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Editos de Lamine Gharbi


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Chaque année en décembre, les femmes et les hommes qui font vivre les hôpitaux et cliniques privés dans toute la France se réunissent pour échanger sur les enjeux d’avenir du secteur, et surtout pour construire le système de santé de demain : nos « Rencontres », dont 2019 marque la 17e édition, se tiennent en effet les 11, 12 et 13 décembre prochains au Carrousel du Louvre.

Cette année s’est caractérisée par une omniprésence de la santé dans le débat public. Alors que le questionnement gouvernemental ne l’intégrait initialement pas, les Français l’ont imposée dans le Débat National. Mois après mois, les instituts d’opinion égrènent la santé comme sujet prioritaire aux yeux des personnes sondées, devant l’emploi et le pouvoir d’achat. Face au malaise du monde hospitalier, les citoyens ressentent une profonde empathie. Quant aux difficultés d’accès aux soins, elles concentrent un haut niveau de préoccupation.

Dans un tel contexte, un thème s’est naturellement imposé pour notre congrès : le rôle des établissements de santé privés dans l’accès à des soins de proximité et de qualité dans les territoires, et l’importance de notre contribution à un maillage de santé qui se relâche. La ministre de la santé Agnès Buzyn, qui nous fera l’honneur d’être à nos côtés le 12 décembre, a eu récemment une formule bienvenue : chacun détient « sa part de solution » pour répondre aux besoins de santé.

Mais nous devons avoir des garanties absolues que le privé sera systématiquement embarqué dans toutes les dynamiques, territoriales, d’attractivité, d’investissement… qui sont à l’œuvre. Le Plan hôpital récemment annoncé ne nous a pas franchement rassurés sur ce point, et c’est un euphémisme.

Une vingtaine d’intervenant.e.s viendront, eux aussi, nous faire bénéficier de leur expertise et nous exprimer « leur part de solution ». Ils sont tous, de diverses manières, en prise étroite avec les réalités d’un pays inquiet, comme nous le sommes sur le terrain dans nos établissements. L’analyste d’opinion François Miquet-Marty sera là pour nous présenter les résultats de notre 3e Observatoire sociétal FHP-Viavoice, autour d’une question-clé : la perception des enjeux de santé est-elle impactée par ces « fractures françaises » que 2019 a cruellement mises à jour ?

Il y aura donc des séquences de qualité. Il y aura aussi tout le plaisir d’être ensemble. Mais au-delà, si nous savons remettre en cause quelques idées reçues, si nous cernons mieux encore les attentes des patients, si nous faisons preuve d’inspiration et d’inventivité, alors nous ferons toutes et tous émerger, à l’occasion de ces Rencontres, des perspectives ambitieuses pour 2020.


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Depuis 20 ans, le 25 novembre est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Deux décennies de mobilisation ont été nécessaires pour faire sortir ce sujet dramatique de l’invisibilité sociale dans laquelle il avait été relégué. Mais l’actualité jette une lumière crue sur l’ampleur du phénomène. Un chiffre : en France, chaque année, 220 000 femmes sont victimes de violences de la part de leur compagnon ou ex-compagnon. 

Autre date symbolique, le 20 novembre dernier ont été célébrés les 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, sous l’égide des Nations Unies. Et un autre chiffre : en France en 2018, 67 enfants étaient décédés sous les coups d’un parent ou d’un proche. 

Le coût humain, social et économique de ce fléau des violences intrafamiliales est considérable. A quelques jours d’intervalle, ce sont donc deux plans gouvernementaux qui ont été annoncés, étroitement liés l’un à l’autre : en effet, 80% des femmes victimes sont aussi des mères.

Face à cette réalité qui nous confronte à l’indicible, les établissements comme les professionnels de santé ont un rôle majeur à jouer. Le recueil de la parole, le repérage des signaux de maltraitance, le constat des violences, la prise en charge des victimes au sein d’un parcours de soin dédié, font partie de nos missions. Les formations des professionnels, médicaux comme paramédicaux, doivent intégrer davantage ce sujet. 

Parmi les mesures gouvernementales contre les violences conjugales, figure notamment la généralisation, depuis début septembre, de la possibilité de déposer plainte dans les établissements de santé, dans le cadre de conventions de partenariat entre les structures hospitalières et les commissariats et gendarmeries. Cette prise en charge coordonnée est une avancée importante. 

Le sujet de la levée du secret médical pour les violences faites aux femmes fait débat. Certains craignent l’inhibition de la parole des victimes. Je ne trancherai pas ce débat très sensible, mais le Premier ministre a bien cerné l’enjeu en évoquant les cas d’urgence absolue. De même, pour les enfants, l’alerte par le médecin des autorités judiciaires ou administratives en cas de maltraitance avérée est une obligation : on constate d’ailleurs que les signalements progressent. 

La prise de conscience est là. Les institutions s’engagent : la Haute Autorité de Santé a émis récemment des recommandations et des outils d’aide aux professionnels de santé, sur le repérage des enfants maltraités ou en risque de l’être, ainsi que sur le repérage des femmes victimes de violences. Dans cette grande cause, établissements et professionnels, soyons tous concernés, tous mobilisés !


Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple : recommandation et bonne pratique

Maltraitance chez l’enfant : repérage et conduite à tenir


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" Des moyens considérables pour redonner de l’oxygène à la communauté des soignants" : c’est en ces termes que le Premier ministre Edouard Philippe a présenté ce matin, avec la ministre de la santé Agnès Buzyn, le plan gouvernemental pour tenter de remédier à la crise de l’hôpital.

Nous avions, depuis de nombreux mois, alerté la puissance publique sur les signaux, de moins en moins faibles, de détresse provenant du monde hospitalier. L’annonce d’un Ondam hospitalier à 2,1%, totalement déconnecté des besoins réels des établissements et des patients, avait frappé de stupeur les acteurs de santé comme la représentation nationale.

La séquence de ce jour témoigne d’un véritable effort pour endiguer le mal, à travers une revalorisation de l’Ondam, l’engagement d’un dégel intégral des crédits mis en réserve, auxquels il faut ajouter l’adoption récente - et marquante - du principe de pluriannualité des ressources : autant de mesures positives et nécessaires, en faveur desquelles nous n’avons eu de cesse de plaider.

Mais la situation est telle que toutes les inquiétudes ne sont pas dissipées, loin de là. L’annonce d’une évolution des tarifs des établissements inférieure à l’inflation vient doucher notre enthousiasme. Sur ce point, la copie est à revoir, afin de créer les conditions de la confiance et du dynamisme pour les hôpitaux et cliniques ainsi que pour les professionnels.

La confiance passe aussi par la garantie que, dans cette démarche, personne ne sera laissé de côté. Des thèmes majeurs comme le renforcement de l’attractivité des carrières ou la relance de l’investissement concernent tous les acteurs, publics comme privés. Gardons-nous donc de fragiliser la politique menée jusqu’à présent, faisant primer la mission sur le statut : soutenons tous les acteurs !


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Une décision toute récente du Conseil d’Etat risque de changer grandement la donne en matière de communication en santé. Les articles du code de déontologie des médecins et des dentistes leur interdisant toute publicité sont contraires au droit de l’Union Européenne, a-t-il en effet estimé mercredi dans deux arrêts revenant sur sa jurisprudence antérieure.

Dès juin 2018, dans un rapport remis au Premier ministre, le Conseil d’Etat avait plaidé en faveur d’un assouplissement de la règlementation applicable en matière d’information et de publicité pour les professions de santé. La Fédération de l’Hospitalisation Privée avait été auditionnée dans le cadre, et nous avions fait passer deux messages principaux.

Tout d’abord, l’encadrement drastique des informations que les praticiens peuvent aujourd’hui rendre publiques n’est plus compatible avec les attentes légitimes des patients, qui aspirent à davantage d’information et de lisibilité sur l’offre de soins… et sur la qualité de celle-ci !

Pouvoir, dans le strict respect des règles déontologiques, communiquer sur son parcours, ses compétences et ses pratiques et délivrer des informations objectives scientifiques ou pédagogiques, profitera à tous : au patient bien sûr, éclairé de manière plus fiable sur ses choix ; mais aussi au médecin, dont l’expertise gagnera à être mieux connue et reconnue.

Par ailleurs, l’essor de l’économie numérique va frapper d’une obsolescence de plus en plus rapide certaines des restrictions actuelles en matière d’information dans le domaine de la santé. Plutôt de que subir, soyons proactifs, en gardant tact et mesure en toutes choses ! Le tact et la mesure, cela n’aura échappé à personne, n’est pas forcément la qualité première des réseaux sociaux… Il suffit pour s’en convaincre de voir l’opprobre jeté sans discernement sur celles et ceux qui soignent à travers le hashtag BalanceTonMédecin.

Offrir aux praticiens l’opportunité de mieux informer, de manière intelligente et éthique, leur permettra également d’être davantage acteurs de leur « e-reputation ». 

A l’image de la société dans son ensemble, médecins comme patients aspirent aujourd’hui à faire tomber certains carcans pour privilégier la transparence de l’information, qui constitue aussi, ne l’oublions pas, un vrai enjeu d’égalité d’accès aux soins.


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C’est une petite évolution sémantique, mais elle ne manque pas d’attirer l’attention : le nouveau conseiller de la ministre de la santé en charge de l’organisation des soins est aussi en charge de… l’exécution des réformes. Le souhait est manifeste, aux côtés des sujets de fond, d’afficher un volontarisme réformateur et « d’incarner » la méthode pour y parvenir.

Or cet enjeu est crucial, tant « la méthode est la clé de la réforme », pour reprendre l’intitulé d’un intéressant rapport de l’Institut Montaigne/Roland Berger publié en 2018. Son message ? Il n’y a aucune malédiction française autour de la volonté de réforme, mais le plus souvent des défauts de méthode, une absence de transparence et d’indicateurs clairs et compréhensibles, et de pédagogie et de visibilité sur les impacts. Si ces paramètres clés sont clarifiés, on crante une appropriation et une adhésion des acteurs, qui sécurisent la réussite ultérieure de la réforme.

Cette analyse trouve dans les réformes initiées dans le domaine de la santé d’éclairantes illustrations. Les lacunes en matière de données tangibles indispensable pour étayer les trajectoires, un pilotage parfois erratique au gré de calendriers fluctuants, l’absence de simulations ou d’études d’impact, jettent trop fréquemment le doute sur des réformes dont le bien-fondé est pourtant reconnu.

La méthode est, dit-on, "l’art de rendre possible ce qui est nécessaire". L’enjeu est donc considérable pour permettre la pleine et entière réussite de la stratégie de transformation du système de santé, et générer de la confiance et de la mobilisation autour des grands défis.

A ce titre, l’adoption dans le PLFSS du principe de régulation pluriannuelle des ressources des établissements de santé constitue une avancée notable, sur le fond naturellement, mais aussi sur la méthode. L’objectif est en effet de définir les contours de cette pluriannualité sur la période 2020-2022 au sein d’un « protocole » - tel est le terme précis inscrit dans la loi - qui définit les engagements respectifs de l’Etat et des organisations représentatives des établissements de santé publics et privés.

Cette démarche de contractualisation va constituer un excellent test de notre capacité collective à aboutir positivement sur le sujet, dans un cadre de pilotage clair et des délais rapides… en bref, dans un cadre méthodologique rigoureux et engageant !





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C’est un chiffre très significatif, que l’on trouve au détour d’un sondage* qui vient d’être publié sur la… laïcité. Invités à indiquer leurs thèmes prioritaires pour les mois qui viennent, les Français mentionnent la santé en première position, à 82%, devant la lutte contre le chômage et le pouvoir d’achat.

La santé a clairement pris aujourd’hui dans le débat public une place prépondérante, et l’accès aux soins constitue un sujet majeur de préoccupation. Au plus haut niveau de l’Etat, on ne s’y trompe pas : invité hier sur l’antenne de RTL, le Président de la République a évoqué les maux du système de santé, et notamment de l’hôpital, en pointant la nécessité, aux côtés des réformes de long terme, d’apporter « une réponse d’urgence pour traiter les souffrances immédiates » et de « remettre des moyens ».

C’est cette même volonté de trouver rapidement des voies d’amélioration de la situation, qui a présidé à l’adoption la semaine dernière d’un amendement gouvernemental au PLFSS actant une trajectoire pluriannuelle des ressources des établissements de santé sur trois ans. « Une base légale pour des engagements mutuels ambitieux et chiffrés », a dit la ministre. Cet amendement est l’aboutissement heureux d’une démarche volontariste initiée par toutes les fédérations hospitalières depuis de longs mois.

Cette avancée, qualifiée d’« historique » par Agnès Buzyn, marque un puissant changement de paradigme dans les relations entre l’Etat et les acteurs de santé, vers une contractualisation autour d’engagements réciproques. Elle a recueilli une large adhésion sur les bancs de l’Assemblée Nationale, avec un point majeur de vigilance toutefois, exprimé par de nombreux députés, et qu’évidemment nous partageons : la garantie d’un niveau de ressources cohérent avec les besoins des établissements de santé et les impulsions de « Ma santé 2022 ».

Dès à présent, le travail sur les contours précis et détaillé du protocole va débuter avec les pouvoirs publics. Nous l’abordons avec confiance. Nous sommes convaincus que dans le contexte actuel, chacun aura la volonté de donner à cette inscription « dans le dur » du principe de pluriannualité une déclinaison concrète ambitieuse, assortie des moyens qui s’imposent

*Sondage IFOP-JDD - « Les Français, la laïcité et la lutte contre l’islamisme » - Octobre 2019


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Je reprendrais volontiers aujourd’hui à mon compte l’expression de la ministre de la santé hier dans l’hémicycle, relative au « trésor national »… dans une acception élargie toutefois ! Car ce sont tous les établissements de santé, publics comme privés, qui doivent « avoir la place qu’ils méritent ». Le rôle que nous jouons dans le pays est majeur et mérite d’être pleinement sauvegardé.

Dans un sondage tout récent* et sans appel, les Français déplorent largement (85 %) le manque de moyens, tant financiers qu’humains, dévolus au secteur hospitalier. Ils y voient la cause principale du dysfonctionnement des urgences, bien avant la dimension organisationnelle, et soutiennent à plus de 80 % le mouvement de grève… Ils y imputent aussi la dégradation de la qualité des prises en charge et l’insuffisante reconnaissance accordée aux professionnels de santé. 

Un élément particulièrement marquant est la convergence des catégories sociales et politiques autour de ce soutien à l’hôpital, puisque par exemple 88% des sympathisants LREM appellent à un appui accru des responsables politiques sur le sujet…

Cette enquête, axée sur le public, fait du reste largement écho aux résultats de notre Observatoire FHP-Viavoice 2018, qui concernait les acteurs de tous statuts. Il pointait déjà clairement l’insuffisance des moyens attribués aux acteurs hospitaliers publics comme privés pour accomplir leurs missions. 

L’inquiétude qui traverse la société sur ce sujet de la santé est donc intense, massive, et dépasse les considérations statutaires. Les établissements de santé et les professionnels qui y exercent font l’objet de toute la sollicitude des citoyens, qui l’expriment avec force aux politiques. Les débats sur le PLFSS qui ont débuté à l’Assemblée Nationale en sont le reflet : le député Jean-Carles Grelier, pourtant connu pour ses propos mesurés, qualifiait hier soir le sous-financement de l’Ondam hospitalier de « dernière estocade à notre service public de santé ».

C’est dans un tel contexte que toutes les fédérations hospitalières demandent une réévaluation de l’Ondam hospitalier à 2.4 et un engagement positif en matière de ressources pour les trois prochaines années. La ministre de la santé a pris une orientation forte, que nous saluons et qui pourrait trouver sa concrétisation très rapidement : celui d’une régulation pluriannuelle des ressources des établissements de santé. C’est un chemin inédit, profondément novateur, mais qui ne trouvera sa pleine expression politique que dans des conditions propices.

Nous voulons être des acteurs responsables : nous savons que les maux de notre système ne se résoudront pas instantanément. Nous sommes prêts à prendre des engagements concrets si une pluriannualité positive est actée. La ministre de la santé est dans son rôle quand elle fixe un cap ambitieux de réformes de fond. Nous soutenons les grandes orientations qu’elle porte, et nous continuerons, alors qu’elle a annoncé vouloir faire de nouvelles propositions rapidement, en concertation avec les acteurs, à être dans la construction…. sous réserve que le secteur privé soit lui aussi vraiment pris en considération.

Aujourd’hui, j’ai le sentiment que chacun prend la mesure de la gravité de l’enjeu. Les signaux qui nous seront donnés dans les jours, les semaines qui viennent, vont donc être décisifs.


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C’est un rapport qui tombe à point nommé, alors que les débats autour du Projet de loi de financement de la sécurité sociale s’ouvrent cette semaine : la Mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du Sénat (Mecss) avait en effet décidé de consacrer une mission à l’Ondam, l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie, dans la perspective de lui redonner du sens. 

Les conclusions des travaux des sénateurs Catherine Deroche et René-Paul Savary, visant à remettre davantage de transparence, d’équité et de visibilité dans la gestion de l’Ondam et à l’inscrire dans une vision prospective aujourd’hui largement défaillante, sont particulièrement intéressantes. Plusieurs propositions émises s’inscrivent de surcroit largement en résonance avec les messages portés aujourd’hui par les fédérations hospitalières de tous statuts, autour de la nécessaire vision pluriannuelle des ressources des établissements de santé.

Les sénateurs analysent avec lucidité les dysfonctionnements du système actuel et d’une logique de « rabot », alliée à une régulation à courte vue qui rogne tout élan et réduit les capacités des acteurs hospitaliers à investir pour préparer les défis de la santé de demain. Il convient, martèlent-ils, de « donner une visibilité pluriannuelle aux acteurs sur l’évolution des financements, afin que ces derniers puissent adapter leurs organisations ». Et de privilégier des approches favorisant un vrai pilotage qualitatif, fondé notamment sur la qualité et la pertinence des soins prodigués au patient…

Ils déplorent du reste, de manière plus générale, le défaut d’analyses réellement prospectives autour des grandes tendances de l’évolution de la dépense de santé. C’est pourtant ce cap partagé qui pourrait redonner toute sa raison d’être à l’action. Ce n’est pas anodin, dans le contexte actuel, que ce rapport se place clairement sous le signe du « sens » et des perspectives à donner à des acteurs de santé en tension.

Des études sociologiques montrent en effet une décorrélation croissante, chez celles et ceux qui soignent, entre fierté et satisfaction. La fierté, celle de remplir des missions essentielles de soins au service des patients, est toujours bien présente. Ces métiers ne sont pas tout à fait comme les autres… et les Français le savent bien, leur témoignant une confiance toujours intacte et les gratifiant d’une reconnaissance réelle. Mais au fil des années, la satisfaction, celle de parvenir à accomplir son travail dans des conditions favorables et avec des moyens suffisants, s’est notablement émoussée. Aujourd’hui, pour les établissements de santé et celles et ceux qui y travaillent, il est temps de réconcilier fierté et satisfaction et, comme en appelle ce travail parlementaire, de « redonner du sens ».


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C’est une information peu habituelle, qui a donc fait l’objet de nombreuses reprises, et pas seulement de la part des médias locaux : « un hôpital public en passe d’être repris par le privé », titrait hier Le Monde. Un centre hospitalier de Maine-et-Loire, en grande difficulté financière et jugé par la Cour des Comptes « sous survie artificielle après de lourdes carences de gestion », fait en effet l’objet d’un appel à repreneur lancé par l’ARS et le conseil départemental. Essentiellement tourné vers la prise en charge des personnes âgées, l’établissement n’est pas encore fixé sur son sort, car la décision se fait attendre… 

Il est certes tout à fait légitime que sur une décision de cette nature, tous les éléments du dossier, notamment de nature juridique, soient pris en considération avec le plus grand discernement : gageons que les autorités concernées sauront le faire. Mais les débats depuis quelques jours autour de ce sujet m’inspirent certaines réflexions.

Force est d’abord de constater que la défiance a priori envers le privé peut être encore vivace, et que les oppositions politiques relèvent parfois davantage de présupposés idéologiques plus que d’une appréciation objective de la situation. Face à une situation comme celle-ci, une seule considération doit prédominer : l’effectivité de la réponse aux besoins des patients sur un territoire, et la pérennité de cette réponse, qui doit être apportée par des acteurs à la fois responsables et engagés. Telle est aussi, d’ailleurs, la nature de notre message sur les urgences, qui plaide pour un meilleur partage de la charge entre public et privé.

Contrairement au passé, la stratégie de transformation du système de santé impulsée par Agnès Buzyn témoigne d’une volonté réelle de faire coopérer les acteurs de santé, au-delà des considérations de statuts, à égalité de droits mais aussi de devoirs, en faisant primer les missions au service du public. Une illustration parmi d’autres : le fait que les hôpitaux de proximité puissent être aussi bien publics que privés. 

Un système de santé pleinement mature doit donc pouvoir compter sur toutes ses forces vives, les faire coopérer de la manière la plus efficace qui soit, et surtout parvenir à trouver dans chaque situation la meilleure solution à offrir aux citoyens en matière d’offre de soins. 

Avec une telle grille de lecture, dépourvue d’arrière-pensées dogmatiques ou de représentations erronées, nous ferons tous ensemble progresser la santé en France.


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Comme chaque année, la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale a lancé lundi la grande séquence du PLFSS. 

Dans un contexte de crise des urgences, d’inquiétudes des citoyens sur l’accès aux soins, de mutations épidémiologiques et démographiques, et de volonté de transformation du système de santé, convenons que l’arbitrage sur l’Ondam hospitalier - fixé à 2,1% - est difficilement compréhensible ! 

Difficilement compréhensible, et dommageable si l’on considère que les décisions politiques récentes envers les acteurs hospitaliers de tous statuts s’étaient caractérisées par une réelle prise de conscience de leurs difficultés et une considération marquée pour leurs missions. 

Parce que nous ne doutons pas de la sincérité de cette démarche, nous peinons à croire que cette décision sera maintenue en l’état… tant il est important, pour progresser ensemble au service des patients, de maintenir intacte la confiance et de l’inscrire de manière pérenne. 

Pour les patients… mais aussi pour tous les professionnels de santé qui exercent au sein des hôpitaux et des cliniques. Dans notre Observatoire FHP-Viavoice de 2018, les Français exprimaient déjà ce qui constituait pour eux les deux dysfonctionnements majeurs de notre système de soins : le manque de moyens financiers dévolus aux établissements de santé, se traduisant par une dégradation du climat social et l’épuisement des professionnels. Et notre enquête avait été effectuée juste avant que ne se cristallise dans notre pays ce mouvement de malaise social qui perdure encore…

Nous prônons aujourd’hui, public et privé ensemble, une régulation pluriannuelle des ressources, mais cette évolution ne trouvera tout son sens que sur la base d’objectifs partagés et de moyens financiers pour les atteindre.

En hommage à Jacques Chirac, me revient une de ses phrases : « Les moyens ne sont jamais adéquats quand le but est mal défini ». Pour nous, acteurs de santé, le but est clair : transformer véritablement le système de santé. Alors, mettons les moyens adéquats et nécessaires !


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A l’initiative du président de la République, une commission d’experts présidée par le pédopsychiatre bien connu Boris Cyrulnik, vient d’être installée. Sa mission : réfléchir à l’amélioration de l’accompagnement des « 1000 premiers jours de l’enfant », période qui va de la conception aux deux ans de l’enfant et qui est cruciale dans le développement de celui-ci. 

