ils résistent difficilement face aux résultats du terrain.

Lors de ce débat, j’avais senti aussi affleurer une amertume de la part de ces élus locaux, entre préoccupation et sentiment d’impuissance. Un sujet fait largement consensus aujourd’hui dans les débats du Ségur de la santé : les élus territoriaux doivent revenir dans le jeu de la gouvernance de la santé.

L’hospitalisation privée porte le concept de « démocratie territoriale de santé », qui confère aux collectivités locales un rôle moteur dans l’animation des projets territoriaux de santé, aux côtés d’ARS confortées dans leurs missions de régulation, de financement et de contrôle. Il ne s’agit pas de savoir qui doit avoir la suprématie, mais de dégager les bons équilibres : la crise a montré à quel point nous gagnerions à mieux nous connaitre, à mieux travailler ensemble, les professionnels, l’administration, les élus, les usagers…

Le scrutin qui vient d’avoir lieu fait apparaître dans le paysage politique de nouveaux visages, de nouvelles sensibilités. Les repères politiques classiques sont souvent chahutés, les Français cherchent dans l’après-crise à donner un autre sens à l’action publique, la préoccupation environnementale, indissociable du sujet de la santé, émerge. Mais le fait majeur demeure l’abstention écrasante, alors que les élus locaux sont pourtant ceux qui bénéficient d’un réel crédit de confiance et d’adhésion. Il convient d’entendre ces messages, y compris lorsqu’on est acteur de santé. Entendre la quête de sens tout d’abord, et y répondre par l’accomplissement de nos missions de santé, qui sont l’une des illustrations les plus manifestes du service de l’intérêt général. Et redonner au politique, sur les territoires, une vraie latitude pour réinvestir les enjeux de santé, car la santé participe à la cohésion sociale et au renouveau démocratique.

Bâtir la société du prendre soin


MODELE edito 106 hebdo 24 juin 2020
Nous devrions connaitre très bientôt les décisions prises par le politique en faveur des professionnels de santé. En réalité, même si d’autres enjeux sont mis sur la table, l’exécutif sait pertinemment que l’opinion publique attend de pied ferme une juste rétribution de l’engagement de celles et ceux qu’ils ont applaudis tout au long de la crise sanitaire.

Dans une société en mal de références fédératrices, le plébiscite des « héros du quotidien » est pleinement justifié… mais il est aussi piégeant. Car placer les individus dans une posture héroïque, quasi sacrificielle - ne parle-t-on pas, d’ailleurs, de « vocation » ? - est aussi une façon d’éluder les véritables enjeux : la revalorisation des professionnels et l’attractivité des métiers.

Et là, clairement, le Ségur de la Santé doit se montrer à la hauteur de ce qui constitue un sujet majeur de société : donner envie, particulièrement aux jeunes générations, d’exercer les professions de la santé et du soin, en faisant émerger des conditions de carrière et d’exercice plus favorables, plus motivantes, porteuses de reconnaissance, de perspectives et de sens. Il y a urgence : 10% des emplois dans les établissements de santé sont actuellement vacants.

Il y a bien sûr l’enjeu des rémunérations. Si des mesures ambitieuses sont adoptées prochainement, elles doivent l’être dans des proportions et des modalités rigoureusement identiques entre le secteur public et le secteur privé de la santé. Les Français qui ont plébiscité les coopérations dans la lutte contre le virus y seront attentifs.

Au-delà, le secteur de la santé a tous les atouts pour participer à la politique de relance de notre pays. Alors que l’économie de la France est éprouvée, il offre un potentiel de 100 000 nouvelles embauches de professionnels ! Là encore, il y a urgence, pour enclencher une puissante dynamique de formation aux métiers de la santé et un vaste plan de recrutement, à la hauteur des besoins en soins de la population.

« Sans le care, la société s’effondre », nous dit la philosophe Cynthia Fleury. Nous ne savons peut-être pas de quoi demain sera fait, et si la menace pandémique s’inscrira, ou non, comme une réalité durable dans nos existences. Mais nous savons qu’il n’y a pas de temps à perdre, et que la société du prendre soin dont nous avons plus que jamais besoin se bâtit à travers les décisions politiques d’aujourd’hui.

Horizon partagé


MODELE edito 106 hebdo 17 juin 2020
Nous avons présenté aujourd’hui les propositions de l’hospitalisation privée pour l’avenir du système de santé. Contribuer au débat public fait partie de la raison d’être d’une Fédération comme la nôtre, mais le contexte sanitaire très particulier rehausse l’exigence de la démarche, tant le « Ségur » a le devoir d’ouvrir une nouvelle page de la santé de notre pays.

Nous avons bâti nos propositions sur un constat que nous avions déjà esquissé, mais que la crise est venue largement conforter : la puissante convergence de vues entre les attentes des citoyens et celles des acteurs de santé.

Les Françaises et les Français demandent d’abord une juste reconnaissance des professionnels de santé de tous statuts, au regard bien sûr de leur mobilisation de ces dernières semaines, mais plus largement à l’aune du service majeur rendu à la Nation. C’est en parfaite résonance avec ce que nous prônons : revaloriser les salaires bien sûr, mais renforcer l’attractivité des métiers de la santé, assortie de perspectives de carrière motivantes. Les Français sont aussi préoccupés par la situation économique et sociale actuelle : le secteur de la santé offre un potentiel de plus de 100 000 nouvelles embauches de professionnels.

Les Français ont plébiscité la coopération de acteurs de santé pendant cette crise. Il est temps de la rendre pleinement effective partout en France. Les Agences régionales de santé doivent orchestrer de manière parfaitement équitable la réponse aux enjeux de de santé. Les établissements doivent se déployer sur des missions qui transcendent le statut. Et le paysage sanitaire doit s’ouvrir davantage aux collectivités locales, aux élus, pour bâtir une véritable démocratie territoriale de santé au service des citoyens.

Les Français veulent des moyens accrus pour les établissements de santé. Ils ne se satisfont pas plus que nous d’une vision comptable de la santé. Nous proposons de repartir des fondamentaux, à savoir les priorités de santé publique, telles que la prévention, l’accès et la permanence des soins, la dépendance, la prise en charge de la précarité, les enjeux du numérique ou encore, évidemment, la prévention des crises sanitaires. Il est urgent de renouer, dans le pilotage budgétaire, avec des approches davantage médicalisées et basées sur les besoins de santé.

Enfin, de multiples études d’opinion illustrent la lassitude des Français à l’égard de la complexité et l’accumulation des normes. En santé également, beaucoup reste à faire en faveur de la simplification des procédures, la transparence des informations, la fluidité des parcours de soins pour le patient, la confiance dans les initiatives portées par les acteurs de terrain. La crise a brisé quelques carcans, pérennisons donc ce qu’elle est parvenue à imposer de meilleur dans l’adversité !

Il existe entre les Français et les acteurs de sante une volonté commune, à partir de laquelle l’hospitalisation privée a construit sa contribution à la grande consultation du Ségur de la Santé : souhaitons que cet horizon partagé puisse inspirer les décisions politiques à venir

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Une nouvelle ambition pour l’action publique


MODELE edito 106 hebdo 10 juin 2020
Les temps d’après-crise voient invariablement le retour de postures familières : la volonté de polémiquer et de régler des comptes à peu de frais ; le « je vous l’avais bien dit », tant il est facile de se complaire dans les charmes de la lucidité a posteriori ; ou encore la velléité de reconstruction de l’histoire à son seul profit.

Pour ma part, je considère que seul un diagnostic éclairé et partagé de la crise sanitaire, sans manichéisme, dépourvu d’effets de manche, permettra de poser des bases solides à la refondation de notre système de santé. C’est tout l’enjeu de ce Ségur de la Santé dans lequel l’hospitalisation privée a choisi de s’engager sans réserve, afin de contribuer à une reconstruction basée sur une considération distribuée à parts égales entre tous.

Dans la foultitude de contributions au débat, une note toute récente de l’Institut Montaigne apporte un éclairage intéressant sur la gestion de la crise, en pointant la tentation dans des temps exceptionnels, de « surjouer la verticalité ». Auparavant, acteurs de santé et administrations déconcentrées partageaient déjà cette réalité commune, faite d’inflation normative et d’injonctions descendantes, parfois contradictoires.

La crise n’a donc fait qu’amplifier certaines pesanteurs préexistantes, mais elle a aussi, en réaction, brisé quelques carcans et permis des réactions exemplaires face au virus. Les hôpitaux et cliniques ont soulevé des montagnes, et certaines ARS ont remarquablement orchestré la réponse sanitaire. C’est tout ceci qu’il faut capitaliser.

Plutôt que d’opposer les uns aux autres, considérons donc le bénéfice commun que nous aurions à impulser une nouvelle ambition pour l’action publique, vers, comme le préconise l’Institut Montaigne, « une plus grande transparence, une habitude du partage de l’information, une clarification de l’échelon de la décision et une responsabilisation des différents acteurs ». Ce dernier point, autour de l’accroissement des marges de manœuvre laissées à l’appréciation et à l’initiative des acteurs de terrain - l’épisode des masques est édifiant à ce titre - constitue l’une des attentes majeures de l’hospitalisation privée, que nous portons dans le Ségur.

