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Editos de Lamine Gharbi

La filière santé, une chance pour la France


edito 7 avril
La santé est, et sera, au cœur du débat public dans les prochains mois. On peut sans trop de risque supposer, contrairement aux présidentielles précédentes qui avaient poliment effleuré le sujet, que les candidates et candidats de 2022 en feront un argument majeur de campagne.

Il faut y voir, pour les acteurs de santé que nous sommes, une opportunité inédite pour exposer notre vision de l’avenir de la santé dans notre pays. Si cette terrible crise sanitaire aura au moins permis de hisser la santé au rang des priorités majeures pour les Français, tout ceci n’aura pas été en vain.

Une contribution utile a été publiée il y a quelques jours par l’Institut Montaigne. Intitulée « Filière santé : gagnons la course à l’innovation », elle pose d’abord clairement la santé comme un secteur économique fondamental pour la France, créateur de croissance, employant « environ 7% de la population active française », et devant être davantage valorisé comme tel.

Hélas, ce dynamisme est enrayé par les multiples fonctionnements en silos du secteur de la santé, qui nuisent à la transparence et à la transversalité pourtant indispensables à la construction d’une vision de long terme. L’Institut Montaigne appelle donc à la coordination de « l’ensemble des acteurs, publics et privés, vers un objectif commun : la création de valeur pour les patients et l’ensemble du système de santé ».

Pour y parvenir - et nous ne disons pas autre chose ! - il convient de repenser profondément le rôle de l’Etat. Celui-ci doit passer « d’un rôle de gérant du système de santé, au statut de garant des règles du jeu et de la vision », faisant la part belle aux initiatives et aux marges de manœuvre des acteurs.

Cela suppose notamment de remédier à l’éclatement de la gouvernance de la puissance publique en santé, qui porte préjudice à l’élaboration de visions stratégiques et partagées… et de mettre en place une stratégie ambitieuse de pilotage par la donnée, pour être collectivement « plus réactifs et plus efficaces ».

Enfin, la note reprend notre communiqué FHP de septembre 2020 sur le manque de soignants en France, en recommandant de travailler sur deux axes : la création de passerelles des métiers en décroissance vers les métiers de la santé, et le développement de l’offre en formation continue ; et des passerelles également des métiers paramédicaux vers les métiers médicaux. Que ces sujets formation/emploi qui mobilisent largement l’hospitalisation privée, soient ainsi portés au débat est aussi important que nécessaire.

« Cette crise a montré la difficulté des décideurs traditionnels à donner aux acteurs privés toute leur place » : c’est sans doute vrai. Et elle a aussi montré, dans le même temps, que l’intelligence collective pouvait infléchir la donne. La semaine dernière, le Président de la République comme le Premier ministre ont salué la fluidité actuelle de la coopération public-privé dans la crise sanitaire. Pérennisons donc ces acquis et appuyons-nous sur des travaux de la qualité de ceux de Montaigne, pour amplifier ce mouvement.

Plutôt qu’alarmer, rassurer


edito 31 mars
Alors que de nouvelles décisions politiques devraient être annoncées ce soir, compte tenu de la progression alarmante de l’épidémie, une tribune de médecins de l’AP-HP sur le risque de « tri » des patients a jeté le trouble. Certes, elle traduit l’épuisement de professionnels confrontés depuis des mois à l’indicible. Mais est-ce bien raisonnable, alors que les citoyens comptent sur nous, d’instiller dans leur esprit l’idée que les établissements et les professionnels de santé n’arriveront pas à faire face ? L’époque n’est-elle pas déjà assez anxiogène, sans que l’on ne sape les derniers fondements de leur confiance, celle qu’ils vouent – et ils ont bien raison – au monde du soin ?

Oui, nous allons vivre encore plusieurs semaines très difficiles, très éprouvantes, pour les soignants, les patients et l’ensemble des Français. Mais nous allons collectivement y parvenir, public et privé ensemble, comme nous y sommes parvenus lors de la première vague et de la deuxième vague : nous allons repousser les murs de nos établissements et jeter toutes nos forces dans ce qui, nous l’espérons tous, pourrait être la dernière bataille grâce à la vaccination.

Il ne sera pas dit qu’un pays comme la France n’est pas capable d’accueillir les patients qui doivent l’être en réanimation, sans considération de « quoi doit vivre et qui doit mourir ». Invoquer aujourd’hui le « tri » des patients, c’est créer une confusion préjudiciable dans l’esprit des gens : oui, une décision d’admission ou pas en réanimation peut être motivée par un choix thérapeutique et la mesure légitime de la balance entre bénéfice et risque.

C’est fondamentalement différent d’un choix fondé, non plus sur une décision médicale prise dans le meilleur intérêt du patient, mais sur une situation de pénurie de ressources ou de désorganisation : sur ce point, je le redis avec fermeté, la coopération sans faille des acteurs de santé et l’entière mobilisation de professionnels remarquables nous permettra de mettre à distance toute éventualité d’arbitrages contre-éthiques dans les temps qui viennent. Nos professionnels ne peuvent et ne doivent en aucun cas assumer un tel fardeau psychologique et éthique.

D’autant que notre responsabilité envers les Français est double : soigner les patients Covid, tout en continuant à maintenir un haut niveau de prise en charge des autres patients, pour éviter tout retard de soin. Contrairement à l’an dernier où les déprogrammations concernaient tout le territoire national, aujourd’hui les services continuent à accueillir d’autres patients non-Covid, qu’il faut soigner.

Demain, quand nous commencerons à voir le bout de cette pandémie, il faudra bien sûr tirer tous les enseignements de ce que nous avons vécu, remédier aux pénuries de professionnels de santé, améliorer le partage des données pour mieux piloter les crises... En attendant, l’heure n’est pas à la polémique ou à la critique pas toujours dénuée d’arrière-pensées politiques. L'heure est à l’action, gouvernée par l’éthique, au service de la santé des citoyens.

La dernière bataille ?


edito 24 mars 2021
L’épidémie s’emballe, et la chape de plomb retombe sur des professionnels de santé déjà très éprouvés. Dans les régions les plus en tension, la pression hospitalière s’intensifie à mesure que les capacités en réanimation s’accroissent. L’Ile-de-France, par exemple, pourrait compter 1500 malades en soins critiques à la fin de cette semaine. Mais plus largement, c’est la situation sanitaire dans l’ensemble du pays qui se dégrade, voire dépasse les seuils d’alerte.

Un an après la première vague, les Français voient donc déferler à nouveau la menace du virus, et de ses variants, et la perspective de mesures plus coercitives. Mais, contrairement à début 2020, dominé par une combativité collective face à l’irruption d’un péril nouveau, l’état d’esprit prédominant aujourd’hui est celui d’une profonde usure psychologique.

Face à cela, et même si le découragement peut parfois saisir, nous devons tous maintenir intactes nos capacités de faire face. Dans les régions les plus touchées, l’hospitalisation publique et l’hospitalisation privée font front, ensemble. S’il y a, ici et là, des difficultés, nous intervenons pour les désamorcer immédiatement. Chaque jour, chaque heure comptent.

Chaque jour compte aussi pour la vaccination, érigée au rang de « priorité nationale » : les annonces du Président de la République hier vont dans le bon sens. Nous devons collectivement accélérer la dynamique, élargir les effecteurs, diversifier les lieux d’injection du vaccin en faisant preuve de créativité (des « drive » de vaccination par exemple), convaincre les réticents parmi les publics prioritaires… Les hôpitaux et cliniques privés sont pleinement engagés. Pour la vaccination des professionnels de santé, nous demandons que ceux-ci puissent se faire vacciner sur leur lieu d’exercice : cela rentre dans le cadre de « l’aller vers » évoqué par Emmanuel Macron.

Chaque annonce politique est suivie d’un flot de réactions contradictoires, le plus souvent critiques. Ne nous affligeons certes pas d’un débat démocratique encore vivace dans un pays affaibli. Mais un peu de pragmatisme ne nuirait pas : LA bonne solution n’existe pas plus que des vérités immuables, dans un environnement en perpétuelle mutation. Ce qui était applicable hier (hors variants, hors tension sur les ressources humaines en santé…) n’est plus forcément de mise aujourd’hui, et nous contraint à composer avec le principe d’incertitude.

Raison de plus pour jeter sans tergiverser toutes nos forces dans la bataille, en se disant que c’est la dernière, et que les fruits d’une vaccination de masse seront bientôt récoltés. Et aussi pour continuer plus que jamais à encourager et soutenir les soignants, car tout autant qu’en 2020, et peut-être encore davantage au regard de cette pandémie sans fin, ils méritent des applaudissements.

La force d’une santé unifiée


edito lg 17 mars 2021
Il y a une année tout juste, le confinement venait percuter le quotidien des Français. Les soignants se préparaient au déferlement de la pandémie sur le territoire national. Un an après, la menace est toujours omniprésente dans nos vies, et l’épreuve se poursuit pour toutes celles et ceux qui prennent en charge les patients, avec un courage remarquable.

C’est dans ce contexte difficile que le Premier ministre Jean Castex est venu samedi dernier à la rencontre des professionnels de santé et des patients de l’hôpital privé de l’Est parisien, en Seine-Saint-Denis. Ce témoignage de reconnaissance de l’action menée par les hôpitaux et cliniques privés dans la crise sanitaire est précieux pour toute la profession.

Parmi les messages qu’il a délivrés, j’en retiens particulièrement un : « La force de la santé en France réside dans un système unifié entre tous ses acteurs ». La complémentarité actuellement à l’œuvre entre public et privé en est la meilleure illustration : en Ile-de-France, les établissements privés prennent aujourd’hui en charge 25% des patients en réanimation.

Mais les tensions hospitalières sont telles que les évacuations sanitaires sont parfois indispensables. Le Premier ministre nous a demandé d’être mobilisés sur les EVASAN : ces jours-ci, par exemple, ce sont 25 patients d’Ile-de-France qui vont être accueillis en région Occitanie et répartis entre établissements publics et privés.

Nous avons aussi assuré Jean Castex de notre participation à la stratégie vaccinale, même si l’actualité, malheureusement, bouscule le bon ordonnancement de celle-ci. Un sujet est particulièrement sensible : celui de la vaccination des professionnels de santé. Depuis début 2020, les professionnel.le.s de santé ont fait preuve d’un engagement exceptionnel dans la crise, et d’un sens aigu des responsabilités au service des Français. Je suis convaincu que sur le sujet de la vaccination, ce même sens des responsabilités va prédominer. Pour eux bien sûr, pour se protéger : mais aussi parce qu’ils sont des exemples pour les citoyens, qui leur font confiance. Ils sont donc les fers de lance de la dynamique vaccinale dans notre pays, et de la reconquête de jours meilleurs, en se faisant vacciner, et bien sûr en vaccinant !

« Vous êtes, à part entière, au service de la santé en France », nous a dit Jean Castex à la fin de sa visite. Ces mots résonnent particulièrement pour l’hospitalisation privée. Oui, cette notion de service au public, que l’on nous dénie parfois pour des motifs idéologiques, irrigue chacune de nos actions. Dans les semaines et les mois à venir, nous continuerons à en apporter la preuve par l’exemple.

La santé vecteur de liberté


edito site internet 10032021
La santé n’est pas seulement la guérison des maladies. Elle est aussi, à travers l’Histoire, ce qui permet aux êtres humains d’agir et de gagner en liberté : telle est en substance, le message central du dernier opus de Nicolas Bouzou, « Homo Sanitas ». En ce sens, plutôt que de fustiger une prétendue dictature hygiéniste censée caractériser notre époque, et d’opposer artificiellement santé et liberté, il y a plutôt matière à se réjouir du prix qui y est accordé à la vie humaine.

Ce « choix philosophique », assez communément partagé partout sur la planète, motive chacune de nos actions. Il nous permet d’agir avec une détermination toujours renouvelée, malgré la lassitude, voire l’épuisement engendrés par une pandémie dont nous peinons à voir l’issue.

Aujourd’hui, c’est l’Ile-de-France notamment qui inquiète, et qui impose la mobilisation conjointe de tous les établissements de santé, publics et privés. Les hôpitaux et cliniques privés créent des lits de réanimation supplémentaires, réarment de nouvelles unités de réanimation, tout en continuant à prendre en charge les patients non-Covid en médecine, en soins de suite ou en chirurgie. Les professionnels de santé de territoires plus épargnés viennent en renfort des équipes les plus éprouvées.

Depuis un an, l’hospitalisation privée maintient donc un niveau d’engagement exceptionnel dans la crise sanitaire, mue par l’espoir, partagé avec les citoyens, de voir l’horizon s’éclaircir grâce à la vaccination. Nous avons, au fil des mois, appris de cette situation d’exception, amélioré nos pratiques médicales et fait progresser nos logiques coopératives, tout ceci dans un contexte qui a laissé davantage de marge de manœuvre aux acteurs.