Parmi les priorités fixées à la commission, les modes de garde, le soutien à la parentalité, et bien sûr les enjeux de santé publique, tant les études illustrent combien l’attention portée aux premières années de la vie conditionne la santé globale du futur adulte. 
Nous ne pouvons qu’être satisfaits que cette initiative voie le jour : à l’occasion des PLFSS 2018 et 2019, ainsi qu’à la faveur de la loi de santé l’an dernier, la FHP avait soumis aux parlementaires une proposition d’amendement visant à introduire ce concept des 1000 jours dans les politiques de santé. 

Nous y appelions de nos vœux « un véritable parcours de santé et de prévention » pour les tous jeunes enfants, citant notamment l’Organisation Mondiale de la Santé pour laquelle « l’alimentation, le mode de vie, l’environnement des premières années constituent des facteurs de risque ou au contraire de résistance à développer plus tard des maladies ». 

Lors de nos rencontres avec les députés et les sénateurs, nous avions plaidé pour que cette dimension irrigue davantage nos politique publiques, reprenant le principe de l’investissement social : plus une action de santé intervient précocement dans un cheminement de vie, plus son efficacité est élevée.

L’importance du soutien aux jeunes parents et la construction du lien parents-enfant, les consultations de prévention, les parcours personnalisés, les projets de naissance, le suivi au long cours des parents et des bébés, font partie du quotidien des maternités privées. 

Nous sommes donc particulièrement réceptifs à ce qui constitue un vrai changement de paradigme dans nos approches, auquel l’ensemble des acteurs de santé, établissements et professionnels, doivent contribuer.


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Santé, bioéthique, retraites ou encore rentrée scolaire : à tous les étages, le maitre-mot du gouvernement est « l’apaisement ». Tirant les enseignements d’un climat social houleux, Emmanuel Macron appelait tout récemment à « plus d’humanité et de proximité », exprimant sa volonté d’inclure davantage les Français dans la transformation du pays, au motif que « tout ne peut pas venir d’en haut ». Au même moment, le Premier ministre prônait « plus d’écoute et de dialogue ».

Vœu pieux ? Peut-être. Mais aussi prise de conscience bienvenue, tant le passage en force, dans tous les domaines, relève de mœurs politiques d’un autre temps. Il est nécessaire de rompre définitivement avec ce regard de défiance porté sur la société, qui a longtemps prévalu et qui consistait à faire le bien des citoyens malgré eux… voire contre eux.

Cette perception a parfois encore la vie dure : dans le champ de la santé, ce sont souvent les mêmes qui déplorent à juste titre le malaise de l’hôpital, la souffrance des professionnels de santé, et qui préconisent comme remède des cadres toujours plus contraints et coercitifs… Faire confiance aux acteurs de santé sur le terrain, pourquoi pas, mais de manière bien encadrée par des circulaires de 50 pages !

Agnès Buzyn, en redonnant aux acteurs de santé des gages tangibles de reconnaissance, a ouvert certaines brèches bienvenues dans des fonctionnements encore trop souvent rigides et descendants… voire condescendants. Privilégier la montée en compétence de chacun, la coopération, la co-construction, constitue un chemin éminemment souhaitable pour que la transformation du système de santé soit couronnée de réussite.

Un chemin souhaitable… et de toute façon inéluctable : le sens de l’Histoire en santé, ce sont des patients vraiment « partenaires », des établissements comme des professionnels pleinement « acteurs » sur les territoires, et un Etat « stratège » qui fixe le cap et donne les impulsions. Avec, en surplomb, deux principes-clés : confiance et responsabilité.

Les Fédérations hospitalières publique et privées portent ensemble, en cette rentrée, un message à la fois simple et fort, que nos interlocuteurs institutionnels considèrent avec intérêt : le besoin de visibilité sur plusieurs années de ressources largement positives pour les hôpitaux et les cliniques, pour investir et pour innover.

Voici, s’il en est, un beau sujet pour bâtir une démarche ambitieuse, une forme de « contrat politique » pluriannuel, fondé sur des engagements mutuels entre acteurs engagés et responsables, soucieux de faire émerger pour l’avenir des formes plus matures de relations avec la puissance publique !


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Le rapport Mesnier-Carli ne doit être remis qu’en novembre, mais devant la tension sociale persistante aux urgences cet été, et la sensibilité de l’opinion publique à ces enjeux, la ministre de la santé a tenu à faire dès cette rentrée des annonces marquantes.

Agnès Buzyn l’a dit avant-hier : « Chacun détient sa part de solution ». C’est ce que nous ne cessons de dire depuis des mois : nos services d’urgences privés, présents partout en France, sont l’une des clés de résolution du problème.

Pas la seule clé, naturellement, mais asseoir une bonne fois pour toutes la légitimité de la complémentarité entre les établissements publics et privés sur ce sujet des urgences constituerait un immense progrès. Ceci à tous les niveaux, dès la régulation, dans l’octroi des autorisations, et bien sûr à égalité de reconnaissance des missions et des compétences.

Ce Pacte de refondation des urgences a le mérite d’intégrer l’ensemble des acteurs, hospitaliers et de ville, et de promouvoir une démarche de concertation bienvenue, assortie de moyens financiers significatifs qui doivent être distincts de l’Ondam. Nous exercerons notre vigilance sur certains points : une réforme du financement déconnectée de l’activité, alors même que le nouveau modèle économique vient d’être bâti dans le consensus de tous les acteurs, et une logique trop « GHT-centrée ». Mais nous souscrivons à la philosophie générale pour une bonne raison : c’est une réforme structurelle, qui engage l’avenir, et c’est sans doute le plus important.

Bien sûr, il est toujours plus exigeant et compliqué de porter une réforme structurelle, plutôt que des réponses de court terme destinées à calmer tout le monde et à acheter une paix illusoire pour quelques temps ! Mais cela relève d’une part de la responsabilité du politique, et d’autre part cela engage davantage les acteurs.

Je l’ai dit à la ministre : l’hospitalisation privée participera étroitement à la démarche de concertation avec l’ensemble des parties prenantes sur la déclinaison opérationnelle de ce Pacte de refondation. Elle continuera à plaider pour un recours renforcé aux services d’urgences privés. Enfin, elle sera force de propositions sur les alternatives au « tout-urgences », car une approche structurelle nécessite une vision en surplomb de l’ensemble des enjeux.

Enfin, il est un enjeu que le Pacte proposé par Agnès Buzyn ne doit pas éluder : celui du renforcement de l’attractivité des métiers dans les établissements de santé. La crise des urgences expose aux citoyens, légitimement très attachés à leurs professionnels de santé, l’image de soignants en souffrance. Si l’on veut continuer à susciter des vocations, à donner aux jeunes l’envie de s’engager dans des métiers certes difficiles mais magnifiques, il y a urgence à transformer le système et à en valoriser les acteurs.


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Les pièces de la réforme des retraites se mettent en place, avec notamment l’arrivée de Jean-Paul Delevoye au gouvernement, et un projet de loi envisagé pour la fin de l’année. Un exercice délicat pour l’exécutif, dans un contexte où les tensions sociales demeurent vives...

Il est toutefois surprenant de constater que les discussions évacuent une dimension pourtant importante de cette problématique des retraites : celle de la santé ! En effet, notre espérance de vie, et particulièrement notre espérance de vie en bonne santé, où nous pouvons continuer à jouir de nos capacités physiques et mentales, est évidemment un élément de problématique à prendre en considération.

Il est d’abord légitime que les citoyens aspirent à profiter de cette nouvelle étape de leur vie dans des conditions de santé satisfaisantes. Mais une telle vision est trop réductrice, car la retraite ne doit plus constituer un couperet. L’aménagement de formes intermédiaires d’organisation de son temps de vie, de conciliation entre activité professionnelle et vie personnelle, est un axe important dans une société encore beaucoup trop excluante pour les seniors. La reconnaissance de leur expérience, de leurs apports pour le collectif, est essentielle, et passe aussi par un investissement autour du maintien en bonne santé. 

La FHP a été auditionnée avant l’été par la députée Audrey Dufeu-Schubert, missionnée par le Premier ministre sur la place et l’image des seniors dans notre société : nous avons évidemment mis l’accent sur ce formidable défi de la santé pour les aînés, qui engage collectivement les acteurs que nous sommes. Nous avons évoqué notre mobilisation autour de la qualité et de la pertinence des parcours de soins, autour des questions de prévention, et bien sûr de la bientraitance. Sur ce dernier point, les premières annonces faites sur les urgences par Agnès Buzyn, notamment sur des filières « mieux traitantes » impliquant des admissions directes, vont dans le bon sens.
Il n’y a donc guère d’enjeux sociétaux plus cruciaux et prospectifs, que celui de la santé de nos aînés à l’aune de l’augmentation de l’espérance de vie ! Ce n’est pas pour la beauté du geste que les fédérations hospitalières portent aujourd’hui une forte demande de visibilité sur leurs ressources. Pour innover, pour investir, pour être à la hauteur des mutations épidémiologiques, technologiques, organisationnelles de demain, nous devons avoir les moyens de voir loin.

Alors oui, quand on parle de retraites, il est naturel de parler de taux, de seuils, de régimes… Mais sachons aussi donner de la hauteur et se garder de positions étriquées et conservatrices. Les formidables innovations médicales et techniques vont complètement bouleverser demain notre rapport à l’âge, dans des proportions dont nous ne prenons sûrement pas encore toute la mesure. Inscrivons donc cette dimension au débat !


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La canicule en Europe et les feux qui ravagent l’Amazonie nous rappellent la force du changement climatique. Pour le monde sanitaire, l’incendie qui occupe le devant de la scène est celui qui enflamme depuis plusieurs mois les services d’urgences. Le mouvement de grève qui s’y est déclaré ne faiblit pas et promet une rentrée brûlante.

Si nos 121 services d’urgences privés sont largement sollicités, nous sommes loin de la surchauffe. Là encore, rappelons notre volonté de prendre une part plus importante à l’accueil des patients en urgence, ce qui permettrait de soulager nos collègues en difficulté. Une meilleure régulation de l’amont, par l’instauration d’un numéro unique, est évoquée dans les médias. C’est une piste intéressante à condition d’abattre réellement les cloisons et de répartir sans a priori les patients y compris vers les acteurs privés qui sont disponibles.

Mais la crise qui s’est propagée dans les services d’urgences a des causes plus profondes. Elle est la conséquence des faiblesses de notre système de santé qui peine à se transformer. Notamment car la pression financière est trop forte. Nous avons, tous acteurs confondus, tiré à maintes reprises la sonnette d’alarme pour dénoncer les économies réalisées chaque année de façon aveugle sur les établissements de santé. Qui pourra s’étonner de trouver un terrain propice aux flambées sociales ? Si nous sommes conscients des contraintes de notre système de santé, sa régulation financière est la vraie urgence à traiter.

L’écoute dont nous avons bénéficié en 2019, avec l’augmentation modeste toutefois des tarifs hospitaliers, a été salutaire et témoigne d’une vraie compréhension. Il est nécessaire que l’évolution positive des tarifs s’inscrive dans la durée et que le mode de financement des établissements de santé offre davantage de visibilité. Actuellement, nos tarifs tombent tel un couperet chaque année, seulement en mars. Quel secteur d’activité peut ainsi être géré sans horizon allant au-delà de quelques mois ? Ce pilotage à l’aveugle verrouille toute politique ambitieuse et freine les initiatives des acteurs pour innover.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2020 qui se profile constitue une réelle opportunité pour fixer sans attendre le cadre d’une nouvelle régulation pour les établissements de santé. Elle devra redonner aux acteurs la visibilité, la confiance et les moyens nécessaires pour engager l’urgente transition vers un système de santé durable en introduisant notamment la notion d’indexation de nos tarifs sur l’inflation en pluri-annualité, une véritable révolution. 


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Nous avons connu depuis l’été dernier une année bien singulière, marquée par une crise sociale sans précédent. Largement ancrée dans la ruralité, elle a remis en lumière le sentiment de relégation de nombreux territoires où le « service au public » a déserté. Dans ce contexte particulier, nous avions porté ensemble, acteurs publics et privés, un message d’intérêt général : donnons aux établissements de santé les moyens pour remplir leurs missions de soins. C’était début novembre 2018, et nous avions pressenti l’urgence d’une telle démarche, au regard de l’importance que revêt la santé pour les citoyens. Quelques semaines après, celle-ci s’invitait largement dans le Débat National…

La réponse de la ministre de la santé, à savoir une augmentation, après des années de baisse successives, des tarifs hospitaliers en 2019, a été à la hauteur des enjeux. Nous avons bâti au fil des mois des relations franches et constructives avec la puissance publique, qui ont favorisé sur de nombreux dossiers - de la création de l’OPCO Santé à la décision d’exclure la santé du dispositif de bonus-malus sur les contrats courts - des arbitrages pertinents. Nous avons largement participé aux débats autour de la loi de santé adoptée tout récemment, qui ouvre à notre profession des opportunités que nous saurons saisir. Au-delà, toutes les actions de l’hospitalisation privée ont été mues par la volonté de prendre pleinement part à la transformation du système de santé.

Comment à présent aborder une rentrée qui promet, avec des sujets aussi sensibles que les retraites ou la bioéthique, d’être mouvementée sur le plan politique ? D’abord, avec de la lucidité : la crise vécue par le pays n’est pas sporadique, mais profondément enracinée, et des événements échappant à toute anticipation peuvent toujours surgir. Cela impose particulièrement de préserver, plus que jamais, une des rares institutions dont le capital de confiance reste intact : les établissements et les professionnels de santé.

Ensuite, nous avons collectivement le devoir de préserver les liens de confiance que nous avons bâtis ces derniers mois, entre acteurs de santé d’abord, et avec la puissance publique ensuite. Des chantiers majeurs, tels que celui des autorisations, sont actuellement ouverts : ils requièrent de maintenir voire d’amplifier un haut niveau de transparence et de concertation avec les acteurs. Et bien sûr, il est indispensable que les gages de considération qui nous ont été donnés, notamment sur les tarifs, soient inscrits dans la durée, pour engager un processus vertueux d’investissements au bénéfice des patients.

Enfin, une conviction et un souhait pour cette rentrée : la volonté de travailler et de construire ensemble, avec les autres fédérations hospitalières, avec les politiques, avec l’administration, avec toutes les parties prenantes, est maintenant reconnue et ancrée. Elle est arrivée à un degré de maturité suffisant pour nous permettre de porter de nouvelles idées pour la santé de demain, sur des sujets ambitieux. Comment permettre aux établissements d’avoir davantage de visibilité pour répondre aux défis de l’innovation ? Comment adapter la gouvernance de la santé aux évolutions du système ? Dès septembre, réactivons la vie des idées, avec un haut niveau de portage politique et stratégique !

Très bel été à tous !


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C’est un nouveau défi de taille pour Agnès Buzyn : le projet de loi bioéthique arrive ce matin sur la table du Conseil des ministres. Mêlant thématiques sociétales et avancées médicales, il sera au cœur des discussions de l’Assemblée Nationale à la rentrée.

D’ores et déjà, des voix de tous bords s’élèvent pour appeler, sur des sujets qui relèvent de la conviction intime de chacun, à des échanges constructifs et apaisés. D’ailleurs, beaucoup de groupes politiques ne donneront pas de consignes de vote, laissant à chacun la latitude de s’exprimer en toute conscience. L’hystérisation du discours sur d’autres thèmes de société dans un passé récent n’a profité à personne : elle n’a fait que diviser encore davantage un pays déjà affaibli par de nombreuses fractures, sociales, territoriales et culturelles.

Bien sûr, il n’appartient pas à une institution comme la FHP de prendre sur de tels enjeux des positions publiques tranchées : notre action s’inscrit dans le respect de la pluralité des opinions et des sensibilités de nos adhérent.e.s. Quelques réflexions toutefois…

Tout d’abord, la capacité à aborder de manière posée le débat, sans anathème ni instrumentalisation, sera un excellent révélateur de la progression - ou pas - de notre maturité collective. Peut-on encore, alors que les réseaux sociaux aujourd’hui sont devenus des producteurs intensifs de polémiques, tirer le meilleur de la réflexion commune ?

Nous sommes tous concernés par cette question majeure : les fédérations hospitalières sont en effet des acteurs du débat démocratique en santé. Aujourd’hui, la logique de considération, de coopération, de co-construction même parfois avec la puissance publique, produit des effets vertueux de responsabilisation et d’engagement.

Autre réflexion, le projet de loi bioéthique est porteur d’évolutions qui sont aussi en germe dans la transformation de la santé. Il accroit par exemple les possibilités d’information du patient en matière de génétique. Il ne monte plus une cloison étanche entre le sociétal et le médical, mais il prend en considération les changements à l’œuvre dans nos sociétés, tel par exemple que le recul de l’âge de la maternité.

Ce nouveau regard sur les patients et sur la prise en compte de leurs attentes fonde un système qui ne sera plus, demain, évalué seulement selon des critères comptables, mais à l’aune de la qualité du service effectivement rendu. Les hôpitaux et cliniques privées se veulent très engagées dans ce mouvement.

Enfin, rappelons que nos établissements, comme tous les lieux de soins, parce qu’ils s’occupent avant tout de l’humain, convoquent au quotidien la réflexion éthique. Gageons que dans l’avenir, nous assisterons à l’irruption massive des interrogations éthiques dans le champ de la santé, liées notamment aux bouleversements technologiques. Cela suppose que soient créées dès aujourd’hui les conditions du débat des choix pour demain, en privilégiant toujours la sérénité de l’« agora » aux agitations de l’« arena » !


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C’était l’ultime vote au Sénat : hier, au terme d’un marathon législatif de près de cinq mois, le Parlement a définitivement adopté la loi d’organisation et de transformation du système de santé. Fait rare dans la mécanique parlementaire, députés et sénateurs sont parvenus à trouver des éléments de compromis - tout particulièrement sur l’accès aux soins médicaux - qui ont permis d’aboutir à cette fameuse « Commission mixte paritaire » conclusive.

« Notre système de santé a besoin de cette réforme en urgence », a plaidé la semaine dernière Agnès Buzyn dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. C’est sans doute ce sentiment d’urgence, dominant les débats, qui a imposé aux élus de s’accorder sur un sujet prioritaire pour les citoyens et de délivrer ainsi un message politique : la santé est un des piliers du pacte républicain.

Récemment, la Fondation pour l’Innovation Politique a sorti une étude planétaire appelée « démocraties sous tension ». 42 pays, 36 000 interviewés en 33 langues, et un résultat record : 81% des personnes expriment leur confiance dans les acteurs de santé. Une situation privilégiée, puisque nulle autre institution n’obtient un tel niveau de crédit…

Alors qu’un peu partout nos sociétés vacillent sur leurs bases, la santé constitue donc une valeur-refuge à défendre et protéger. Elle s’est imposée en France dans le Débat National, et sera certainement l’un des sujets majeurs d’interpellation des futurs candidats aux élections municipales en mai 2020, alors même qu’elle ne relève pas des compétences communales au sens strict.

Pour celles et ceux qui sont en charge de la santé, dont les 1000 hôpitaux et cliniques privés, ce portage puissant du sujet santé est à la fois une opportunité et une responsabilité. Une responsabilité, pour être à la hauteur des attentes des citoyens et des patients. Et une opportunité pour faire valoir nos propositions pour l’avenir, car la loi de santé n’est que le premier pas d’une stratégie plus large déclinée dans les ordonnances à venir et le PLFSS 2019.

Au Sénat hier, Agnès Buzyn a conclu sur son engagement à « mettre une énergie folle à déployer la loi de santé sur le territoire ». Sur le financement des établissements, la réforme des autorisations ou encore l’indispensable pluriannualité de l’Ondam, la ministre pourra compter sur l’hospitalisation privée pour mettre la même énergie à faire valoir ses convictions !


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Les célèbres « Pages Jaunes » - version site internet ! - viennent de publier la cinquième édition de leur Baromètre Santé, qui met en lumière les usages des internautes en matière de santé, et la quête des professionnels de santé dont ils ont besoin.

Un chiffre d’abord, celui des 311 millions de recherches en santé sur le site Pages Jaunes en 2018, soit plus de 10% des 2,6 milliards de requêtes annuelles : un pourcentage significatif, si l’on considère l’extrême diversité des domaines d’activité couverts. L’analyse de ces données délivre des enseignements intéressants, et parfois préoccupants.

L’étude donne d’abord un aperçu de l’état des besoins exprimés à travers le pays. Elle pointe notamment la difficulté rencontrée par les citoyens des territoires sous-dotés, à trouver certaines catégories de professionnels de santé : dans certains cas, le ratio nombre de professionnels/nombre de recherches peut atteindre 1/2000…

Le vieillissement de la population et la volonté de maintien à domicile transparaissent aussi à travers ce recueil de données. Pour la première fois, les infirmiers libéraux font leur entrée dans le Top 10 des professionnels de santé les plus recherchés.

Une dimension instructive concerne l’appétence croissante pour les thérapies « alternatives » en lien avec la recherche de nouveaux équilibres de vie, qui ressort fortement des demandes formulées par les internautes. Les acteurs de santé que nous sommes doivent se montrer réceptifs à cette aspiration sociétale d’être soigné « autrement ». D’abord pour réagir, parfois, en mettant en garde les patients contre certaines pratiques contre-éthiques… mais aussi pour enrichir nos propres offres de services de soins. 

Surtout, ces centaines de millions de requêtes laissent entrevoir la dose de persévérance dont les citoyens doivent souvent faire preuve pour trouver, seuls devant leur écran, la bonne information et le bon cheminement en santé. La fluidité des parcours, les facilités offertes par les exercices regroupés et les pratiques avancées, les centres de soins de premier recours - proposition formulée par la FHP… : tout ceci doit contribuer à forger avec les acteurs de santé des relations renouvelées.

Enfin, il faut garder constamment à l’esprit que c’est dans l’information - ou plutôt l’absence ou la non-qualité de celle-ci - que réside le principal foyer de l’inégalité entre les citoyens. Au sein de l’hospitalisation privée, nous plaidons depuis longtemps pour une information, sur les établissements comme sur les professionnels, qui soit la plus exhaustive, la plus qualitative et la plus transparente possible. Les patients nous font confiance, prouvons-leur chaque jour qu’ils ont raison.


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Dans l’un de ses nombreux ouvrages, intitulé Fraternités, Jacques Attali pose le fait de « faire confiance » à autrui comme étant l’un des ferments de la société de demain.

Faire confiance doit devenir selon lui « un nouveau droit de l’Homme », et ce n’est pas juste une affaire de bons sentiments : c’est une nécessité dans nos sociétés largement gouvernées par la coercition et la défiance a priori, afin de retrouver un élan collectif qui soit le fruit de la somme des énergies individuelles.
Nos modes de fonctionnement ont en effet trop souvent pour conséquence d’enfermer les institutions comme les individus dans une posture de « résignés-réclamants ». Or nous parviendrons à relever les défis qui nous attendent par la responsabilisation, la considération et la valorisation de tous les acteurs.

La santé illustre parfaitement cette nécessité. « Le contrat plutôt que la contrainte » doit devenir le nouvel adage d’une gouvernance rénovée du système. Libérer les ressources inouïes de créativité et d’innovation qui fleurissent sur le terrain fragilisent certes les réflexes jacobins, percutent les cadres technocratiques. On l’a constaté sur la reprise en main des initiatives article 51… Mais la concertation, la co-construction, la confiance constituent la seule voie d’avenir, et la ministre de la santé en est pleinement consciente.

Autre illustration des évolutions à l’œuvre, une étude très intéressante émanant d’un cabinet de conseil vient de sortir sur la culture qualité : elle met en exergue le concept de « l’erreur apprenante », appliquée notamment au champ de la santé.

Les auteurs posent en préambule le principe que nous acquérons la grande majorité de nos connaissances et de nos savoir-faire de manière empirique, et que nous gagnons en compétence grâce à ce que nous apprenons d’autrui dans une relation fondée sur le « faire-confiance ». Dans ce contexte, l’erreur est présentée comme un levier d’apprentissage collectif, d’où émergent la créativité et les solutions, « nulle pierre ne pouvant être polie sans friction » dixit Confucius !