Ne pas opposer, ne pas tomber dans la facilité non plus : il n’y a pas d’un côté un Etat défaillant et des collectivités territoriales exemplaires. Mais il y a à l’évidence de nouvelles formes de collaboration à faire émerger, « marquées par une confiance et une agilité inédites », notamment avec les Régions qui constituent certainement un échelon pertinent. La réussite indéniable de la stratégie de déconfinement illustre l’importance de ce dialogue, à consolider dans l’après-crise, au sein d’une gouvernance renouvelée de la santé sur les territoires.

Enfin, l’institut Montaigne plaide pour une « recomposition des rapports entre l’Etat et la société ». A l’issue de cette crise, notre pays est celui qui a le moins confiance en ses dirigeants. C’est assez injuste, notamment lorsque l’on considère l’ampleur des amortisseurs mis en place par l’Etat français pour tenter d’atténuer le choc économique et social. Mais il faut entendre ce signal, car nous ne pourrons affronter la suite sans cohésion nationale. Et dans le domaine du soin, sans bâtir une démocratie territoriale de santé, avec les élus, les ARS, les citoyens, et bien sûr les acteurs de santé dans toute leur diversité.



Citoyens et acteurs de santé : des attentes partagées


20200603 Edito 106 LG 3 juin
Nous vivons ensemble une période particulière et exigeante, où chaque acte posé requiert réflexion, discernement, clairvoyance. Dans notre quotidien, le virus marque le pas et la stratégie de déconfinement est plutôt habilement orchestrée. Pour autant, il ne faut pas se laisser griser par ces pans de liberté reconquises, et maintenir un strict respect des gestes qui nous protègent mutuellement.

Ce subtil équilibre, il est aussi aujourd’hui à l’œuvre dans nos hôpitaux et cliniques privés, qui se sont tant investis contre le virus, et qui aujourd’hui reprennent les soins en maintenant une vigilance de tous les instants à l’égard du Covid, pour accueillir les patients dans les meilleures conditions.

Mais l’enjeu de cette période post-crise aigüe est plus fondamental encore : saurons-nous vraiment, au-delà des applaudissements et des primes, faire émerger un système de santé à la fois plus performant pour les Français et plus attractif pour les professionnels ? Tant de « rapports » et de « plans » successifs, davantage bâtis dans la réaction que dans la construction, ont échoué faute de réelle vision.

Le Ségur de la Santé constituera-t-il enfin ce grand rendez-vous tant attendu, ce temps politique dont on se souviendra dans l’histoire de la santé comme ayant bousculé les représentations, changé les paradigmes ? Dire que je le souhaite est un euphémisme. En réalité, nous avons le devoir de réussir.

La santé, constituait déjà la préoccupation première des citoyens « avant ». Aujourd’hui, avec une réalité pandémique qui a fait irruption de plein fouet dans nos vies, installant une menace pérenne au-dessus de nos têtes, elle est devenue emblématique de ce qui nous protège et de ce qui nous sauve. Au-delà, les dommages économiques et sociaux que va connaître notre pays dans les prochains mois, renforcent cette nécessité de soins qui « réparent » le corps social.

En face de cette exigence, l’heure n’est donc pas à une énième grand-messe accouchant de demi-mesures. Disons-le, les attentes des citoyens et du monde de la santé sont les mêmes : des acteurs, publics et privés, qui travaillent ensemble en bonne intelligence sur les territoires au service des patients ; des établissements et des professionnels dotés enfin des moyens de remplir leurs missions, pleinement considérés et valorisés ; des approches moins technocratiques, moins complexes, guidées avant tout par la réponse aux besoins de santé et d’accès aux soins.

C’est à ces attentes communes, à cet élan, à cette ambition partagée entre la Nation et toutes celles et ceux qui soignent, que les Accords de la santé de juillet devront apporter une réponse sans précédent.







Une occasion unique


20200527 Edito 106 LG
Il y a des rendez-vous qu’on n’a pas le droit de manquer, car ils constituent au moins la promesse, à défaut de la certitude, d’un changement dans nos vies. Ainsi en est-il de ce Ségur de la santé qui constitue, au-delà de son appellation peu intelligible pour les citoyens, une occasion unique de bâtir les fondations d’un système de santé profondément rénové.

Certes, il y a un peu d’amertume à penser qu’il aura fallu une crise sanitaire aussi éprouvante pour, enfin, appuyer sur le bouton « avance rapide » de réformes réclamées par les acteurs de santé depuis longtemps. Mais à présent que la volonté politique est posée, nous avons collectivement le devoir de réussir à construire, selon les mots du Premier ministre, « des Accords de la santé robustes », fondés sur des propositions opérationnelles.

L’hospitalisation privée en est pleinement partie prenante, en tant que membre du « Comité Ségur » national, et s’engage dans la concertation avec un état d’esprit constructif et déterminé. Le Premier ministre comme le ministre de la santé ont été clairs : il ne s’agit pas d’un énième plan fléché sur le seul hôpital public, mais d’une démarche associant public, privé, libéraux, sanitaire et médicosocial.

Les Français ont été très sensibles aux coopérations développées pour combattre le virus : notre étude d’opinion « Viavoice » montre qu’ils sont 77% à souhaiter que celles-ci s’inscrivent de manière pérenne dans le paysage de la santé, plaidant ainsi pour une dynamique résolument inclusive de ce Ségur !

Cette même étude fait aussi apparaitre la reconnaissance des Français envers la mobilisation des établissements de tous statuts pendant la crise, et leur attachement à une revalorisation exemplaire des professionnels de santé. L’opinion publique ne s’accommodera à l’évidence pas de demi-mesures en la matière, et l’exécutif en a bien conscience…

Sur ces enjeux de revalorisation salariale également, l’équité doit prévaloir entre le public et le privé. Au regard de ce qui se passe pour la « prime soignants », dont les professionnels du secteur privé n’ont toujours pas été gratifiés, notre vigilance sera particulièrement soutenue.

Au-delà des enjeux de santé, notre pays est aujourd’hui particulièrement éprouvé sur le plan social et économique, et sans doute ne prenons-nous pas encore toute la mesure des dommages. Ces Accords de la santé ne peuvent donc pas être déconnectés du contexte plus général dans lequel ils se déroulent. Aussi la FHP mettra-t-elle particulièrement l’accent, dans sa contribution, sur les enjeux d’emploi, de formation, de carrières, d’élargissement des missions et des passerelles pour les professionnels de santé.

10% des emplois en établissements de santé sont vacants : impulser un « choc d’attractivité » pour les métiers du soin est une nécessité. La santé est une source de développement à haute valeur ajoutée pour notre pays, plus importante que jamais dans le contexte actuel.







La santé d’après : ce que veulent les Français


Edito 106 LG 20 mai 2020
« Rien ne sera comme avant » : comment éviter que cette formule, très prisée ces temps-ci, ne s’avère finalement qu’un mantra vide de sens ? Trois exigences doivent, j’en ai la conviction, nous guider.

Première exigence, celle de tirer toutes les leçons du passé, en l’occurrence du passé récent lié à la crise sanitaire. Le Président de la République et le ministre de la santé ont annoncé leur volonté de réorienter la réforme du système de santé à l’aune de l’exceptionnelle mobilisation de ces dernières semaines. La concertation qui s’ouvre à partir du 25 mai doit être l’occasion d’un vaste retour d’expériences, exhaustif, lucide, qui associe sans distinction de statut tous les acteurs de santé.

Nous venons de publier les résultats de notre sondage réalisé avec l’institut d’opinion Viavoice. En dépit de l’inquiétude, voire de la défiance ambiantes, la crise sanitaire a davantage encore conforté la confiance envers les acteurs de santé : 88% des Français ont confiance dans les cliniques privées, 85% dans les hôpitaux publics. De tels scores plaident pour que les changements soient vraiment coconstruits avec les acteurs.

Deuxième exigence, pour que rien ne soit plus comme avant : écouter ce que veulent vraiment les Français en matière de santé. Répondre à leurs attentes en matière d’accès aux soins, de qualité et de pertinence de leur prise en charge, de prévention, de prise en considération de la parole et de l’expérience du patient. Ecouter les acteurs de santé également, qui ces trois derniers mois ont fait la démonstration éclatante de leur aptitude à se dépasser.

Notre sondage interroge les Français sur leurs attentes après la crise : la reconquête d’une forme de souveraineté sanitaire, avec la relocalisation de la production de matériel sanitaire, arrive en tête. La pénurie de masques a profondément marqué une opinion publique en attente de protection, physique mais aussi symbolique. Apparait ensuite la nécessité de donner davantage de moyens aux établissements de santé pour accomplir leurs missions et de revaloriser les professionnels, axes qui devraient être au cœur du « Ségur de la santé ».