Comme l’exprime Nicolas Bouzou à de nombreuses reprises dans son ouvrage, les ruptures, épidémiologiques ou technologiques, ne sont et ne seront correctement absorbées que par les organisations les plus évolutives et les plus ouvertes aux opportunités nouvelles. C’est un enseignement majeur, et si nous le faisons prospérer, toute notre peine – à tous les sens du terme – n’aura pas été en vain.

Si la santé, comme il est écrit dans « Homo Sanitas », est un vecteur de liberté et d’émancipation, ces principes doivent aussi se décliner davantage dans l’organisation et la gouvernance de notre système de santé. Voilà à l’évidence un beau sujet de débat avant la présidentielle.

Au rendez-vous de la confiance


edito site 03032021
C’est la 12e édition, et cela est toujours aussi intéressant et riche d’enseignements : le Centre de recherches politiques de Science Po (CEVIPOF) vient de publier son Baromètre de la confiance. Cette enquête de référence sur le sujet de la confiance des Français dans les institutions, qui interroge aussi l’adhésion des citoyens à un certain nombre d’opinions, est édifiante à plus d’un titre.

Ça commence mal : les trois termes qui qualifient le mieux l’état d’esprit actuel des Français sont « lassitude » (à 41%, contre 15% pour les Allemands), « morosité » et « méfiance ». Le fonctionnement de nos instances démocratiques est jugé peu convaincant, et la « méfiance » - une fois encore - caractérise en priorité le rapport ressenti à la politique, jugée éloignée des préoccupations du quotidien, exception faite des exécutifs territoriaux.

Dans ce contexte qui révèle une société fragmentée, une lueur, et non des moindres : parmi toutes les organisations recensées, ce sont les professionnels de santé, suivis juste après des établissements de santé, qui bénéficient du plus haut niveau de confiance, respectivement 85% et 81%. En troisième position, arrive de manière aussi inattendue que bienvenue… la science, à 78% : dans un pays que l’on disait de plus en plus rétif à l’idée de progrès, c’est une bonne nouvelle, même si les intentions vaccinales des Français sont nettement plus basses que certains de nos voisins européens (49%, contre 80% au Royaume-Uni par exemple).

Je veux retenir le formidable crédit que les Français accordent à leurs structures et à leurs professionnels de santé. Il n’y a pas de meilleure raison pour nous dépasser, jour après jour. La crise sanitaire nous challenge, mais leur confiance renouvelée prouve que nous sommes à la hauteur de nos missions, dans cette situation qui nous met tous à l’épreuve. Les hôpitaux et cliniques privés sont entièrement mobilisés dans l’accueil et le soin des patients Covid, et bien sûr dans la dynamique vaccinale.

Cela n’est évidemment pas à souhaiter, mais si le besoin s’en faisait sentir, nous pourrions évidemment augmenter nos capacités, disposer en particulier d’un plus grand nombre de lits de réanimation, et déprogrammer des opérations non urgentes sur certains territoires pour concentrer nos moyens humains et matériels sur la prise en charge des patients Covid. Ainsi, les établissements de santé publics et privés travaillent en complémentarité, et rien ne doit venir déroger aux règles d’une entente intelligente.

Car la confiance des Français se fonde aussi sur notre aptitude à dépasser les oppositions pour servir une cause qui engage notre avenir : soyons donc collectivement au rendez-vous de cette confiance.


Loi 4D, élections de juin : la santé et le territoire


edito lg 24022021
Après un long suspense, le Premier ministre a finalement tranché : il devrait bien y avoir un projet de loi 4D (différenciation, décentralisation, déconcentration et décomplexification), présenté en conseil des ministres au printemps. Même si son sort parlementaire n’est pas définitivement réglé, compte tenu de l’embouteillage des textes, nous regarderons ce sujet avec beaucoup d’attention.

Initialement en effet, les sujets portés par le projet de loi étaient le logement, les transports et la transition écologique, mais la situation sanitaire exceptionnelle y a logiquement imposé la santé et la cohésion sociale. Le Ségur de la Santé a d’ailleurs amorcé le basculement vers des financements davantage territorialisés.

Dans la lignée des propositions faites par la Fédération de l’Hospitalisation Privée pour le Ségur, la loi 4D en préparation réforme la gouvernance des ARS, avec un Conseil d’administration renforçant la place des élus territoriaux. Nous portons la conviction qu’au-delà des querelles de prérogatives, un équilibre peut se dessiner dans les territoires, entre des ARS confortées dans leurs missions, et des élus qui, légitimement, souhaitent se déployer sur ce thème majeur pour leurs concitoyens qu’est la santé.

A quelques mois de la présidentielle, un grand soir de la réforme territoriale serait certainement malvenu : mais l’émergence d’une démocratie territoriale de santé vivante est essentielle pour répondre aux besoins des populations.

Le projet de loi prévoit aussi que les collectivités territoriales peuvent participer au financement du programme d’investissement des établissements de santé publics et privés. La FHP sera vigilante et contributrice sur ce point. Les principes de transparence dans l’allocation des fonds et d’équité de traitement entre les différents secteurs de l’hospitalisation doivent être la clé de voute des arbitrages.

Le Ségur porte une réelle ambition en matière d’investissement en santé : il ne s’agit donc pas d’exhumer de vieux projets du placard, mais d’impulser de manière collégiale des initiatives fondatrices d’un vrai renouveau de notre système de santé au service des patients. Là aussi, la démocratie territoriale de santé doit être convoquée.

Les équilibres sont complexes et subtils à trouver, entre l’importance de définir des règles communes afin d’empêcher tout arbitraire dans les décisions, et la nécessité d’encourager les initiatives locales et de faire confiance aux acteurs de terrain, eux-mêmes sécurisés par des règles du jeu claires. Mi-juin auront lieu les élections régionales et départementales : nul doute que la santé sera au cœur de la campagne. L’hospitalisation privée fera bientôt des propositions concrètes sur tous ces enjeux, auprès notamment des associations d’élus et des collectivités, afin que malgré la crise du Covid, des perspectives ambitieuses puissent se dessiner pour la santé en France.

La santé, au défi du marché de l’attention


edito 17022021
« Apocalypse cognitive », c’est le titre de cet essai du sociologue Gérald Bronner qui se lit comme un roman sombre. Il y analyse la déferlante d’informations, inédite à l’échelle de l’humanité, qui se disputent un « marché cognitif » largement dérégulé, confronté « aux 1000 visages de la déraison ». Rapporté au contexte de la crise sanitaire, son récit prend encore davantage de sens pour les acteurs de santé que nous sommes.

Dans la « cacophonie cognitive » que nous subissons, la peur et le rapport perverti au risque se taillent la part du lion. La submersion d’informations conduit à une indifférenciation de leur valeur et laisse le champ libre aux théories les plus fantaisistes… ou les plus dangereuses. Autre caractéristique dominante, « la sensibilité exacerbée du marché cognitif à la conflictualité » : le clash fait recette car il capte notre attention. De même, la « démagogie cognitive », nourrie d’arguments spécieux brandis au nom du « bon sens », a de beaux jours devant elle.

Le décor est planté. Comment échapper à ce que Bronner n’hésite pas à appeler une « menace civilisationnelle » ? Je me garderais bien d’y répondre, mais je peux puiser dans l’expérience que l’hospitalisation privée a sur la crise sanitaire depuis plus d’un an.

Les journalistes me demandent parfois de donner mon avis sur telle ou telle option de stratégie épidémiologique - « M . Gharbi, faut-il reconfiner ? ». Je m’y refuse systématiquement. J’ai évidemment mon avis, mais il n’est pas question pour moi de rajouter à la confusion ambiante sur un sujet qui n’est pas de mon ressort. Mon rôle, en tant que président de la FHP, est d’être le porte-parole des établissements de santé privés mobilisés contre le virus. La crédibilité de mon propos est ancrée dans la réalité de l’action de nos professionnels de santé au service des patients. Mieux vaut faire œuvre utile que privilégier le buzz.

Les sollicitations médiatiques sont parfois subordonnées à une prise de position clivante voire frontale, assurée de succès auprès du temps de cerveau disponible… Là encore, je m’y refuse. Celles et ceux qui me connaissent savent que j’ai des convictions bien ancrées et les mots pour les défendre. Même si notre secteur privé bénéficie d’une reconnaissance largement accrue par rapport au passé, parfois le sentiment d’injustice affleure encore dans tel ou tel arbitrage, et ma vigilance, comme mon action, sont permanentes : c’est pleinement le cas aujourd’hui pour la campagne tarifaire. Mais je ne crois pas à l’intérêt de jeter en pâture sur la place publique les oppositions : je crois au dialogue, à la concertation, à la conviction, et à une expression des divergences et des désaccords qui soit posée, et pas racoleuse.

La situation sanitaire affecte beaucoup de citoyens, mais l’avalanche d’informations contradictoires et anxiogènes amplifie leur désarroi. Dans ce contexte, chaque parole nécessite d’être mesurée, pesée, non pas à l’aune d’emballements factices et éphémères, mais à l’aune de l’utilité effective de la contribution au débat. C’est compliqué, c’est astreignant, mais c’est une exigence collective de responsabilité.

Présents au monde


edito 10022021
Chacun se souvient de la fameuse phrase de Jacques Chirac prononcée en 2002 à Johannesburg : « Le monde brûle, et nous regardons ailleurs ». Aujourd’hui, ce serait plutôt « le monde brûle et nous regardons notre nombril », tant les impacts géopolitiques et la vision internationale de la crise sanitaire sont minorés dans le traitement de l’information. Pourtant, cela nous concerne tous, et particulièrement les acteurs de santé dont l’action présente et future dépend d’une prise de conscience globale à l’échelle de la planète.

Premier enjeu, celui de la capacité, ou non, des acteurs mondiaux à penser global. Le concept « one health », qui promeut une approche intégrée de la santé publique, animale et environnementale, a plus de vingt ans et reste largement une vue de l’esprit. Alors que 60% des maladies humaines sont d’origine animale, il n’existe pas aujourd’hui de cartographie consolidée des espèces et des régions à risque sur la planète, aussi incroyable que cela puisse paraître. Il existe un rapport de 1 à 5 entre la prévention et le coût de la gestion d’une crise sanitaire. Si la logique préventive sur ce sujet ne s’impose pas, les missions des acteurs de santé que nous sommes seront encore dans l’avenir largement bouleversées.

Deuxième enjeu, celui de la stabilité politique. Les crises sont des précipitatrices de phénomènes. Parfois de manière positive : dans le monde, le Covid-19 a donné un coup d’accélérateur aux nouvelles technologies numériques. Mais la crise sanitaire s’accompagne aussi de crises politiques multiples, certaines abondamment commentées et d’autres trop ignorées : personne ne s’émeut quand un pays africain voit son gouvernement décimé par le Covid… Pourtant, ces multiples instabilités ne seront pas sans conséquence sur l’équilibre du monde. Dans l’ébranlement des institutions peuvent s’engouffrer des forces bien sombres, et notre propre pays n’en est pas exempt.

Troisième enjeu, ce qui se joue aujourd’hui autour du vaccin. Notre latitude vaccinale dépend, nous le voyons bien, de rapports de force qui nous échappent. Les hôpitaux et cliniques privés, qui sont très engagés dans la vaccination, ne peuvent que constater les stratégies diplomatiques à l’œuvre dans la course au vaccin, avec parfois des relents de nouvelle « guerre froide », le bras de fer entre la Commission européenne et les laboratoires pharmaceutiques sur les approvisionnements, les débats complexes autour du vaccin comme « bien commun »… Les Occidentaux ont acheté 90 % des doses des deux vaccins américains. Il faudrait être bien naïf pour se dire que tout cela sera sans conséquences sur l’équilibre mondial, encore plus pour penser que cela ne nous regarde pas.

Vendredi dernier se tenait l’assemblée générale de l’Union Européenne de l’Hospitalisation Privée, qui reste sous présidence française avec à la réélection de Paul Garassus. Je tiens à le féliciter pour son engagement sans faille à défendre nos valeurs et celles de la santé comme bien collectif au sein de l’Union Européenne. Grâce à l’UEHP, nous pouvons avoir ce regard sur ce qui nous entoure et sur ce qui se joue au-delà de nos frontières, y compris pour consolider la place du privé et la reconnaissance de son action, notamment dans la lutte contre le virus et la vaccination. Ainsi pouvons-nous élargir notre regard, et être en tant qu’acteurs de santé, pleinement présents au monde.