A travers tout cela, nous entrevoyons bien les changements considérables de paradigme qui se dessinent, pour parvenir à passer d’une société de contrôle à une société de confiance et insuffler cette nécessité dans tous les projets à venir en santé.


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Interviewée sur RMC le 20 août 2003, la ministre de l’écologie qu’était alors Roselyne Bachelot avait dit que la canicule subie n’était que la préfiguration de ce qui allait se passer dans les années à venir, à savoir un phénomène de réchauffement global de la planète : « Nous allons être obligés de considérablement réviser nos systèmes d'alerte, nos moyens de prévention et de précaution. C'est à une nouvelle société, à de nouveaux modes de vie que nous sommes appelés ».

A l’époque, cette déclaration, qui résonne étonnamment juste aujourd’hui, avait été jugée alarmiste par certains… La prise de conscience progresse, et c’est plus que nécessaire.

Bien sûr, les hôpitaux et cliniques privés sont mobilisés, avec les autres acteurs sanitaires et médicosociaux, pour prendre en charge dans les meilleures conditions tous les patients fragilisés par les fortes chaleurs. Agnès Buzyn a raison de souligner l’attention particulière à apporter aux plus vulnérables - les personnes affaiblies par la maladie, les enfants en bas âge, les personnes âgées, les personnes précaires - dans ces périodes éprouvantes, qui sollicitent l’ensemble des professionnels de santé.
Au-delà, nos établissements sont engagés dans des démarches de développement durable, en réduisant leur consommation d’énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre, en développant des filières de traitement des déchets… Autant d’initiatives vertueuses pour le climat qu’il convient de développer et d’amplifier.

Mais il convient, j’en suis convaincu, d’aller encore plus loin dans l’anticipation. Une réflexion collective doit être menée sur les impacts des dérèglements climatiques sur notre système de santé.

L’OMS estime à 250 000 les victimes du changement climatique à travers le monde entre 2030 et 2050 : recrudescence de certaines épidémies, stress thermique, facteur notamment de maladies cardiovasculaires, impact sur la nutrition, interaction de températures élevées avec certains médicaments, ou encore altération de la santé mentale…

Il ne s’agit pas de dresser un tableau apocalyptique de l’avenir : ce serait contre-productif alors même que certaines variables nous échappent. Mais nous devons intégrer cette dimension dans nos réflexions prospectives et l’évolution de nos organisations. Je pense à deux illustrations parmi d’autres : la conception du bâti de demain, avec le choix des matériaux et l’intégration accrue de la végétalisation par exemple ; et l’adaptation des formations et des pratiques des professionnels aux impacts du climat sur la santé publique. A l’anticipation de cette nouvelle donne, il faut consacrer des moyens à la hauteur des enjeux.


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Les arbitrages ont été rendus en haut lieu, et la santé est bien exclue des secteurs soumis au bonus-malus de la cotisation assurance chômage, dans le dossier dit des « contrats courts ».

Depuis des mois, nous faisions valoir auprès des décideurs les spécificités d’une profession dont la vocation est, avant tout, de prendre soin de l’humain.

La continuité des soins et de l’accompagnement est en effet l’un des éléments clés de la qualité et de la sécurité des services prodigués aux patients. Continuité et permanence, qui nécessitent le remplacement de toute absence, sont constitutives de notre mission de service public.

Notre message a été compris et entendu, et il y a lieu de saluer cette juste reconnaissance d’un secteur vertueux, celui de la santé, où le CDI est la norme et le CDD l’exception (88% du total des contrats de travail y sont conclus en CDI) et de la singularité de nos missions.

Il convient d’apprécier aussi l’écoute dont ont été gratifiés les acteurs de santé et médicosociaux réunis au sein de l’OPCO Santé : à l’évidence, c’est ensemble que nous parvenons à défendre nos particularismes et nos valeurs.

La ministre de la santé l’a bien dit : dans un contexte caractérisé par des métiers en tension, le véritable enjeu est de créer les conditions de l’attractivité de nos professions. 

Cette sage décision rejoint donc deux convictions plus générales que nous portons depuis longtemps.

Première conviction, on n’agit jamais aussi bien que lorsqu’on privilégie une approche pragmatique, qui prend en compte les contraintes et les atouts du terrain. Trop souvent, le déni de réalité prévaut, et les acteurs sont mis devant le fait accompli de dispositifs en décalage avec leurs besoins, voire inapplicables. 

Deuxième conviction, la confiance et la considération sont les meilleurs vecteurs de progrès collectif, dans tous les domaines. Les défis en santé ne sauraient trouver de résolution dans des mesures coercitives et punitives à l’égard des acteurs, le plus souvent contre-productives.

Souhaitons donc que l’issue favorable de ce dossier pour notre profession soit de bon augure pour qu’à l’avenir, pragmatisme et considération continuent de prévaloir dans l’ensemble des arbitrages.


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A quelques jours de l’été, l’extrême tension dans les urgences publiques cristallise tous les maux de notre système de santé. Les problème sont anciens, la réponse est complexe et multifactorielle, mais en aucun cas la situation présente ne doit conduire à marquer le pas dans les réformes en cours. Le courage et la persévérance dans l’action politique sont nécessaires dans de tels moments de crise, où la souffrance des personnels et le désarroi des patients se rejoignent.

Un tel contexte est aussi une invitation à la responsabilité. On évoque fréquemment la nécessaire « responsabilisation » des patients en matière de recours aux urgences : sans doute, mais c’est oublier un peu vite qu’ils doivent bien souvent composer avec une offre qui ne répond pas à leurs besoins ! Le véritable enjeu est la mobilisation de tous les acteurs de santé, notamment grâce au renforcement d’une saine complémentarité entre le secteur public et le secteur privé.

C’est précisément ce que vient d’exprimer le Premier ministre Edouard Philippe à l’instant dans son discours de politique générale, en appelant « au sens des responsabilités de tous les professionnels, publics et privés, pour se rassembler et se coordonner ».

Depuis quelques jours, je m’efforce de faire passer ce message dans les médias : les 126 services d’urgences privés, qui accueillent chaque année trois millions de patients, c’est à dire 50 patients par jour en moyenne, pourraient doubler leurs capacités et soulager un hôpital public en saturation. Cela relève de nos missions de service public, et nous sommes prêts à nous y investir encore davantage. Il convient aussi de débloquer de nouvelles autorisations d’urgences pour le privé...et ceci dès maintenant.

Je rappelle aussi systématiquement que les services d’urgences privés ne pratiquent évidemment – c’est la loi ! – aucun dépassement d’honoraires, que le tiers payant y est intégral et qu’aucune avance de frais n’est demandée. Si l’on considère que 67% des citoyens sont convaincus du contraire (Observatoire sociétal FHP/Viavoice de décembre 2018), ce petit rappel est salutaire…

Appel à l’implication de tous, appel à la créativité et à l’innovation également : pourvu qu’ils soient équipés des moyens d’imagerie et de biologie médicale indispensables, les centres de santé de proximité permettraient d’apporter les réponses adéquates aux besoins, diagnostiques et thérapeutiques, des patients en dehors des urgences.

Plus que jamais sur de tels sujets, la mission doit l’emporter sur le statut : l’hospitalisation privée prend donc ses responsabilités et fait des propositions concrètes. C’est, j’en suis convaincu, ce que l’opinion publique attend de nous, et pas de vaines polémiques sur les mérites comparatifs de tel ou tel.

Une étude récente du CEDAP* sur les Français et les associations professionnelles est riche d’enseignements : les « corps intermédiaires » sont attendus non sur des postures, mais sur des actions concrètes et des incitations à l’innovation. Ils sont en outre confortés dans leur légitimité à être force de propositions auprès des pouvoirs publics, pour « les aider à prendre les bonne décisions ».

Sur ce thème des urgences comme sur les autres, nous entendons le message !


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Le Baromètre de l’institut d’opinion Viavoice publié en début de semaine dans le Figaro montre une large adhésion du grand public à de nombreuses dispositions de la loi de santé : la réforme de la première année de médecine et du numerus clausus, les assistants médicaux, la création des communautés professionnelles territoriales de santé et les centres de santé de proximité - ces derniers étant plébiscités à 91% ! - bénéficient de cotes de popularité particulièrement élevées.

Le président de Viavoice, François Miquet-Marty, interviewé hier sur Le Figaro.fr, convenait lui-même que dans des temps de crise démocratique profonde, une telle adhésion était ces derniers mois, si ce n’est inédite, en tout cas très significative.

Mais significative de quoi exactement ? La réponse réside à l’évidence dans l’importance primordiale qu’attachent les citoyens à la santé et au soin, et dans le sentiment d’urgence qui les fait aspirer à une réorganisation profonde du système de santé. La santé et le système de soins constituent plus que jamais, alors que les inquiétudes pour l’avenir ne manquent pas, des piliers de notre identité collective.

Au nom de l’universalité de l’offre de soins, les citoyens émettent cependant un vrai « oui, mais » et se démarquent de la ligne de la ministre de la santé sur deux points : ils sont favorables à 71% à davantage de régulation dans l’installation des médecins, et majoritairement peu enclins à la fermeture de services pourtant porteurs de risques au regard du nombre d’actes réalisés.

Ces enseignements sont très révélateurs de l’ampleur de la préoccupation et des difficultés auxquelles les citoyens se sentent confrontés, qui les conduisent à prôner des solutions qui ont pourtant fait la preuve de leur inefficacité... ou de leur dangerosité. La réponse politique à la désertification médicale doit donc être aussi urgente qu’efficace, et suppose la mobilisation de tous les acteurs de santé autour d’une offre de santé de proximité. 

Enfin, le travail de conviction autour des enjeux de qualité, de sécurité et de pertinence ne fait manifestement que commencer. Sur tous ces sujets, la Fédération de l’Hospitalisation Privée est, en permanence, dans la proposition et la construction.


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Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, ont assisté à une nette poussée des idées écologistes aux dernières élections européennes, qui sortent donc renforcées de ce scrutin.

Au-delà de l’approche politique, il est indéniable que la « conscience verte » progresse chez les citoyens. Le foisonnement d’initiatives auquel va donner lieu la Semaine européenne du Développement Durable - qui débute demain jusqu’au 5 juin - en apporte pleinement l’illustration.

Les hôpitaux et cliniques privés sont particulièrement engagés en la matière. Développement de filières de traitement des déchets, réduction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre, gestion de l’eau, bâtiments éco-conçus, achats responsables, diminution du recours à des substances nocives grâce notamment au bio-nettoyage : de plus en plus d’établissements de santé privés engagent, de manière structurée et active, un plan d’action autour du développement durable… voire en font un des éléments de pilotage stratégique ! 

En juin 2017, la Fédération de l’Hospitalisation Privée a créé et mis en ligne une plateforme de bonnes pratiques, destinée à diffuser et valoriser toutes les initiatives prises par les établissements. Régulièrement alimentée en actions environnementales, sociales ou sociétales, elle est le reflet, quasiment en temps réel, de la dynamique impulsée par notre profession.

Autre pas important, la signature en 2017 de la Convention développement durable entre l’Etat et les fédérations hospitalières, avec la création d’un Observatoire permettant aux établissements de santé volontaires d’évaluer leur maturité sur le sujet, et donc de progresser. Les résultats 2019 révèlent d’ailleurs un niveau d’engagement des hôpitaux et cliniques privés répondants supérieur au niveau national sur les volets social, environnemental et économique.

Aujourd’hui, face aux défis environnementaux, l’accompagnement des établissements pour répondre aux enjeux de la transition écologique doit être renforcé. Lors de la consultation dans le cadre du Débat National, les adhérent.e.s de la FHP l’on dit clairement : le saupoudrage de mesures incitatives ne suffit pas. Ils appellent à l’harmonisation au niveau national de financements directs, alliée à une meilleure identification et accessibilité des filières vertueuses.

Nous sommes tous attendus, voire convoqués, sur cette responsabilité qui nous engage collectivement. C’est une nécessité de vie qui constitue aussi un investissement pour l’avenir. Le service au public doit être « de haute qualité environnementale » !



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Alors que la loi de santé arrive au Sénat, les conclusions d’une mission sénatoriale sur l’organisation territoriale de la santé, dévoilées il y a quelques jours, constituent un intéressant préambule aux débats.

Les termes choisis par les sénateurs Catherine Deroche, Véronique Guillotin et Yves Daudigny pour brosser la réalité des Groupements Hospitaliers de Territoire aujourd’hui sont explicites : « déconnectés », « portes fermées », « captation », « siphonnage », ou encore « laissés en marge » pour qualifier les relations avec les autres acteurs de santé.

Nul besoin d’être un grand exégète de la langue française pour deviner que les auteurs du rapport sont quelque peu circonspects sur la volonté des GHT de construire de vraies coopérations… même s’ils reconnaissent à juste titre que de véritables efforts sont faits par les professionnels sur certains territoires.

Au-delà de leur différence d’appartenances politiques (LR, RDSE, PS), les trois sénateurs appellent donc à une précision de la vocation même des GHT. Si leur utilité en tant qu’outil de restructuration, de mutualisation et de création de synergies pour l’hôpital public est reconnu, le glissement vers l’organisation des soins sur le territoire est « plus discutable » : manière euphémistique d’illustrer le décalage entre les besoins de collaboration des acteurs et le tropisme centralisateur de la structure des GHT.

Soucieux de « bien nommer les choses », les sénateurs préconisent donc une nouvelle dénomination du GHT, rebaptisé « Groupement Hospitalier Public (GHP) ». Ils y voient une clarification bienvenue des rôles de chacun, sans laquelle il ne peut y avoir de partenariats équilibrés. Ils appellent également à rompre avec des schémas administratifs trop centralisés pour « mieux accompagner les dynamiques locales ».

Donner plus de latitude d’action sur le terrain aux acteurs de tous statuts est évidemment une nécessité, qui avait fait du reste consensus lors de l’audition de l’ensemble des fédérations hospitalières, publique comme privées, à l’occasion de cette mission sénatoriale.

Pour la troisième année consécutive, la Fédération de l’Hospitalisation Privée est présente au sein de l’espace institutionnel de la « Paris Healthcare Week », le salon santé organisé par la FHF. Aujourd’hui, les fédérations publique et privées travaillent ensemble et portent des messages communs. Face aux défis de santé, il n’y a que l’unité et la complémentarité qui vaillent.

Alors que débutent cette semaine les travaux de la Commission des affaires sociales du Sénat sur la future loi de santé, une voie davantage constructive et équilibrée pour structurer l’organisation territoriale de l’offre de soins mérite donc d’être clairement entendue.


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Au-delà de l’habilité politique, la ministre de la santé fait preuve de lucidité en réfutant les mesures coercitives à l’installation des médecins. Elle sait bien, et de nombreuses expériences étrangères l’illustrent, que la coercition est le plus souvent contre-productive et que ses biais sont multiples.

Pour autant, l’inquiétude sur l’effectivité de l’accès aux soins est plus vive que jamais, et il est urgent d’y répondre. Les études d’opinion se font en effet l’écho d’une adhésion croissante des citoyens à la contrainte... surtout si cela concerne les autres !

Cessons sur un tel sujet d’avoir des réflexes obsolètes. Nous sommes en 2019 : la caporalisation et la mise en coupe réglée ont vécu, à tous les niveaux, pour les établissements comme pour les professionnels… et plus largement pour tous les citoyens.

Le seul défi qui vaille est de favoriser un environnement attractif qui permette à chacun d’accomplir ses missions dans les conditions les plus propices à une relation de soin de qualité avec le patient. Pour les médecins, le temps médical libéré, les moyens effectifs mis à disposition pour exercer pleinement son métier, l’accès facilité à l’innovation, le lien avec les autres acteurs de santé… constituent autant de facteurs qui tissent entre les professionnels et le territoire des liens d’attachement pérennes. 

Le terme « s’im-planter », qui renvoie à la notion d’enracinement, est d’ailleurs parlant, et les hôpitaux et cliniques privés le savent bien. Notre force réside dans le pacte de confiance que nous nouons avec les habitants de nos territoires d’implantation, qui considèrent à juste titre la santé et ses acteurs comme une ressource vitale.

Un essai stimulant publié récemment, « Travailler là où nous voulons vivre, vers une géographie du progrès »* propose de refaçonner et revivifier les territoires à l’aune des paramètres fondamentaux de nos vies, tels que l’éducation et la santé. La gouvernance de notre pays doit se défaire de la verticalité et du fait du prince, pour redonner de l’autonomie et responsabiliser les individus en fondant l’organisation sociale sur les choix de vie et de travail. Pour l’auteur, les nouvelles technologies, notamment dans le domaine de la santé, trouvent là une application pleine de sens : se mettre au service d’un projet de vie et « fertiliser » les territoires au lieu de les paupériser.

Le déni de réalité n’est jamais de bonne politique et il est toujours hasardeux de tenter de faire le bonheur des gens malgré eux. En clair : écoutons les aspirations des citoyens, des professionnels, et provoquons les organisations vertueuses qui permettent à chacun de trouver de manière équilibrée la place qui lui revient, au sein de trajectoires et de territoires pleinement attractifs.


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Tout comme les dégradations à l’hôpital Necker il y a trois ans, l’intrusion de manifestants dans l’enceinte de l’hôpital de la Salpétrière a donné lieu à une déferlante de polémiques. Il ne nous appartient pas de juger des événements sur lesquels toute la lumière n’a pas encore été faite : mais en tant que Fédération rassemblant des établissements de santé, une telle séquence ne peut nous laisser indifférents.

Sortons donc quelques instants des querelles sémantiques, et prenons en compte l’exigence professionnelle et la conscience morale qui guident les missions des professionnels de santé : soigner, respecter, protéger. Toute atteinte à ces principes est légitimement vécue de manière douloureuse, comme une agression intolérable. La directrice de l’hôpital a exprimé une émotion dans laquelle nous pouvons tous, acteurs publics comme privés, nous reconnaître.

L’attachement des citoyens aux établissements de santé est profond. Au sein d’un espace public souvent vécu comme insécure, ils savent pouvoir disposer de lieux tout entiers dévolus au soin et à la « réparation des vivants », pour reprendre le titre du livre de Maylis de Kerangal. Pourtant, les médias se font régulièrement l’écho d’atteintes à la sureté et à la sérénité de l’action des soignants. Qui aurait imaginé, il n’y a pas si longtemps, que nous soyons obligés au sein de nos établissements d’assurer en continu la sécurité de nos professionnels et de nos patients ? Il convient de le dire avec force : celles et ceux qui soignent ne doivent en aucune cas être victimes de violences, physiques ou verbales. Une société qui ne respecte pas les lieux où l’on soigne est une société qui ne se respecte pas elle-même.

Pour autant, l’hôpital est-il toujours « un sanctuaire », comme le disait sur les ondes Agnès Buzyn lundi ? Oui sans doute, si l’on considère que sa vocation soignante lui confère - ou doit lui conférer - une protection. Mais la réalité est plus complexe : dans leur quotidien, les hôpitaux et les cliniques ne sont plus ces lieux coupés du monde et délestés de ses contraintes. Nous sommes des réceptacles des évolutions comme des maux de la société, et ceux-ci nous poussent à ajuster sans cesse le service que nous rendons au public. Nous sommes des acteurs du territoire sur lequel nous sommes implantés, avec ses spécificités et ses difficultés.

Entre protection et ouverture, il y a donc un équilibre subtil à réinventer sans cesse. Mais certaines valeurs, tels que le respect de l’espace de soin et de ses professionnels, doivent être sacralisées, sauf à porter un coup fatal à notre « savoir vivre ensemble ».


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Placer l’Etat dans un rôle d’impulsion et de mise à disposition de ressources pour la société civile : telle est la vision de la stratégie numérique en santé présentée la semaine dernière par Agnès Buzyn et Dominique Pon. Ensuite, les acteurs ont la liberté de développer biens et services à l’aide de ces ressources.

Si une telle configuration est particulièrement propice à l’innovation numérique, elle porte aussi la marque d’une progression des mentalités et d’un désir de rééquilibrage des rôles dans la décision publique : un Etat prospectif et facilitateur, des citoyens moteurs et créateurs de solutions. Alors qu’il y a peu, l’innovation était encore mise en coupe réglée, cette impulsion portée par la stratégie numérique est bienvenue. Souhaitons qu’elle fasse des émules dans de nombreux autres domaines.

Dans le même esprit, la crise sociale des derniers mois a eu le mérite de faire bouger les lignes en mettant en exergue le sentiment d’abandon des territoires et les failles dans le service au public. En ce sens, les annonces du Président de la République sur l’arrêt des fermetures d’hôpitaux et d’écoles procèdent d’une salutaire prise de conscience : d’une part des sujets prioritaires pour les citoyens, à savoir l’éducation et la santé ; et d’autre part de la nécessité d’en finir avec un Etat couperet dont les décisions arbitraires n’ont fait qu’accroitre le divorce avec les populations.

Les élus locaux sont en effet mis devant leurs responsabilités, face à des enjeux qui engagent aussi, ne l’oublions pas, la qualité et la sécurité des soins. A eux de mettre à distance conservatisme et clientélisme et de faire preuve d’audace pour inventer la santé de proximité de demain. Et aux acteurs que nous sommes d’être là aussi offreurs de solutions… sous réserve, bien sûr, que soit reconnu l’apport des établissements de tous statuts.

Evolution du rôle de l’Etat, prise en compte des acteurs de terrain sur les territoires… et participation du patient. Le rapport de l’Institut Montaigne sur les indicateurs de qualité, sorti mardi et auquel l’hospitalisation privée a apporté sa contribution, illustre là encore cette aspiration des citoyens à être contributeurs de l’évolution du système : 96 % d’entre eux s’y disent prêts à répondre à des enquêtes d’évaluation de leur prise en charge et du résultat de celle-ci, si cela peut permettre d’améliorer la qualité des soins.

A rebours de la morosité ambiante et des collapsologues, des signaux, de moins en moins faibles, nous disent donc que la maturité collective progresse et que la donne en santé est en train de changer. Une chose est certaine : les hôpitaux et cliniques privés y contribuent jour après jour.


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Une campagne qui démarre laborieusement et des enjeux pas toujours faciles à cerner pour un scrutin fréquemment boudé : toutes les fées ne se penchent pas spontanément sur le berceau des élections européennes, et l’on peut se demander si celles du 26 mai feront exception. La crise générale de la représentation engendre pour les européennes une désertion encore accrue à l’égard d’institutions jugées distantes et complexes… a fortiori à un moment où le Débat national porte une forte exigence de simplification. Pourtant, on ne le dira jamais assez : l’Europe est, et sera, ce que nous en faisons.

Trop souvent, l’action de l’Europe est caricaturée pour masquer les propres défaillances, la frilosité ou le manque cruel d’anticipation des pouvoirs publics nationaux. De nombreux sujets stratégiques de santé mériteraient pourtant d’être davantage portés au niveau européen : le partage de l’expertise pour lutter contre les maladies et faire face aux mutations démographiques, la réponse aux attentes des citoyens en matière de qualité et de sécurité sanitaire, ou encore l’émergence d’une puissance européenne de la donnée pour contrebalancer les velléités hégémoniques des GAFA et des BATX. Nous sommes, en tant qu’acteurs de santé, directement concernés.

Il y a, selon les données de l’Union Européenne de l’Hospitalisation Privée (UEHP), plus de 5000 établissements de santé privés à travers l’Europe. Ils sont des acteurs majeurs des systèmes de santé des pays européens, grâce à un modèle qui valorise la qualité des soins et l’efficience dans une logique de complémentarité avec l’offre publique. Si nous voulons faire prospérer ce modèle, le partage de savoirs entre nous est fondamental. Mais nous devons aussi porter ce message politique au niveau de nos interlocuteurs européens, qui sont parfaitement conscients - surtout si l’on considère les soubresauts sociaux actuels - qu’améliorer la santé et le bien-être des citoyens est un prérequis essentiel à toutes les politiques de développement.