Troisième exigence enfin, peut-être la plus difficile après un cataclysme comme celui que nous venons de vivre : parvenir à poser un cap politique clair, à proposer des perspectives qui mobilisent et qui rassemblent, malgré les turbulences que notre pays va connaître sur le plan économique et social. Les déclinologues en tous genres sont déjà à l’affût. Ne rentrons pas dans ce jeu. La période qui s’ouvre doit s’efforcer de convoquer le meilleur de chacun.

Dans notre étude faite avec Viavoice, les Français plébiscitent la collaboration entre les hôpitaux publics et les cliniques privées : 77% considèrent que celle-ci doit se prolonger après la crise et s’inscrire comme une base d’organisation pérenne de notre système de santé, dans tous les territoires. Le message délivré par les citoyens pour « le monde d’après » - autre formule à laquelle il convient de donner du sens ! - est clair : il est celui de l’action dans la coopération, et nous devons tous l’entendre.







Soigner et rassurer


Edito 106 6 mai
La stratégie de déconfinement est un exercice d’équilibriste, entre protection de la santé, préservation des libertés, et reprise économique. Face à ces injonctions parfois paradoxales, il est bien compréhensible que les citoyens ressentent de l’inquiétude, voire du désarroi.

Dans cette période transitoire complexe, chacun a son rôle à jouer : l’Etat, qui donne un cap, les élus locaux, qui le déclinent et l’ajustent en fonction des réalités du terrain, et l’ensemble des acteurs de la société qui ont démontré, ces deux derniers mois, à la fois leur créativité et leur esprit de responsabilité. Cette créativité et cette responsabilité seront deux qualités majeures dans les semaines qui viennent, où vont se réinventer de nouveaux modes de vie, et où chacun devra par sa conduite « prendre soin » d’autrui.

C’est dans cet esprit que l’Hospitalisation privée a bâti, avec les Conférences médicales des établissements de santé, une Charte d’engagement baptisée « Vous soigner, vous rassurer » autour de la sécurisation des prises en charge dans les hôpitaux et cliniques privés.
Les Français doivent revenir consulter, leur santé en dépend, car de nombreux indicateurs aujourd’hui sont inquiétants sur le renoncement aux soins : mais ils reviendront si nous les rassurons, si nous leur disons clairement que dans ce contexte épidémique, nous déployons toutes les mesures recommandées et précautions requises, avec des professionnels formés qui assurent un accompagnement et un suivi personnalisés de l’état de santé de chacun.

Il ne s’agit pas d’une pétition de principes, mais d’engagements ancrés dans les pratiques du terrain qui se mettent en place, dans l’adaptation nécessaire des organisations, dans la créativité des professionnels qui doivent composer avec cette nouvelle donne : la vie, pendant sans doute encore de long mois, avec le Covid, et l’indispensable conciliation avec l’attention portée à toutes les autres pathologies.

Dans une telle démarche, il ne suffit pas de dire ce que nous faisons : il faut être à l’écoute des gens, de leurs appréhensions, de leurs attentes, de leurs demandes, et y répondre. Rassurer ne peut procéder d’une démarche unilatérale, mais d’une aptitude à créer l’adhésion. L’époque est au fleurissement des protocoles sanitaires divers, qui sont évidemment nécessaires : mais le défi du déconfinement ne sera relevé qu’avec la participation de toute la société, une société mature qui parvient à dépasser ses peurs, à être résiliente et surtout solidaire.

Résilience, agilité, responsabilité : nos vies déconfinées


Edito 106 LGZ
Il y a deux mois, l’entrée en confinement avait provoqué une sidération collective devant ce phénomène inédit qui faisait ainsi irruption dans nos vies. Cette sidération n’est pas moins grande à la faveur du déconfinement, tant le monde d’avant nous semble loin, tant notre quotidien, même dans ses aspects les plus anodins, est chamboulé par toutes les précautions qu’il nous faut prendre. En ce sens, le déconfinement est peut-être plus exigeant encore que la période qui lui a précédé ! Et la reconquête légitime, et même indispensable, d’espaces de liberté a une contrepartie : l’esprit de responsabilité.

Il va donc falloir que chacun s’adapte, progressivement et avec discernement, à cette nouvelle réalité, afin de trouver les bons équilibres. C’est le cas pour les établissements de santé, qui devront, pour reprendre les termes du rapport de Jean Castex publié lundi, « faire face de façon concomitante à une épidémie encore active et une reprise progressive de l’activité de soins programmés ». Les termes employés dans le rapport sont révélateurs des aptitudes qu’il convient de déployer à l’occasion de ce déconfinement : « réversibilité », « conciliation », « dérogation », « élasticité », autant de ressources d’agilité et d’adaptation qui, ainsi que nous l’avons démontré de manière indiscutable ces deux derniers mois, constituent la marque des hôpitaux et cliniques privées.

Le message que je ne cesse de porter depuis plusieurs semaines est clairement repris : pointant le « niveau inquiétant » du report des soins, Jean Castex appelle au rattrapage et à la reprogrammation des activités, fondés sur une concertation territoriale sous l’égide des ARS, « afin d’assurer une équité entre établissements ». Cette notion d’équité entre les établissements de tous statuts est fondamentale pour permettre une mobilisation massive en faveur du retour aux soins des Français.

L’adaptation, c’est ce qui caractérise également les professionnels de santé, alliée à une bonne dose de résilience : alors qu’ils étaient déjà tant sollicités, ils doivent à présent s’adapter à un nouveau contexte de soins, accaparant, minutieux, astreignant, et cela force l’admiration. Le Gouvernement a exprimé il y a quelques semaines sa volonté de leur manifester une juste considération, à travers notamment un dispositif de primes destiné au privé comme au public. Dont acte, mais à ce jour nous attendons toujours, aux côtés des autres fédérations hospitalières privées, l’aboutissement concret de cet engagement dans notre secteur. Nous mettons un point d’honneur à obtenir gain de cause, pour celles et ceux qui le méritent tellement.

Il est compliqué de se projeter dans l’avenir de nos vies déconfinées. Mais la crise, aussi éprouvante soit-elle, aura inculqué quelques leçons de vie, révélé des compétences et des talents insoupçonnés, requis de la hauteur de vue et de la force morale. Le déconfinement doit préserver cela, à savoir le meilleur de ce que nous pouvons tous réaliser. Il y aura des tensions, des protestations, parfois même des velléités de régler des comptes. A cela, il est largement préférable de substituer la volonté d’être constructif, de préserver la qualité de la relation humaine, de proposer des voies nouvelles d’organisation des soins, et surtout de porter mieux que jamais, au sein de notre profession, nos missions de service au public.



Devoir d’humilité


Edito 290420 texte centre
La gestion et le suivi de cette pandémie imposent un devoir constant d’humilité. La plupart des hypothèses qui avaient fondé les décisions prises il y a deux mois ont depuis lors été largement questionnées, voire remises en cause. « On apprend en marchant », reconnaissait hier un membre du Conseil scientifique. Telle est la réalité avec laquelle il va falloir longtemps composer, n’en déplaise aux démagogues de tous ordres, tant ce virus est imprévisible et cette situation, inédite.

Le discours du Premier ministre hier était empreint de cette humilité, traduite dans l’extrême progressivité du déconfinement : progressivité dans le temps, avec une doctrine réajustée selon des phases de trois semaines, et progressivité dans l’espace, avec une adaptation aux évolutions épidémiologiques des territoires. Il y avait de la solennité dans l’hémicycle hier, car ce n’est pas tous les jours qu’un arbitrage politique porte entre ses mains la survie économique d’un pays, mais surtout la santé et la vie des Français.

Cette humilité implique aussi, de la part des pouvoirs publics, d’être à l’écoute de celles et ceux qui combattent le virus, afin de faire évoluer les stratégies de façon pertinente et ancrée dans les réalités du terrain. Depuis le début de cette crise, l’hospitalisation privée a allié le déploiement d’une incroyable mobilisation sanitaire à la volonté d’être contributive et constructive à chaque étape. J’en veux pour exemple notre message de santé publique sur l’impératif retour aux soins des citoyens.

Nos établissements de santé sont des capteurs des évolutions épidémiologiques, des lanceurs d’alerte des dysfonctionnements, des réceptacles des souffrances d’une population. C’est cette réalité que notre Fédération porte et transmet à la puissance publique, qui doit l’entendre.

L’humilité consiste également à réaliser que rien n’est jamais immuable ou acquis, et, au lieu de le déplorer, d’en tirer les leçons nécessaires. Cette crise a démontré une capacité des acteurs de santé à dépasser des cadres statutaires étriqués pour porter ensemble des missions de service public. La promotion de l’intérêt général s’accommode mal des postures hégémoniques.

Enfin, l’humilité et la responsabilité, ce sont des principes qui vont guider les hôpitaux et cliniques privés dans les semaines et les mois à venir, pour accueillir dans un contexte épidémique tous les patients, dans les conditions les plus propices à les rassurer sur la sécurisation de leur prise en charge. Ce ne sera pas une tâche aisée, cela bouleverse déjà nos pratiques, mais nous le ferons et nous le ferons bien, car rien ne remplace la confiance de celles et ceux que nous soignons.