Présents, plus que jamais


edito 3 fev 2021
Si début février 2020, on nous avait annoncé qu’un an après, la France aurait à déplorer près de 77 000 décès dus au Covid-19, nous aurions eu une représentation apocalyptique de notre avenir. Aujourd’hui, entre les débats sur l’enjeu vaccinal, la réouverture des restaurants, la fermeture des écoles ou encore le soutien aux entreprises, ce chiffre que peu d’entre nous auraient imaginé suscite à présent une indifférence polie de la part des médias.

Lundi soir, 456 personnes sont mortes en 24 heures à cause du virus, et pourtant la banalisation de ces annonces quotidiennes est à peine rompue par, de loin à loin, le cri de détresse d’un proche qui n’a pas pu faire son deuil dans des conditions satisfaisantes.

Il est un peu facile d’accuser l’ogre médiatique, qui doit toujours se mettre quelque chose de nouveau sous la dent. Sans doute aussi la société, face à l’avalanche de mauvaises nouvelles, met-elle en branle des réflexes de défense collectifs. Mais il ne doit pas y avoir de « concurrence des empathies » entre les détresses sanitaires et les dégâts économiques. Le virus continue à faire des victimes, qui au-delà des statistiques représentent autant de drames humains, et impose que notre attention ne se relâche en rien.

Dans ce contexte, je tiens à rappeler à quel point les établissements et les professionnels de santé sont encore pleinement présents et engagés dans la lutte contre le virus. Ce n’est pas parce que les caméras se sont tournées vers d’autres objets d’intérêt, que l’intensité de cette lutte est moindre : les déprogrammations actuelles en témoignent.

Notre rôle est actuellement triple : le soin des nombreux patients touchés par le Covid-19, la prise en charge des autres malades afin d’éviter tout retard de soin, et l’engagement déterminé dans la stratégie vaccinale. Les incertitudes sur l’avenir - l’émergence de nouveaux variants, les aléas dans la campagne de vaccination… - laissent entrevoir une mobilisation encore très soutenue dans les prochains mois.

Il y a quelques jours, je participais à la restitution des résultats du Baromètre 2020 de l’Expérience Patient : il est très intéressant de constater que celui-ci ne conclut pas à une dégradation de l’expérience patient pendant la crise. La lutte contre le virus a développé une considération à autrui et un sentiment partagé de besoin relationnel au-delà de la technique du soin, y compris de la part des soignants éprouvés qui ont besoin de puiser chaque jour du sens à leur pratique. J’y vois un indicateur important de la qualité de nos pratiques, alliant rigueur et humanité, même dans des situations extrêmes.

Aujourd’hui donc, plus que jamais, les établissements de santé doivent continuer à être soutenus dans leurs missions, tant par la puissance publique dans ses arbitrages, que par une société attentive à garder intactes ses capacités de vigilance et d’empathie.

Tenir bon


edito 106 28012021
Ce sont deux unes du Parisien, à un an d’intervalle. La première remonte à janvier 2020 et titre : « Pas de panique ». La seconde, il y a quelques jours, se demande si nous allons vers un troisième reconfinement…

Un an, avec cette impression parfois que le temps se dilate et que la crise sanitaire est installée depuis une éternité. On peine à croire par exemple qu’il y a seulement un an, toutes les Fédérations hospitalières signaient aux côtés de la ministre de la santé Agnès Buzyn, un Protocole de pluriannualité des ressources pour, précisément, construire avec davantage de sérénité l’avenir de nos métiers et de la santé. Depuis, nos environnements ont été bouleversés, mais cette nécessité de « voir loin » pour s’extraire de la crise et bâtir notre futur au service des patients, s’impose plus que jamais.

Un an, avec aussi parfois cette impression d’une folle accélération du temps, dans l’urgence des jours et des jours consacrés au sein à lutter contre le virus, à prendre en charge des malades sévèrement touchés, à maintenir un haut niveau de soin des autres pathologies, à panser les plaies physiques et psychiques, et aujourd’hui, à vacciner… avec au moins, dans la difficulté, la conviction pour notre profession de faire œuvre utile.

Un an après, dominent ces temps-ci un sentiment flottant, une sorte de « trou d’air » fait de mauvaises nouvelles - les variants, les retards de livraison de certains laboratoires, une lassitude morale croissante au gré des confinements - et d’indices de confiance en berne. Nous sommes tous des Sisyphes modernes.

Pourtant, si j’ose employer une expression familière, ce n’est pour personne le moment de flancher. Pour les acteurs de santé que nous sommes, la dynamique de vaccination, malgré ses écueils, est un défi majeur à relever, avec l’espoir de tarir la pandémie. En trois semaines, nous avons collectivement réussi la première étape, avec plus d’un million de nos concitoyens et collaborateurs vaccinés. Quant aux Français, ils ont fait montre d’une formidable résilience, et pour un ou deux hashtags irresponsables appelant à la désobéissance civile, il y a mille initiatives remarquables et solidaires.

Et puis il y a la puissance publique, qui compose au quotidien avec un environnement totalement instable, rendant tout arbitrage infiniment délicat. Aujourd’hui, elle doit faire face à un double mouvement divergent, entre émergence de nouveaux risques (variants, reconfinement…) et acceptabilité sociale en nette régression ; entre concentration de tous les efforts sur le virus, et prise en compte de la « santé globale » des populations et du pays, dont la santé mentale et les pathologies chroniques et évolutives, et le maintien à flot de l’économie.

Oui, le contexte actuel est d’une abyssale complexité en tant que tel. Inutile donc d’en rajouter avec des « bruits » parasites ou des injonctions contradictoires anxiogènes. Il faut collectivement tenir bon, coopérer, être attentif aux fragilités, et parvenir à maintenir notre corps social dans un double mouvement de vigilance et de confiance. C’est l’état d’esprit aujourd’hui de l’hospitalisation privée, car comme l’exprime bien le philosophe Laurent Bibard, « L’incertitude vis-à-vis de l’avenir, c’est l’ouverture à tout un champ des possibles ».


Les raisons d’une vaccination


edito 106 site internet 20012021
Une fois n’est pas coutume, je vais imprimer à cet éditorial une touche plus personnelle : hier, à l’occasion des Vœux de la Fédération de l’Hospitalisation Privée, je me suis fait vacciner contre le Covid-19. Je réponds évidemment aux critères requis : je suis professionnel de santé, j’ai plus de cinquante ans. Mais au-delà, je suis président d’une fédération hospitalière et à ce titre, il me semble que ce geste revêt une portée plus collective, empreinte de responsabilité, voire mue par le devoir.

D’abord, à travers cette démarche, j’ai souhaité illustrer l’engagement résolu des hôpitaux et cliniques privés dans la campagne vaccinale. La dynamique est bien enclenchée, à travers la création de centres de vaccination à travers toute la France. Nous souhaitons que les labellisations préfectorales soient délivrées avec fluidité, indépendamment des considérations de statut, pour accompagner l’élan citoyen en faveur de la vaccination.

S’engager, c’est aussi aider la puissance publique à affiner sa stratégie vaccinale. Aux côtés d’autres acteurs de santé, nous avions plaidé pour la prompte prise en considération des personnes à haut facteur de risque face au virus : personnes atteintes de cancer, personnes insuffisantes rénales chroniques... Le Premier ministre a confirmé il y a quelques jours que le message avait bien été entendu.

Ensuite, il y a cette notion fondamentale de confiance, qui fait tant défaut à notre société. Les établissements de santé publics comme privés, les professionnels de santé, ont un grand motif de fierté, et toutes les études d’opinion le montrent : au milieu du désamour généralisé, ils sont en tête de la confiance des Français. Pas une confiance aveugle, mais une confiance incarnée dans la conviction de l’importance fondamentale du soin, et de la compétence de celles et ceux qui le prodiguent.

D’où l’importance de la vaccination des professionnels de santé. Pas seulement pour « montrer l’exemple », même si c’est important. Un vaccin ne donne pas un brevet de moralité, il est juste une démarche volontaire, responsable, fondée sur la protection des autres certes, mais aussi sur le souci légitime de soi. Le professionnel de santé qui se vaccine exprime surtout sa conviction dans le progrès médical et s’inscrit dans la lignée de celles et ceux qui, à travers les âges, ont œuvré pour mettre la vaccination au service des populations partout dans le monde, et ont ainsi préservé des millions de vies.

Enfin et surtout, j’ai voulu faire passer hier un message d’espoir : la vaccination est une formidable opportunité de reconquérir la vie telle qu’on l’aime, les retrouvailles avec nos proches, les perspectives et les projets, ainsi que la relance de l’économie et la cohésion de notre société éprouvée. Dans cette aspiration, elle nous relie tous, comme citoyens du monde.

Élan vaccinal


edito 106 13 janvier 2021
C’est une enquête d’opinion riche d’enseignements que vient de publier l’institut Harris Interactive, à la suite de l’intervention du Premier ministre Jean Castex le 7 janvier dernier. Elle montre une adhésion croissante des Français à la vaccination, avec un bond de 11 points des intentions d’être vacciné en l’espace un mois. Aujourd’hui, 56 % des Français – soit plus d’un sur deux – indiquent souhaiter se faire vacciner.

Il se passe donc en ce début d’année quelque chose de tout à fait essentiel, l’amorce d’une dynamique vertueuse qui est de bon augure pour les prochaines phases vaccinales. Cela tient pour partie à ce qu’on appelle en science comportementale « le désir mimétique », un besoin de s’inscrire dans ce mouvement collectif qui s’initie partout sur la planète. L’acte vaccinal nous relie comme citoyens du monde, rompant l’isolement dont chacun souffre aujourd’hui. Mais, face à l’épuisement moral qui saisit la société, c’est surtout le désir ardent de reconquête de la vie d’avant qui motive les citoyens.

La conduite d’une campagne vaccinale aussi ample que performante impose mobilisation et réactivité de la part des acteurs de santé. En ce qui concerne l’hospitalisation privée, de nombreux établissements entreprennent actuellement d’ouvrir des centres de vaccination : pour leurs professionnels qui le souhaitent bien sûr, mais aussi pour les professionnels de santé en ville ainsi que pour l’ensemble des Français, à commencer par les plus fragiles, conformément aux recommandations des autorités sanitaires.

Début 2020, le recours au privé dans la lutte contre le virus avait connu des débuts hésitants, avant que les pouvoirs publics ne réalisent qu’ils ne pouvaient pas faire « sans nous ». Début 2021, je suis convaincu que les enseignements ont été tirés, et que la politique vaccinale ne manquera pas d’associer étroitement le public et le privé, dans le cadre d’un dialogue soutenu pour ajuster au mieux les moyens aux besoins.

Cette co-construction est d’autant plus nécessaire, qu’en tant qu’acteurs de terrain, nous pouvons enrichir la stratégie avec des propositions concrètes, favorisant simplicité et fluidité accrues. Nous pouvons répondre avec réactivité et souplesse aux attentes qui s’expriment sur les territoires. Nous pouvons aussi, et c’est important, apporter notre regard sur les arbitrages opérés et suggérer d’éventuels ajustements : aujourd’hui, il convient notamment de prendre rapidement en considération la question de la vaccination des personnes vulnérables de moins de cinquante ans.

Les semaines qui viennent vont être décisives pour la consolidation de la démarche de la France. Rien ne doit venir brider l’élan vaccinal qui s’engage, et qui engage notre avenir.

Vœux d’espoir


edito 106 6 janvier
En temps ordinaire, une nouvelle année est synonyme d’espérance, de perspectives renouvelées et de bonnes résolutions. Les incertitudes que la crise sanitaire, doublée d’une inévitable crise économique, fait peser sur 2021, teintent cette fois-ci nos vœux d’inquiétude. Surtout, cette petite phrase jadis anodine, « et surtout, la santé », revêt un sens tout particulier.

La trêve des fêtes aura été de courte durée, et déjà la polémique resurgit de tous côtés. Nous avons la chance de disposer de vaccins contre le Covid dans des délais records ? Des doutes sont émis sur leur innocuité. Le Gouvernement a souhaité tenir compte des réticences vaccinales massives des Français, en sacralisant notamment le consentement ? On lui fait grief à présent de sa frilosité. Des populations cibles sont clairement identifiées ? Ces arbitrages sont contestés, alors même que davantage de flou aurait sûrement accrédité la thèse d’une vaccination arbitraire, réservés à quelques privilégiés…

Il est urgent de revenir à davantage de rationalité, et de placer cette année sous le triple signe de la réactivité, de la mobilisation et surtout, de l’espoir.

La réactivité tout d’abord, face à une situation très évolutive. Nous devons composer aujourd’hui avec les variants, anglais et sud-africains, du coronavirus. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? Les décisions politiques et scientifiques s’adaptent à ces nouvelles donnes, et c’est d’ailleurs ce que le ministre de la santé a fait cette semaine en faisant évoluer la doctrine vaccinale.