FHP et UEHP viennent donc d’adresser un courrier commun aux têtes de liste des élections européennes en France, assorti de 10 questions sur leur projet pour la santé : reconnaissance des missions des hôpitaux et cliniques privés, égalité des acteurs de tous statuts, simplification, innovation, pertinence et qualité des soins… Nous vous communiquerons leurs réponses avant l’échéance du 26 mai.

Souhaitons que sur de tels enjeux, celles-ci soient à la hauteur des attentes des acteurs de santé et de notre profession, et dessinent une Europe à laquelle nous ayons envie de croire. Mais nous sommes tous aussi en responsabilité vis-à-vis de l’Europe de la santé : alors, soyons « euro moteurs » ! 


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C’est une étape majeure qui a été franchie dans la reconnaissance du principe d’égalité entre le secteur public et le secteur privé de la santé. Le Conseil d’Etat considère en effet que la question des dépassements d'honoraires des praticiens à l’hôpital public, et de la rupture d'égalité avec ceux exerçant au sein des hôpitaux et cliniques privés, relève clairement des droits et libertés garantis par la Constitution. Cette question « présentant un caractère sérieux », le Conseil d’Etat s’en remet donc au Conseil Constitutionnel pour statuer.

Rappelons que ce sujet trouve son origine dans l’ordonnance relative au service public hospitalier, qui permet à l’hôpital public de déroger à ses conditions et de pratiquer des compléments d'honoraires dans le cadre de son exercice libéral.

Le sujet n’est nullement celui de la réouverture de polémiques stériles. Notre volonté est simplement d’affirmer la légitimité de tous les acteurs hospitaliers à remplir des missions de service public, en fonction de critères d’habilitation qui doivent s’appliquer à tous de la même façon. Sinon, c’est l’arbitraire qui prédomine. Egalité de droits, égalité de devoirs…

C’est une question de principe, mais pas seulement. Les acteurs hospitaliers de tous statuts ont besoin d’être reconnus dans leurs missions au service des patients. Réfuter sans fondement l’habilitation au service public hospitalier à un établissement revient à nier son essence même : être au service du public sur un territoire. Or si les dés sont pipés dès le départ, comment bâtir les voies de la confiance et de la coopération ?

Je suis également convaincu que des règles du jeu justes et transparentes incitent les acteurs à faire tous les efforts nécessaires pour s’améliorer, renforcer l’accès aux soins, accueillir et prendre en charge de la meilleure façon tous les patients. Nul n’est exemplaire, mais chacun peut y tendre si on lui fait confiance.

La loi Pacte a été définitivement adoptée il y a quelques jours. Elle valorise, à travers différentes dispositions, les entreprises responsables et « porteuses de sens », dont la raison d’être s’incarne dans les missions d’intérêt général qu’elles accomplissent. Cette définition s’applique aux établissements de santé privés, et à travers la décision du Conseil d’Etat, c’est aussi ce message de considération qui nous est adressé.


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La présentation des premiers résultats du Débat National fait apparaitre une réalité dont il ne faut pas minimiser l’importance : alors que la santé n’était pas clairement ciblée dans les thèmes officiels du débat, elle a émergé comme une préoccupation majeure des citoyens, partout sur le territoire. Comme l’a exprimé avec justesse le Premier ministre : « La thématique de la santé s’est invitée, il faut l’entendre ».

Ceci ne constitue certes pas un immense scoop : sondages après sondages, la santé, aux côtés de l’emploi et du pouvoir d’achat, est au cœur des espoirs les plus grands - les progrès thérapeutiques - comme des angoisses les plus vives - l’accès aux soins. Cela place à un niveau élevé les exigences collectives sur un tel sujet, pour le politique bien sûr, mais aussi pour les acteurs de la santé eux-mêmes.

Premier constat, les participants identifient un seul poste pour lequel ils estiment que les moyens, financiers et humains, doivent être au rendez-vous : la santé. Ils plébiscitent un système de santé accessible à tous, grâce une offre de soins tant hospitalière que de ville à la hauteur des enjeux. La demande de « services au public » de santé est impérieuse, la question du statut des acteurs semble le cadet des soucis des contributeurs, et l’attente de propositions innovantes - centres de santé de proximité par exemple - est grande. Tout ceci témoigne d’une grande lucidité et mérite d’être pris en compte.

Il est également très significatif que les premiers enseignements du Débat National soient, sur de nombreux points, en résonance avec ce que les directrices et directeurs des hôpitaux et cliniques privés ont exprimé. Deux exemples : les mots « manque de considération » reviennent souvent dans les réponses des Français. Dans notre consultation également, cette aspiration à davantage de reconnaissance et de respect était prégnante. Autre illustration, les citoyens aspirent, face aux millefeuille administratif, au développement « d’une culture de la simplicité ».

Nous ne saurions mieux dire, tant se soustraire aux complexités inutiles pour se centrer sur le soin du au patient, et être reconnus dans les missions que nous accomplissons à son service, est fondamental. La déclinaison concrète du message délivré par les citoyens ne sera pas une mince affaire, mais il n’y a d’autre voie que la réussite.


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C’est un arrêté parmi d’autres, publié ce week-end au Journal Officiel, et dont l’intitulé ne parle guère qu’aux initiés. Et pourtant, c’est une étape majeure pour notre secteur : l’agrément officiel par le ministère du travail d’un opérateur de compétences - OPCO - Santé, pleinement représentatif des métiers de la santé, incluant le médico-social et l’aide à la personne.

Cela n’a pas été chose aisée : il y a eu des mois d’un intense travail de conviction, de négociations soutenues avec les partenaires sociaux, de contacts répétés avec les représentants du Gouvernement. Mais le résultat est là, et il constitue une réelle satisfaction pour la FHP et l’ensemble des fédérations employeurs engagées dans le processus. Les syndicats de salariés ont aussi salué cette création.

Cet OPCO Santé constitue d’abord un véritable levier pour mener des politiques ambitieuses de formation des professionnels de santé. Améliorer l’attractivité de nos métiers, donner des perspectives à chacun, favoriser la meilleure adéquation des pratiques aux évolutions du système de santé et aux attentes des patients : nous avons besoin de cet OPCO pour relever les défis à venir. Cet OPCO a d’ailleurs vocation à accueillir demain d’autres acteurs clés de la santé, les professions libérales notamment.

Il convient aussi d’être pleinement conscient que l’agrément des OPCO aujourd’hui préfigure le paysage des Branches professionnelles de demain. Dans un tel cadre, affirmer la cohérence et l’importance de la santé dans toutes ses composantes, favoriser la pleine et entière reconnaissance de ses acteurs, est fondamental. La santé est, ne l’oublions jamais, l’un des sujets majeurs de préoccupation des citoyens aujourd’hui.

Les premières analyses du Débat National font ressortir des mots-clés, dont celui de « respect ». La décision de la puissance publique, que nous saluons, d’agréer l’OPCO Santé, participe de cette indispensable considération.


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Le premier round du projet de loi dit « d’organisation et de transformation du système de santé » s’est achevé hier à l’Assemblée Nationale. Certes, les débats ont parfois été enlevés, notamment sur le recours aux ordonnances, ou encore sur les modalités d’installation des médecins, sujet aigu de préoccupation pour les élus.

Mais ce qui frappe, si l’on met en parallèle cette discussion avec celle de la précédente loi de santé, c’est la conscience sur tous les bancs de l’Assemblée de l’urgence de la réforme ; et donc la volonté de mettre les clivages idéologiques à distance pour bâtir des lignes de consensus.

La ministre de la Santé a donné le ton dès la discussion générale : aucune transformation ne pourra se faire sans la participation des acteurs de tous statuts. Cette nécessité n’est plus, au moins au niveau de la philosophie d’action, sujet à controverses : elle relève de l’évidence.

En témoigne l’amendement gouvernemental qui dit explicitement que les établissements de santé de proximité peuvent être aussi bien publics que privés ; en témoignent aussi les interventions de députés de tous bords qui se sont succédés pour souligner la nécessité de diversifier les terrains de stage pour les futurs médecins, dans les établissements de santé privés comme en ville.

Enfin, de nombreux sujets ont été examinés à l’aune de l’égale prise en considération des acteurs de santé ou de la représentation des fédérations hospitalières… sans que cela soit toujours suivi d’effets, disons-le. Mais cette vigilance est déjà, en soi, une avancée notable.

Pour autant, la tâche est encore ardue. Notre discours d’alerte sur les GHT, qui préemptent ostensiblement l’organisation de l’offre de soins, se voit opposer une fin préoccupante de non-recevoir, alors que l’enjeu est crucial. Quant aux ordonnances à venir, telles que celle portant sur la réforme des autorisations, elles traitent du cœur même de nos métiers et de nombreuses incertitudes subsistent.

La loi devrait revenir au Sénat en juin. Devant des sénatrices et des sénateurs particulièrement mobilisés sur les enjeux d’accès aux soins, nous saurons faire valoir nos propositions pour transformer le système. Nul doute que dans cette enceinte également, la coopération entre acteurs de santé sera considérée telle qu’elle aurait toujours dû l’être par le passé : juste une évidence.


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Bien sûr, les oppositions voire les fractures saturent l’espace médiatique depuis des semaines. Pourtant, si on parvient à mettre à distance les postures manichéennes et les outrances de tous bords, je fais le pari que le Débat national dégagera aussi des voies de consensus, autour d’aspirations communes au sein de la société.

Nous avons rendu publics en début de semaine les résultats de notre consultation auprès des 1000 directrices et directeurs de cliniques et hôpitaux privés. Ce qu’ils disent sur la profession est, je le crois, profondément en résonance avec des attentes plus larges qui s’expriment aujourd’hui.

Pour rester le plus fidèle à leur pensée, j’exprimerais les choses ainsi : elles et ils ont le sentiment d’évoluer, au quotidien, dans un univers à la complexité inutile croissante, et d’être soumis aux diktats d’une administration qui - quelles que soient les qualités des personnes qui la composent - manie trop fréquemment les injonctions contradictoires. Ils vivent mal les inégalités de traitement qu’ils subissent et qui nuisent à l’offre de soins pour leurs patients.

Ils voudraient qu’on leur fasse davantage confiance, qu’on les respecte, que l’action des établissements privés et des professionnels de santé soit davantage reconnue. Ils aimeraient davantage de marges de manœuvre pour investir, pour innover, pour développer leurs initiatives. Trop de choses procèdent d’en haut : améliorer sans cesse les pratiques soignantes dans les territoires suppose pourtant d’insuffler davantage d’horizontalité, et une saine émulation des acteurs.

Malgré les difficultés, les directrices et directeurs sont pleinement conscients qu’être acteurs de la santé, aujourd’hui, est une belle et grande responsabilité. S’ils accomplissent déjà de nombreuses missions de service public, il sont une écrasante majorité à vouloir aller plus loin en la matière, avec les droits mais également les devoirs qui s’y rattachent. Ils savent bien que c’est en investissant toujours davantage dans le service rendu au patient, que l’on s’inscrit dans les défis posés par la transformation du système aujourd’hui... en premier lieu ceux de la proximité et de la qualité. Ils sont très conscients du rôle qu’ils jouent sur les territoires, et particulièrement les plus isolés.

A travers ces résultats, qui latéralisent les revendications seulement corporatistes, se dessinent en creux des attentes très partagées par les citoyens de notre pays : de la reconnaissance, du respect, plus d’horizontalité, et la considération de leur utilité sociale. Ce message mérite d’être entendu. 


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Plusieurs travaux récents, émanant de cénacles différents, brossent toutefois un portrait de la France très convergent. Ce portrait riche d’enseignements mérite qu’on s’y attarde, car il a de nombreuses résonances avec les enjeux de santé.

Premier travail, l’analyse de la DREES, qui pointe le décalage entre les campagnes isolées et les grands centres urbains sur la perception d’efficacité de notre arsenal de protection sociale. Le sentiment d’être « protégé » est donc étroitement corrélé au lieu de vie… et dans de nombreux territoires, cette appréciation est négative.

Deuxième travail, celui de l’Institut Montaigne, intitulé de façon édifiante « La France en morceaux ». Son Baromètre révèle quatre grands types de trajectoires territoriales et sociales, qui coexistent dans notre pays. Parmi elles, un quart des Français se sentent assignés à leur territoire, et bloqués tant géographiquement que socialement : ils sont surreprésentés dans les communes rurales et les zones denses et défavorisées, avec un accès complexe aux services et des renoncements multiples… aux soins notamment.

Enfin, en début de semaine, le Défenseur des Droits a sorti son rapport annuel. Il y est fait état « d’appels à l’aide » d’usagers du système de santé, qui se sentent en mal d’offre de soins médicaux là où ils vivent. Jacques Toubon dresse ainsi le tableau d’une France fragilisée dans son service au public, et en butte à des inégalités territoriales flagrantes.

C’est sur cette toile de fond, cohérente avec les événements sociaux de ces derniers mois, que se déroulent actuellement les débats à l’Assemblée Nationale sur le projet de loi de santé. Ils doivent apporter des réponses concrètes à cet enjeu crucial de la présence soignante sur tous les territoires de notre espace national. Ils doivent donner aux acteurs de santé les moyens de déployer un maillage cohérent et conforme aux besoins de la population. Enfin, ils doivent embarquer chacune et chacun, public et privé, dans les missions de service au public, pour redonner aux citoyens la confiance dans une offre de santé à la fois proche et pleinement qualitative.

C’est compliqué, c’est ambitieux, mais c’est indispensable. Les multiples signaux d’alerte - dont les travaux de la Drees, de l’Institut Montaigne et du Défenseur des Droits constituent une manifestation supplémentaire - ont, je le crois, été entendus par les pouvoirs publics… dans le domaine de la santé en tout cas. Ils doivent maintenant se traduire en actes, pour rassurer les citoyens, conforter les professionnels et les établissements dans leur rôle, et brosser demain le portrait d’une France réconciliée. 


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La maîtrise du temps est un art subtil en politique… surtout à l’heure où la crise de la démocratie représentative met les élus sous pression, où la pratique du pouvoir privilégie les « procédures accélérées », où les réseaux sociaux rehiérarchisent les priorités et où divers processus électifs rebattent les cartes à intervalles réguliers.

Dans le domaine de la santé comme dans d’autres, la pensée d’une société future et les moyens d’y parvenir ne peuvent pourtant s’élaborer avec pertinence que dans la durée. Les enjeux sont tellement importants que toute décision sans portée stratégique et prospective serait vouée à une obsolescence rapide.

Prendre son temps est souvent le meilleur moyen d’en gagner, car aux côtés des sujets de fond, il y a tout l’écheveau des relations de confiance qui se tissent peu à peu entre le politique et les acteurs de la société civile… au fil du temps. La pérennité de nos interlocuteurs politiques au plus haut niveau, quand ils sont de qualité, permet de coconstruire, y compris au-delà des limites du mandat. Il faut du temps pour installer la confiance : elle est pourtant le socle de toute réussite, à un moment où la stratégie de santé prend son envol.

Cette stratégie de santé n’est pas une juxtaposition de mesures techniques, et elle ne doit surtout pas le devenir. Elle doit aussi, et peut-être surtout, porter auprès des citoyens le message social d’une santé plus juste, car guidée par l’égal accès de toutes et de tous à des soins de qualité. Elle doit répondre aux angoisses des régions sous-dotées, en emportant tous les acteurs, publics et privés, dans une dynamique de coopération autour du parcours du patient. Cette fibre sociale doit continuer à être incarnée avec force au plus haut niveau de l’Etat, a fortiori dans le contexte sociétal de ces derniers mois.

Enfin, à quelques semaines des européennes, rappelons aussi que la santé est l’un des sujets qui, s’il est bien abordé, peut contribuer à réconcilier les citoyens avec l’idéal européen. Le développement de la santé numérique par exemple, avec l’exigence d’interopérabilité des systèmes de santé entre eux au bénéfice de tous les patients, se porte au niveau européen. Le ministère de la santé, ce doit être aussi le ministère de l’Europe de la santé !

Enjeux capitaux pour notre avenir collectif, vocation européenne, fibre sociale : la ministre de la santé se situe aujourd’hui au carrefour de beaucoup d’attentes. L’hospitalisation privée est plus que jamais prête à prendre toute sa part dans ces enjeux, sur la base des relations de confiance déjà établies avec Agnès Buzyn… et que nous souhaitons pérennes !


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Un proverbe russe dit qu’un grand merci ne se met pas dans sa poche… J’y souscris ! L’annonce par Agnès Buzyn d’une augmentation de 0.5% des tarifs hospitaliers, après huit années de baisse, constitue une reconnaissance et un encouragement qui méritent d’être salués comme tels. 

Dans un environnement économique très contraint, un tel arbitrage ne se fait pas à la légère. Le Gouvernement a pris la mesure, à la fois des difficultés des établissements de santé, de l’importance des missions qu’ils accomplissent au service de la santé des citoyens partout en France, mais aussi de leur volonté collective d’être pleinement au rendez-vous de la transformation du système de santé. 

Un leitmotiv revient fréquemment en ce temps de débat national, celui d’une absence d’écoute du politique sur les grands sujets qui font le quotidien des gens. Cette séquence tarifaire témoigne a contrario de la réussite d’un dialogue constructif et régulier et avec les pouvoirs publics. Sans doute aussi parce que, sur un sujet majeur comme la santé, nous nous devons d’être tous engagés et responsables. 

Cet esprit de responsabilité se manifeste d’ailleurs dans l’unité dont font preuve les fédérations, publique et privées, pour porter les messages du monde hospitalier. Les patients font fi des statuts juridiques : ils veulent juste être bien soignés. Quant aux politiques, ils sont soucieux d’une vision de l’intérêt général qui dépasse les corporatismes. Sur ces bases saines, nous pouvons véritablement améliorer ensemble la santé. 

Certes, tout n’est pas résolu. Cette évolution positive des tarifs doit s’inscrire dans une démarche générale de valorisation des établissements de santé à laquelle nous serons attentifs, que ce soit dans le projet de loi, les futures ordonnances ou le PLFSS 2020. Mais aujourd’hui, nous apprécions à sa juste mesure le signal positif ainsi délivré.

Pédagogie versus démagogie


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Edito du 20 février 2019

Il faut savoir prêter une oreille attentive aux débats qui se déroulent en ce moment un peu partout en France. Même si la synthèse est prévue pour avril, cette plongée dans les maux de la France, notamment rurale et périurbaine, est particulièrement instructive. De la desserte ferroviaire insuffisante à la pénurie de médecins, c’est bien la question du maintien d’un véritable « service au public » qui est posée. Et à travers elle, l’aspiration générale à davantage de considération.

Le défi auquel est confronté le Gouvernement s’illustre parfaitement dans le champ de la santé. Année après année, les médias se font l’écho d’un sempiternel scénario : des décisions politiques de fermeture ou de reconversion chahutées, les arguments de la qualité et de la sécurité brandis face à des élus locaux remontés, des fossés d’incompréhension qui ont contribué à faire le lit de la situation sociale d’aujourd’hui… Il y a urgence à agir et à mener une véritable pédagogie de la proximité réelle, c’est-à-dire indissociable de la qualité des soins.

Le renforcement de l’échelon de proximité dans la Stratégie de transformation du système de santé, et la valorisation de ses acteurs, constituent donc une orientation prometteuse. Mais sa réussite est assortie de conditions.

Cette proximité doit en premier lieu être réinventée par tous les acteurs de santé. La vision ne doit pas être étriquée, sous peine d’échouer. Les hôpitaux et cliniques privés doivent être pleinement intégrés à cette démarche, car ils remplissent au quotidien des missions de proximité. Et n’oublions pas que l’environnement de proximité, ce sont aussi les centres médicaux de premier recours. L’hospitalo-centrisme a vécu.

Arrêtons, enfin, dans le débat, de parler de ce concept hautement technocratique de « gradation », sauf à être dans le degré zéro de la pédagogie nécessaire… Pour convaincre les citoyens du bien-fondé d’une organisation nouvelle des soins, ne laissons pas entendre qu’il y aurait une hiérarchie de « niveau » entre les acteurs. Chacun, dans son rôle, est indispensable. Et chacun doit être soumis à la même rigoureuse exigence de sécurité et de qualité, indispensable pour bâtir avec la population une relation d’absolue confiance.

Il y a suffisamment de besoins sur les territoires pour que toutes les bonnes volontés y trouvent leur place. Si les acteurs, indépendamment du statut, sont reconnus dans leurs missions de proximité ; si les citoyens ont toutes les assurances de qualité et de sécurité ; si les politiques ne cèdent pas à la démagogie mais mènent un inlassable travail de pédagogie et de reconnaissance de la proximité réelle : alors oui, nous romprons vraiment avec les vieux schémas et nous serons collectivement à la hauteur des attentes.

Une ambition, mais avec quels moyens ?


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Edito du 13 février 2019

Le projet de loi d’organisation et de transformation du système de santé a été présenté ce matin en Conseil des ministres. L’ambition affichée par le Gouvernement tient en trois mots : accès aux soins. Mais la dispersion de la stratégie entre loi, ordonnances encore imprécises, et décisions sur le financement renvoyées au PLFSS 2020, n’est pas de nature à ce stade à dégager une vision pleinement aboutie de la transformation désirée.

Dès lors, trois questions se posent à nous avec acuité.

Quelle place pour l’hospitalisation privée dans ce texte ? Toute volonté de transformation ira au-devant de lourdes déconvenues si elle latéralise certaines catégories d’acteurs. Dès le titre I pourtant, l’absence de parallélisme de la rédaction entre public et privé sur la réponse aux zones sous-dotées est patente. Et de grandes zones de flou subsistent sur les chantiers portés par ordonnances et capitaux pour l’avenir de notre profession : la définition des hôpitaux de proximité, les autorisations… Enfin, tant que perdurera notre éviction du service public hospitalier, les conditions de réussite de la coopération entre acteurs de tous statuts ne seront pas pleinement réunies.

Deuxième interrogation, comment permettre à ceux qui font le soin de relever le pari de la transformation contenu dans la loi ? Deux semaines environ avant l’arrivée du projet de loi à l’Assemblée Nationale, nous devrions connaitre les arbitrages tarifaires. Une hausse des tarifs, à hauteur de 1 %, est le socle de la confiance. Ne pas donner au monde hospitalier de vraies latitudes d’action serait un contresens absolu, et jetterait un doute profond sur la volonté réelle de changer les choses.

Enfin, troisième question : ce projet de loi va-t-il répondre aux inquiétudes des patients en matière d’accès aux soins ? Si l’esprit général, tourné vers la proximité et la qualité, semble en témoigner, la déclinaison concrète doit se fixer trois impératifs : rompre avec les schémas dépassés et dogmatiques, proscrire les enchevêtrements administratifs, et surtout, faire confiance à celles et ceux qui œuvrent au plus près des réalités de terrain.

Si la vision politique est claire, innovante, incarnée, les citoyens y adhéreront. Sinon, ce ne sera qu’un texte de plus. Or l’échec nous est-il permis par les temps que nous vivons, où les acteurs ont le devoir d’accomplir leurs missions, et le politique celui de leur en donner pleinement les moyens ? 

Puissance symbolique


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Edito du 6 février 2019

Lors d’un récent déplacement dans le Lot, Emmanuel Macron a déclaré : « On a tendance à mettre dans un même paquet toutes les dépenses, mais l’école et la santé, ce sont les deux moteurs de notre investissement. Notre société en a besoin ». A présent, mettons les actes en cohérence avec les mots.