Dépassement de soi


Edito 106 22 avril
L’échéance du 11 mai focalise aujourd’hui tous les espoirs et toutes les peurs. Chacun mesure bien au fond de soi ce que cette date revêt de symbolique, voire d’un peu dérisoire, tant la réalité épidémique va encore s’inscrire longtemps dans le sillage de nos vies. Mais après ces semaines éprouvantes pour tous, il est légitime d’avoir besoin de perspectives rassurantes.

Il faut convenir que peu d’éléments participent à cette rassurance, car cette pandémie nous confronte à un monceau d’incertitudes, que ce soit sur la compréhension du virus ou sur les incidences sur nos modes de vie en particulier, et sur la marche du monde en général. Je perçois néanmoins, dans tout ce qui passe aujourd’hui, des phénomènes de dépassement de soi individuels et collectifs, qui permettent de retrouver un peu de confiance.

Dépassement de soi tout d’abord des professionnels et des établissements de santé, qui dans l’adversité déploient des ressources inouïes d’inventivité et d’humanité et repoussent les limites du possible. Et je ne parle pas seulement des solutions destinés à pallier le manque cruel d’équipements de protection… mais aussi des lits de réanimation crées en 48 heures, de l’entraide humaine et matérielle entre les régions, de la préservation de la dimension humaine du soin même sous la vague. Il y a de quoi être fier, et conforté sur notre capacité collective à faire face.

Dépassement de soi aussi par rapport à certains carcans ou certaines pesanteurs encore en vigueur dans un passé récent. Oui, le public et le privé sont parvenus à œuvrer ensemble contre le virus. Oui, certaines décisions administratives qui d’ordinaire prennent des mois ont été débloquées en quelques jours. Oui, chacun a dû sortir de sa zone de confort, et c’est bien l’un des rares apports de cette épreuve terrible : réaliser que d’autres modes d’action et d’organisation de la santé dans notre pays sont parfaitement possibles, et se donner les moyens de les pérenniser.

Dépassement de soi de la société : alors que les vies étaient bouleversées, nous avons assisté à une appropriation accélérées par la population française, de nouveaux modes relationnels, de nouvelles habitudes quotidiennes, autour notamment de ces fameux « gestes barrières ». On disait les Français indisciplinés et autocentrés, on les découvre responsables, créatifs et solidaires. C’est une leçon pour rebâtir en profondeur notre politique nationale de prévention, jusqu’ici notoirement insuffisante et davantage fondée sur la culpabilisation que sur la confiance. Nos établissements de santé auront un rôle majeur à jouer en la matière.

Dépassement de soi, enfin, pour préparer l’après, pour se mettre en capacité dans nos établissements de santé de continuer à soigner les patients Covid, bien sûr, mais aussi tous les autres patients de la manière la plus efficace et sécurisée. Là aussi, ce sont de nouveaux défis, compliqués, exigeants, mais nous allons y arriver, car les citoyens comptent sur nous, et cette sécurisation est la condition de la confiance et du retour indispensable aux soins.

Tous ces dépassements de soi, j’en ai la conviction, ne sont pas conjoncturels : la crise fonctionne comme un puissant révélateur de potentialités latentes, et il nous appartient de les faire fructifier. C’est un devoir, car personne n’a le droit de dire à toutes celles et ceux qui ont fait bouger les lignes : tout va redevenir comme avant. Plus que jamais, l’hospitalisation privée sera vigilante face à tout risque de retour des conformismes, et promotrice de voies nouvelles.

Apprendre de cette crise sanitaire


Image edito 15 avril
36,7 millions de Français étaient devant leur télévision lundi soir pour écouter le Président de la République, tant chacune et chacun, dans ces moments difficiles, a besoin d’explications et de perspectives. Pour ma part, je retiens de cette intervention trois moments.

Le premier moment, c’est lorsqu’Emmanuel Macron a rendu hommage « aux coopérations inédites entre les hôpitaux et les cliniques privées ». Cette reconnaissance officielle, au sein d’une allocution solennelle, est aussi importante que méritée. Elle s’accompagne d’un éloge appuyé aux soignants, et de toutes celles et ceux qui tiennent le pays debout et méritent considération et valorisation.

Cette coopération entre les secteurs hospitaliers de tous statuts ne doit pas être un feu de paille, attisé par l’urgence de la situation, mais une organisation durable sous l’égide d’une régulation juste et équilibrée des Agences Régionales de Santé, comme ce qui s’est passé en Ile-de-France. Les citoyens, qui plébiscitent cette intelligence collective, ne comprendraient pas un retour en arrière. Nous avons, à la faveur de cette crise, installé dans l’esprit de la population qu’une organisation plus mature entre les acteurs de santé était possible : nous n’avons pas le droit de les décevoir.


Le deuxième moment fort, c’est lorsqu’Emmanuel Macron a clairement reconnu que notre pays n’était pas assez préparé à un tel phénomène pandémique, notamment en ce qui concerne les équipements de protection. Cette situation délétère, nous la vivons et nous la dénonçons depuis de nombreuses semaines, en entrevoyant de loin en loin de faibles perspectives d’amélioration.

Dans une note du think tank Terra Nova publiée aujourd’hui, intitulée « Du H1N1 au Covid-19, comment les sociétés désapprennent », il est dit que l’expérience du H1N1 et le degré de mobilisation des autorités de l’époque (notamment sur les stocks de matériels de protection) aurait pu - du ? - avoir « un effet d’apprentissage particulièrement précieux » pour la suite. Hâtons-nous donc de tirer tous les enseignements des dysfonctionnements qui affectent actuellement la gestion de cette crise, d’y remédier, et surtout d’emmagasiner collectivement un savoir expérientiel pour l’avenir, tant nous devrons vivre pendant longtemps avec la réalité pandémique. La réussite du déconfinement, disons-le, dépend d’un sursaut sur les masques et les tests, promis pour toute la population alors qu’à ce jour même les professionnels de santé ne voient pas grand-chose venir…

Enfin, un troisième moment que je retiens est la référence au danger du renoncement aux soins. Les Français « doivent pouvoir continuer à consulter leur médecin », a dit le Président de la République. C’est le message que je porte avec force, notamment dans les médias, depuis une dizaine de jours : la nécessité, pour éviter toute perte de chance, que les citoyens retrouvent le chemin des établissements de santé et des cabinets médicaux. Voir que des services d’urgences fonctionnent à 30% de leur activité constitue un véritable signal d’alarme.

Dès à présent, les établissements adaptent leurs pratiques à un contexte pandémique qui va, hélas, nous accompagner longtemps. Il faut le dire clairement : aujourd’hui, c’est en restant chez soi qu’on prend des risques alors qu’on a besoin de consulter. C’est pourquoi nous mettons en place des circuits de prise en charge sécurisés, différenciés de ceux qui accueillent des patients Covid. Là aussi, nous apprenons en continu de ces nouveaux process, et nous acquerrons des savoirs indispensables pour préparer l’avenir et prodiguer toujours la meilleure qualité des soins.


Coronavirus : se préparer au temps long


Edito LG 8 avril
Le virus continue sa progression en France, et le déconfinement n’est pas pour demain. Au « pic » annoncé, les faits substituent plutôt la perspective d’un plateau, mobilisant encore pour de longues semaines les forces des établissements de santé et des professionnels. Une chose est certaine, nous allons continuer à vivre longtemps avec cette réalité épidémique, et il convient de s’y préparer.

S’y préparer, c’est d’abord mettre à disposition toutes les ressources pour faire face au virus. Il ne faut pas que se reproduisent, sur la disponibilité des tests de dépistage pour les personnels des établissements de santé, les lacunes d’anticipation et la pénurie constatées pour les équipements de protection. C’est un enjeu majeur, à la fois de sécurisation de la prise en charge des patients, et de rassurance pour des professionnels déjà largement éprouvés.

S’y préparer, c’est aussi organiser la mobilisation de tous à court et à moyen terme. Aujourd’hui, les services de soins continus et de réanimation sont soumis à une pression intense et déploient des moyens sans précédent pour soigner les malades. Mais après la phase aigüe, vient pour nombre de patients le temps nécessaire de la réadaptation, car les formes sévères de cette maladie peuvent laisser des séquelles : d’où le rôle majeur des établissements de soins de suite. Sans oublier, dans cette période collectivement traumatisante pour les soignants, pour les patients, et pour tous les Français, la contribution des établissements psychiatriques, dont Olivier Véran saluait hier à l’Assemblée Nationale « le remarquable travail ».

Se préparer sur le temps long suppose également de parvenir, après quelques semaines de gestion de l’urgence, à prendre de la hauteur et à considérer l’ensemble des enjeux de santé dans notre pays. Je partage l’alerte du ministère de la santé sur les risques encourus par un moindre recours aux soins. Le confinement étant amené à durer pour des raisons évidentes, les autres pathologies doivent être prises en charge, et j’ai porté clairement ce message ces derniers jours. Nous sommes là pour soigner la population.