La réactivité suppose aussi certainement un allègement de procédures qui embolisent le processus de vaccination : l’éthique du consentement, oui, mais en simplifiant son recueil. L’hospitalisation privée a plaidé en faveur d’une simplification accrue tout au long de 2020, et continuera en 2021 !

Ensuite, la mobilisation, pleine et entière, des acteurs de santé, des élus, des associations, et de l’ensemble de la société dans cette dynamique vaccinale. Nous avons tous un rôle à jouer, pédagogique et pratique. Attention à ne pas reproduire les pesanteurs logistiques, les logiques trop descendantes ou certaines approches excluantes, qui cassent les élans et la motivation. Je suis optimiste, car ce qui est en jeu est trop important. Nous serons bien sûr vigilants à ce que les professionnels de notre secteur soient pleinement inclus dans la stratégie de vaccination.

Enfin, l’espoir, et il est immense : celui que nous puissions tous, le plus rapidement, renouer avec, non pas la vie d’avant, mais une vie encore meilleure parce que nous aurons pris conscience de ce qui est vraiment précieux. Une expression ironise sur la capacité du politique à nous proposer « des lendemains qui chantent »… Mais là, il y a vraiment une reconquête possible à portée de seringue. Le politique doit, au-delà des précautions indispensables, exprimer sa confiance dans cette trajectoire, dans ces perspectives pour notre avenir individuel et collectif, qui engagent notre santé, notre économie et la cohésion de notre société.

Je vous souhaite donc, pour 2021, de croire en cet espoir, et vous pouvez compter sur tous les acteurs de l’hospitalisation privée pour y contribuer.

La culture du recours au privé


edito 16122020
A quelques jours d’intervalle, les deux Commissions d’enquête sur le Covid, à l’Assemblée Nationale comme au Sénat, ont rendu leurs conclusions au sein de rapports-fleuves extrêmement fouillés et documentés. Alors que, malheureusement, la lutte contre le virus s’avère plus que jamais d’actualité, la publication de ces travaux en cette fin d’année offre une riche matière à réflexion, pour améliorer drastiquement notre préparation collective à une crise sanitaire.


Les parlementaires dédient évidemment de larges développements aux enjeux de la coopération public-privé. Le document de l’Assemblée Nationale déplore notamment un dispositif de crise trop centré sur l’hôpital public. Le retard pris dans la sollicitation du privé, vu au début de la crise comme une solution d’ultime recours lorsque l’hôpital public arrive à saturation, est hérité aux yeux des députés d’une tradition de régulation médicale centrée sur l’hôpital public. Ils soulignent aussi que par la suite, la participation des hôpitaux et cliniques privés à la gestion de la crise a été importante et croissante.


Les sénateurs, de leur côté, saluent le fait que l’épidémie ait fourni le cadre d’une coopération réelle entre public et privé, facilitée par les Agences régionales de santé ; mais ils estiment que l’attribution des autorisations exceptionnelles délivrées aux établissements privés souhaitant fournir un service de réanimation aurait pu être encore plus prompte, dans un contexte où pas une minute ne doit être perdue. En outre, le rapport sénatorial, sévère sur la gestion des équipements de protection, évoque la méthode « contre-productive » des réquisitions et le choix contesté de faire appel aux Groupements hospitaliers de territoire sur le volet logistique.


La préconisation commune de ces deux rapports est claire : face à une situation de crise, mais plus largement dans l’organisation de l’offre de soin, l’automatisme du recours au privé doit faire partie intégrante de la culture des pouvoirs publics. Rien n’est plus délétère que le sentiment d’être mis à l’écart. Si le politique aujourd’hui est bien davantage que par le passé imprégné de ce « réflexe privé », il reste encore à irriguer puissamment de cette conviction l’ensemble de la gouvernance du système de santé, encore « complexe et peu lisible », pour reprendre les termes des sénateurs. Nous continuerons à nous y employer en 2021.


D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous, de très belles fêtes de fin d’année !

Un homme de dialogue


edito 09122020
Dans une actualité largement prédominée par les enjeux de santé, Olivier Véran a tenu hier à venir dialoguer pendant plus d’une heure avec l’hospitalisation privée. Il a délivré à notre secteur des messages forts, et bienvenus au terme d’une année qui a mis rudement à contribution tous les acteurs de santé.

Le ministre de la santé a réaffirmé la valeur qu’il accorde au principe d’équité entre acteurs de santé de tous statuts : « comment peut-on envisager de traiter différemment des acteurs à qui l’on demande le même engagement ? », a-t-il dit. Je lui ai exprimé combien, en effet, le service au public, essence même de notre profession, gagnerait à s’inscrire dans une conception plus inclusive !

Olivier Véran a aussi voulu rendre hommage à la pleine mobilisation du privé pendant la crise sanitaire, et aux coopérations « formidables », « intelligentes », qui se sont déployées à cette occasion. Celles-ci doivent à présent s’inscrire dans la durée dans le paysage de l’offre de soin de notre pays, et le ministre s’est engagé à appuyer cette dynamique, grâce à une simplification et un pragmatisme accrus.

A l’image de ce qui s’est passé tout au long de cette année, à savoir une écoute attentive et une considération des pouvoirs publics, les établissements de santé continueront à être soutenus financièrement dans leur action contre le virus, si nécessaire sur l’ensemble du premier semestre 2021. C’est fondamental pour parvenir à maintenir, alors que la deuxième vague est loin d’être terminée, un niveau d’engagement absolu au service des patients.

2021 sera aussi l’année de la campagne vaccinale, et j’ai suggéré au ministre que les établissements privés puissent y prendre part si nécessaire. Une proposition bien accueillie par Olivier Véran, qui en appelle à toutes les bonnes volontés au regard de l’ampleur de la tâche, y compris pour vaincre la défiance et apaiser les inquiétudes qui peuvent se faire jour.

Au terme de cette heure, nous avons jeté les bases de ce qui devra continuer à nous guider en 2021 : le dialogue et la confiance mutuelles, au-delà des différences et des divergences. « Que vous soyez fiers du rôle que vous tenez est la plus belle des récompenses pour moi », a dit le ministre. Cette fierté, les hôpitaux et cliniques privés la puisent dans les missions accomplies chaque jour, car « nous sommes tous au service des patients ».


Modernisation, réparation, cohésion, ambition


edito LG 02122020
Hier, les adhérentes et les adhérents des hôpitaux et cliniques privés m’ont fait l’honneur de me réélire largement à la présidence de la Fédération de l’Hospitalisation Privée. Au-delà du témoignage personnel de confiance, je vois dans ce soutien massif la marque de la belle unité de notre profession, soudée dans ses missions, rassemblée autour des valeurs du soin, et encore renforcée par une année dédiée à la lutte contre le coronavirus.

Il y a quelques temps, j’ai entendu un infirmier dire : « C’est une période très difficile. Mais puisqu’on ne peut pas l’éviter, puisqu’il faut composer avec cette maladie, voyons-là comme une occasion d’apprendre, progresser, dans nos pratiques soignantes comme dans nos relations avec les patients ». Tirer le meilleur du pire : cette citation d’Alain Peyrefitte s’applique parfaitement à la situation. Nous le devons à toutes celles et tous ceux qui ont été lourdement éprouvés, sur le plan personnel comme sur le plan professionnel.

Cette pandémie est un coup de semonce pour remédier à l’impréparation de nos sociétés face à des événements extrêmes, et pour engager les ruptures nécessaires. Notre Fédération hospitalière est écoutée, le rôle de nos établissements est reconnu, et la crise sanitaire a contribué à amplifier la confiance des citoyens vers le privé. Ne nous contentons pas d’en tirer une satisfaction de court terme. Profitons de l’opportunité qui nous est donnée, de cette confiance qui nous oblige, pour aborder 2021 en bâtisseurs et en précurseurs.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la modernisation. Sachons considérer avec lucidité les failles du système de santé, son hypercentralisation, ses dédales de procédures, ses injonctions contradictoires. Sachons protéger et pérenniser ce qui l’a renforcé, la capacité à faire tomber des cloisons, la coopération des acteurs de santé, la créativité mue par l’urgence, la reconnaissance des professionnels. Rien ne serait plus délétère que de renouer avec les travers du passé : 2020 a délivré des messages forts, c’est un devoir de les entendre. L’hospitalisation privée y veillera.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la réparation. Nous le savons, cette crise sanitaire s’inscrit dans un temps long qui en accentue la charge psychologique. Mais, les rassuristes, les agitateurs de peurs, les attiseurs de polémiques à répétition, ne construisent rien. Ce sont les Français, par leur attitude responsable, qui ouvrent des perspectives plus positives pour demain. Dans un quotidien complexe, parfois un peu ubuesque, ils réinventent des façons de faire société, plus protectrices d’autrui. A terme, et alors que se profilent des perspectives vaccinales, il faudra sauvegarder cela, ce soin à l’autre, qui est aussi une façon de témoigner d’une solidarité envers l’action des professionnels de santé.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la cohésion. Les cliniques et hôpitaux privés sont ancrés dans les territoires, au plus près des besoins des populations. Demain, au-delà du Covid, d’autres souffrances s’exprimeront, physiquement et psychologiquement, dans un contexte de crise économique et sociale. Nous serons présents. Dans une société fracturée, les acteurs de santé ont un rôle à jouer, pour peu qu’on valorise leurs mission au-delà du statut.

Enfin, si nous le voulons, 2021 peut être l’année de l’ambition pour les établissements de santé, pour repenser les modèles d’innovation numérique, pour travailler les enjeux de responsabilité sociale, pour promouvoir les métiers du soin, et surtout, pour parier plus que jamais sur la santé comme facteur d’avenir. Modernisation, réparation, cohésion, ambition : un beau programme pour une première année de mandat !


Santé mentale, l'autre enjeu


edito LG 25112020
Lors de son allocution hier soir, le Président de la République a abordé les répercussions de long terme liées au virus, concernant notamment la santé mentale, en demandant au Gouvernement « de préparer une stratégie prenant en compte les conséquences psychologiques de la pandémie et des divers confinements ». La semaine dernière, c’est le ministre de la santé Olivier Véran qui faisait état d’une dégradation significative de la santé mentale des Français, traduite notamment dans plusieurs études par une augmentation des syndromes dépressifs.

Cette situation peut conduire à l’amplification des troubles chez des personnes souffrant de pathologies psychiatriques prééxistantes. Mais on observe aussi, ceci de manière plus marquée depuis fin août, une montée des états anxieux, sous les effets conjugués de la menace pandémique, de l’isolement, et des épreuves liées au contexte économique. Les jeunes paient notamment un lourd tribut, tant leur capacité à se projeter dans l’avenir est obérée. Et gardons-nous d’oublier, en cette Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, les traumatismes de certains huis-clos familiaux en confinement…
Les 180 cliniques psychiatriques privées, partout en France, figurent évidemment parmi les premiers capteurs de cette souffrance qui s’exprime dans notre société. Elles sont, elles aussi, des contributrices majeures dans ce contexte épidémique, par leur prise en charge de ces détresses aux multiples visages. Elles ont, elles aussi, fait preuve de grandes qualités d’innovation tout au long de 2020, en développant notamment des prises en charge en hospitalisation de jour dématérialisée, complémentaires du « présentiel » et guidées par le souci constant de la qualité de la relation de soin. Tout ceci doit être encouragé et pérennisé, en donnant aux établissements de vraies latitudes pour innover.

C’est maintenant que nous devons, tous ensemble, prendre la mesure de l’importance de ces enjeux de santé mentale : car le bien-être individuel et la foi collective dans un futur meilleur constituent autant de conditions essentielles pour se relever d’une crise et « réparer », dans tous les sens du terme, tout un pays.

Pandémie, le temps long


edito LG 18112020
Le temps long… En cette fin d’année 2020 qui s’étire, ces mots résonnent particulièrement en nous. Notre rapport au temps se trouve bouleversé lors de ces périodes de confinement, avec la mise en suspens de certains repères qui scandent d’habitude le quotidien.

Le temps long, c’est celui d’une maladie qui affecte fréquemment les patients sur la durée, et celui de l’inquiétude des proches qui guettent une guérison.
Le temps long, c’est celui de l’épidémie et de ses rebonds, auxquels les établissements comme les professionnels de santé font face avec, en dépit de la lassitude, un engagement qui force l’admiration.
Il va donc falloir « vivre avec le virus sur le temps long », a dit le Premier ministre Jean Castex. Dans toute l’Europe, les Gouvernements préparent donc des « règles » pour les mois à venir. C’est hautement souhaitable, car ce qui était toléré socialement au printemps, sous l’effet de l’angoisse et de la sidération, risque sinon de s’émousser davantage au fil des semaines.