Alors que la crise sociale met en lumière un sentiment d’abandon, l’éducation et l’offre de soins constituent évidemment deux pôles majeurs de revitalisation de la société. L’école et la santé sont des leviers d’investissement sur l’être humain, qui préparent notre avenir collectif.

Les citoyens ne s’y trompent pas, qui préconisent de donner davantage de moyens à la santé et à celles et ceux qui s’y consacrent. Ils se montrent très préoccupés par de multiples signaux de détérioration, particulièrement au sein des établissements de santé, liés à une situation financière délétère : épuisement des professionnels, tensions sociales, obstacles à l’investissement et à l’innovation… Tout ceci grève singulièrement leur foi dans l’avenir de notre système de santé.

Il est salutaire que notre pays sanctuarise des espaces d’expression démocratique pour que propositions et revendications s’expriment ; et il est de la responsabilité de chacun des acteurs d’y prendre part. Alors oui, aujourd’hui, les établissements de santé, publics, privés de statut commercial, privés associatifs, demandent avec solennité aux pouvoirs publics une hausse de leurs tarifs, à hauteur de 1%.

Nous pouvons en porter témoignage au travers de plusieurs signaux récents : l’exécutif a amorcé une réelle prise de conscience des difficultés du monde hospitalier. Mais rester au milieu du gué serait en revanche un contre-signal majeur

Au-delà de l’aspect financier, il est grand temps de mesurer toute la puissance symbolique que revêtirait, dans le contexte du Débat national, une augmentation significative des moyens donnés aux établissements de santé. Ce serait la preuve manifeste que les professionnels, les patients, mais aussi l’ensemble des citoyens qui hissent légitimement de la santé au rang de leurs priorités, ont été entendus.

Or être écouté, compris et considéré, et trouver un sens dans l’action que l’on mène, est sans doute l’une des aspirations les plus ardentes et les plus partagées dans notre société aujourd’hui, dans un contexte de profonde tension.

Le message que nous délivrons est donc clair : permettre au secteur hospitalier de remplir ses missions, c’est répondre pleinement aux attentes exprimées dans le cadre du Débat national.

Entre espoir et vigilance


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Edito du 31 janvier 2019

Toutes les consultations, tous les débats sont porteurs au commencement d’un espoir et d’une vigilance : espoir que ce moment de réflexion partagé sera fructueux et reflètera de manière équilibrée les convictions et les propositions de chacun ; mais aussi vigilance envers une concertation qui ne serait que « cosmétique » alors que les principaux arbitrages sont arrêtés. 

Le rapport de Jean-Marc Aubert sur la réforme des modes de financement des établissements témoigne sur de nombreux sujets d’une réelle écoute des acteurs de santé : encouragement à la qualité et à la pertinence des soins, rapprochement des modes de rémunération des acteurs, primauté du service médical rendu au patient comme « jauge » des dispositifs à construire, fixation d’une visibilité tarifaire sur une durée de 3 à 5 ans pour anticiper les évolutions futures… Il évoque aussi avec lucidité les effets délétères de baisses tarifaires réitérées.

Pourquoi dans ce cas, opposer à ces ambitions qui font consensus, le dogme de la réduction à 50% de la rémunération à l’activité ? Le même rapport qui prône la diversification des modes de financements pose comme présupposé un schéma cible figé ! Même raisonnement pour la psychiatrie privée, avec le retour massif à un financement global qui serait pénalisant pour le dynamisme de nos établissements. 

L’ambition de cette réforme - répondre aux besoins des patients et à l’amélioration de leur prise en charge - est trop grande pour se corseter a priori avec des idées reçues, distantes des réalités du soin, ou perpétuer des modes de pensée archaïques : ainsi en est-il de la référence à un « malus » sur la qualité, alors que les clés de la réussite d’une politique résident à l’évidence dans l’incitation et l’encouragement. Et si la qualité médicale fait vraiment défaut, la considération que nous devons aux patients nécessite plutôt de cesser l’activité...

Un nouveau temps de discussion s’ouvre jusqu’en mars, a annoncé la ministre de la santé hier, avant la définition du schéma général. Nous allons poursuivre notre participation active à cette démarche, en veillant à ce qu’aucun dogme prédéfini ne vienne entraver la créativité des acteurs de santé au service des patients. Entre espoir et vigilance, donc.

Réformons la réforme !


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Edito du 23 janvier 2019

Les constats délivrés par la mission IGAS sur les transports sanitaires sont édifiants et emblématiques des erreurs de pilotage qui entachent trop souvent la conduite des réformes.

Premier constat, l’impréparation notoire et l’absence de concertation d’une réforme, décidée et imposée « d’en haut » par l’ancienne ministre de la santé, avec son inévitable corollaire : l’impossibilité pour les acteurs de mettre en place en amont les discussions et la dynamique territoriale utile.

Deuxième constat, une déclinaison territoriale défaillante de la réforme nationale, et des failles de gouvernance à tous les étages.

Troisième constat découlant des deux précédents, une mise en œuvre chaotique, dans une précipitation contreproductive… Pour résumer le rapport IGAS : toute la copie est à réécrire.

Certes, la mission pointe une « responsabilité collective » dans l’échec : mais convenons que lorsqu’une concertation déjà trop tardive, débute a fortiori sur des chiffrages erronés, il y a de quoi émousser légèrement la confiance !

Il va y avoir « une pause », vient de dire Agnès Buzyn. Dont acte. Mais il convient d’aller au-delà de cette prise de conscience bienvenue mais conjoncturelle. C’est structurellement que la gouvernance et la pédagogie de la réforme doivent évoluer dans notre pays, pas seulement du reste dans la sphère de la santé.

Il y a plus globalement urgence à mettre un terme à la dichotomie entre une logique d’affichage - des réformes anticipées, concertées, évaluées - et la réalité trop souvent faite d’injonctions descendantes et décalées par rapport aux besoins. Chacun se retrouve alors immergé dans des magmas technocratiques divers qui ne font pas progresser d’un iota le système et qui entretiennent un sentiment persistant d’absence de considération.

Il est impérieux de tirer les enseignements d’un rapport tel que celui-ci pour ne pas rééditer les mêmes erreurs sur d’autres sujets. La transformation du système de santé est une volonté affichée : dotons-nous collectivement des moyens de la réussite, et prenons le temps pour gagner du temps.

Nous disposons d’atouts, à commencer par la détermination de la ministre à impulser une gouvernance nouvelle à partir des territoires ; et bien sûr la conviction qu’ont les acteurs de la nécessité de cette transformation… pour peu qu’elle soit bien conduite.

Dans notre pays s’ouvre actuellement une période de débat sur les grands enjeux de notre pays. Est réaffirmée la volonté d’une expression des citoyens au plus près de leurs attentes et d’une participation de ceux-ci aux décisions qui les concernent. Cela ne sera possible qu’en repensant les processus de prise de décision.

Alors, écoutons le terrain, et réformons la réforme ! 

La contribution plutôt que la confrontation


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Edito du 16 janvier 2019

Une société figée dans des antagonismes, des opinions opposées qui ne dialoguent pas entre elles, est condamnée à l’inertie. A contrario, débattre est une inépuisable source d’enrichissement collectif, et un indispensable levier d’action.

Le quotidien d’une Fédération telle que la nôtre est rythmé par le débat : avec nos interlocuteurs politiques, avec les pouvoirs publics, avec les autres acteurs de santé… Parfois apaisé, parfois plus passionné, mais en privilégiant toujours la considération mutuelle plutôt que la confrontation. La meilleure illustration est sans doute la capacité qu’ont à présent les fédérations hospitalières à dépasser leurs différences pour œuvrer en bonne intelligence lorsque l’intérêt du système de santé le requiert.

Forts de cette culture du débat, nous ne saurions nous tenir à distance des grands sujets mis actuellement à l’agenda par l’exécutif. Lors de ses vœux hier, Agnès Buzyn a du reste appelé toutes les forces vives à y participer. Deux axes de contribution sont particulièrement en résonance avec la sphère de la santé et doivent être centraux dans l’exigence de transformation : le premier porte sur l’action publique, le deuxième sur l’organisation de l’Etat, et ils sont étroitement liés.

L’action publique tout d’abord : proposer à tous les citoyens une offre de soins de qualité prouvée et de proximité suppose la mobilisation de tous les acteurs de santé au service au public. Trois fondamentaux doivent y présider : penser « mission » plutôt que « statut », défendre la transparence et l’égalité de traitement, et se sentir collectivement investis des mêmes devoirs et responsabilités. Responsabilité à l’égard des patients comme du système, qui doit trouver sa traduction dans la recherche constante du meilleur soin au meilleur coût. C’est ainsi que nous continuerons, les établissements, les professionnels, à être dignes de la confiance des Français. Mais cette confiance doit aussi imprégner davantage une gouvernance de la santé qui confond trop souvent les rôles de payeur et de régulateur, et l’organisation d’un Etat plus prompt à imposer qu’à impulser. Ces sujets doivent être abordés sans tabous pour relever - selon les termes de la lettre du Président de la République - « les défis de nos territoires les plus en difficulté » dans le champ de la santé.

Simone Veil disait qu’avec le recul du temps, les grands débats qui divisent apparaissent « comme une étape nécessaire à la formation d’un nouveau consensus social ». Puisse l’avenir proche lui donner raison, en France mais aussi, en cette année d’élections, en Europe... En tout cas, nous y contribuerons.

Construire, contribuer, croire


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Edito du 9 janvier 2019

51% des Français se disent pessimistes pour 2019, en hausse de 13 points par rapport à l’année précédente, et seulement 30% pensent que les réformes iront dans le bon sens. C’est ce qui ressort d’une étude Harris Interactive sortie très récemment. Un autre sondage, publié également en décembre, place quant à lui la santé en deuxième position des sujets de préoccupation des citoyens (59%), après la sécurité et la lutte contre le terrorisme… mais juste avant le pouvoir d’achat (57%) !

Ces deux coups de projecteur en disent long sur les inquiétudes qui traversent notre pays. Les attentes fortes exprimées en matière de santé nous obligent collectivement. Elles achèvent de nous convaincre, s’il en était besoin, que dans un climat anxiogène, la pire réponse serait le renoncement et l’attentisme.

En tout cas, c’est dans cet état d’esprit résolument volontaire que la Fédération de l’Hospitalisation Privée aborde cette année 2019, mue par la triple volonté de servir au mieux ses adhérent.e.s, de porter haut nos propositions pour l’avenir du système de santé et d’être un acteur de la société civile, responsable et citoyen.

Nous voulons construire.

Une illustration : la signature il y a quelques jours de l’accord constitutif de l’opérateur de compétences - OPCO Santé, qui est tout sauf un sujet technique. Il préfigure en effet le paysage futur des branches professionnelles, leur reconnaissance par les pouvoirs publics, et donc la place et l’influence de notre secteur. Nous continuerons à y mettre tout notre engagement politique.

Nous voulons contribuer.

Dans quelques semaines, une loi affichant sa volonté de transformer le système de santé arrivera au Parlement. Une réflexion stratégique de fond anime aujourd’hui la FHP, destinée à favoriser la contribution la plus qualitative qui soit et à élaborer des propositions d’amendements qui concilient plaidoyer pour l’intérêt général et pleine considération pour l’hospitalisation privée.

Nous voulons croire.

Nous voulons croire que, dans un pays fragile, fracturé, la santé sera pleinement reconnue en 2019 comme un sujet prioritaire. C’est ce que demandent les Français. Il en découle un certain nombre de conséquences, au premier rang desquelles l’impératif de sanctuariser les moyens dont disposent les acteurs de santé, et de traduire cette volonté dans les annonces tarifaires. Il y a eu fin 2018 des signaux encourageants : la restitution intégrale de la réserve prudentielle, et le déblocage dans la dernière circulaire budgétaire de 22 millions d’euros pour notre secteur. Cette ligne doit être poursuivie.

Enfin, nous voulons cultiver : cultiver, tout au long de 2019, des valeurs de respect, d’unité, de dialogue, qui sont mises à mal aujourd’hui. Dialogue avec les autres fédérations, avec les médecins, avec tous les acteurs de santé, avec les patients, avec les pouvoirs publics et en premier notre ministre de la santé… Cette rentrée est placée sous le signe des grands débats : l’hospitalisation privée sera au rendez-vous !

Je vous souhaite, à toutes et à tous, une très heureuse et fructueuse année 2019, et j’aurais grand plaisir à vous retrouver à l’occasion des Vœux de la FHP.


La santé au chevet des territoires


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Edito du 19 décembre 2018

Un grand moment d’union de toute une profession autour de ses valeurs et de ses convictions : telles ont été les Rencontres 2018 de la Fédération de l’Hospitalisation Privée qui se sont déroulées les 13 et 14 décembre dernier au Carrousel du Louvre.

De nombreux parlementaires et élus sont venus s’exprimer à cette occasion. Au-delà de leur appartenance partisane, tous ont souligné le fait que la santé était devenue le principal sujet d’interpellation de leurs concitoyens. La demande est pressante et révélatrice d’un sentiment d’abandon et d’un accès aux soins qui relève trop souvent du parcours du combattant. Tout parallèle avec les revendications plus larges qui s’expriment sur les ronds-points ne serait pas complètement erroné…

La défense des territoires et la lutte contre les inégalités territoriales constituent l’une des causes que le président du Sénat Gérard Larcher porte le plus ardemment, avec une conviction : dans le domaine de la santé, public et privé doivent répondre ensemble aux besoins des populations. « On ne dit jamais oui par discipline, et jamais non par dogmatisme », a-t-il dit avec une note d’humour aux 600 personnes réunies à cette occasion, rappelant combien l’avenir de notre système de santé dépendait de cette aptitude à la coopération.

Agnès Buzyn elle aussi s’est fait l’écho de cette « souffrance des territoires », et de l’impérieuse nécessité d’une meilleure organisation territoriale, au sein de laquelle le secteur privé aurait toute sa place : « J’ai besoin de tout le monde pour transformer le système de soins ».

Il n’y a pas eu d’annonces budgétaires dans les propos de la ministre. Il y a eu davantage, avec cette phrase hautement symbolique : « Je veux du bien aux acteurs de santé », qui rappelle aussi la volonté du Président de la République en septembre de « prendre soin de chacun ».

Les adhérentes et les adhérents de la FHP ne s’y sont pas trompés, qui ont fait à Agnès Buzyn une standing ovation sans précédent pour un événement FHP. Bien sûr, tout reste à faire sur la loi à venir et la campagne tarifaire de mars. Nous ne perdons jamais de vue l’essentiel… Mais, dans cette époque tourmentée, il est bon de miser sur la confiance mutuelle et sur l’engagement responsable.

Je vous souhaite, à chacune et chacun d’entre vous, de très belles fêtes de fin d’année.

Pérenniser la confiance


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Edito du 5 décembre 2018

La reconnaissance « de l’engagement et des efforts de chacun pour assurer le respect de l’Ondam » : c’est par ces mots qu’Agnès Buzyn a justifié la restitution intégrale aux établissements de santé publics et privés, à hauteur de 415 millions d’euros, des crédits mis en réserve en début d’exercice budgétaire.

Si cette restitution est parfaitement légitime au regard du comportement collectif vertueux des acteurs de santé, elle n’en témoigne pas moins d’une reconnaissance par la ministre des missions accomplies par les professionnels, dans une logique de respect mutuel.

Elle illustre aussi, en creux, une prise de conscience des difficultés économiques des établissements de santé de tous statuts dans notre pays. La demande pressante de l’ensemble des fédérations sur ce sujet, loin d’être une toquade, relevait en effet de la nécessité vitale.

Enfin, cette décision installe les conditions de la confiance alors même que se profilent des échéances majeures : la future loi de santé en début d’année, et bien sûr la prochaine campagne tarifaire. Celle-ci doit s’inscrire dans le même état d’esprit : la volonté de nous donner à tous les moyens de bien soigner, d’investir et d’innover, passe inévitablement par des tarifs hospitaliers qui tiennent compte de l’augmentation de l’inflation.

Agnès Buzyn nous fera l’honneur d’ouvrir les Rencontres FHP 2018 le 13 décembre prochain. Je ne manquerai pas à cette occasion de saluer l’arbitrage qui vient d’être pris, et de porter ce message : la restitution des réserves prudentielles doit être posée comme le premier jalon d’une vraie ambition pour les établissements de santé, qui pérennise la confiance.

Ce respect des engagements est le garant de relations constructives et apaisées, essentielles au bon fonctionnement de nos institutions démocratiques auxquelles, dans ces temps troublés, nous sommes tous foncièrement attachés.

Contre l’abandon, réinventer la proximité


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Edito du 28 novembre 2018

« Le patient a toujours raison » : cette affirmation péremptoire, qui peut choquer de prime abord, ne signifie pas l’omniscience de celui-ci sur son état de santé ! Elle dit simplement, et c’est déjà essentiel, que le soignant doit accorder une écoute attentive au ressenti du patient, à son expérience et au vécu qu’il a de sa pathologie.

Ce qui est vrai pour le patient, l’est tout autant pour le citoyen. L’impression de relégation sociale et d’assignation sur des territoires en déshérence trouvent dans le domaine de la santé sa traduction dans un très fort sentiment de désertification médicale. Même si celui-ci n’est pas toujours corroboré par les faits, il s’agit d’une manifestation supplémentaire de ce ressenti d’abandon démocratique dont l’actualité se fait, ces jours-ci, bruyamment l’écho...

Il faut dire que ces dernières années, la puissance publique a méthodiquement échoué à faire auprès des citoyens une véritable pédagogie de la proximité, dans de nombreux domaines. Des décisions abruptes, parfois justifiées mais prises sans concertation, ont accentué la fracture entre les élus et les citoyens.

Le plan gouvernemental « Ma santé 2022 » semble vouloir rompre avec ce travers en réhabilitant avec une certaine habilité la proximité, par une volonté d’adaptation des établissements et des services de santé aux besoins de la population autour de trois dimensions : proximité, spécialité et de pointe. L’objectif étant évidemment qu’à tous les niveaux, la même qualité soit prodiguée au patient, partout et pour tous.

Telle est l’intention louable sur le papier… Il va falloir à présent que les actes soient à la hauteur des préoccupations des Français en matière d’accès géographique aux soins. A l’évidence, quelques rustines cosmétiques consistant en une simple reconversion des hôpitaux locaux seraient bien loin du compte. Pour répondre aux inquiétudes des citoyens, la notion de proximité doit être réinventée par tous les acteurs. Sur ce thème là comme sur d’autres, nos hôpitaux et cliniques privés ont un rôle majeur à jouer, et ne doivent en aucun cas être considérés comme des supplétifs.

Dans les études d’opinion, un grief revient fréquemment envers les décideurs : « Vous ne savez rien de ce que sont nos vies ». Bien sûr que cela est manichéen, excessif, injuste même : mais cela en dit long sur la manière dont les Français ressentent le décalage entre leur vécu et les décisions prises. La santé ne fait pas exception. Un tel constat plaide, plus que jamais, pour que les acteurs de terrain, partant des besoins exprimés par la population, soient les principaux artisans de la transformation du système. Dans un climat de défiance généralisée, les établissements et les professionnels continuent de jouir d’un capital confiance peu égalé : c’est une chance, une formidable opportunité pour co-construire avec les patients les solutions de demain. 

« Ma Santé 2022 » : précipitation, ou réelle transformation ?


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Edito 21 novembre 2018

Le coup d’envoi de la mise en œuvre opérationnelle du plan « Ma santé 2022 » a été donné en début de semaine par Agnès Buzyn. Déclinée en 10 chantiers et autant de pilotes, elle s’inscrit dans un calendrier très contraint, avec une saisine du projet de loi en Conseil d’Etat mi-décembre et un dépôt au Parlement en mars. Cinq chantiers ont été priorisés, parmi lesquels celui relatif aux hôpitaux de proximité. Ce cadre général nous inspire quelques réflexions.

On nous dit que la future loi sera courte et centrée sur les annonces faites à la rentrée de septembre. Dont acte, mais le Président de la République avait fixé un cap : celui-ci doit à présent être consolidé, et cela suppose de laisser du temps au dialogue, à la concertation, à la construction avec les acteurs. « Doucement cocher, je suis pressé », avait coutume de dire Talleyrand. La précipitation est mauvaise conseillère, et le plus sûr chemin de la réussite effective de la transformation de notre système de santé est que chacun y soit pleinement associé. Le fait que le gouvernement ait décidé de procéder par ordonnances sur certains sujets complexes et pas encore matures témoigne néanmoins de la volonté de prendre le temps de la concertation. Nous y veillerons.

Un autre point de vigilance est la déclinaison concrète de la volonté exprimée par l’exécutif de traiter les acteurs publics et privés à égalité. Au-delà de l’affichage, nous attendons des actes, et la définition du cadre des hôpitaux de proximité en sera un marqueur. Les missions, et non le statut, seront censées définir la liste des établissements concernés, mais nous avons été suffisamment échaudés par le passé sur des sujets analogues pour nous montrer constructifs, mais pas naïfs. Les réunions commencent dans quelques jours, et nous saurons rappeler la place de notre profession dans son ensemble.

Enfin, dans cette multiplicité de thématiques, on peine à distinguer si le projet de loi issu de « Ma Santé 2022 » sera demain une machine à recycler l’existant ou une véritable dynamique d’innovation et de transformation. Je pense par exemple à une organisation territoriale qui se bornerait à sortir de son chapeau des GHT renforcés, cantonnant le privé dans un rôle supplétif, au lieu d’impulser une pleine coopération de tous sur les territoires dans le cadre de Groupements Territoriaux de Santé. Je pense aussi à une conception de la qualité et de la pertinence qui se contenterait d’aligner sagement les indicateurs, sans vision prospective.

Nous faisons crédit à la puissance publique d’une volonté, clairement exprimée, d’être à l’écoute des acteurs de santé dans cette démarche. En tout cas, la FHP, comme elle l’a fait tous ces derniers mois, est pleinement mobilisée : rencontres avec les pilotes, participation aux réunions, échanges avec les autres fédérations et l’ensemble des acteurs de santé, travaux de notre groupe stratégique, anticipation de chaque étape… Dans cette nouvelle séquence qui s’ouvre, notre engagement sera absolu, et notre vigilance aussi. 

La force d’un appel commun


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Edito du 7 novembre 2018

Nous l’avions envisagée, espérée, et soigneusement préparée : la première conférence de presse réunissant les quatre fédérations hospitalières - FHF, FHP, FEHAP et UNICANCER - s’est tenue hier après-midi devant un vaste parterre de journalistes. La fluidité et la concordance des différentes prises de parole ont été à la mesure de la gravité du message ainsi délivré.

Les représentants de l’ensemble de l’hospitalisation de notre pays ont donc interpellé hier le Président de la République et la ministre de la santé, autour de six demandes : la restitution intégrale de la réserve prudentielle au regard du respect de nos objectifs de dépenses ; une véritable régulation financière des dépenses de médecine de ville ; une augmentation a minima de 1% des tarifs hospitaliers, compte tenu de l’inflation, pour préserver l’équilibre financier des établissements de santé ; une remise à plat complète de la réforme des transports inter hospitaliers ; le lancement d’une mission sur la construction de l’Ondam, sa lisibilité et sa pluriannualité ; enfin, une réelle association des fédérations aux travaux sur l’évaluation de la pertinence et de la qualité.

Ces demandes aussi réalistes que raisonnables procèdent d’un triple souci.

Un souci de transparence tout d’abord : des réformes majeures ne peuvent se faire sans, voire contre, les acteurs de santé. Nous sommes prêts à travailler, tous ensemble, pour transformer le système, mais cela impose qu’une concertation inspirée par la réalité du terrain soit à l’œuvre.