Se préparer, enfin, sur le long terme, c’est évidemment poursuivre l’effort de pédagogie auprès des Français autour du respect scrupuleux des règles qui bouleversent leur quotidien, pour maximiser les chances de scénarios de sortie de crise rassurants. Mais c’est aussi réfléchir de manière prospective, à l’échelle d’une Fédération comme la nôtre, sur nos missions en intégrant en surplomb de toutes nos pratiques la réalité du Coronavirus et en tirant les enseignements des semaines écoulées.

Beaucoup d’incertitudes subsistent pour l’avenir. J’entends dire : « au moins, demain, on va s’intéresser davantage à la santé ». J’invite à la prudence et à la vigilance. Demain, notre pays va sortir affaibli de cette crise : il y aura des problèmes économiques, des enjeux sociaux qui devront légitimement être pris à bras le corps. Mais attention alors à ne pas, comme cela a souvent été le cas par le passé, laisser à nouveau de côté la santé et ses acteurs au profit d’autres priorités. Se préparer ensemble au « temps d’après », c’est affirmer la primauté de l’attention à accorder à la santé des Français et au changement de cap dans la prise en compte du risque sanitaire. Et c’est aussi accorder une reconnaissance à celles et ceux qui soignent sur laquelle, pour reprendre les mots d’Olivier Véran, « il ne faudra pas transiger ».

Public, privé, contre le Covid : "ensemble, c'est mieux..."


Edito 106 LG 01042020
Dans les pires moments, peut se révéler le meilleur de l’humain. Il y a eu dans un passé récent des résistances, des rétentions, des réticences : mais la gravité de la situation a balayé tout cela, et la coopération entre le public et le privé pour combattre le virus est à présent une réalité pleine et entière. Des solidarités, intra ou inter régionales, des partages de ressources humaines ou matérielles, se mettent efficacement en place.

Ce qui se passe notamment en Ile-de-France, dans le Grand Est ou encore dans les Hauts-de-France, où chacun déploie des efforts de mobilisation inouïs et repousse ses murs pour augmenter les capacités d’accueil en réanimation, voire pour créer des services de réanimation ex nihilo, en témoigne. Certes, l’angoisse collective face à la pandémie est intense : mais tant de réactivité et d’engagement, dans des conditions souvent dantesques, force l’admiration et mérite tous les éloges.

Cette organisation exemplaire doit impérativement se reproduire partout ailleurs. Si dans d’autres régions, nous avons déprogrammé les interventions non urgentes, si les professionnels se forment par anticipation sur les bonnes pratiques pour soigner au mieux les patients Covid+, c’est pour la meilleure et la plus impérieuse des raisons : être prêts, tous ensemble, quand cela s’avèrera nécessaire. Bien sûr, et il est important de rassurer les Français sur ce point, nous continuons aussi à assurer les autres urgences de santé, au sein de filières distinctes et sécurisées.

Disons-le clairement : le décalage entre les annonces et la réalité du terrain sur les approvisionnements - de masques, de protections diverses pour les soignants, de médicaments… - produit un effet puissamment délétère. Des messages, et surtout des actes forts de rassurance doivent être délivrés de toute urgence, alliés à l’indispensable dépistage massif des professionnels au sein des établissements de santé.

Ces femmes et ces hommes sont parfois confrontés à l’indicible : les protéger est une exigence absolue. Les cliniques psychiatriques y contribuent d’ailleurs par leur action d’accompagnement psychologique.

Enfin, il y a tout ce qu’on ne voit pas, tout ce qu’un éditorial ne pourra jamais restituer, ces gestes de sollicitude, cette créativité malgré la pénurie et la tension, ces solidarités d’équipe dans l’adversité, ces soignants qui appellent longuement les familles pour leur donner des nouvelles de leurs proches, cette préservation des valeurs éthiques… En somme tout ce qui fait dire que même dans le pire, pour paraphraser le titre d’un livre populaire, « ensemble, c’est mieux ».

Coopérer, protéger, soigner : le privé pleinement mobilisé


Edito 106 LG 25 mars 2020
Notre système de santé comme notre société tout entière vivent une déflagration d’une violence inouïe. Nos repères les plus élémentaires sont bousculés, nos certitudes ébranlées, notre vision de l’avenir assombrie. Dans ce chaos, les Français mettent plus que jamais leur espoir dans les établissements de santé et leurs soignants pour gagner la guerre contre le virus.

Mais dans toute guerre, il y a quelques principes stratégiques clés à respecter.

D’abord, une coopération sans faille des acteurs de santé, car chaque jour compte. Après des débuts laborieux dans certains territoires, le bon sens semble de retour. Les citoyens se soucient comme d’une guigne de querelles dérisoires : ils attendent de nous que nous luttions ensemble, dans des circonstances exceptionnelles qui imposent l’unité et la solidarité. Ils attendent que nous sachions nous adapter et nous organiser, vite, lorsque dans une région la pandémie monte en puissance. Je veux leur dire que nous sommes là, pour les soigner de notre mieux, et que nous resterons sur le front en dépit de la déferlante.

Ensuite, l’impératif de protection des soignants. Ce n’est pas pour faire le « buzz » que j’ai été très présent dans les médias ces derniers jours, mais parce qu’en tant que président de la FHP, je dois jouer mon rôle de lanceur d’alerte. Et clairement aujourd’hui, il y a le devoir collectif de doter massivement les professionnels de santé des équipements sanitaires indispensables pour faire barrage au Covid. Certes, les initiatives citoyennes fleurissent, et c’est formidable, mais aussi profondément préoccupant car cela révèlent les failles de notre Etat protecteur. C’est parce que nous soutenons l’action, ô combien ardue, du ministre de la santé et de l’ensemble du Gouvernement, que nous estimons indispensable d’alerter quand cela est nécessaire.

Enfin, la prise de conscience pour préparer demain. Les formules « il y aura un avant et un après » ou encore « rien ne sera jamais comme avant », peuvent vite devenir vides de sens. Soyons vigilants : nous aurons certes besoin de résilience, mais aussi de mémoire. Les acteurs de santé seront là pour rappeler l’inestimable valeur des soignants et leur contribution fondamentale à notre humanité. Ils seront là pour tenter de rétablir une certaine hiérarchie des valeurs, au sein de laquelle le soin et la santé bénéficieront enfin de toute la reconnaissance qu’ils méritent.

A ce moment-là, quand nous essaierons, comme dit Christian Bobin, « d’extraire du chaos la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin », il faudra s’en souvenir.

Guerre contre le Covid-19 : l’hospitalisation privée sur le front


MODELE edito 106 hebdo 18 mars 2020
Le Président de la République nous a appelés à nous hisser, individuellement et collectivement, à la hauteur de ce moment d’une exceptionnelle gravité que notre pays connait. Les 1000 hôpitaux et cliniques privés sont pleinement mobilisés, aux côtés des établissements publics et associatifs et de la médecine de ville, dans une lutte contre la pandémie où chaque jour compte.

Nous avons procédé à la déprogrammation de 100 000 interventions non urgentes. Nous avons mobilisé, sur l’ensemble du territoire, 4000 lits de réanimation et de soins intensifs. Nous sommes guidés par le devoir de libérer toutes les places disponibles afin d’accueillir les patients atteints de Covid-19, et de leur prodiguer les meilleurs soins, tant techniques qu’humains.

Le Président de la République a employé une rhétorique martiale qui est réellement à la hauteur de la réalité de ce que nous vivons sur le terrain, notamment dans les régions les plus touchées, où d’ores et déjà nos équipes soignantes sont mises à rude épreuve. Dans cette guerre sanitaire, les soldats du soin font preuve d’un dévouement exemplaire. Il faut les soutenir. Nous avons prévu des cellules psychologiques de soutien aux soignants quand ils seront en continu dans l’action.

Il faut aussi les protéger ! Cet impératif de protection est majeur, et j’ai cette semaine, aux côtés d’autres acteurs, joué mon rôle de lanceur d’alerte. Sans polémique, avec responsabilité, et avec un message clair : on ne part pas sur le front sans rien. L’urgence, aujourd’hui, est donc d’assurer la sécurité de nos professionnels par un approvisionnement des matériels de protection individuelle (masques, gants, blouses…) à la hauteur de l’enjeu. C’est fondamental pour garantir l’engagement sans faille de tous.

Les événements les plus tragiques peuvent réveiller ce qu’il y a de meilleur en l’être humain : la responsabilité, l’empathie, le courage, le dévouement sans bornes à autrui. Dans quelques semaines, quelques mois, nous serons tous amenés à tirer des leçons de ce que nous vivons. Faisons tous en sorte de pouvoir ensemble, dire demain : « Nous étions là, nous avons agi, et nous y sommes parvenus ».

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Elections municipales : l’enjeu de la santé


MODELE edito 106 hebdo 11 mars 2020
Plus que quelques jours, et nous serons toutes et tous appelés à nous rendre aux urnes pour élire notre futur maire. Alors que l’évolution de la gouvernance politique de la santé est aujourd’hui au cœur des débats, la Fédération de l’Hospitalisation Privée a souhaité consulter ses adhérentes et ses adhérents sur leurs liens avec leurs maires, et leurs attentes pour l’avenir. Les enseignements qui ressortent de cette consultation sont particulièrement dignes d’intérêt.