Nous voyons bien les fronts de contestation qui s’élèvent ici et là, alors que pourtant, en tant qu’acteurs de santé, nous sommes bien placés pour dire aux Français qu’il ne faut en rien relâcher l’effort.
Donner des perspectives, même si elles demeurent contraignantes, de la visibilité de long terme, des raisons d’espérer aussi et de se projeter dans l’avenir : tel est sans nul doute le meilleur chemin à emprunter.
Nous devons nous aussi, hôpitaux et cliniques privés, composer avec ce temps long.

Il suppose que les établissements de santé continuent à être soutenus pour remplir sereinement leurs missions, tant que durera la pandémie.
Il impose de maintenir dans les semaines et les mois qui viennent un haut niveau de prise en charge, non seulement des patients Covid, mais aussi des patients souffrant d’autres pathologies, afin d’atténuer au maximum les retards de soin.

Il nécessite de hiérarchiser avec pertinence les priorités, et de simplifier le quotidien des établissements pour leur permettre de se concentrer sur le soin. En cela, l’adoption il y a quelques jours d’un amendement du Gouvernement décalant les réformes des financements des établissements de soins de suite et de réadaptation, ainsi que des cliniques psychiatriques, est mieux que bienvenu.

Ce temps long doit aussi être celui de la fidélité aux bons gestes, aux bons réflexes, qui constituent, non des atteintes à notre liberté, mais autant de jalons pour la reconquérir.

Enfin, ce temps long doit être mis à profit pour préparer l’après, avec notamment les perspectives ouvertes par le vaccin, et l’importance d’inscrire de manière pérenne dans l’organisation des soins les acquis de la crise sanitaire en matière de coopérations public-privé. Dans cette perspective, la FHP jouera à la fois son rôle syndical, de promotion du rôle de notre profession, et sociétal, en misant sur la pédagogie et l’intelligence collective.

Crise sanitaire, éthique du soin


edito LG 10112020
Enfin, dans cette crise sanitaire si éprouvante, peut-on entrevoir une lueur d’espoir avec les annonces encourageantes autour d’un vaccin susceptible d’être efficace prochainement. Cela constitue évidemment une bonne nouvelle, qui implique que dès à présent, les pouvoirs publics, les acteurs de santé et les associations sachent faire passer ensemble des messages pédagogiques et lever ainsi les réticences à se faire vacciner.

En attendant ce dénouement heureux que chacun espère pour 2021, les établissements de santé doivent faire face actuellement à des situations très lourdes, et ceci partout en France. Elles imposent un maintien drastique des mesures de restriction comme de protection, aussi contraignantes soient-elles. Cet effort collectif est vital.

Alors que nous approchons probablement du pic épidémique, des peurs s’expriment, de la part de professionnels de santé comme dans la population : allons-nous pouvoir accueillir tout le monde ? Si je suis touché par le virus, ou par une autre pathologie, vais-je être bien pris en charge ? Au quotidien, les médecins font des choix fondés sur des décisions médicales, le plus souvent collégiales. Mais des choix fondés sur une pénurie de ressources sanitaires seraient évidemment profondément contre-éthiques, et insupportables pour la communauté soignante comme pour la société.

Pour éviter à tout prix cela, et n’avoir pour seul souci que le soin d’autrui, anticipation et optimisation des organisations doivent être les mots d’ordre. Des progrès ont été accomplis entre la première et la deuxième vague, au travers notamment de coopérations public-privé encore renforcées sous l’égide des ARS. Il faut aussi poursuivre l’exigence de souplesse et de simplification administrative, qui favorise la réactivité des acteurs. Enfin, au fil du temps, la connaissance de la maladie s’affine et les techniques s’améliorent. Toutes ces dynamiques conjuguées sont aujourd’hui déployées pour faire face, sous une triple bannière : coopération, simplification, réactivité.

Certes, il y a encore de réelles marges de progrès pour écarter tout risque de submersion de notre système de santé dans l’avenir : faire émerger des outils vraiment efficaces pour piloter en temps réel les crises ; briser les cloisons entre sanitaire et médicosocial, pour mieux prendre en charge nos aînés ; et bien sûr former et recruter les professionnels de santé dont nous avons tant besoin.

La grandeur de notre système de santé réside dans le respect des principes éthiques qui sous-tendent tout acte de soin, a fortiori dans des situations exceptionnelles où les professionnels de santé doivent se sentir plus que jamais, soutenus et protégés.

Pour un débat responsable et apaisé


edito 04112020
Ce sont des images aussi récentes que frappantes : d’un côté, un parterre de supporters dépourvus de masques, devant lequel Donald Trump fait une allocution martiale tôt ce matin heure française ; de l’autre, peu de temps auparavant, son rival Joe Biden, son épouse masquée à ses côtés, prenant la parole en posant ostensiblement son masque sur le pupitre, illustrant ainsi l’importance accordée à la protection contre le virus.

Deux visages de l’Amérique, et dans un pays aux multiples fractures, sans doute l’une des plus manifestes de ces dernières mois. Dans une étude du Pew Research Center de mars 2020, à la question « Croyez-vous que l’épidémie du coronavirus est une menace majeure pour la santé de la population américaine », 59% des Démocrates répondaient oui, contre 33% des Républicains. Opposition entre économie sinistrée et catastrophe sanitaire, propagation des théories conspirationnistes et amplification de la fracture sociale (les Afro-Américains, les plus démunis, sont les plus vulnérables face au Covid), tous les ingrédients d’une situation explosive sont réunis.

Nous ne devons pas regarder cela de haut. Sans nier les différences culturelles, nous ne pouvons que constater, dans notre pays comme dans toute l’Europe, des brèches dans la cohésion nationale autour du combat contre la pandémie. Le sentiment d’appartenir à un collectif, exposé au même risque, se délite. Les intérêts particuliers reprennent le dessus par rapport au sentiment de « faire communauté » dans l’adversité.

Ce n’est pas mon rôle de juger sur le fond le bien-fondé de tel ou tel plaidoyer. Mais force est de constater qu’en tant qu’acteurs de santé, en première ligne de nouveau aujourd’hui, nous nous passerions volontiers des polémiques et des discordances qui émaillent le débat public. Si l’on commence à semer dans les esprits la graine du doute sur le bien-fondé du confinement et des mesures-barrières, nous en constaterons rapidement les effets délétères pour la santé des citoyens. Au niveau de tension où nous sommes, et au regard des projections inquiétantes pour les semaines à venir, pouvons-nous nous permettre de prendre un tel risque ?

Alors oui, certaines décisions mériteraient sans doute de gagner davantage en cohérence, et certaines doléances légitimes doivent être respectées et prises en considération. Mais hystériser le débat ne sert à rien, dans ce domaine pas plus que dans n’importe quel autre. Dans un contexte douloureux et anxiogène à plus d’un titre, les leaders d’opinion de toutes natures doivent faire preuve d’autant d’esprit de responsabilité que les Français, qui, dans un récent sondage du Parisien, sont à 71%, prêts à accepter, si l’obligation s’en fait sentir, d’être confinés jusqu’à la fin de l’année.

Souhaitons évidemment que cela ne soit pas nécessaire, et gardons le cap et l’esprit du printemps dernier. Si l’arrivée du froid dissuade d’applaudir au balcon, faisons confiance aux Français pour trouver d’autres moyens d’exprimer aux professionnels de santé leur soutien et leur reconnaissance, en premier lieu par leur attitude citoyenne.

La donne a changé


106 hebdo 28102020
« Des enseignements tirés de la première vague », « pleinement impliqués dans la crise », « davantage de fluidité », « des acteurs de premier plan », « une aide précieuse », « les cliniques prêtes pour la deuxième vague » : le message est passé, et bien passé. Les médias se font désormais quotidiennement l’écho du rôle fondamental des établissements privés dans la crise. Aucune satisfaction narcissique dans un contexte aussi grave, mais la reconnaissance du travail remarquable accompli par tous les professionnels, si importante tant la tâche est rude…

Cette reconnaissance, elle se manifeste dans la visite lundi dernier de l’un de nos établissements par Olivier Véran, « venu à la rencontre des soignants mobilisés jour et nuit », et dans les déplacements de directeurs généraux d’ARS dans nos cliniques. Lors d’une réunion hier, le ministre a entamé sa prise de parole par des propos élogieux envers la mobilisation des acteurs privés.

Pour reprendre les termes d’un journaliste qui m’a interviewé récemment, « la donne a changé ». Alors que nous abordons des semaines préoccupantes pour la santé des Français, cette association pleine et entière du privé, cette aisance accrue dans les coopérations avec le public, sont tout simplement vitales. Nous veillerons en permanence à ce qu’il n’y ait aucun accroc, nulle part sur les territoires, à ces principes d’action.

Car les citoyens comptent sur nous. Dans un sondage Elsan/Opinionway qui vient d’être publié dans le cadre du « Big Bang Santé » du Figaro, 75% des Français pensent que les hôpitaux et les cliniques sont capables de faire face à la seconde vague du Covid. Cette confiance nous oblige. Elle suppose aussi que nous continuions à maintenir un niveau de soins à la hauteur des besoins des patients non-Covid, pour éviter tout retard de soins.

Ce soir, nous serons tous devant notre télévision pour écouter le Président de la République. Les arbitrages à opérer sont d’une infinie complexité. Quels qu’ils soient, nous resterons sur la ligne que l’hospitalisation privée porte depuis le début de la crise : celle de la responsabilité, de la pédagogie, de l’appel au civisme et à la cohésion du pays. En dépit des sacrifices que les temps nécessitent, c’est la seule ligne tenable pour vaincre ensemble, espérons-le le plus tôt possible, cette pandémie.

La confiance, dans tous ses états


MODELE edito 106 hebdo 21 octobre 2020
D’une étude menée en juin dernier dans 19 pays, et qui vient d’être publiée, il ressort que les niveaux d’acceptation d’un vaccin contre le Covid-19 sont insuffisants pour « répondre aux exigences de l’immunité communautaire ». Certes, à la question « vous feriez-vous vacciner si un vaccin disponible contre le Covid démontrait son efficacité et son innocuité », 72% des personnes interrogées répondent par l’affirmative. Mais la France fait partie des trois pays sous les 60%, avec 59%, aux côtés de la Russie et de la Pologne… 

Parallèlement, une autre étude publiée dans une revue britannique montre qu’un tiers de la population de certains pays est susceptible d’adhérer à des théories complotistes sur le Covid, voire de nier l’existence même du virus. 

Ces données préoccupantes en disent long sur une problématique au cœur de la gestion de la pandémie : la crise profonde de confiance que nous connaissons en France, corrélée à la défiance envers les pouvoirs publics, les experts et les médias. Tout ceci risque d’émousser les capacités collectives à faire face, et d’abaisser l’adhésion aux mesures de protection et de restriction. 

Et pourtant, plus que jamais, il ne faut rien abdiquer de notre civisme collectif, et préparer dès à présent les conditions de l’acceptation d’une couverture vaccinale.
Car la confiance est la base de tout. Elle s’invite même dans des débats tels que celui, pourtant technique, du Projet de loi de financement de la sécurité sociale. Les acteurs de santé eux aussi ont besoin de confiance, de transparence, de partage dans l’information pour adhérer aux changements, pour se réunir autour d’une vision commune de l’avenir de notre santé. Pourquoi en irait-il autrement pour les Français ?

Trop de voix aujourd’hui opposent artificiellement la santé et la liberté et jettent le trouble dans les esprits. Je suis convaincu pour ma part que tous les actes que nous posons depuis des mois, tels que les gestes barrières, forgent une cohésion citoyenne dans l’adversité. Gardons toujours à l’esprit que le soin et la santé des autres sont indissociables de notre propre santé, et donc de notre liberté. Quand nous aurons relevé cette épreuve ensemble, nous serons heureux d’avoir résolument pris le parti de la confiance.

Ce parti-pris de la confiance et du dialogue, il guide l’hospitalisation privée. Aujourd’hui est un jour important : la Fédération de l’Hospitalisation Privée avec la CGT et FO ont signé un accord de revalorisation salariale, qui transpose aux professionnels des 1030 hôpitaux et cliniques privés les mesures du Ségur de la Santé. Ce dialogue social constructif consacre la reconnaissance de l’engagement exemplaire des professionnels du secteur privé, au service de la santé des Français. 

Assortie de l’engagement du gouvernement à financer rapidement ces mesures, cette séquence témoigne d’une confiance mutuelle entre les acteurs, peu partagée dans ces temps troublés… et d’autant plus remarquable !
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Forces et faiblesses


edito 106 hebdo 15102020
Au fil des rapports et des missions d’information, les retours d’expérience sur la crise sanitaire s’affinent et convergent. Ils constituent d’utiles balises pour mieux affronter l’avenir proche. Le dernier rapport en date, commandé par l’Elysée, émane de l’infectiologue Didier Pittet et de plusieurs autres experts. Rapport d’étape, ni lapidaire ni complaisant, il pointe des forces et des faiblesses, et propose un certain nombre de marges d’amélioration qu’au sein de l’hospitalisation privée, nous partageons.