Un souci de cohérence ensuite : les établissements de santé ont besoin de retrouver des marges de manœuvre pour remplir leurs missions au service des patients, pour investir et innover, et pour mener de vraies politiques sociales. Aujourd’hui, nos tarifs sont incompatibles avec les enjeux de santé chers aux Français.

Un souci de vérité enfin : Les principes qui régissent le système sont faussés et ne reflètent pas la valeur du soin. Les prévisions insincères, un Ondam à courte vue, des acteurs pénalisés alors même qu’ils sont vertueux, tout ceci contribue à entretenir un climat délétère auquel il faut mettre un terme.

Nous souscrivons à l’esprit du Plan « Ma santé 2022 ». Depuis son arrivée, la ministre a à de maintes reprises fait la démonstration de ses qualités d’écoute et de respect des engagements. Nous sommes donc confiants, aujourd’hui, dans notre capacité à convaincre sur l’urgence d’agir.

Volontarisme réformateur


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Edito du 14 novembre 2018

Alors que notre société se caractérise fréquemment par un climat de défiance généralisé, les professionnels de santé continuent de jouir dans l’opinion publique d’une excellente image. C’est ce qui ressort du tout récent Baromètre Santé Odoxa-nehs : « compétents », « courageux », « sympathiques », les Français ne tarissent pas d’éloges sur celles et ceux qui les soignent, et conseilleraient du reste à leurs enfants d’embrasser de telles professions. De surcroit - une fois n’est pas coutume - notre pays est le plus optimiste en Europe sur la qualité de la relation de ses professionnels avec les patients !

Outre le témoignage d’une juste considération, ces données traduisent aussi le profond attachement des citoyens à leur système de santé, assorti d’une singularité qui là encore les distingue des autres citoyens européens : les Français estiment que les professionnels manquent de reconnaissance de la part des pouvoirs publics, et surtout que « l’on investit trop peu dans la santé » …

Cela prouve une fois de plus, s’il en était encore besoin, à quel point la santé est un sujet particulièrement sensible dans notre pays, qui nécessite tant de la part de la puissance publique que des acteurs de santé que nous sommes, un engagement et un investissement à la hauteur des attentes. C’est tout le sens de l’appel que nous avons lancé la semaine dernière, aux côtés des autres fédérations hospitalières, pour redonner aux établissements de santé les moyens de leurs ambitions au service des patients.

Les attentes sont bel et bien au rendez-vous, et c’est là un autre enseignement digne d’intérêt du Baromètre Odoxa : le volontarisme réformateur affiché par les Français, qu’ils opposent à la frilosité dont ils font parfois grief aux professionnels de santé ! A titre d’illustrations, les pratiques avancées, les maisons de santé dans les zones sous-dotées ou encore le développement du numérique sont plébiscités.

Il s’agit là ni plus ni moins, de la part des Français, d’une incitation à l’audace, à la rupture avec les vieilles recettes éculées et certaines formes de conservatisme. Ce message fondamental appelle à une transformation du système de santé qui ne soit pas cosmétique, mais pleinement effective. Nous ne saurions mieux dire.

Unis pour proposer


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Edito du 24 octobre 2018

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2019 est examiné cette semaine en séance publique à l’Assemblée nationale. Pendant plusieurs jours, les députés vont devoir passer au crible et rendre leur verdict sur quelques 1500 amendements, lors de débats parfois âprement disputés jusque tard dans la nuit... avant de passer le relais aux sénateurs début novembre.

Cette période condense des enjeux suffisamment importants pour qu’elle nécessite une pleine mobilisation de notre secteur de la santé privée. Les rencontres avec les parlementaires, les auditions avec les rapporteurs, les analyses et les propositions que nous soumettons... tout ceci procède d’une contribution nécessaire et saine des acteurs de la société civile à l’amélioration du système de santé.

Mais ce PLFSS 2019 marque un tournant important, voire inédit, dans notre approche collective de l’exercice, qu’il convient de souligner. Pour la première fois en effet, les quatre fédérations hospitalières, tous statuts confondus, ont soumis aux parlementaires une large majorité de propositions d’amendements élaborées en commun. Nous avions esquissé cette unité l’an dernier, mais elle a pris cette année sa pleine mesure. Lors des auditions, les sujets cruciaux - tels que les baisses tarifaires réitérées ou encore la réforme des transports… - sont présentés d’une même voix.

Certes, ce travail conjoint renforce auprès de la représentation nationale la crédibilité et l’impact de ce que nous portons. Mais on aurait tort de s’en tenir à une vision « utilitariste » de la démarche.

Elle témoigne surtout que ce qui nous unit, public, privé associatif, privé commercial, est plus fort que ce qui nous divise. Nous souffrons des mêmes difficultés, nous visons la meilleure qualité des soins pour celles et ceux qui nous font confiance, nous sommes au service du bien commun. Quand on considère les défis à relever en matière d’offre de soins et de logique de parcours, on mesurer tout l’intérêt d’œuvrer ensemble à ce que la loi soit accompagnatrice et facilitatrice.

Mais nous allons poursuivre cette ligne de conduite au-delà du PLFSS, que ce soit à l’égard du politique ou de l’administration, car elle est la marque d’acteurs responsables. Au-delà, cette ligne s’inscrit aussi à l’unisson des évolutions d’une société désireuse d’abattre, dans nombre de domaines, les cloisonnements et les fractures obsolètes.

Enfin, il va sans dire que nous n’abdiquons rien, les uns et les autres, de ce qui fait nos spécificités et nos engagements sectoriels, mais pour la meilleure raison qui vaille : la primauté du service à nos adhérent.e.s constitue une autre de nos valeurs partagées. 

Notre responsabilité territoriale


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Edito du 17 octobre 2018

Agnès Buzyn s’est vu remettre hier le rapport des trois délégués nationaux à l’accès aux soins.

Les auteurs y louent l’inventivité des acteurs de terrain, constatée au gré de leurs déplacements, ainsi que l’adéquation de leurs idées aux réalités comme aux contraintes des territoires. Pendant trop longtemps, des projets n’ont pas été soutenus parce qu’ils « n’entraient pas dans les cases », alors que c’est précisément dans leur créativité que résident les conditions du succès. Simplification et assouplissement s’imposent donc à tous les étages pour libérer les énergies.

Les hôpitaux et cliniques privés souscrivent à ce constat et à cette volonté. Mais j’irai plus loin : je suis convaincu que les viviers d’innovation en matière d’accès aux soins sont dans les territoires les plus fragiles, au chevet des populations les plus vulnérables. C’est là que, par la force des choses et mus par le désir de servir le bien commun, les acteurs coopèrent et inventent les soins de proximité de demain. Les établissements de santé qui tireront leur épingle du jeu sont ceux qui relèveront les défis de service public qui s’offrent à eux.

Le rapport appelle aussi à « valoriser la responsabilité territoriale des établissements de santé et affirmer leur rôle de pivot » pour renforcer l’accès aux soins sur certains territoires dépourvus. A l’heure où le plan « Ma santé 2022 » redonne légitimité et consistance aux établissements de proximité, la reconnaissance de cette responsabilité territoriale nous semble indispensable.

Nos établissements n’ont pas attendu pour proposer de telles offres de soins avancées. Dès mai dernier, nous portions la notion de centres de santé de premier recours, dotés d’imagerie et de biologie médicale, répondant au souhait des citoyens de trouver en un même lieu la réponse à leurs besoins. Ces modèles doivent prospérer, d’autant qu’ils permettent aux jeunes médecins de disposer d’un cadre d’exercice en adéquation avec leur formation et leurs attentes.

Cela suppose néanmoins que se dégage un modèle économique et organisationnel pérenne et soutenable. Le rapport émet à ce sujet une proposition : la prise en compte dans le financement des établissements de cette notion de responsabilité territoriale, sur des critères ou des projets à définir. Cette réflexion mérite d’être ouverte dans le cadre de la proximité revisitée par « Ma santé 2022 » et de la loi annoncée pour début 2019, et nous y serons contributeurs. 

Demi-teinte


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Edito du 26 septembre 2018

Le dévoilement hier matin des grandes lignes du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2019 nous laisse sur un sentiment en demi-teinte.

Certes, l’augmentation de 2.4% de l’Ondam hospitalier traduit la volonté politique bienvenue de mettre des moyens en face des ambitions affichées par les annonces récentes de l’exécutif. Nous souscrivons aux orientations affichées : travailler avec l’ensemble des acteurs du territoire, valoriser la qualité par le biais d’une diversification des modes de rémunération, structurer les soins de proximité et le premier recours, investir dans le numérique, contribuer à la pertinence et à la prévention. Sur tous ces chantiers, nous sommes prêts à nous engager.

Mais cet effort d’investissement dans la santé ne doit pas occulter l’objectif de réalisation de 3,9 milliards d’économies en 2019. Et c’est là que le bât blesse : les différents postes d’économies ne sont pas documentés, et cela constitue une préoccupante « boîte noire ».

Nous appelons à la cohérence : engager les acteurs de santé sur la voie d’une profonde transformation du système suppose de maintenir intactes leurs capacités d’innovation et d’investissement. D’autant que nous faisons des efforts significatifs qui se traduisent dans les faits : si les dépenses hospitalières progressent peu, c’est notamment grâce à l’engagement des établissements de santé dans les démarches de qualité prouvée et de pertinence.

Nous ne saurions donc concevoir pour la prochaine campagne tarifaire un autre scénario qu’une prise en compte de la hausse continue des charges qui pèsent sur les établissements, après six années de baisse itérative.

Ce PLFSS très attendu doit traduire les grandes orientations données par le Président de la République et la ministre de la santé. Celles-ci ont généré plus que de l’intérêt : de l’espoir. Il ne faut en aucun cas prendre le risque de casser, par des arbitrages délétères, l’élan ainsi initié.

Il s’agit d’être véritablement à la hauteur du rassemblement et de l’engagement des acteurs de santé.

C’est l’heure


Edito 106 LG option 2

Edito du 19 septembre 2018

« C’est l’heure et nous en sommes capables » : tels ont été les mots d’Emmanuel Macron hier en clôture de son discours sur la santé. Ils traduisent l’urgence, face aux difficultés, voire aux souffrances, du monde de la santé. Mais ils expriment aussi la confiance accordée à des acteurs responsables et prêts à construire un fonctionnement collectif. Les moyens significatifs mis au service des ambitions affichées témoignent du reste d’un volontarisme politique bienvenu. 

Notre premier ressenti est celui d’une véritable reconnaissance de l’hospitalisation privée, appelée à prendre toute sa part dans l’offre de soins sur les territoires. L’indispensable participation de tous, « quel que soit le statut », à l’exigence de transformation, a été affirmée par le Président comme par Agnès Buzyn. L’encouragement des synergies avec les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) procède notamment d’une logique prometteuse. 

Assurer l’égal accès de tous, partout, à des soins de qualité prouvée, est un impératif qui doit tous nous mobiliser. Qualité et pertinence sont posées dans le plan « Ma santé 2022 » comme les guides vertueux du changement de paradigme en santé. La hausse substantielle du financement à la qualité en est une première illustration que notre profession prônait depuis longtemps. Reste à y intégrer la psychiatrie, encore injustement exclue du dispositif. 

Enfin, la nouvelle organisation des soins qui est esquissée, et qui associe l’ensemble de l’offre hospitalière publique et privée, porte une volonté d’adaptation aux besoins des territoires autour de trois dimensions : proximité, spécialité, de pointe. 

Au-delà de la justesse politique de cette réhabilitation de la proximité, l’objectif est d’accompagner la mutation des activités de certains établissements et de garantir un maillage territorial par une meilleure répartition des rôles. L’objectif est aussi, et surtout, de garantir partout un même service d’excellence au patient. Être un bon professionnel de la proximité exige un savoir-faire certes différent, mais tout aussi élevé que les compétences de pointe. Notre proposition de centres de santé de premier recours, associant imagerie et biologie médicale, rentre tout à fait dans ce cadre. 

Les premières déclinaisons des 54 mesures interviendront dans le PLFSS et dans un texte de loi pressenti pour début 2019. Nous y apporterons évidemment toute notre contribution, en étant particulièrement attentifs à l’égalité de traitement public-privé. 

Le discours du Président de la République était placé sous la bannière du « prendre soin de chacun ». Nous en acceptons l’augure pour notre profession !

Fantasme et réalité


Edito 106 LG option 2

Edito du 5 septembre 2018

La démission fracassante de Nicolas Hulot a remis sur la table la polémique sur le « lobbying », avec tout le cortège de représentations fantasmatiques que ce concept véhicule. Dans son étymologie même, le mot « lobby » renvoie à des puissances errant dans les halls des institutions et intriguant dans l’ombre pour servir quelque cause peu avouable...

La réalité est bien plus pragmatique et positive. En France comme dans toutes les démocraties, de multiples organisations ont d’abord pour vocation de faire progresser l’intérêt public en sensibilisant l’opinion à des thématiques diverses. Cette participation et cette émulation des parties prenantes sont autant de sources de vitalité du débat démocratique.

Sans elles, certains sujets - comme les énergies vertes par exemple - n’auraient jamais percé la carapace administrative et politique. Il est donc savoureux d’entendre aujourd’hui les représentants de l’écologie fustiger un prétendu « choix du camp des lobbies » …

Une fédération telle que la Fédération de l’Hospitalisation Privée est guidée par la conviction qu’il existe une voie fructueuse et éthique de s’impliquer dans la décision publique.

Elle consiste en premier lieu à porter, au-delà des intérêts sectoriels, une vision pour l’ensemble du système de santé, les professionnels et les patients.

Elle réside aussi dans la capacité à se mettre autour d’une table, avec les autres acteurs de santé dans leur diversité, pour faire les propositions qui enrichiront le débat.

Ces deux dimensions sont particulièrement d’actualité, alors que se profilent pour la deuxième quinzaine de septembre les annonces de l’exécutif pour l’avenir de notre système de santé, et que se préparent les arbitrages du PLFSS 2019 !

Mais il y a, à mon sens, une autre mission que celles et ceux qui portent une représentation d’intérêts en santé doivent remplir : l’information et la sensibilisation des citoyens. Notre système de santé est trop souvent opaque, complexe, abscons : donner des clés de compréhension des enjeux de santé est un devoir, tant ce sujet est structurant dans nos vies au quotidien.

Mus par cette exigence éthique qui doit nous servir de boussole, nous renforcerons la visibilité et la reconnaissance des défis de santé et consoliderons la place des acteurs dans le débat public.

Laisser battre le cœur de la formation professionnelle


Edito 106 LG option 2

Edito du 29 août 2018

J’assistais hier à l’Université d’été du MEDEF où notre Premier ministre a prononcé face aux entrepreneurs un discours attendu, à la veille d’une rentrée économique et sociale intense. 

Il a réaffirmé la considération du Gouvernement pour les entreprises. Qu’il est apaisant de constater que le mot « entrepreneur » n’est plus entaché de méfiance chez nos responsables politiques. Edouard Philippe a confirmé différents allègements fiscaux et des mesures de simplification qui représentent une bouffée d’air appréciable pour nos entreprises. 

Il a détaillé les nombreuses réformes sociales engagées par le Gouvernement. Il s’agit de sujets complexes aux conséquences importantes pour les établissements de santé. Ces réformes sont menées à marche forcée avec le risque de méconnaître parfois la réalité du terrain. A plusieurs reprises, nous avons appelé l’attention des pouvoirs publics sur les particularités et contraintes du secteur hospitalier. 

La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » actuellement examinée par le Conseil constitutionnel prévoit une refonte importante de la formation professionnelle. Le nouveau dispositif laissera peu de marges de manœuvre financières aux entreprises et s’orientera prioritairement vers les personnes les plus éloignées de l’emploi. Louable intention qui ne doit pas pénaliser les salariés en poste qui ont toujours besoin d’être formés pour répondre aux évolutions de leur métier, importantes dans le milieu hospitalier, et dont il faut préserver les perspectives d’évolutions professionnelles. 

A l’heure de la transformation du système de santé, les professionnels de santé ont plus que jamais besoin d’être soutenus dans ces évolutions et d’être considérés par la société. 

Dans son discours d’ouverture, le nouveau président du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux a rappelé avec vigueur la contribution déterminante des entreprises aux progrès humains et techniques de notre temps. Les entreprises à mission que nous sommes ont besoin de marges de manœuvre pour remplir pleinement leur rôle : soigner, améliorer la qualité de vie de nos concitoyens et permettre à ceux qui soignent d’exercer dans les meilleures conditions. 

Prise de conscience


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Edito du 25 juillet 2018


Tous les députés et les sénateurs que nous rencontrons nous le disent : lorsqu’ils sont dans leurs circonscriptions, les citoyens les interpellent beaucoup sur la santé, principalement sous l’angle de l’accès aux soins. L’impérieuse nécessité de répondre à ces préoccupations motive beaucoup d’initiatives parlementaires, sollicitant le plus souvent la contribution des fédérations hospitalières.

La dernière initiative en date est la publication hier de l’imposant rapport de la Commission d’enquête de l'Assemblée nationale sur l’égal accès aux soins, qui avait donné lieu à une audition de la FHP. Il dresse un constat sévère des politiques publiques menées jusqu’alors, et pointe le décalage entre les attentes des acteurs sur le terrain et les approches trop technocratiques qui ont longtemps prévalu.

Surtout il prône, à travers la voix de son rapporteur Philippe Vigier, « un véritable changement de paradigme » pour réorganiser notre système de soins et passer d’un fonctionnement en silos à une réelle coopération entre les acteurs de santé.

Difficile de s’arrêter ici sur l’ensemble des propositions formulées, dont certaines, volontairement audacieuses, ne manqueront pas de faire débat. Mais nous ne pouvons que souscrire au regard porté sur l’organisation territoriale, et sur le risque du repli sur les GHT, empêchant la création des parcours de soins. Nous l’avions exprimé lors de notre audition : nous ne sommes pas des supplétifs !

La voie porteuse, telle que définie dans le rapport, est bien celle des Groupements de santé de territoire (GST), « regroupant l’ensemble des acteurs publics et privés du système de santé au sein d’une organisation commune, et en définissant une stratégie de santé à partir des territoires ».

La proposition évoque toutefois une « transformation » des GHT, alors que nous préconisons de maintenir ceux-ci dans le strict cadre de leur vocation première : optimiser les modes de fonctionnement de l’hôpital public, sans latitude de régulation de l’offre de soins. Les GST doivent constituer une nouvelle entité, fondée sur la co-construction de tous au service des patients.

Mais le simple fait que cette idée progresse en haut lieu témoigne déjà d’une prise de conscience plus que bienvenue : l’hospitalo-centrisme est révolu. Autre illustration, la proposition n°24 de développer massivement les stages des internes en dehors des CHU, et d’ouvrir ceux-ci aux structures hospitalières privées. Enfin, lors de l’examen du rapport en commission, Philippe Vigier a appelé à « mieux utiliser le privé sur les urgences ».

Votées à l’unanimité (hormis les propositions les plus clivantes émanant du rapporteur), ces propositions témoignent en tout cas de l’ampleur de l’investissement de la représentation nationale sur les enjeux de santé, et des attentes fortes à l’égard des annonces de l’exécutif à l’automne. Ils pourront en tout cas plus que jamais, dès la rentrée, compter sur les apports de notre Fédération.

Je vous donne rendez-vous pour notre Newsletter « Le 106 » le 29 août prochain et vous souhaite un très bel été. 

Ambition, courage, pédagogie


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Edito du 18 juillet 2018

Vulnérabilité : tel est le sentiment global éprouvé par les Français quand on leur parle de santé, si l’on en croit une toute récente étude*. Certes, 87% des Français estiment être en bonne santé, mais pour 6 personnes sur 10, l’état de santé est un sujet de préoccupation très partagé, quels que soient l’âge, la catégorie socioprofessionnelle ou la situation géographique. Gageons d’ailleurs qu’à une telle question, on répond moins pour soi que par souci d’autrui et du bien-être de ses proches…

L’étude révèle aussi, sans surprise, le rapport en demi-teinte des citoyens envers notre système de santé. Certes, la confiance perdure, et rien que ceci constitue déjà une fierté pour toutes celles et ceux qui font le soin, dans un contexte où le crédit de nombreuses sphères d’expertise est sévèrement émoussé… Mais le sentiment que les inégalités de santé se creusent, que l’accès aux soins se détériore, est très présent.

Cette ambivalence se révèle aussi dans le rapport aux innovations en santé. Les Français témoignent de beaucoup d’appétence envers ces nouvelles technologies qui ouvrent d’immenses champs de progrès. Mais là encore, ils se demandent qui pourra vraiment en bénéficier : l’espoir est amoindri par un questionnement fort sur l’égalité d’accès à l’innovation.

Toutes ces données révèlent les inquiétudes d’un pays sur sa capacité à assurer, partout sur le territoire national, l’accès de tous à des soins de qualité. Face à ces attentes impérieuses, il faut se montrer à la hauteur des enjeux. Les mesures de l’exécutif, différées à plusieurs reprises et annoncées à présent à l’automne, ne pourront pas se contenter de rustines. Une transformation du système de santé menée avec ambition, courage et pédagogie, constituerait un acte politique fort sur un sujet jugé prioritaire par les citoyens.

Les hôpitaux et cliniques privées prendront toute leur part à cette transformation, sous réserve que celle-ci ne reproduise aucune des erreurs du passé, parie sur la confiance aux acteurs et surtout crée partout les conditions d’une offre de soins de qualité et accessible à tous. Notre cohésion sociale dépendra de notre capacité commune à dépasser les oppositions, à miser sur notre diversité et notre complémentarité, et à « jouer collectif » au service des patients.

A ces conditions, notre pays pourra réussir la transformation de son système de santé, et afficher l’ambition d’être, pour reprendre une expression en résonance avec l’actualité, « le meilleur parmi les meilleurs » !

* Baromètre Eovi MDC Mutuelle

Innovation responsable


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Edito du 11 juillet 2018

Lors du colloque sur l’intelligence artificielle organisé récemment au Sénat par l’association ETHIK-IA, une question était centrale : la transformation numérique est-elle compatible avec la responsabilité sociale ?

Poser un regard éthique sur les mutations à l’œuvre répond à une double nécessité : donner aux citoyens les grilles indispensables de compréhension de « ce monde qui vient » ; et se doter, face aux velléités hégémoniques des GAFA, d’un avantage concurrentiel.

Entre dérégulation sauvage et excès de réglementation, l’exercice d’une responsabilité citoyenne collective favorise une voie médiane : celle du développement d’une innovation responsable.

Les acteurs de santé que nous sommes ont un rôle majeur à jouer. Car non, les professionnels de santé ne sont pas solubles dans l’intelligence artificielle ! Contre les projections fantasmatiques, il convient de poser qu’intelligence humaine et intelligence artificielle ne s’opposent pas, d’identifier les champs de progrès ouverts, et d’investir des espaces de régulation positive.

La complémentarité des hommes et des machines, l’affirmation de la valeur ajoutée du soignant, la reconquête du temps médical, l’information éclairée du citoyen-patient, la nécessaire anticipation de l’évolution des métiers et des compétences, l’amélioration du pilotage médico-économique des structures… Tous ces enjeux liés à l’intelligence artificielle sont à nos portes.

Les hôpitaux et cliniques privés ont une conscience aigüe des transformations à l’œuvre. La profession fait évoluer en continu ses usages et ses pratiques à l’aune des innovations numériques.

Or sur tous ces sujets, la puissance publique se contente le plus souvent de regarder passer les initiatives avec une bienveillance polie, mais passive. La définition comme la maitrise des programmes adaptatifs qui engrangent les données est notamment un enjeu central qui ne semble pas préoccuper outre mesure nos administrations. Toutes les parties prenantes devraient pourtant être mobilisées à l’échelle européenne pour bâtir une éthique de la transparence. Mais soyons rassurés, si nous ne le faisons pas, d’autres le feront… sans nous.