Le premier enseignement, c’est l’importance que revêt pour les acteurs de santé un lien de qualité avec les élus de leurs territoires. 86% des responsables d’hôpitaux et cliniques privés ont rencontré leur maire lors de la dernière mandature, et 85% se disent satisfaits de la relation ainsi établie. Deux bémols : le souhait d’une meilleure connaissance par les maires de l’offre de soins privés, et d’un soutien accru sur certains projets. Alors que les enjeux d’accès aux soins de proximité sont au cœur des préoccupations des Français, il est essentiel de s’inscrire, avec les maires notamment, dans une co-construction pour trouver ensemble les réponses adaptées. Les maires sont souvent des facilitateurs, pragmatiques et engagés, de coopération.

Le deuxième enseignement, c’est l’affirmation de la légitimité du maire à avoir son mot à dire sur les sujets de santé… 90% des directrices et directeurs des établissements de santé privés estiment que la santé doit figurer dans les priorités du maire, et 66% vont même plus loin en souhaitant que les maires disposent de davantage de pouvoirs en la matière ! J’ai eu la chance, au congrès de l’Association des Maires de France, d’échanger avec des maires de la France entière sur leurs préoccupations en matière de santé : ils se sentent tiraillés entre les demandes impérieuses de leurs concitoyens, et une latitude d’action qu’ils estiment trop faible. Et bien sûr, la gestion du Covid-19 mobilise aujourd’hui les énergies de tous, les élus comme les acteurs de santé que nous sommes, unis dans la nécessité d’une réponse cohérente et coordonnée.

Enfin, le troisième enseignement, c’est le rôle fondamental des établissements de santé privés, pour faire vivre la santé sur les territoires et être vraiment « acteurs de la cité ». Au sein de 67% des établissements répondants, des initiatives participent pleinement de l’animation de la vie municipale : actions de prévention et de dépistage, relations avec les établissements scolaires et les associations, forums de l’emploi… Au-delà, 95% des directrices et directeurs souhaitent pour l’avenir entretenir des relations encore plus partenariales avec leurs édiles locaux, sur des sujets tels que l’accès à des consultations médicales sur leur commune.

Ces résultats traduisent, de la part des hôpitaux et cliniques privés, ancrés sur les territoires, créateurs d’emploi, une dynamique encourageante pour l’avenir. Ils révèlent une confiance bienvenue dans les élus et un attachement aux valeurs de civisme. Ils montrent enfin en filigrane, en ces temps d’épidémie de Coronavirus qui fragilisent le corps social, une hospitalisation privée engagée, et prête à assumer pleinement le rôle d’accueil et de soins qui lui est confié.

Une question de temps


MODELE edito 106 hebdo 4 mars 2020
La question de la gestion du temps, fondamentale en politique, est particulièrement présente dans l’actualité. Gestion du temps de crise dans la lutte contre le Coronavirus, où chaque jour compte pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Gestion du temps politique dans le débat sur les retraites, entre débats qui s’éternisent et volonté d’aller vite dans la réforme.

Lorsque nous avons signé en février avec Agnès Buzyn le protocole sur la pluriannualité des ressources, c’était aussi dans l’esprit d’une réappropriation de cette gestion du temps : substituer à l’arbitraire d’arbitrages couperets, des capacités d’anticipation et de vision de long terme pour nos établissements de santé. La maîtrise de la temporalité est un enjeu stratégique majeur et une aide inestimable pour développer des projets pour nos patients.

J’ai par ailleurs la conviction que toute logique de « contractualisation » confère aux parties prenantes – en l’occurrence les acteurs de santé et la puissance publique - un surcroît d’exigence et de responsabilité. En témoigne un premier effet positif du processus vertueux ainsi initié : une campagne tarifaire respectueuse du calendrier et globalement conforme aux engagements politiques pris.

On a parfois coutume de dire que le temps politique n’est pas celui des acteurs économiques, ni celui des évolutions sociétales. Davantage de dialogue et de concertation, une meilleure prise en considération des corps intermédiaires, un consensus autour d’engagements partagés, peuvent pourtant contribuer à harmoniser davantage les tempos.

Nous restons évidemment toujours, et fortement en vigilance, tant le tissu hospitalier est fragilisé. Lorsqu’un fait nouveau, imprévisible, fait irruption dans notre quotidien, a fortiori de l’ampleur d’une épidémie, ce sont toutes les structures hospitalières qui sont fortement mobilisées, voire mises en tension. Ce qui se passe actuellement doit plus que jamais faire prendre conscience de l’attention profonde, constante dont les hôpitaux, les cliniques et les professionnels de santé doivent faire l’objet, avec des moyens à la hauteur.

Dans ce contexte, les maires sont eux aussi particulièrement mis à contribution. Parmi les élus, ce sont ceux qui bénéficient de la meilleure cote de confiance, investis d’un rôle de rassurance et aussi de mise en garde contre la désinformation… Dans notre consultation pour les élections municipales, les directrices et directeurs d’établissements de santé privés expriment une volonté forte d’entretenir dans l’avenir une relation encore plus partenariale avec leurs maires, et d’être pleinement investis dans la cité. C’est une dynamique intéressante, prometteuse, qui montre que le temps politique et le temps des acteurs peuvent être à l’unisson, lorsqu’une logique vraiment coopérative s’instaure pour faire vivre la santé et l’accès aux soins dans les territoires.

Responsabilité sanitaire


MODELE edito 106 hebdo 26 fevrier 2020
Face à l’accélération de l’épidémie de pneumonie virale à travers le monde, la France intensifie son action. Un guide méthodologique de préparation au risque épidémiologique Covid-19 vient notamment d’être diffusé par le ministère de la santé. Il expose clairement la réponse graduée mise en place pour endiguer la propagation du virus dans notre pays, et la potentielle montée en puissance de la mobilisation des acteurs de santé, si nous en arrivions au stade épidémique et à une circulation active du virus sur le territoire national.

« Tous les établissements de santé doivent se préparer en conséquence », précisent les pouvoirs publics, même si la priorité est aujourd’hui l’identification et l’isolement rapide de patients qualifiés de « cas suspects », qui demeurent pour le moment des cas sporadiques ou des clusters limités.

L’hospitalisation privée, comme tous les acteurs de santé, est en lien étroit sur ce sujet avec le ministère. Les hôpitaux et cliniques privés sont prêts à répondre à toute sollicitation des Agences Régionales de Santé, dans le cadre d’une mobilisation susceptible de s’avérer nécessaire dans les semaines à venir.

L’enjeu de cette période particulière est de trouver le bon point d’équilibre : aborder une telle situation avec, soit légèreté excessive, soit gesticulation alarmiste, est aussi contre-productif dans un cas que dans l’autre. Activer les peurs est un ressort démagogique, qui porte préjudice à l’action efficace et vigilante des acteurs, qu’ils soient politiques, institutionnels ou de santé. Aujourd’hui, face à cet épisode sanitaire inédit, nous sommes tous placés en position de responsabilité.

Sans oublier le rôle important de l’ensemble des citoyens ! Les comportements civiques, le strict respect des règles d’hygiène à l’égard d’autrui, mais aussi le refus de tout ostracisme, sont autant de marqueurs d’une société mature, apte à faire face aux situations à risque.

L’OMS, pour qualifier les allégations fantaisistes voire dangereuses sur le sujet du coronavirus, emploie le terme d’« infodémie ». Ce virus là aussi doit pouvoir s’endiguer ! Grâce à la confiance dans la puissance publique et les professionnels de santé, grâce à la transparence de l’information, et grâce, comme le dit le guide, à « l’investissement continu » de tous contre le virus.

Gardons le cap


MODELE edito 106 hebdo 19 fevrier 2020
Nous venons de vivre une tempête politique inédite. Elle a provoqué en quelques jours le départ de la ministre de la Santé Agnès Buzyn et son remplacement par Olivier Véran.

Pour le monde de la santé, c’est un bouleversement important dans un contexte politique et social déjà fragile. Des années de rigueur budgétaire ont aggravé les difficultés économiques et sociales des établissements de santé conduisant à l’exaspération les professionnels. Dans le même temps, nos établissements sont engagés dans une nécessaire et ambitieuse transformation du système de santé.

Pour garder le cap, nous devons nous appuyer sur une méthode éprouvée : celle de l’écoute et de la considération. Agnès Buzyn a inauguré une nouvelle ère dans les relations entre le ministère et les professionnels de santé et je souhaite l’en remercier. Elle a pris soin d’écouter et de considérer chacun, sans différence de traitement liée à son statut. Elle a instauré un dialogue mature, basé sur la confiance, après des années de stigmatisation. C’est une avancée majeure qui doit être préservée car elle est indispensable pour réussir la transformation de notre système de santé et répondre aux attentes des patients.

Nous avons tous à gagner à la poursuite de cette dynamique d’inclusion et de responsabilisation. A ce titre, tous les établissements de santé doivent être soutenus dans leur mission de soin et bénéficier des mesures en faveur de l’attractivité.