Parmi les points positifs, les capacités d’adaptation et l’effort considérable de mobilisation du système de santé français sont saluées, ainsi que la fluidité de la coopération entre le public et le privé : avec un point de vigilance toutefois sur la soutenabilité du système, dans un contexte de menace pandémique persistante. Autre satisfecit, et non des moindres, la bonne gestion par l’exécutif des conséquences économiques de la crise sanitaire : nous pouvons, au sein de notre profession, témoigner du soutien apporté.

Mais la mission met aussi en évidence des défauts d’anticipation et de préparation, dont la carence d’équipements de protection a été la manifestation la plus flagrante : « On a vu le déclin progressif du degré de priorité accordé à la prévention des pandémies entre 2010 et 2020 ». Focalisé sur d’autres priorités et d’autres périls, notre pays a probablement pour partie baissé la garde sur ces enjeux. Un sursaut s’impose.

En outre, l’un des constats majeurs qui ressort est celui d’un pilotage trop cloisonné de la crise, avec notamment une interministérialité défaillante et des agences nationales en carence de partage d’indicateurs. La France n’a pas à rougir de son action contre le virus, et les décideurs ont pris la mesure de la gravité de la situation. Mais la complexité des circuits de décision a pu mettre en difficulté le politique, ses arbitrages… et sa communication.

Autant d’enseignements qui rentrent évidemment en résonance avec ce que nous vivons aujourd’hui : la nécessité de maintenir un haut degré de mobilisation malgré la fatigue, l’importance de la cohérence dans le pilotage, a fortiori dans une approche davantage régionalisée, et bien sûr l’enjeu de la pédagogie envers les citoyens. Le rapport prône, sans doute à juste titre, une meilleure association de la société civile aux décisions prises. En tout cas, face à l’irresponsabilité des « rassuristes », il est plus que jamais de notre devoir collectif de passer des messages forts et clairs.

Les Français, meilleurs soutiens des acteurs de santé


edito 106 07102020
Enjeux de savoirs, enjeux de pouvoirs, cette crise sanitaire met en jeu des oppositions, des conflits voire des manipulations multiples, qui accroissent la charge d’anxiété liée à la maladie. Ce qui se passe dans de nombreux pays, de la Chine au Brésil en passant par les Etats-Unis, ne doit pas nous laisser indifférents : car en France également, le populisme sanitaire fait florès, sur fond de parole politique et scientifique hélas largement démonétisée.

La théâtralisation orchestrée par Donald Trump de sa positivité au Covid constitue à ce titre le dernier épisode en date : ses contradictions apparentes depuis le début de la crise participent en réalité de la même minimisation de la gravité du virus, et de l’affirmation de sa puissance envers et contre tout. Chaque geste, comme le fait d’ôter ostensiblement un masque, participe d’une posture qui fait froid dans le dos, quand on imagine l’effet démultiplicateur à travers la planète de l’affichage d’une telle irresponsabilité.

Nous aurions tort de ne pas analyser cela de très près. Récemment, on a pu par exemple entendre certaines personnalités remettre en cause les données des Agences Régionales de Santé. Des stars à forte audience s’improvisent épidémiologistes dans des posts enflammés sur les réseaux sociaux. Alors oui, il y a pu avoir sur le Covid des revirements parfois difficilement compréhensibles, de la part des scientifiques comme de la puissance publique : mais convenons qu’il est normal, et même rassurant, que la doctrine évolue en fonction de l’évolution même de nos connaissances sur la pandémie…

Arrêter la démagogie serait donc de bon aloi, pour ne pas en rajouter à l’angoisse bien légitime des citoyens. Le dernier sondage Odoxa montre que les trois-quarts des Français sont inquiets face au virus, et près de 6 sur 10 préoccupés pour leur propre santé. Face à cela, les politiques, les experts, les professionnels de santé… doivent agir en acteurs responsables, sans jamais céder aux sirènes des vaines polémiques, pour informer, rassurer et faire de la pédagogie.

Le même sondage Odoxa montre que les Français plébiscitent les professionnels de santé - avec des scores oscillant entre 92 et 96% - dans leur lutte contre le coronavirus. Cette confiance nous honore. Mais elle nous invite aussi à être pleinement partie prenante des messages de santé publique, relatifs au respect des gestes barrières et de toutes les attitudes propices à faire reculer la maladie. Car il n’y a pas que le Covid : il y a aussi toutes les autres pathologies qui doivent pouvoir être accueillies de manière pleinement sécurisées.

Les Français considèrent à 83% que le système de santé « s’en est bien sorti » au printemps. Pour que cela se confirme dans les prochaines semaines, ils doivent être, par leurs comportements, nos plus efficaces soutiens.

De la hiérarchie des priorités en temps de crise


106 hebdo 30 septembre
« Hors normes », « historique », la presse surenchérit ce matin sur les qualificatifs pour évoquer le Projet de loi de financement de la sécurité sociale qui se profile, percuté par la violence de la crise sanitaire. Plus sobrement, le dossier de presse des ministères évoque un PLFSS « singulier », ce qui dans le langage euphémistique du politique révèle néanmoins l’ampleur du séisme auquel nous sommes confrontés…

Pour y remédier, les pouvoirs publics ont mis en place depuis plusieurs mois de puissants leviers d’amortissement du choc de la crise : pour l’économie du pays en général, et pour les établissements de santé en particulier, avec la garantie de financement. Ce n’était pas seulement nécessaire : c’était vital. Ces dernières semaines, je me suis beaucoup déplacé dans les régions à la rencontre des adhérentes et des adhérents de l’hospitalisation privée, et j’ai écouté leurs témoignages. Ainsi soutenus, ils ont pu se consacrer exclusivement à la seule chose qui comptait dans ces moments-là : soigner. Ce message sur la pérennité du soutien aux établissements et aux professionnels de santé, nous aurons à cœur de le délivrer au moment des débats sur le PLFSS, alors que l’épidémie est malheureusement ancrée durablement dans nos vies.

Une crise, aussi rude soit-elle, constitue aussi l’occasion de rehiérarchiser les priorités politiques autour de ce qui est vraiment important et utile pour les acteurs, pour le système, et surtout pour les patients. De faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire. De privilégier ce qui est aidant, d’expurger ce qui est anxiogène et pénalisant. De fixer des ambitions politiques fortes, structurantes pour le pays et pour notre avenir à tous, qui prennent l’ascendant sur certains rouleaux compresseurs technocratiques et certaines réformes secondaires. Cet inventaire est nécessaire dans une période qui requiert la pleine mobilisation de nos établissements et de nos professionnels, déjà éprouvés par la première vague. Chacun doit pouvoir remplir ses missions sereinement, et cela aussi, nous l’exprimerons au moment des discussions sur le PLFSS.

Enfin, la séquence parlementaire qui s’ouvre se doit de tirer toutes les leçons de ce que nous avons vécu au printemps. Les acteurs de santé aspirent plus que jamais à de la coopération, du décloisonnement, de la visibilité à long terme, de la transparence, du partage, pour rebâtir le système de santé. Nous avons besoin, notamment, de parler le même langage et de fonder nos pratiques et nos décisions sur des données fiables et partagées. A court terme, comment piloter une crise en temps réel sans des indicateurs homogènes mis à la disposition de tous ? A moyen et long terme, comment parler pluriannualité et prospective sans partage d’une information juste qui crée la confiance, qui suscite l’adhésion et qui pousse à voir plus loin ? Dans nos échanges avec les parlementaires, ces enjeux de pilotage et de gouvernance trouvent un véritable écho.

Le PLFSS n’est donc pas seulement un texte technique, malgré sa complexité parfois : il offre l’opportunité de vrais débats démocratiques, et nous y prendrons toute notre part.

Acte 2 de la pandémie : un enjeu de démocratie sanitaire


106 hebdo 23 septembre
La terminologie jusqu’ici prononcée avec prudence, voire circonspection, de « deuxième vague », commence à gagner du terrain au regard de la résurgence épidémique. Mais forts des retours d’expérience passés, nous abordons collectivement cette réalité de manière bien différente.

Il n’est plus question aujourd’hui de reconfinement généralisé de la population, insoutenable socialement et économiquement ; ni de déprogrammation massive d’actes médicaux et chirurgicaux à l’échelle nationale, qui aurait des conséquences délétères sur l’état de santé du pays. La mise en œuvre de solutions ciblées est évidemment le bon chemin, mais elle est sans doute plus exigeante encore dans sa mise en œuvre.

En effet, par rapport à un cadrage drastique mais quasi « sécurisant », l’ajustement fin aux réalités du terrain nécessite plus que jamais une adhésion des acteurs : adhésion des acteurs de santé qui sont en première ligne, et adhésion des citoyens dont la vie quotidienne est bouleversée. On a beaucoup entendu dire que la démocratie sanitaire avait été trop latéralisée au printemps. En tout cas, les semaines qui viennent vont constituer un double test, à fort enjeu, pour le politique comme pour les administrations.

Premier test, sur leur capacité à prendre des décisions raisonnées et proportionnées, qui sachent donner lieu à une pleine acceptabilité sociale de la part des citoyens, sans excès de zèle ni laxisme. C’est une dimension essentielle pour asseoir la confiance de la société, non seulement en contexte pandémique mais aussi à plus long terme. Nous, établissements de santé, avons un rôle à jouer, pour contribuer à délivrer les bons messages et rassurer sur la sécurisation des prises en charge.

Deuxième test, sur la capacité du politique comme des administrations à coconstruire vraiment les organisations et les arbitrages avec celles et ceux qui soignent sur le terrain, et à les faire coopérer en bonne intelligence autour de missions partagées. La dichotomie est encore vivace entre l’affichage d’un volontarisme politique et la réalité du vécu des acteurs. Quant à l’ajustement au terrain, il ne doit pas se traduire par de la discordance et une hétérogénéité brouillonne de décisions, mais donner lieu à du consensus et de la concertation.

Nous vivons un moment charnière, où des changements de paradigmes fondamentaux pour l’avenir se construisent aujourd’hui. Le Ségur de la santé porte en filigrane la volonté de rebattre les cartes entre le national et le régional. Mais il ne saurait avoir, a fortiori en temps de crise, de démocratie territoriale de santé vivante sans cap cohérent et concerté avec tous.

Nous sommes prêts


Edito 106 hebdo 16092020
« Vivre avec le virus », tout en maintenant des mesures sanitaires strictes de protection des citoyens : telle semble être la ligne adoptée aujourd’hui par l’exécutif, une ligne de crête subtile entre maintien du pays à flot et haut niveau de vigilance quant à la progression du virus. De tels équilibres sont complexes, et le temps n’est pas à la polémique mais à la mobilisation sous la bannière de la coopération, à la réactivité, à l’adaptation aux réalités du terrain et à la responsabilisation.

La mobilisation : certes, la situation est préoccupante, mais nous sommes prêts. Au pic de la crise sanitaire, les cliniques et hôpitaux privés ont démontré à quel point on pouvait compter sur eux, et cette réalité ne se démentira pas dans les mois à venir. Dans cette période anxiogène, il est important de rassurer, d’autant que notre expérience de la première vague nous permet une appréciation plus fine de la situation. Autre facteur de confiance, la coopération entre le secteur public et le secteur privé sous l’égide des ARS relève maintenant de l’évidence, et toute régression serait inacceptable aux yeux des Français. 

La réactivité : il est essentiel d’être en capacité de réactiver rapidement des dispositifs qui avaient été mis en place au cœur de la crise. Je pense particulièrement aux autorisations de réanimation dérogatoires, accordées au printemps, et qui devront être renouvelées rapidement quand les besoins se feront sentir. Plus largement, nous souhaitons que certaines dysfonctionnements passés - je pense notamment à la gestion des équipements de protection pour les professionnels - ne puissent plus avoir cours. Concernant les tests, les soignants doivent être prioritaires, tout comme les patients pris en charge dans les établissements de santé. La fluidité dans la prise de décision doit être plus que jamais de rigueur, pour libérer les esprits autour de la seule chose qui compte : soigner.
L’adaptation aux réalités de terrain : je souscris à la volonté du Gouvernement d’être en phase avec la situation épidémiologique des territoires, avec des actions ciblées dans l’espace et dans le temps, coconstruites avec les acteurs. Une déprogrammation nationale serait préjudiciable à la santé des Français, et à l’indispensable retour aux soins. Les retards de soin peuvent avoir des conséquences graves. Les conditions de prise en charge dans les établissements de santé, les cabinets, sont parfaitement sécurisées, et il est de notre devoir de le dire.