Un pays comme la France dispose pourtant de réels atouts : la qualité de nos formations et de notre recherche, alliée à une culture démocratique garante des garde-fous nécessaires. En santé, l’unique exigence qui vaille est de soigner toujours mieux les patients : le défi est donc de faire émerger le contexte le plus propice au développement de l’innovation numérique, tout en créant, par une approche éthique en surplomb, les conditions de la confiance.

Si, comme le dit Cédric Villani, l’intelligence artificielle est l’affaire de chacun, les acteurs de santé ont besoin en la matière d’être partie prenante d’une véritable dynamique collective.

L'élan entrepreneurial pour la santé


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Edito du 4 juillet 2018


Au siège du Medef, sur le mur de l’auditorium, il est écrit : « L’entreprise, c’est la vie ». La vocation première du mouvement patronal, au-delà des intérêts sectoriels, est sans doute celle-ci : impulser un vaste élan entrepreneurial, qui donne à notre pays tous les atouts pour demain.

L’idée qu’entreprendre change le monde est fondatrice de l’engagement du tout nouveau président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Nous ne pouvons qu’y souscrire : les entrepreneurs de santé que nous sommes développent au quotidien des innovations au service du patient, qui transforment la manière dont nous serons soignés demain.

Il est donc indispensable que la sphère de la santé, et plus largement du soin, soit totalement embarquée dans cette dynamique entrepreneuriale.

Pendant longtemps, la santé a été vue comme un coût, et non comme le formidable facteur de développement humain, de croissance économique et d’attractivité des territoires qu’elle est pourtant.

Pendant longtemps, la légitimité de l’intervention du privé en santé a été questionnée, alors même que notre raison d’être réside dans les missions de service public que nous accomplissons. Nous sommes de fait des « entreprises à mission », au service partagé de l’intérêt collectif !

Pour toutes ces raisons, le Medef gagnera à poursuivre et amplifier en son sein la promotion du sujet santé et la valorisation des actions accomplies par ses acteurs. L’hospitalisation privée y apportera sa pleine contribution, en lien avec les autres acteurs de santé de tous statuts.

Dans toutes les études d’opinion, la santé figure systématiquement dans le trio de tête des préoccupations des citoyens. La santé est, j’en ai la conviction, un moteur de grandes mutations technologiques et sociétales. La filière santé est une filière d’excellence qui peut prétendre à un rayonnement mondial…

Tout cela plaide pour que, plus que jamais, le premier réseau d’entrepreneurs de France porte haut la bannière santé, dans un échange fructueux avec la société civile et une compréhension fine des contraintes, mais surtout des défis et des atouts, de ce secteur.

Le Medef est enfin un lieu, et il n’y en a pas tant, où tous ceux qui font le soin - industriels, hospitaliers, start-ups... - peuvent dialoguer et faire émerger des orientations prospectives. Cette dimension-là doit également se développer pour bâtir, tel que l’a exprimé hier Geoffroy Roux de Bézieux dans son premier discours de mandat, « un Medef qui ait la passion de l’unité ». 

Une pédagogie de la pertinence


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Edito du 28 juin 2018


Un savant mélange de justesse et de compétence : telle est la manière dont nous pourrions définir la pertinence. On en disserte abondamment aujourd’hui, comme détenant une partie de la solution aux maux du système de santé. Mais ce concept exigeant mérite mieux que la présentation parfois réductrice qui en est faite : il suppose, pour que les acteurs de santé comme les patients se l’approprient pleinement, une vraie pédagogie d’approche.

Il est essentiel de poser que la pertinence contribue d’abord au renforcement de l’expertise des soignants. Brandir le chiffon rouge des « actes inutiles » ne rend pas justice à toutes celles et tous ceux dont l’objectif, voire la vocation, est de soigner et de bien soigner. La pertinence doit bannir toute idée de défiance a priori vis-à-vis des professionnels si elle veut être un véritable levier d’amélioration en continu des pratiques, et par là même de valorisation du travail des équipes.

En conséquence, être pertinent veut parfois dire faire moins… mais aussi parfois faire plus, la seule jauge étant l’adéquation la plus fine aux besoins des patients. N’en faire qu’un outil de maitrise des dépenses reviendrait à passer à côté du vrai enjeu, une amélioration globale du système dont chacun, soignant comme soigné, doit bénéficier.

Appropriation par les professionnels, mais aussi appropriation par les patients. Relever le défi de la pertinence se fera avec un patient à la fois éclairé et responsable, co-constructeur de ses soins. Il ne s’agit pas de faire peser sur les épaules du patient des responsabilités qui ne sont pas les siennes : mais un système de santé profondément transformé aura besoin du savoir de tous, qu’il soit médical ou plus profane.

Enfin, n’oublions pas que la pertinence est une porte ouverte sur l’innovation en créant une émulation vers l’acte, diagnostique ou thérapeutique, le plus approprié.

Avant les enjeux techniques, la pertinence est donc sans doute une évolution culturelle. Encore faut-il que tous les acteurs de santé perçoivent quel est « l’intérêt à agir », d’où l’importance d’une véritable pédagogie de la pertinence.

Emancipation


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Edito du 20 juin 2018


L’article 51 était hier au cœur de toutes les attentions lors de l’événement organisé par la FHP. Les nombreux intervenants ont illustré la manière dont quelques lignes dans une loi de Financement de la Sécurité Sociale peuvent prendre vie, quand on laisse enfin l’esprit de créativité des acteurs s’exprimer.

Et c’est bien de cela dont il s’agit : cet appel aux expérimentations issues du terrain contient un message implicite d’émancipation. On dit aux acteurs de santé : vous n’êtes plus sous tutelle. Vous devez croire en vos idées, car ce sont elles qui vont construire le système de santé de demain.

Olivier Véran, à l’origine du dispositif, est revenu sur cette volonté de s’appuyer sur la loi, non pas pour fixer un énième cadre contraignant, mais pour encourager les innovations. C’est une philosophie d’action nouvelle, qui gagnerait d’ailleurs à irriguer toute la gouvernance de la santé.

Le seul critère qui vaille pour s’inscrire dans le processus, c’est d’avoir un projet porteur qui permette de déroger à l’existant ! C’est une proposition qui convient tout à fait à notre profession : les hôpitaux et cliniques privés ne cessent de faire la démonstration que d’autres organisations, d’autres pratiques, sont possibles pour mieux soigner les patients. La Cérémonie de remise des Trophées de l’hospitalisation privée hier soir en a, une fois encore, apporté la preuve.

Tous les maux de notre système de santé ne vont pas se résoudre grâce à l’article 51. A contrario, passer à côté de cette dynamique reviendrait à se priver d’un puissant levier de transformation, mais aussi de coopération : coopération entre nous, établissements privés, et entre structures de tous statuts juridiques.

Car c’est l’autre message qu’il faut retenir de cette journée d’échanges : l’enjeu clé de la co-construction, notamment avec la médecine de ville, afin de bâtir des parcours cohérents, garants de l’égal accès de tous à des soins de qualité.

Bien sûr, ces parcours ne doivent pas s’imaginer seulement pour les patients, mais avec eux. Jean Léonetti est venu nous faire partager cette conviction : la libération des initiatives des acteurs de santé est indissociable d’une participation active des patients à celles-ci. Finalement, cet article 51 porte une vision d’affranchissement vis-à-vis des cadres et des rôles préétablis.

Acceptons-en l’augure, et jouons le jeu. 

« Je compte sur vous »


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Edito du 13 juin 2018


J’étais présent ce matin à Montpellier, pour écouter le Président de la République s’exprimer au Congrès de la Mutualité sur les politiques sociales.

Pendant plus d’une heure, il a eu à cœur de démontrer que, si nous pouvions légitimement nous enorgueillir de notre système de protection sociale, l’effectivité et l’universalité des droits étaient aujourd’hui menacées. Dans ce contexte, « le refus de regarder la réalité en face et ses parts obscures » est la pire des choses.

Il en est de même pour la santé : la fierté que nous éprouvons collectivement à l’égard de notre système de santé, a-t-il dit, ne doit pas pour autant nous brider dans son indispensable transformation.

Certes, les mesures concrètes ont fait défaut ce matin, hormis la confirmation de la finalisation d’ici 2021 du reste à charge zéro pour l’optique, l’auditif et le dentaire. Au passage, le sujet du RAC zéro de l’hospitalisation mériterait lui aussi d’être mis sur la table. Toujours est-il que les grandes annonces sur la santé du Président et de la ministre sont attendues à présent, avec impatience, à l’été...

Mais l’accent mis sur la prévention, sur l’accès aux soins et sur la qualité et la pertinence, dessine d’ores et déjà les contours des décisions à venir.

Nous souscrivons aux principes énoncés pour y parvenir, principes que nous défendons d’ailleurs depuis longtemps : le développement des coopérations entre les acteurs de santé et les logiques de réseau, et l’abandon d’une approche comptable et administrative étriquée au profit de l’exigence d’une réponse juste à la demande exprimée par les patients.

A la fin de son allocution, Emmanuel Macron m’a confirmé dans un aparté que l’hospitalisation privée serait pleinement associée à la transformation du système de santé : « Je compte sur vous », a-t-il affirmé.

Pour œuvrer à cette transformation, seul compte en effet l’engagement de chacun, à égalité de droits et de devoirs, au service du public et des patients. Rompre avec une « société de statuts » cloisonnée et sclérosée est capital pour tenir pleinement la promesse républicaine. 

Un Avis que nous partageons


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Faire des propositions c’est bien, mais lorsque ces propositions irriguent la réflexion collective, c’est encore mieux... 

Nous avons été heureux de trouver, dans ce qui a été rendu public de l’avis du Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie, un certain nombre d’idées en résonance avec la philosophie d’action de l’hospitalisation privée sur la stratégie de transformation du système de santé. 

Le HCAAM appelle d’abord à une réforme radicale, s’appuyant sur deux principes majeurs : faire des établissements, des professionnels comme des patients les vrais acteurs du changement sur le terrain ; et fonder la transformation sur les services attendus par la population. 

Une autre prise de position forte concerne le maillage de l’offre de soins sur les territoires. Les Groupements Hospitaliers de Territoire, nous dit l’avis du HCAAM, n’ont pas vocation à organiser la réponse territoriale aux besoins de la population. L’hospitalo-centrisme qui les gouverne ne peut les qualifier à relever les défis d’une offre de soins équilibrée et de proximité. 

L’avis du HCAAM porte également une critique à peine voilée de la loi Touraine. Il propose de redéfinir les missions des établissements de santé, et de réouvrir le Service Public Hospitalier aux hôpitaux et cliniques privés. 

Deux autres points méritent attention : la fin de l’ARS juge et partie tout d’abord, qui ne serait plus en charge de l’offre de soins - et notamment de la gestion des hôpitaux publics - mais régulatrice du service rendu. Et un volontarisme accru sur la formation, avec une véritable ouverture à l’ensemble des acteurs, tant public que privés. 

Alors réforme radicale, scénario de rupture, renversement de perspective... 

Appelons cela comme on veut, mais souhaitons que cette contribution soit prise en considération comme elle le mérite dans les annonces imminentes de l’Exécutif. 

Vigilants mais confiants


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Edito du 30 mai 2018


La Fédération de l’Hospitalisation Privée est présente cette semaine à la Paris Healthcare Week, l’événement annuel qui réunit Porte de Versailles l’ensemble des acteurs hospitaliers, des professionnels de santé et des institutionnels.

Notre participation à ce Salon qui est historiquement le « temple » de l’hospitalisation publique, tout comme la qualité de l’accueil qui nous y est réservé, tout ceci a valeur de message : ce qui rapproche les secteurs public et privés de la santé est bien plus fort que ce qui les oppose. Nos convergences de vue - qui n’excluent pas de vraies différences d’approche parfois - s’illustrent notamment sur certains sujets structurants de la Stratégie de transformation du système de santé initiée par Agnès Buzyn.

La ministre a d’ailleurs appelé de ces vœux dans son discours d’hier cette nécessaire coopération entre les acteurs, pour relever le défi du parcours. Elle a égrené une série de principes - qualité, pertinence, innovation, prévention… - qui font aujourd’hui globalement consensus.

Les propositions de l’hospitalisation privée, que j’ai remises officiellement à Agnès Buzyn hier matin lors de son passage sur notre stand institutionnel, sont évidemment venues irriguer tous ces travaux. Nous avons connu d’autres temps, où la ministre de la santé contournait scrupuleusement notre espace d’exposition : ne boudons donc pas notre plaisir ! C’est aussi la marque que les choses changent…

Autre invité de marque sur notre stand, le président du Sénat Gérard Larcher, qui porte la défense des territoires : « Aucune stratégie ambitieuse ne pourra se bâtir sans l hospitalisation privée », nous a-t-il affirmé.

A présent, tous les regards sont tournés vers le Président de la République qui devrait faire les grandes annonces tant attendues en juin.

Sur la forme, on ne peut que se féliciter que la santé fasse l’objet de l’attention au plus haut sommet de l’Etat. Un tel portage politique constitue aussi un gage de reconnaissance pour toutes celles et tous ceux qui font vivre le soin.

Sur le fond, nous espérons que cela augure d’une réelle ambition dans l’action. Nous l’avons dit, l’ère des ajustements cosmétiques est révolue. Si j’osais un clin d’œil, je dirais que depuis longtemps, notre profession illustre le fait que l’on peut être efficient, et, en même temps, prodiguer le meilleur soin au patient !

Ce « en même temps » cher à Emmanuel Macron est tout sauf une philosophie du non choix : il vise à mettre à bas les clivages obsolètes ou les oppositions sans fondement. C’est sans conteste ce dont la santé a besoin aujourd’hui, les annonces à venir devront en faire pleinement la démonstration.

Nous sommes vigilants, mais confiants.

Un nouveau monde en santé


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Edito du 16 mai 2018


Il y a un an quasiment jour pour jour, Agnes Buzyn entrait au Gouvernement en qualité de ministre de la santé. Son arrivée a marqué, sur la forme en tout cas, un changement notable par rapport à l’ostracisme qui prévalait jusqu’alors à l’égard de l’hospitalisation privée.

Le président Macron appelle à l’émergence d’un « nouveau monde ». J’ai la conviction qu’en santé, le véritable marqueur d’un puissant changement de paradigme se situe là, dans cette égale considération accordée à tous les acteurs de santé, qui fait fi des carcans statutaires. Oui, en France en 2018, les hôpitaux et cliniques privés servent l’intérêt général et doivent être pleinement reconnus comme tels.

Sur le fond, nous sommes au milieu du gué, avec les annonces à venir sur la Stratégie de Transformation du Système de Santé.

L’hospitalisation privée apporte une vaste contribution à cette démarche. Nos propositions, rendues publiques très prochainement, ont deux caractéristiques majeures.

La première caractéristique, c’est la rupture avec les fonctionnements technocratiques et descendants pour renouer avec la réalité du terrain : réalité des pratiques des professionnels, réalité du vécu des patients. Aujourd’hui, on fixe des cadres rigides auxquels chacun doit se plier. Cette vision obsolète a vécu. Il est temps de faire, a priori, confiance aux compétences et à l’expertise des acteurs - de tous les acteurs - pour rehausser en qualité l’ensemble du système.

La seconde caractéristique de nos propositions, c’est de ne pas se satisfaire de demi-mesures mais d’être réellement dans la transformation du système, à tous les niveaux : organisation, gouvernance, financement... Le système est aujourd’hui sclérosé par son arbitraire, son opacité et son absence de vision. Retrouvons, ensemble, le sens de nos missions et pilotons enfin le système par la valeur : la valeur médicale, la valeur ajoutée apportée au patient et le service que nous lui rendons.

La marque de cette nouvelle mandature est la volonté de porter des projets « disruptifs » : nous souhaitons donc que les préconisations de la Stratégie de Transformation du Système de Santé s’inscrivent dans cette ligne, pour être à la hauteur des enjeux. Les attentes sont à la mesure de l’urgence. Pour notre système de santé bien sûr, mais aussi pour tous les Français qui souhaitent de ce Gouvernement un message social fort.

La santé, au service de la cohésion sociale


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Edito du 9 mai 2018


Redonner de l’élan aux quartiers prioritaires, telle est l’ambition affichée par le rapport que Jean-Louis Borloo vient de remettre au gouvernement, « Vivre ensemble », assorti d’un sous-titre évocateur : « Pour une réconciliation nationale »…

De très nombreux hôpitaux et cliniques privés sont implantés dans des zones péri-urbaines ou rurales, où le sentiment de relégation est fort. Les professionnels qui y travaillent savent bien qu’au-delà de leurs missions de soins, ils contribuent également à la cohésion sociale : la santé est notre bien commun.

Le chapitre du rapport Borloo qui lui est dédiée rappelle le préambule de 1946 de la Constitution : « La Nation garantit à tous la protection de la santé ». Pourtant, ce principe est battu en brèche par les inquiétudes croissantes des Français autour de l’accès aux soins, notamment géographique.

Nous l’affirmons lors des auditions parlementaires ainsi que dans notre contribution à la Stratégie de Transformation du Système de Santé (STSS) : l’une des voies les plus prometteuses pour remédier au ressenti de désert médical est le développement, partout sur les territoires, de centres de soins de premier recours et de consultations non programmées.

De telles structures répondent tant aux attentes des soignants, attirés par l’exercice regroupé, qu’aux besoins des patients qui trouvent sur place biologie médicale et imagerie, tout comme aux urgences. Nos établissements s’engagent d’ores et déjà dans cette voie : encore faudra-t-il qu’un modèle économique consolidé vienne pérenniser de telles initiatives.

Le rapport Borloo ne dit pas autre chose : il prône la création de 200 centres ou maisons de santé, vus comme de véritables « outils de service public », au sein des quartiers prioritaires. Il ne manque pas d’ajouter : « quel que soit leur statut », car l’accès aux soins requiert évidemment la mobilisation de chacun, public comme privé !

Il appelle aussi à juste titre au développement de la télémédecine. Mais pourquoi le dispositif conventionnel actuellement négocié la restreint-il aux zones sous-dotées ? A cette approche étriquée, il faut substituer une ambition beaucoup plus grande : celle d’un élan national en faveur de l’innovation, qui profitera à tous.

Si nous souscrivons à l’esprit de ce rapport, notre conviction est donc qu’en réalité, c’est l’ensemble de notre pays qui est concerné par ses préconisations, avec l’accès aux soins pour tous comme composante de notre pacte social.

Prévenir, c'est déjà guérir


Edito 106 LG option 2


Edito du 2 mai 2018


Soyons francs : le développement de la prévention primaire, destinée à retarder ou empêcher l’apparition de certaines maladies, accuse en France un vrai retard. Dans un monde hospitalier longtemps dominé par le curatif, l’impulsion vers le préventif constitue un vrai changement de paradigme, qui nécessite l’évolution des organisations et la mobilisation des professionnels. Les attentes sont fortes : dans notre Observatoire sociétal FHP-Viavoice de septembre 2017, 83% des Français souhaitent une implication accrue des établissements de santé dans la prévention.

Le plan gouvernemental présenté récemment, « Priorité prévention rester en bonne santé tout au long de la vie », témoigne d’un volontarisme politique bienvenu sur le sujet, après des années d’inertie. Son périmètre interministériel est pertinent. Un regret toutefois : le rôle présent et à venir des établissements de santé y est occulté.

Pourtant, la prévention ouvre un large champ de missions au service des patients. D’ores et déjà, nos hôpitaux et cliniques privés s’engagent dans des actions de prévention et de dépistage - diabète, tabac, alimentation, vaccination… - et proposent de l’activité physique adaptée. Nos maternités prodiguent aux parents les conseils indispensables à la période périnatale.

Mais nous avons l’expertise pour aller plus loin. Nous soignons chaque année 9 millions de personnes, sans compter tous les visiteurs qui passent dans nos établissements. Nous sommes des acteurs de la cité, aux côtés des associations, des écoles… De nombreuses cliniques tissent d’ailleurs des liens avec des établissements scolaires autour d’actions d’information et de sensibilisation aux enjeux de santé.

Nous avons donc les atouts pour faire évoluer les représentations et devenir, pour le grand public, de véritables référents en prévention santé.

Les mutations du secteur sanitaire - technologiques, médicales, organisationnelles - nous y incitent. La mobilisation des nouveaux outils numériques offrent des perspectives prometteuses pour réinventer la prévention. Le développement de nos établissements « hors les murs » - centres de santé, centres de soins non programmés… - constitue aussi une opportunité de déployer plus largement nos actions, et être ainsi de véritables « ambassadeurs » de la prévention sur les territoires.

Cette volonté d’engagement dans la prévention des établissements de santé, publics comme privés, doit être reconnue, soutenue et accompagnée. Une illustration, et non des moindres : la tarification doit évoluer pour valoriser les actes de prévention. La stratégie de transformation du système de santé (STSS) devra intégrer de manière transversale cette dimension dans l’ensemble de ces chantiers. Prévenir, c’est déjà guérir !


Un bon diagnostic pour de bonnes solutions


Edito 106 LG option 2

Edito du 25 avril 2018


Lors de son interview télévisée l’autre soir, le Président de la République s’est dit pleinement conscient de la crise à l’hôpital, annonçant un train de mesures pour début juin. 

Si le constat est lucide, il n’en demeure pas moins partiel. La vision politique du système hospitalier gagnerait à prendre en considération l’ensemble des secteurs, public et privés, et leur aptitude à la complémentarité d’action au service des patients. La situation des urgences en témoigne. 

Sans cette approche en surplomb, l’analyse du malaise sera tronquée, voire faussée. On ne progresse collectivement que par la saine comparaison des modèles. 

Sans cette approche en surplomb, la volonté de transformation du système restera un vœu pieux. Les bons diagnostics amènent les bonnes solutions. 

Or aujourd’hui, c’est la fameuse « tarification à l’activité » qui est accusée de tous les maux. Quelques nuances s’imposent.

Il faut d’abord rappeler qu’en tarification à l’activité, lorsqu’un lit est vide, il ne coûte rien à l’assurance maladie. Dans un cadre économique contraint, être payé en fonction du travail effectivement fourni relève du bon sens. Un financement global conduit trop souvent à un pilotage aveugle. Nos hôpitaux et cliniques privés sont financés en quasi-totalité à l’activité. 

Nous pourrions dire de la T2A ce que nous disons de la démocratie : qu’elle est le pire des systèmes… à l’exclusion de tous les autres ! 

La stratégie de transformation du système de santé offre l’opportunité de faire des propositions pour améliorer le financement des établissements de santé et remédier à certains effets pervers, sans pour autant mettre à bas ce qui fonctionne. 

Il faut ouvrir la réflexion autour de formes renouvelées de tarification en fonction de l’activité : la tarification au parcours ou à la séquence de soins, l’augmentation de la part forfaitaire de financement à la qualité... Autant de propositions que porte la FHP depuis longtemps et que nous avons défendues auprès de Jean-Marc Aubert, le pilote sur ce sujet.

Un autre enjeu majeur, celui des actes inutiles, trouve sa résolution dans une politique déterminée en faveur de la pertinence des soins, chantier autour duquel nous devons tous nous retrouver. 

Enfin, je n’oublie pas que la tarification à l’activité est souvent désignée comme le bouc-émissaire du mal-être social à l’hôpital public. C’est évidemment réducteur. Il ne faut pas perdre de vue que les secteurs, public comme privés, doivent composer avec des contraintes financières et réglementaires toujours plus grandes. Quelles que soient les modalités de financement retenues, nous agissons de toute façon à enveloppe fermée pour soigner les malades. 

Desserrer les étaux bureaucratiques, porter un management qui privilégie la considération et le sens donné à l’acte de soin, libérer les initiatives et les innovations, faire le pari de la qualité et de la pertinence, et passer d’une logique de coûts à la mesure du service médical rendu : à l’évidence, au-delà des idées toutes faites, d’autres voies d’action sont possibles.