Olivier Véran est un professionnel reconnu et un parlementaire expérimenté qui connaît bien notre profession. Nul doute qu’il poursuivra avec détermination et équité la transformation de notre système de santé. Dans sa mission, il pourra compter sur une hospitalisation privée responsable et engagée au service de la santé de tous.

Le Bon Chemin


MODELE edito 106 hebdo 12 fevrier 2020
En juin 2018, dans le document de contribution à la transformation du système de santé de la Fédération de l’Hospitalisation Privée, nous pointions la nécessité « d’offrir une visibilité à trois ans sur l’évolution des ressources des établissements de santé ». Toute bonne idée a, dit-on, vocation à prospérer ! La signature jeudi dernier, entre la ministre de la santé et les fédérations hospitalières, d’un protocole garantissant cette visibilité est l’aboutissement heureux d’un travail de conviction mené de longue date auprès de nos interlocuteurs institutionnels.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la signature de ce protocole intervient maintenant. Pour tout, il y a un temps politique. Le temps, d’abord, de tisser avec le ministère de la santé des relations de confiance et d’écoute réciproques. Le temps, aussi, que l’ensemble des fédérations travaillent de concert sur cette démarche, donnant ainsi davantage d’impact à nos arguments. Le temps, enfin, d’un gain en maturité collectif, privilégiant des relations plus contractuelles et plus responsables entre l’Etat et les acteurs de santé.

Le protocole ainsi signé prévoit une progression minimale de l’Ondam de 2,4% pour les trois prochaines années, et garantit des socles minimum d’évolution annuelle des tarifs ajustés chaque année. Il n’était plus concevable qu’un secteur aussi fondamental que celui de la santé, qui porte des enjeux prospectifs immenses, continue à pâtir d’un pilotage à courte vue. Si nous voulons être audacieux pour innover et ambitieux pour les patients, avoir les moyens de voir loin est déterminant !

Enfin, j’y vois aussi la reconnaissance tangible de l’engagement des établissements de santé, et notamment des hôpitaux et cliniques privés, dans la transformation du système de santé. Disons-le, ne plus avoir constamment les yeux braqués sur les arbitrages financiers et libérer du temps et de l’énergie pour la stratégie et la prospective est appréciable… Le protocole formalise notre contribution à des chantiers capitaux pour l’avenir, tels que la qualité et la pertinence des soins ou encore la qualité de vie au travail et la fidélisation des professionnels. Nous serons au rendez-vous.

Agnès Buzyn a parlé à juste titre d’une « démarche inédite » et d’un « changement de méthode complet ». Souhaitons que cet esprit diffuse sur d’autres sujets et dans d’autres sphères, car c’est à l’évidence le bon chemin.

Projets de vie


MODELE edito 106 hebdo 5 fevrier 2020
Sondage après sondage, la cote d’amour des professionnels de santé ne se dément pas : selon une étude Opinion Way présentée hier à l’Académie nationale de médecine, 95% des Français ont une bonne image des personnels soignants et 92% une bonne image des médecins. Tous sont crédités des qualités de sérieux, de compétence ainsi que de passion pour leur métier.

Hier, c’était la Journée mondiale de la lutte contre le cancer. Ces scores de confiance, aussi remarquables que mérités, tombent à point nommé pour saluer tous les acteurs de cette lutte. Si 80% des Français, dans cette même étude, considèrent disposer « d’un des meilleurs systèmes de santé du monde », c’est aussi, sans doute, une manière de saluer les immenses avancées dans la recherche et la prise en charge de maladies telles que le cancer.

Aujourd’hui, des patients vivent au quotidien avec le cancer, et cette chronicisation de la maladie nous invite à repenser les enjeux de l’accompagnement, du parcours, du « vivre avec ». La qualité de la prise en charge initiale, dans toutes ses composantes, est déterminante pour bâtir la relation thérapeutique et de confiance indispensables au suivi au long cours de la personne.

Sur cet enjeu également, il est intéressant de détecter les « signaux faibles » dans ce qu’expriment les Français : leur attachement à la prise en compte du bien-être des patients, de la qualité de vie avec la maladie, est fort. Il s’accompagne d’un souhait, mâtiné d’inquiétude : qu’une médecine forcément vouée à devenir « plus technologique » (93% sont en accord avec cette idée) sache également sanctuariser sa dimension humaniste et sa capacité à l’empathie.

La recherche se développe beaucoup autour des différentes voies pour aider les patients à mieux vivre avec la maladie. Notre secteur de l’hospitalisation privée s’est beaucoup investi ces dernières années sur le sujet, en prenant en compte le patient dans l’ensemble des composantes de sa prise en charge et de son itinéraire de vie.

Pour 77% des Français, le rôle d’un médecin est bien sûr de guérir, mais aussi d’être à l’écoute des souffrances de la société. La chronicisation d’un certain nombre de pathologies, dont le cancer, nous appelle à revisiter notre conception collective de la maladie au sein de cette même société. Pour les acteurs de santé que nous sommes, c’est une dimension essentielle de notre engagement, celle de l’accompagnement des patients tout au long de leur projet de soin et de vie.

Citoyens du monde


MODELE edito 106 hebdo 29 janvier 2020
Nous sommes tous des citoyens du monde, et la manière dont ce monde fonctionne ou dysfonctionne a des impacts majeurs sur notre santé. Les bouleversements climatiques ont, et auront, des incidences certaines sur notre état de santé physique et psychique, soit directes, soit indirectes au regard notamment des conséquences sur la biodiversité. Les pays victimes de catastrophes naturelles ou industrielles paient un lourd tribut en matière de santé : à titre d’exemple, les dramatiques incendies en Australie ont entrainé, outre des difficultés respiratoires, une hausse des troubles mentaux. De même, les facteurs géopolitiques conditionnent un certain rapport à l’information en santé, transparence ou repli sur soi....

Nous ne pouvons évidemment pas regarder tout ceci de manière distanciée, car tous ces soubresauts à l’échelle de la planète nous touchent. La récente découverte d’un nouveau coronavirus, et la confirmation de plusieurs personnes touchées sur notre sol, l’illustrent parfaitement.

Dans de tels moments, le mot « responsabilité » prend tout son sens. Toute « épidémie » renvoie à des peurs ancestrales et ravive certains comportements irrationnels - tels que la ruée sur les masques chirurgicaux - voire de stéréotypes déplacés, dont la population asiatique est aujourd’hui l’objet. Sans compter les fake news sur les réseaux sociaux ou la théorie du complot visant les pouvoirs publics…

Les acteurs de santé sont investis dans un tel contexte d’un rôle particulier, en lien avec les gouvernements : celui d’informer tout d’abord, de délivrer les informations objectives qui à la fois rassurent, coupent court aux rumeurs, et surtout favorisent les bons réflexes au service de la santé de tous.

Autre responsabilité, celle du partage des études des équipes scientifiques françaises avec leurs homologues à travers la planète : ce sont ces expertises conjuguées qui permettront peut-être demain, par exemple, de connaître la durée de contagion et de mieux contrôler l’épidémie.

Enfin, face à une telle situation, tous les acteurs de santé doivent se mobiliser et se tenir prêts à proposer les conditions de prise en charge les plus adéquates. Les hôpitaux et cliniques privés ont toujours répondu présents dans les situations de crise de toute nature, et celle-ci ne fera pas exception. Tous les sujets sur lesquels la Fédération se déploie - en ce moment évidemment, les enjeux majeurs de la campagne tarifaire et de la pluriannualité des ressources – convergent d’ailleurs vers cet objectif : disposer des moyens de remplir pleinement nos missions au service des populations soin.

Ethique et équité


MODELE edito 106 hebdo 22 janvier 2020
Un simple coup d’œil sur certains réseaux sociaux pourrait nous amener à désespérer de la qualité du débat public dans notre pays. Gardons-nous de généralités, les sujets bioéthiques en témoignent !

Les Etats généraux de la bioéthique avait permis une large expression des citoyens, dans le respect des valeurs républicaines. Aujourd’hui, les parlementaires s’emparent du projet de loi bioéthique dans un climat apaisé, même si des divergences sont inévitables - et même souhaitables - sur des sujets aussi majeurs et sensibles. Les observateurs des débats à l’Assemblée Nationale avaient salué leur qualité, et les sénateurs de tous bords se disent guidés par la même volonté. Quoi qu’on en pense sur le fond, le fait que certaines postures caricaturales n’aient plus cours constitue un vrai progrès démocratique, dont il y a lieu de se réjouir.

Dans notre profession, nous suivons évidemment avec attention le cheminement parlementaire du texte. Les établissements de santé privés sont très engagés dans les processus de Procréation Médicalement Assistée, avec des standards de qualité élevés contrôlés par les Agences régionales de santé, et selon des conditions strictement identiques à celles de leurs homologues du public.