La responsabilisation enfin : les citoyens, exemplaires pendant le confinement, doivent rester fidèles à cette conscience citoyenne, par le port du masque et le respect des gestes barrières. En agissant ainsi, ils sont nos meilleurs alliés.

Relance et résilience


edito LG 106 09092020
J’en exprimais la semaine dernière le souhait, c’est à présent une réalité : le Plan de relance présenté par le Premier ministre reconnait la santé comme un secteur stratégique, porteur de valeur, facteur de cohésion, créateur d’emploi, essentiel pour bâtir la France de demain. Il s’inscrit ainsi en rupture avec une vision qui a longtemps prévalu par le passé, celle d’une santé essentiellement vue comme un poste de coûts.

Sans doute la crise sanitaire a-t-elle fait progresser les représentations, en érigeant la santé et le soin comme des composantes irremplaçables, insubstituables, de notre vie collective. Investir, à tous les sens du terme, dans la santé, en revaloriser ses acteurs, sont, pour reprendre les mots de la philosophe Cynthia Fleury, « la condition de notre résilience ».

Investir, d’abord, dans les femmes et les hommes qui soignent. Le Plan de relance dédie notamment un effort financier important au renforcement de la formation professionnelle, en prévoyant la création d’ici 2021 de 16 000 nouvelles places de formation d’infirmiers et d’aides-soignants. Edifier la société du soin suppose de relever un défi, celui d’amener les jeunes générations vers ces métiers exigeants et passionnants, en déconstruisant certaines représentations stéréotypées et en se donnant les moyens de renforcer leur attractivité. Bien sûr, c’est un premier pas, tant les besoins des établissements en professionnels de santé sont importants : mais aux côtés du Gouvernement, nous saurons accompagner et amplifier en continu cette ambition.

Investir, ensuite, dans toutes les technologies d’avenir et voies de modernisation pour les établissements de santé et les professionnels, au service des patients. Là aussi, les montants consacrés à l’investissement en santé sont substantiels : la pertinence des choix stratégiques à opérer constitue donc un enjeu majeur. La clé de la réussite est l’accompagnement de projets réellement structurants pour l’avenir de la santé. La lutte contre le virus nous montre d’ailleurs les bons chemins à emprunter : ceux qui favorisent l’interopérabilité, la fluidité des relations des acteurs de santé entre eux pour mieux soigner, ceux qui misent sur la capacité d’innovation des territoires, ou encore ceux qui contribuent à la reconquête d’une forme de souveraineté industrielle.

Ségur, Plan de relance, PLFSS 2021 : autant d’étapes fondamentales qui marquent cette année inédite, et dont l’esprit doit être guidé par les enseignements de ces derniers mois. Le Ségur a très justement cranté un principe, celui de l’égalité de traitement entre les acteurs de santé de tous statuts, à la lumière notamment des missions accomplies pendant la crise. Ce principe doit être sanctuarisé dans tous les actes politiques qui seront désormais posés : je pense par exemple à la baisse annoncée des impôts de production, qui nous donnera de la latitude pour recruter et investir. Dans cette dynamique de relance, chacun est concerné, chacun a un rôle éminent à jouer, et l’hospitalisation privée y prendra toute sa part.

Des souhaits et des espoirs, malgré tout…


MODELE edito 106 hebdo 2 septembre 2020
Elles semblent loin, cette année, les bonnes résolutions de rentrée ! Beaucoup d’inquiétudes, d’incertitudes sur l’avenir, obèrent la volonté de se projeter dans des perspectives attractives. Chacun porte encore les cicatrices des drames du printemps et sait bien que le péril pandémique est loin d’être écarté. Cette épée de Damoclès pèse sur notre quotidien.

Pourtant, pour ce premier éditorial de septembre, je voudrais donner quelques raisons de croire en nos ressources collectives pour faire face dans les mois à venir. Au plus fort de la crise sanitaire, les acteurs de santé ont appris, ont innové, ont progressé dans leur capacité à travailler ensemble pour soigner les Français. La puissance publique est parvenue à sortir de sa zone de confort pour accélérer les prises de décision dans l’urgence. Ce que nous avons engrangé comme expertise doit désormais irriguer toutes nos pratiques. Au tout début de la crise, on pouvait admettre certains démarrages laborieux en matière de coopération entre le public et le privé. A présent, il ne serait plus tolérable qu’il faille attendre que l’épidémie parvienne à un stade critique pour faire appel à tous. Nous nous devons œuvrer ensemble à combattre le virus, et ainsi adresser un message positif de rassurance aux Français.

Au-delà du combat contre le virus, je veux aussi croire que ces temps exceptionnels vont changer nos représentations et impulser de nouveaux paradigmes. Ce n’est pas une figure de style : nous savons tous comme la tentation de se replier sur ses bases familières peut être forte. Ce serait le pire des choix. La crise a révélé des aspirations à œuvrer autour de projets, à trouver du sens à l’action, à réinvestir dans les compétences humaines, à faire émerger des idées sur le terrain. Un retour à une caporalisation du monde de la santé, à des injonctions descendantes dénuées de souffle, à des visions court-termistes agrémentées de saupoudrages budgétaires pour apaiser les troupes, serait désastreux. Le Ségur de la Santé a créé un espoir, celui d’une gouvernance de la santé fondée sur des projets qui rassemblent, qui valorise et qui fédère les acteurs, celui d’une démocratie territoriale épanouie qui prenne en compte les besoins des citoyens de la manière la plus fine et se donne les moyens humains et financiers d’y répondre. Prenons garde de ne pas dévier de ce cap.

Enfin, j’exprimerais un dernier souhait, celui que le plan de relance annoncé demain par le Gouvernement intègre pleinement la santé, secteur à forte valeur ajoutée qui crée des emplois et génère de la confiance et de la cohésion sociale partout où elle s’implante. L’esprit de ce plan de relance - une vraie ambition à décliner rapidement, des investissements stratégiques, des mesures de simplification et un ancrage dans les territoires - prédispose résolument la santé à en être étroitement partie prenante, et nous allons, en cette rentrée, y œuvrer !

Comme une évidence


MODELE edito 106 hebdo 22 juillet 2020
A l’issue de six semaines d’échanges et de concertation, 90 parties prenantes, plus de 100 réunions, 200 contributions et 118 000 réponses à l’enquête auprès des professionnels de santé, Olivier Véran et Nicole Notat ont présenté hier les conclusions du Ségur de la Santé : 33 mesures en tout, pour « poursuivre la modernisation du système de santé » et « être à la hauteur des soignants comme des patients ».

Dès les débuts, l’hospitalisation privée a pris part activement et sans réserve à cette démarche. Après l’épreuve du Covid, s’inscrire dans une dynamique contributive et constructive revêtait un caractère impérieux : nous n’avions pas le droit de laisser perdre tous les enseignements accumulés dans le combat contre le virus. Bâtir pour l’avenir serait le meilleur hommage à rendre aux professionnels et aux établissements de santé.

La semaine dernière, des décisions fortes ont été prises pour revaloriser les métiers du soin, à la mesure de l’engagement de celles et ceux qui les exercent. Elle ont privilégié l’équité entre le secteur public et le secteur privé. Cela prouve que les mentalités évoluent : l’équité est en passe de devenir une évidence, davantage encore à la lumière des coopérations exemplaires qui se sont forgées pendant la crise sanitaire. J’y vois une avancée majeure, un de ces « effets cliquet » qui change une société et lui permet de progresser. La santé des Français y gagnera beaucoup.

Sur les 28 mesures du Ségur qui concernent l’ensemble des acteurs de santé, une vingtaine s’inscrivent clairement dans l’esprit de ce que l’hospitalisation privée a porté et proposé. Du renforcement de la démocratie territoriale à un Ondam pluriannuel et médicalisé, du confortement des ARS à l’effort massif d’investissement, notamment sur le numérique, de l’augmentation du nombre de professionnels paramédicaux formés à la simplification d’un certain nombre de procédures, les impulsions du Ségur vont assurément dans le bon sens.

Sur certains sujets, nous aspirerons à davantage de volontarisme : je pense par exemple à la formation et à l’emploi, car la relance de notre pays passe aussi par la santé. Le comité de suivi du Ségur nous permettra de l’exprimer, tout comme le futur Ségur de la santé publique ouvrira de nouveaux chantiers, aussi importants que celui de la réduction des inégalités sociales de santé.

Pour l’heure, je retiens la référence du ministre de la santé hier aux « coopérations réussies » pendant la crise. Une mission sera confiée à des acteurs des trois secteurs - public, privé associatif, privé - pour parvenir à travailler toujours mieux au service des patients. Là encore, cette mission illustre le chemin parcouru, la reconnaissance qu’on est meilleurs ensemble, comme une évidence.

Croire en l’intelligence collective


MODELE edito 106 hebdo 29 juillet 2020
Il est dans la nature humaine de se tourner vers l’après, et du rôle d’une Fédération d’anticiper les événements à venir. Néanmoins, après les mois qui nous venons de vivre, il est sage de faire un « arrêt sur image », de poser un regard en surplomb du tourbillon des événements, et de regarder ce qui a changé dans notre monde. La période estivale y est propice.

Au risque de surprendre, je refuse de me borner à analyser la crise sanitaire sous l’unique prisme des failles et des manquements. Oui, il y a eu des retards, des dysfonctionnements organisationnels, des refus de coopération, auxquels il convient de remédier pour être collectivement mieux préparés à une résurgence forte de la menace. Mais il y a aussi, et surtout, la grandeur d’un pays et de ses forces vives, en premier lieu les acteurs de santé, lorsque les circonstances l’exigent : des innovations se sont déployées, des lourdeurs administratives ont été cassées, des institutions et des professionnels qui se toisaient d’un air suspicieux ont travaillé ensemble, et l’Etat a joué son rôle de protecteur et d’amortisseur du choc. Les Français ont payé un très lourd tribut à la pandémie : nous avons le devoir de leur prouver que cette intelligence collective va perdurer, que personne ne retombera dans ses vieux travers, et bien sûr, qu’ils peuvent compter sur nous.

On entendait aussi dire, « avant », qu’il était difficile de mener des réformes vraiment systémiques en santé, et que les marges de manœuvre pour agir étaient ténues. La crise est venue balayer les frilosités et rebattre les cartes dans la hiérarchie des priorités. S’il ne répond pas à tous les problèmes, s’il reste encore frileux sur certains enjeux, le Ségur de la Santé est d’une ambition dont personne n’aurait pu imaginer l’ampleur il y a encore quelques mois. Ce n’est pas juste une question de rémunération, mais de représentation : la Nation reconnait que le monde du soin est l’armature d’une société en bon état de fonctionnement. On pourrait dire, sur le mode café du commerce : le Gouvernement n’avait pas le choix. Peut-être. Mais si on regarde plus loin que le bout du nez politicien, cela prouve qu’il y a dans notre pays des ressources d’intelligence collective qui nous permettent de changer, drastiquement, le cours des choses.

Enfin, on a beaucoup glosé sur l’irresponsabilité des citoyens face au virus. Il faut convenir qu’entre injonctions contradictoires et polémiques scientifiques livrées en pâture aux médias, on ne leur a pas beaucoup facilité la tâche ! Et pourtant, là aussi, l’intelligence collective est à l’œuvre : nous avons inventé d’autres façons d’interagir, d’exprimer nos émotions, de faire société, et cela avec une plasticité surprenante si l’on considère que nos modes de vie n’ont réellement changé que depuis mars dernier… Les professionnels de santé ont travaillé sur la préservation de la relation de soin dans le contexte du Covid. Peut-être a-t-on renoué davantage avec ce que signifie « prendre soin » de l’autre, et ce n’est pas le moindre des acquis de cette période.

Alors oui, demain, il y aura la déclinaison concrète du Ségur, un PLFSS 2021 aux contours exceptionnels, et beaucoup d’incertitudes quant à l’évolution de la situation sanitaire. L’hospitalisation privée sera au rendez-vous de ces challenges. Mais en attendant, profitons de ce moment pour rassembler toutes les énergies et mobiliser ce qu’il y a de meilleur, pour nous retrouver et préparer au mieux la rentrée.

Une Fête Nationale sous le signe de la santé


MODELE edito 106 hebdo 15 juillet 2020
Nous n’oublierons pas de sitôt cette Fête Nationale singulière, où le Covid est venu percuter nos rituels républicains comme nos rendez-vous festifs. Mais nous n’oublierons pas non plus que la santé, et les soignants, ont été au cœur de l’hommage de la Nation.