Aujourd’hui, 60% des PMA réalisées en France le sont dans des centres privés qui maillent l’ensemble du territoire. Et des centres privés pratiquent déjà aujourd’hui l’activité de conservation des gamètes, dans des conditions tant médicales qu’éthiques irréprochables. Après les députés, ce sont donc les sénateurs qui en commission ont logiquement souhaité affirmer l’extension de cette activité de conservation de gamètes à l’ensemble du secteur privé. Mais rien n’est encore acquis…

Alors que le projet de loi arrive en séance publique au Sénat, je tiens à l’affirmer : personne ne peut douter que sur de tels sujets, l’exigence éthique soit aussi draconienne dans le privé que dans le public.

Par ailleurs, ce texte est porteur d’avancées sociétales, voulues et assumées par ses acteurs. Chacun, indépendamment des considérations statutaires, doit donc s’efforcer de répondre aux attentes légitimes qui s’expriment. Il s’agit de permettre ainsi une véritable accessibilité aux soins et aux nouvelles prises en charge permises par le projet de loi. Sans oublier cet autre enjeu d’importance qu’est la valorisation de l’excellence des centres français !

Sur ce sujet où les enjeux éthiques et d’équité se croisent, mon souhait est simple : la reconnaissance des missions de l’ensemble du secteur privé et de notre contribution aux évolutions de la société.

Redonner du sens


MODELE edito 106 hebdo 15 janvier 2020
C’est une phrase qui ne nous a pas échappé : « Vous pouvez compter sur moi pour vous accompagner dans la transformation du système de santé dans laquelle vous êtes engagés ». Lors de ses Vœux lundi soir, la ministre de la santé a dit sa détermination à soutenir l’ensemble des acteurs de santé, évoquant leur « détresse » : celle de l’hôpital public bien sûr, mais aussi celle des autres composantes du système, dont le secteur privé, qualifiées « d’essentielles ».

Cette expression n’est pas anodine, dans un contexte où, en novembre dernier, les annonces du plan « Investir à l’hôpital » avaient largement laissé de côté le secteur privé. Pourtant, les enjeux de relance de l’investissement, de rémunération ou encore de renforcement de l’attractivité des carrières concernent l’ensemble des établissements, publics comme privés. Les professionnels de santé exerçant dans les hôpitaux et cliniques privés méritent eux aussi attention et reconnaissance. Faire des arbitrages à rebours de l’équité porte préjudice à l’ensemble du système de santé. En 2020, j’affirmerai plus que jamais cette exigence d’une prise en considération systématique de notre profession. Pas pour une satisfaction narcissique, mais pour le service au public !

Vous le savez, les fédérations hospitalières publique et privées parlent désormais d’une même voix sur certaines orientations politiques fortes. Chacun a fait un pas pour insuffler cet esprit nouveau, et j’y ai moi-même œuvré. Notre pays est en proie à suffisamment de fractures sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter ! Les acteurs de santé sont attendus, peut-être davantage que les autres, sur un discours de responsabilité et de réponse pragmatique aux besoins. Face aux défis à venir, rentrer dans des polémiques vaines constituerait le pire des paris. Pour bâtir les parcours et les coopérations indispensables, il faut un secteur privé et un secteur public à égalité de forces comme de moyens, de droits comme de devoirs.

J’entends ce qui se passe en ce moment, y compris au sein des hôpitaux publics. Nous avons des différences de vue, mais aussi quelque chose en commun : une quête de sens. Trop souvent dans la santé, les approches administrées et les visions comptables priment sur le sens que nous aspirons tous à donner à nos missions. La complexité abyssale de l’environnement, les procédures descendantes, les injonctions contradictoires : tous les établissements de santé sont familiers de ce quotidien. Des ressources inépuisables d’abnégation et de passion sont souvent nécessaires pour continuer, dans l’adversité, à retrouver du sens et tout simplement à soigner.

Un défi de taille profile pour l’avenir : ramener les jeunes générations vers les métiers du soin. Au début de ses vœux, Agnès Buzyn a annoncé sa volonté de doubler les formations d’aides-soignants. C’est positif. Mais au-delà, nous ne susciterons l’envie d’exercer ces métiers magnifiques que si la transformation du système de santé parvient à redonner tout son sens à l’acte de soin.

Quelques principes pour la nouvelle décennie


MODELE edito 106 hebdo 8 janvier 2020
Il est un peu passé inaperçu, sans doute pour ne pas trop plomber l’ambiance des fêtes… Mais le « bilan de santé » des professionnels de santé établi par l’institut d’opinion Odoxa n’est guère florissant. Ils se disent en effet majoritairement insatisfaits au travail, à 54%, alors que par comparaison plus des trois-quarts des Français expriment une satisfaction à l’égard de leur contexte professionnel.

Ce qui réunit tout le monde en revanche, c’est la vision très sombre de l’avenir de notre système de santé, 57% des Français et 78% des professionnels portant sur celui-ci un regard négatif, les pourcentages grimpant à respectivement 78% et 96% concernant la situation de l’hôpital. Pour parachever le tableau, 75% des Français et 92% des professionnels estiment que la situation va encore empirer…

Il faut regarder cette réalité en face, à savoir cette profonde inquiétude que notre propre Baromètre FHP-Viavoice de décembre traduisait également. Non pour jouer les pleureuses, mais au contraire pour y puiser la force, pour la prochaine décennie, de porter des principes fondateurs.

Le premier principe, c’est celui de la reconnaissance de celles et ceux qui soignent. Le philosophe Frédéric Worms le dit parfaitement : le soin structure des pans entiers des relations humaines. Il contribue à une société plus soudée, plus solidaire. Nous savons bien que nous aurons de nombreux périls à affronter dans les années futures : les établissements de tous statuts et les professionnels de santé seront, plus que jamais, indispensables pour protéger et réparer. La valorisation des professions du soin doit être un impératif politique pour la décennie à venir.

Le deuxième principe, c’est encore et toujours celui de l’équité. A tort ou à raison, le sentiment d’injustice taraude les citoyens. Il est le ferment des divisions, des replis sur soi, à l’échelle individuelle ou collective. Les dix dernières années ont occasionné dans notre pays des fractures de toutes sortes. Notre profession elle-même a, par le passé, ressenti qu’elle n’était pas considérée à la mesure des missions d’intérêt général qu’elle accomplissait. La donne a réellement évolué, mais il faut toujours prendre garde à ne jamais donner prise, dans les arbitrages politiques, à l’absence d’équité et à l’injustice. La confiance jette des ponts pour bâtir l’avenir.

Enfin, dernier principe qui sera ma ligne directrice en 2020 : soyons utiles, soyons responsables, soyons au service du public. En ce début d’année chaotique sur le plan social, sachons retrouver le sens du service au public, partout et pour tous. Ne jouons pas avec le feu. La dernière décennie a vu émerger des extrémistes de tous ordres. Puisque nous avons la chance immense de vivre dans un pays où nous pouvons prendre la parole, exerçons ce droit de manière pleine et responsable, en étant constructifs et force de proposition pour les réformes à venir.

Je vous souhaite une belle année 2020 !

Des engagements pour 2020


MODELE edito 106 hebdo 18 decembre 2019
« Agnès Buzyn prend des engagements devant la Fédération de l’Hospitalisation Privée » : ainsi titrait une dépêche au lendemain de la venue de la ministre de la santé à nos « Rencontres », événement annuel de notre secteur qui se déroulait les 12 et 13 décembre derniers à Paris. Elle résume bien la tonalité de ce que fut son échange avec les acteurs des hôpitaux et cliniques privés : direct, sincère et constructif.

Sur le papier pourtant, convenons que le contexte général n’était pas optimal. Organiser un événement dans un Paris quasi paralysé relevait de la gageure ! Pourtant la profession a répondu largement présent, offrant l’image de femmes et d’hommes mobilisés pour répondre aux besoins de santé, mais aussi inquiets quant aux moyens nécessaires pour remplir leurs missions. De l’autre côté, nous avions une ministre accaparée par le dossier brûlant des retraites, qui néanmoins a pris le temps de venir vers nous et de nous délivrer plusieurs messages sur les réformes en cours.

Agnès Buzyn s’est dit à la fois consciente des difficultés de nos établissements de santé et convaincue que nous rendions « un service considérable », notamment dans certains territoires où nous sommes la seule offre de soins. Cette reconnaissance s’est du reste traduite dans les faits en 2019, notamment avec la hausse des tarifs ou encore le récent dégel intégral du coefficient prudentiel.

Mais cette inflexion plus que bienvenue ne portera ses fruits qu’en s’inscrivant dans la durée, en s’incarnant dans une trajectoire réellement positive et prometteuse pour les années à venir et en se fondant sur des méthodes de travail lisibles et partagées. Agnès Buzyn a donné quelques gages dignes d’intérêt, sur les tarifs, sur la qualité, sur les autorisations aussi, dont nous espérons la pleine concrétisation en 2020.

L’estime qu’elle nous accorde, et qui est réelle, s’accommode toutefois mal aujourd’hui d’un plan gouvernemental quasi exclusivement tourné vers l’hôpital public. Ce sont tous les professionnels de santé, publics et privés, qui méritent d’être considérés et valorisés : les Français ne disent pas autre chose lorsqu’ils demandent à 88 % aux pouvoirs publics de soutenir davantage les acteurs de santé *