« Un moment historique pour le système de santé » : c’est en ces termes que Jean Castex a qualifié les accords du Ségur de la Santé. Et sans doute, même si de nombreux sujets demeurent encore à l’agenda, l’ampleur de l’engagement de l’Etat - plus de 8 milliards - mérite-t-il ce qualificatif.

Mais au-delà des moyens, je retiens aussi la reconnaissance distribuée au public comme au privé. Une reconnaissance dont la légitimité n’a jamais été questionnée au plus haut niveau de l’Etat lors des concertations Ségur : c’est assez rare pour être souligné, et apprécié comme il se doit.

Le Premier ministre a même eu lundi des mots d’une grande puissance symbolique en évoquant « ces femmes et ces hommes très attachés au service public de sante », « qui s’étend au privé », et qui fait « la force, l’attractivité et la grandeur de notre pays ». Il y a, résumée dans cette phrase, toute la philosophie de notre action de ces derniers mois, cette mise en partage des missions au service des patients, exigeante mais tellement nécessaire.

Olivier Veran a promis d’autres mesures dans les jours à venir, sur l’organisation des soins, sur la réponse aux besoins de santé, sur la démocratie sanitaire. Nous y serons attentifs. Au delà de l’enjeu des rémunérations, de multiples voies sont à explorer pour redonner sens et attractivité aux métiers du soin. Le Président de la République a évoqué lors de son interview du 14 Juillet le développement de la formation professionnelle comme étant au centre des préoccupations gouvernementales. Cette impulsion doit trouver sa pleine traduction dans le domaine de la santé.

Les accords du Ségur ne sont pas une conclusion. Ils constituent la déclinaison concrète des premières leçons tirées de la crise sanitaire : l’indispensable revalorisation des professionnels, et la reconnaissance explicite du rôle joué par chacun des secteurs. C’est une première étape dans la refondation plus générale de notre système de santé, avec, en surplomb, une menace pandémique persistante. La santé n’a pas fini d’être au cœur des enjeux de notre pays.






La santé, au cœur du pacte social


MODELE edito 106 hebdo 8 juillet 2020
Entre les grandes manœuvres à la tête de l’Etat et la nécessité de trouver un terrain d’entente autour de la rémunération des soignants, les arbitrages du Ségur de la Santé se font désirer. Mais le nouveau Premier ministre s’est tout de suite saisi de ce défi, bien décidé à conclure le Ségur dès cette semaine par un accord qui satisfasse les parties. Un terrain complexe, mais familier pour Jean Castex, fin connaisseur de longue date des enjeux de santé et des politiques sociales. Cela permet raisonnablement d’espérer une issue favorable... sous le signe de l’égalité de traitement de tous les acteurs.

Dans cette dernière ligne droite après des semaines de concertation, l’hospitalisation privée demeure particulièrement vigilante à ce que les professionnels du secteur, mobilisés avec une intensité peu commune pendant la crise, bénéficient de toute la reconnaissance qu’ils méritent...

Invité du journal télévisé vendredi soir, le Premier ministre a affirmé croire « aux territoires, à la confiance et aux valeurs de responsabilité ». L’hospitalisation privée ne peut que souscrire à cette philosophie d’action. Les propositions que nous avons portées dans le cadre du Ségur procèdent très largement de cette volonté de redonner des latitudes d’action aux acteurs du territoire, de privilégier la concertation et la responsabilisation, pour répondre de façon adéquate aux besoins des citoyens.

Au-delà du maintien des niveaux d’alerte nécessaire sur la pandémie et des décisions du Ségur, c’est tout un pays qui doit à présent se relever et affronter l’impact économique et social de la crise. Jean Castex veut à juste titre, à la faveur du Ségur, remettre l’emploi au cœur des préoccupations. C’est essentiel. La santé est un secteur créateur d’emplois qui doit être partie prenante de la relance de la Nation. N’oublions pas, parmi les chantiers immenses de ce « nouveau pacte social » que le Premier ministre appelle de ses vœux, l’enjeu majeur de la formation.

Je n’aurai garde d’oublier l’importance de la continuité politique dans le contexte présent, entre le péril pandémique en embuscade, des décisions majeures en passe d’être prises dans le champ de la santé, et évidemment le PLFSS à forts enjeux qui se profile. Olivier Véran reste, et c’est heureux, aux commandes de la Santé, et je salue l’arrivée de Brigitte Bourguignon sur le dossier autonomie. La continuité de l'action publique et leur connaissance des dossiers seront des atouts précieux pour conduire une refondation ambitieuse et équitable de notre système de soin

La santé, un enjeu démocratique


MODELE edito 106 hebdo 1er juillet 2020
En novembre dernier, je participais à un débat sur les enjeux de santé dans le cadre du Congrès de l’Association des Maires de France. Sur scène et dans la salle, quelques 150 maires étaient venus témoigner de leur quotidien et des inquiétudes de leurs concitoyens en matière d’accès aux soins. Dans leurs mairies, leurs permanences, ils étaient tout autant interpellés sur la santé, voire davantage, que sur les sujets d’emploi ou de logement… Nul doute que les nouveaux maires élus dimanche dernier auront largement eux aussi cette priorité à leur agenda.

Avec ces élus de toutes les sensibilités politiques, nous avions eu un échange de grande qualité. J’avais été frappé par leur absence d’idées préconçues, par leur ouverture d’esprit, leur pragmatisme : que le soutien et l’offre de santé viennent du public ou du privé n’importait pas, ils aspiraient seulement à des solutions concrètes, ancrées dans la réalité des besoins de la population dans leur commune.

Je ne l’ai pas oublié quand j’ai porté pendant la crise sanitaire l’impératif de coopération des acteurs de santé. Si certains discours teintés d’idéologie sont encore tenaces, ils résistent difficilement face aux résultats du terrain.

Lors de ce débat, j’avais senti aussi affleurer une amertume de la part de ces élus locaux, entre préoccupation et sentiment d’impuissance. Un sujet fait largement consensus aujourd’hui dans les débats du Ségur de la santé : les élus territoriaux doivent revenir dans le jeu de la gouvernance de la santé.

L’hospitalisation privée porte le concept de « démocratie territoriale de santé », qui confère aux collectivités locales un rôle moteur dans l’animation des projets territoriaux de santé, aux côtés d’ARS confortées dans leurs missions de régulation, de financement et de contrôle. Il ne s’agit pas de savoir qui doit avoir la suprématie, mais de dégager les bons équilibres : la crise a montré à quel point nous gagnerions à mieux nous connaitre, à mieux travailler ensemble, les professionnels, l’administration, les élus, les usagers…

Le scrutin qui vient d’avoir lieu fait apparaître dans le paysage politique de nouveaux visages, de nouvelles sensibilités. Les repères politiques classiques sont souvent chahutés, les Français cherchent dans l’après-crise à donner un autre sens à l’action publique, la préoccupation environnementale, indissociable du sujet de la santé, émerge. Mais le fait majeur demeure l’abstention écrasante, alors que les élus locaux sont pourtant ceux qui bénéficient d’un réel crédit de confiance et d’adhésion. Il convient d’entendre ces messages, y compris lorsqu’on est acteur de santé. Entendre la quête de sens tout d’abord, et y répondre par l’accomplissement de nos missions de santé, qui sont l’une des illustrations les plus manifestes du service de l’intérêt général. Et redonner au politique, sur les territoires, une vraie latitude pour réinvestir les enjeux de santé, car la santé participe à la cohésion sociale et au renouveau démocratique.

Bâtir la société du prendre soin


MODELE edito 106 hebdo 24 juin 2020
Nous devrions connaitre très bientôt les décisions prises par le politique en faveur des professionnels de santé. En réalité, même si d’autres enjeux sont mis sur la table, l’exécutif sait pertinemment que l’opinion publique attend de pied ferme une juste rétribution de l’engagement de celles et ceux qu’ils ont applaudis tout au long de la crise sanitaire.

Dans une société en mal de références fédératrices, le plébiscite des « héros du quotidien » est pleinement justifié… mais il est aussi piégeant. Car placer les individus dans une posture héroïque, quasi sacrificielle - ne parle-t-on pas, d’ailleurs, de « vocation » ? - est aussi une façon d’éluder les véritables enjeux : la revalorisation des professionnels et l’attractivité des métiers.

Et là, clairement, le Ségur de la Santé doit se montrer à la hauteur de ce qui constitue un sujet majeur de société : donner envie, particulièrement aux jeunes générations, d’exercer les professions de la santé et du soin, en faisant émerger des conditions de carrière et d’exercice plus favorables, plus motivantes, porteuses de reconnaissance, de perspectives et de sens. Il y a urgence : 10% des emplois dans les établissements de santé sont actuellement vacants.

Il y a bien sûr l’enjeu des rémunérations. Si des mesures ambitieuses sont adoptées prochainement, elles doivent l’être dans des proportions et des modalités rigoureusement identiques entre le secteur public et le secteur privé de la santé. Les Français qui ont plébiscité les coopérations dans la lutte contre le virus y seront attentifs.

Au-delà, le secteur de la santé a tous les atouts pour participer à la politique de relance de notre pays. Alors que l’économie de la France est éprouvée, il offre un potentiel de 100 000 nouvelles embauches de professionnels ! Là encore, il y a urgence, pour enclencher une puissante dynamique de formation aux métiers de la santé et un vaste plan de recrutement, à la hauteur des besoins en soins de la population.

« Sans le care, la société s’effondre », nous dit la philosophe Cynthia Fleury. Nous ne savons peut-être pas de quoi demain sera fait, et si la menace pandémique s’inscrira, ou non, comme une réalité durable dans nos existences. Mais nous savons qu’il n’y a pas de temps à perdre, et que la société du prendre soin dont nous avons plus que jamais besoin se bâtit à travers les décisions politiques d’aujourd’hui.

Horizon partagé


MODELE edito 106 hebdo 17 juin 2020
Nous avons présenté aujourd’hui les propositions de l’hospitalisation privée pour l’avenir du système de santé. Contribuer au débat public fait partie de la raison d’être d’une Fédération comme la nôtre, mais le contexte sanitaire très particulier rehausse l’exigence de la démarche, tant le « Ségur » a le devoir d’ouvrir une nouvelle page de la santé de notre pays.

Nous avons bâti nos propositions sur un constat que nous avions déjà esquissé, mais que la crise est venue largement conforter : la puissante convergence de vues entre les attentes des citoyens et celles des acteurs de santé.

Les Françaises et les Français demandent d’abord une juste reconnaissance des professionnels de santé de tous statuts, au regard bien sûr de leur mobilisation de ces dernières semaines, mais plus largement à l’aune du service majeur rendu à la Nation. C’est en parfaite résonance avec ce que nous prônons : revaloriser les salaires bien sûr, mais renforcer l’attractivité des métiers de la santé, assortie de perspectives de carrière motivantes. Les Français sont aussi préoccupés par la situation économique et sociale actuelle : le secteur de la santé offre un potentiel de plus de 100 000 nouvelles embauches de professionnels.

Les Français ont plébiscité la coopération de acteurs de santé pendant cette crise. Il est temps de la rendre pleinement effective partout en France. Les Agences régionales de santé doivent orchestrer de manière parfaitement équitable la réponse aux enjeux de de santé. Les établissements doivent se déployer sur des missions qui transcendent le statut. Et le paysage sanitaire doit s’ouvrir davantage aux collectivités locales, aux élus, pour bâtir une véritable démocratie territoriale de santé au service des citoyens.

Les Français veulent des moyens accrus pour les établissements de santé. Ils ne se satisfont pas plus que nous d’une vision comptable de la santé. Nous proposons de repartir des fondamentaux, à savoir les priorités de santé publique, telles que la prévention, l’accès et la permanence des soins, la dépendance, la prise en charge de la précarité, les enjeux du numérique ou encore, évidemment, la prévention des crises sanitaires. Il est urgent de renouer, dans le pilotage budgétaire, avec des approches davantage médicalisées et basées sur les besoins de santé.

Enfin, de multiples études d’opinion illustrent la lassitude des Français à l’égard de la complexité et l’accumulation des normes. En santé également, beaucoup reste à faire en faveur de la simplification des procédures, la transparence des informations, la fluidité des parcours de soins pour le patient, la confiance dans les initiatives portées par les acteurs de terrain. La crise a brisé quelques carcans, pérennisons donc ce qu’elle est parvenue à imposer de meilleur dans l’adversité !

Il existe entre les Français et les acteurs de sante une volonté commune, à partir de laquelle l’hospitalisation privée a construit sa contribution à la grande consultation du Ségur de la Santé : souhaitons que cet horizon partagé puisse inspirer les décisions politiques à venir

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Une nouvelle ambition pour l’action publique


MODELE edito 106 hebdo 10 juin 2020
Les temps d’après-crise voient invariablement le retour de po