Ce que nous devons au patient


Edito 106 LG option 2

Edito du 18 avril 2018

La Journée européenne des droits des patients permet, chaque 18 avril, de rappeler que chacun, passé la porte d’un établissement de santé, garde toutes ses prérogatives de citoyen ! Les droits que chaque malade peut faire valoir - directives anticipées, personne de confiance… -, bien loin d’installer une forme de contre-pouvoir stérile, visent à renforcer les liens avec les équipes soignantes.

Mais les transformations à l’œuvre au sein de notre système de santé nous invitent à une conception moins restrictive, plus ambitieuse des droits des patients, au-delà du seul champ d’action de la « démocratie sanitaire ». 

Des études récentes montrent que leur place au sein du triptyque « patients-médecins-établissements de santé » est un motif de préoccupation pour les Français, qui éprouvent souvent bien des difficultés à s’informer et s’orienter dans un « parcours de soins » encore singulièrement abstrait.

Face à cela, le sujet des droits des patients nous renvoie en miroir à nos devoirs collectifs, en tant qu’acteurs et professionnels de santé, mais également de la part des pouvoirs publics.

Nous devons d’abord au patient le respect. Les données de santé contenues dans le dossier médical appartiennent avant tout au patient. Les enjeux de confidentialité prennent une autre dimension à l’ère du numérique, et font partie du pacte de confiance entre patients et communauté soignante.

Nous devons au patient la qualité. Toutes les compétences doivent être mises à son chevet. L’égal accès aux soins, c’est avant tout l’égal accès de tous à des soins de qualité prouvée et pertinents. 

Nous devons au patient la transparence. Les disparités d’accès à l’information constituent une inégalité insupportable, entre ceux qui ont les moyens - culturels, financiers… - de maîtriser les meilleures filières de soins, et les autres. Je plaide pour une transparence pleine et assumée des indicateurs de qualité des établissements de santé. 

Nous devons au patient la liberté. Cette liberté, c’est d’abord celle du choix entre secteur public et secteur privé. Cette organisation de notre système de santé est une chance, pourtant largement sous-exploitée. La répartition défaillante des malades entre les services d’urgence publics et privés est à ce titre édifiante : quelle perte potentielle de chance pour le patient ! 

Nous devons enfin au patient la sécurité, en réduisant les risques d’événements indésirables associés aux soins. Nous n’avons pas à faire reposer sur le patient la garantie de sa sécurité, même s’il est étroitement associé aux processus mis en place. Ce devoir passe par l’évaluation régulière des pratiques, les retours d’expérience positifs qui améliorent nos façons de soigner, et la comparaison avec d’autres équipes qui favorise l’émulation. 

Gardons-nous sur le sujet de déclamations toutes faites, telles que « le patient acteur de sa santé ». Oui, il faut œuvrer à favoriser l’implication du patient à toutes les étapes de son parcours, parce que nul autre mieux que lui ne possède le savoir intime sur sa pathologie. Mais le plus important est de garder constamment à l’esprit que, quelle que soit sa demande, il faut écouter le malade.

Respect, qualité, transparence, liberté, sécurité : autant de devoirs qui nous incombent car, pour reprendre la belle formule de Levinas, « l’homme couché oblige l’homme debout ».

La donnée, entre protection et innovation


Edito 106 LG option 2

Edito du 11 avril 2018


La « donnée » est aujourd’hui le nouvel or noir : qui maîtrise les données, et leur transmission, maitrise l’évolution des connaissances et prépare pleinement notre avenir collectif.

Pourtant, il faut bien reconnaitre que nos pouvoirs publics sont passablement frileux sur le sujet. La loi de modernisation du système de santé de 2016 a privilégié une approche de « Close Data », restreignant drastiquement l’accès aux données de santé anonymisées aux seuls membres de l’appareil d’Etat. Dans la même logique qu’Hadopi - qui a connu le succès que l’on sait - on met ceinture et bretelles au lieu de réfléchir aux modèles qui nous permettront collectivement de suivre la marche du monde…

Aujourd’hui, c’est le Règlement Général sur la Protection des Données, prenant effet en mai, qui mobilise les acteurs économiques. Dans un environnement numérique et mondialisé, garantir la sécurité, la souveraineté et la portabilité des données - particulièrement sensibles quand il s’agit de santé - est évidemment fondamental. On ne bâtira pas une gouvernance ambitieuse de la donnée sans un levier majeur : la confiance des citoyens.

D’autant que la démarche du RGDP est intéressante : pour lourde qu’elle soit, elle porte une volonté de responsabilisation des acteurs, qui devront faire la démonstration du respect des données personnelles, avec une évaluation a posteriori. C’est sans doute le bon moyen pour que nous soyons tous, face à ces mutations ainsi qu’aux risques de dérive mercantile, des citoyens matures et avertis !

Néanmoins, il s’agit encore d’une strate supplémentaire de contraintes… alors que sort parallèlement le rapport ambitieux et ouvert de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle, qui flèche la santé comme l’un des secteurs prioritaires, avec une place centrale donnée à la mutualisation des données.

Amélioration de la qualité, efficience accrue grâce à une prise en charge plus personnalisée, appui au diagnostic et à la décision thérapeutique, meilleure orientation dans le parcours de soins… le rapport souligne l’ensemble des apports de l’intelligence artificielle en matière de santé.

Grâce à cette approche très concrète, il met à distance la sempiternelle dualité entre Frankenstein et Prométhée. Oui, nous dit-il, les interactions entre l’expertise humaine et les nouvelles technologies peuvent être vertueuses ! Et puisque l’être humain n’est pas réductible à la somme des données que l’on possède sur lui, la valeur ajoutée du professionnel de santé trouve tout son sens.

Mais le rapport émet aussi un signal d’alerte : il faut agir vite, car dans ces domaines la perte de maitrise est rapide. Un équilibre est possible entre protection et innovation. Notre profession, très engagée dans les dynamiques d’innovation - notre implication dans Hôpital Numérique en témoigne - le sait bien. « La reformulation des enjeux de santé publique et des pratiques » impulsée par l’intelligence artificielle, doit se faire avec l’ensemble des acteurs de santé, unis dans le partage et la valorisation de la donnée au service du patient.

Mesures d’urgence


Edito 106 LG option 2

Edito du 30 mars 2018

Pour l’opinion publique, les services d’urgences représentent à la fois ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de moins bon au sein de notre système de santé. Le meilleur, c’est la prise en charge complète qui y est dispensée, la lumière allumée dans les moments les plus critiques de nos existences, et l’expertise médicale qui s’y déploie. Nous avons tous connu, au moins une fois dans notre vie, pour nous-même ou un proche, cette atmosphère intense et fébrile qui est celle des lieux où la vie est en jeu, où le pronostic vital peut être engagé, nécessitant une intervention immédiate.

Mais les urgences cristallisent aussi les nombreux problèmes auquel l’organisation de notre santé est confrontée : une offre de premier recours insuffisante par endroits, des difficultés financières d’accès aux soins pour de nombreux Français, des patients mal informés et aiguillés… Il n’en faut pas plus pour qu’un épisode de suractivité provoque saturation et dysfonctionnements.

Il n’y a pas de fatalité à cet état de fait. Des solutions existent, et l’une d’entre elles est de solliciter l’ensemble des acteurs de santé, publics comme privés. Aujourd’hui, cette répartition équilibrée n’est pas à l’œuvre.

Le Samu lui-même oriente quasi automatiquement les patients vers l’hôpital public, que ce soit pour les services d’urgences ou pour les admissions en soins intensifs, en prise en charge spécialisée ou en réanimation, sans prendre en considération les situations de tension.

Or l’hospitalisation privée dispose de 124 services d’urgences répartis sur toute la France, qui accueillent 2.6 millions de patients chaque année, sans aucun dépassement d’honoraires, cela va de soi. Un adressage mieux réparti des patients en amont par les services chargés de la régulation médicale, et une coordination plus fluide des acteurs en aval avec la médecine de ville, améliorerait, à n’en pas douter, l’existant. D’autant que les hôpitaux et cliniques privés s’efforcent d’améliorer toujours davantage l’organisation de leurs urgences, par une meilleure gestion des flux de patients qui réduit les délais d’attente.

Il faut aussi structurer différemment notre offre de soins, en développant des lieux de soins de premier recours pour désengorger les urgences, mailler le territoire, rassurer les citoyens face au ressenti de désert médical. Dotés de plateaux techniques suffisamment robustes pour répondre aux besoins des patients, adossés le cas échéant à un établissement de santé, ces lieux - qui répondent aussi à l’aspiration des professionnels à un exercice regroupé - n’ont qu’un défaut : il leur manque aujourd’hui un modèle économique pertinent, simple et pérenne pour s’inscrire pleinement dans notre paysage de santé.

Je l’ai dit à Thomas Mesnier, le député chargé d’une mission sur le sujet par la ministre de la santé : les initiatives des établissements de santé privés en la matière sont nombreuses. Encore faut-il qu’elles soient consolidées par un cadre sécurisant.

Transformation


Edito 106 LG option 2

Edito du 15 mars 2018

Il est toujours instructif d’analyser les inflexions sémantiques… Depuis la rentrée de septembre, le terme « réforme » n’a plus bonne presse au sein de l’exécutif. Trop techno, trop anxiogène, trop daté… Les divers chantiers engagés sont désormais placés sous la bannière de la « transformation », empreinte d’une tonalité plus positive et ambitieuse.

C’est tout sauf anecdotique : chacun sait que la sémantique tient une importance cruciale en politique. Gageons que le vocable « réforme » évoque le plus souvent aux citoyens quelque processus descendant et punitif. Notre profession est d’ailleurs bien placée pour le savoir ! A contrario, la « transformation » traduit une volonté de faire évoluer la société, pour elle et avec elle.

La santé n’échappe pas à la règle. Vendredi dernier, Agnès Buzyn a en effet lancé les travaux de « transformation » du système de santé, et désigné les pilotes des cinq grands axes de travaux engagés. Toutefois, pour éviter que ce terme de transformation ne soit seulement une coquetterie rhétorique, mais reflète un réel aggiornamento des pratiques, il va falloir faire quelques efforts…

Des arbitrages fondés sur l’effectivité du service rendu au malade, et pas arc-boutés sur les coûts. Une utilisation intelligente des données de santé, et pas des réflexes obsolètes de close data. Une régulation par les compétences, plutôt que par les seuils et les couperets. Une valorisation des acteurs de santé et des incitations à coopérer, en lieu et place de mécanismes coercitifs. Une refonte profonde des modalités d’exercice, en lien avec les aspirations des professionnels, et pas des ajustements cosmétiques…

Voilà quelques conditions, non exhaustives mais décisives, d’une vraie transformation. Elles sont au cœur des messages que nous passerons à la puissance publique dans les deux prochains mois : notre Fédération va être en effet consultée sur les cinq chantiers ouverts, les pilotes ayant pour instruction de bâtir pour la fin mai une feuille de route opérationnelle.

Le calendrier, certes, est très serré. Mais aujourd’hui, on le voit bien, un certain consensus - y compris entre les fédérations hospitalières - émerge sur la nature des actions à mener. Ce consensus est mû par un sentiment d’urgence, l’urgence d’une transformation pleinement digne de ce nom.

Manager au service du public


Edito 106 LG option 2

Edito du 22 mars 2018


Mal-être, épuisement, malaise, dysfonctionnement... Les médias et les réseaux sociaux ne tarissent pas de formules chocs pour qualifier la situation à l’hôpital public. Au point de subir tout récemment l’ire des directeurs d’hôpitaux, qui dénoncent un « manageur bashing » et des « jugements simplistes et catastrophistes » qui les « jettent en pâture » à l’opinion publique.

Notre époque se prête en effet souvent avec complaisance au sensationnalisme et aux raccourcis. Opposer les patients, les professionnels de santé, les directeurs, est plus facile que de trouver les voies d’une vraie transformation du système de santé. Les formules à l’emporte-pièce sur « l’hôpital-entreprise », concept voué aux gémonies, permettent de faire l’impasse sur les vraies remises en question qui s’imposent.

Au sein de l’hospitalisation privée, nous revendiquons le fait d’être des « entrepreneurs pour la santé ». Le terme « entreprendre » exprime l’enclenchement d’une dynamique collective, qui porte vers l’avenir, et traduit aussi toute la force de conviction que l’on y met. Cette dynamique n’est possible que grâce à un management fondé sur des valeurs, l’adhésion aux missions de service au public, et la fierté d’appartenance. Un management fondé également sur la considération de toutes celles et tous ceux qui s’engagent pour le soin, engagement exigeant mais gratifiant.

On travaille bien, quand on est bien dans son travail. La qualité des relations humaines conditionne la qualité médicale. Cela peut sembler un lieu commun : mais dans un secteur, la santé, où la relation à l’autre est primordiale, il faut en mesurer toute l’importance. Car rien n’est jamais acquis : les équilibres de tout écosystème sont toujours fragiles. Les mutations organisationnelles, l’irruption des innovations, le numérique, l’évolution des conditions d’exercice des professionnels, et les attentes nouvelles de nos patients, challengent en effet considérablement nos stratégies managériales. Les réformes à l’œuvre - financement, article 51… - ouvrent aussi de nouvelles opportunités.

Face à tout cela, refusons les discours déclinistes et les « c’était mieux avant ». Le service au public mérite mieux que les querelles de tribune qui s’étalent un peu partout. Nous devons travailler de manière prospective sur le management le plus fécond et agile pour demain - diffusion de pratiques innovantes, retours d’expérience - au sein de nos cliniques et hôpitaux privés ; ceci, évidemment, en lien étroit avec l’ensemble de nos professionnels, qui sont la clé de l’excellence que nous visons.

Décision de justice


Edito 106 LG option 2

Edito du 2 mars 2018


Le gouvernement vient d’annoncer le dégel de la réserve prudentielle, à hauteur de 200 millions d’euros, tous secteurs hospitaliers confondus. Au delà de la somme conséquente en jeu, il s’agit d’une décision empreinte de justice et de légitime reconnaissance, que nous saluons comme telle. C’est une pierre angulaire de l’édifice de confiance que nous souhaitons tous bâtir avec la puissance publique, en ces temps où tellement d’enjeux nous challengent. 

Cet arbitrage est de bon augure, surtout après les récentes annonces tarifaires. Certes, la baisse pour notre secteur a été minorée par rapport aux années précédentes, et c’est une bonne chose : ces derniers mois, nous avons jeté toutes nos forces dans la bataille des tarifs, et sans doute cela n’a-t-il pas été sans effet. 

Mais le principe de la baisse n’est en tant que tel pas remis en question. La réponse de la puissance publique est en inadéquation avec la situation économique et sociale vécue par les établissements de santé et les professionnels, et traduit l’injonction paradoxale à laquelle nous sommes soumis : nos tarifs baissent, mais nous sommes priés de prendre une part active à la transformation du système de santé. 

Le dégel de la réserve prudentielle est néanmoins un gage indéniable de bonne volonté, qui marque aussi une rupture avec les pratiques passées. Nous avons été entendus. 

Il faut poursuivre dans cette voie de rupture. La campagne tarifaire 2018 a, et nous le déplorons, marché sur les traces des années passées. Et la sortie du décret de neutralisation des allègements fiscaux et sociaux est symptomatique de cette difficulté à s’extraire de carcans conformistes. Nous devons discuter sur les voies de sa non application.

Changer de paradigme, casser le modèle du rabot, s’engager sur la voie de la stabilité, de la pérennité, de la confiance, voilà qui aurait du panache, et surtout de l’efficacité pour notre système de santé. 

Hier, c’était la journée mondiale du compliment. Alors, satisfecit pour la restitution de la réserve prudentielle... et pour le reste, Madame la Ministre, encore un effort, soyez plus disruptive ! Et vous aurez, non pas en face de vous, mais à côté de vous, des acteurs pleinement engagés dans la Stratégie Nationale de Santé.

Appel à la raison


Edito 106 LG option 2

Edito du 16 février 2018


Mardi matin, j’étais présent à Eaubonne à l’occasion de la présentation par le Premier ministre de la stratégie gouvernementale pour transformer l’offre de soins dans notre pays. 

L’annonce sur les tarifs hospitaliers s’est faite dès le début de son discours, sur une totalité singulière de fatalité. « Ils seront en baisse, vous le savez, je le sais », comme s’il y avait dans l’assistance un consensus autour de l’inéluctabilité de ce fait. 

Les conséquences d’une telle décision ont ensuite été égrenées sur ce même registre mêlant déploration et résignation : investissements décalés, impacts humains, techniques et médicaux, fatigue physique et morale des personnels… tout en reconnaissant parallèlement combien les établissements de santé avaient contribué à la régulation ces dernières années !

En résumé, nous nous sommes donc vu expliquer que nous étions collectivement vertueux, que les conséquences des baisses tarifaires étaient très délétères, qu’à un moment donné « ça ne passe plus », et qu’en vertu de tout cela l’arbitrage 2018 serait : une nouvelle baisse des tarifs. Vous conviendrez avec moi que la logique du raisonnement est sujette à caution…Or il ne saurait y avoir d’action solide sans pensée cohérente.

Peut-on raisonnablement, après un tel coup de semonce initial, enchainer sans transition sur des propositions ambitieuses pour la transformation du système ? Qualité, pertinence, financement, organisation territoriale... : nous souscrivons à l’esprit des chantiers ainsi ouverts. Ils sont même depuis longtemps l’épicentre de nos propositions politiques et de nos actions de terrain. Mais aujourd’hui la coupe est pleine.

Dans la démonstration politique et rhétorique de mardi, il y a donc une faille et une incohérence majeures : car sans les acteurs de santé, sans leur engagement, sans leur expertise, rien ne sera possible. Une transformation réelle du système nécessite que nous ayons les moyens de soigner, et de bien soigner. Si on avait voulu nous envoyer un contre-signal absolu sur ces annonces gouvernementales, on n’aurait pas pu s’y prendre autrement. 

Je le déplore, au regard des enjeux et des défis. « La santé est l’un des premiers devoirs d’une collectivité », a dit le Premier ministre. C’est la raison pour laquelle nous appelons, à quelques jours du verdict final, à un à un impérieux maintien de nos tarifs et donc de nos budgets ; en bref, à un indispensable retour à la raison.

Des entreprises comme les autres


Edito 106 LG option 2

Edito du 9 février 2018


Le nouvel exécutif affiche son souhait de gouverner autrement, avec une attention particulière portée sur la pédagogie de la réforme et la volonté d’un contrat nouveau avec les acteurs de la société, fondé sur l’écoute et la confiance. La récente adoption d’un « droit à l’erreur », pour les particuliers comme pour les entreprises, est révélatrice d’un progrès dans la prise en compte pragmatique des réalités et contraintes du terrain. 

Notre société, dans tous ses compartiments, ne s’accommode plus des sanctions arbitraires venues d’en haut et des dispositifs punitifs, le plus souvent contre-incitatifs. Les mécanismes d’incitation, la valorisation des comportements vertueux, la reconnaissance par les pairs, sont a contrario plébiscités. Les études démontrent, dans le domaine éducatif comme ailleurs, que saluer les efforts en continu est infiniment plus rentable, humainement et économiquement, que fustiger le moindre écart… 

Notre profession de l’hospitalisation privée n’a pas ménagé ses efforts en matière d’efficience : tendre vers le meilleur soin prodigué au patient, au meilleur coût pour la collectivité, est notre ligne directrice depuis des années. Nous sommes à la fois économes des ressources de l’assurance maladie, et très engagés sur la qualité, comme en témoignent nos résultats de certification. Chacune et chacun, au sein des hôpitaux et cliniques privés, est pleinement investi dans sa mission.

Peut-on alors imaginer l’effet délétère produit sur notre élan entrepreneurial comme sur la motivation de nos professionnels, d’une mesure telle que celle qui « automatiserait » la reprise des allègements de charge pour les seuls établissements de santé ? Outre le fait qu’elle procède d’une profonde injustice sur le plan économique, cette nouvelle trouvaille du ministère de la santé délivre un message particulièrement péjoratif : vous n’êtes pas des entreprises comme les autres. 

Eh bien si, Madame la Ministre, nous sommes des entreprises comme les autres. Nous rencontrons les mêmes difficultés, et de surcroit nous remplissons au quotidien des missions d’intérêt général auprès des Français. Toute l’énergie employée par les administrations à imaginer des mécanismes alambiqués de privation, pourrait être largement mieux employée : à faciliter notre travail, à encourager nos équipes soignantes, à considérer le service médical rendu avant les coûts, à récompenser les efforts faits en matière d’efficience et d’innovation. 

Cette gouvernance par l’incitation et la valorisation est une évolution irréversible des mœurs de nos sociétés, qui profite à tous : à l’évidence, elle n’a pas encore pénétré le pilotage de notre système de santé.

1000 jours pour la santé


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Edito du 1er février 2017

Le concept a été théorisé depuis longtemps, mais peine encore à irriguer nos politiques publiques : plus une action d’ordre social intervient précocement dans un parcours de vie, plus son efficacité est élevée. Cette notion « d’investissement social » est tout à fait transposable au domaine de la santé. 

 C’est la raison pour laquelle, dans nos propositions présentées lors des débats de la LFSS 2018, nous avons porté auprès des parlementaires le sujet des « 1000 jours », défini par l’Organisation Mondiale de la Santé. 

 Les « 1000 jours » couvrent la période périnatale jusqu’aux deux ans de l’enfant. Les études montrent que cette période impacte de façon importante la santé tout au long de la vie, des adultes et des générations futures. Le mode de vie, la qualité des interactions de l’enfant avec son entourage, les facteurs environnementaux… constituent des facteurs de risque, ou de résistance, à développer telle ou telle pathologie. 

Le concept de l’OMS vise donc à prôner des actions de prévention, bien plus fléchées vers la petite enfance qu’elles ne le sont aujourd’hui. Jusqu’alors, les préoccupations de santé publique prépondérantes - tabac, alcool… - concernaient surtout des publics adultes. Travailler sur la façon dont nous pouvons préserver notre santé dès la conception et le 1er âge, c’est un vrai changement de paradigme, qu’appelle d’ailleurs de ses vœux la Stratégie Nationale de Santé. 

200 000 nouveaux-nés - soit un sur quatre en France - sont accueillis chaque année dans nos 119 maternités privées. Certes, le secteur, longtemps sous-tarifé, a été malmené ces dernières années par un recul du nombre des naissances et des mesures défavorables : aujourd’hui, 31 départements ne disposent plus de maternités privées, ce qui est très préjudiciable à l’offre de santé et à la liberté des choix des futures mères.

Mais la prise en charge individualisée que nos établissements assurent les rend particulièrement réceptifs à ces enjeux de prévention. De longue date, l’importance de la préparation à la parentalité, les consultations de prévention spécialisées, les parcours personnalisés, les projets de naissance, le suivi au long cours des mamans et des bébés… font partie de notre quotidien. 

C’est donc forts de cette expertise que nous considérons que les établissements de santé, et les professionnels, ont un rôle important à jouer dans le développement d’actions de prévention, à incorporer au parcours de l’enfant et de sa famille. Les 1000 jours, c’est l’inverse des approches techniques et pyramidales telles que celle imposée au secteur avec la gradation des soins… 

Nous plaidons donc, notamment auprès des parlementaires, pour que ce sujet majeur soit mis à l’agenda et bénéficie de la reconnaissance qu’il mérite.

Principe de privation


Edito 106 LG option 2

Edito du 26 janvier 2018


L’imagination de la puissance publique est souvent fertile, mais nous apprécierions qu’elle le soit davantage à bon escient… Un projet de décret vient de nous être soumis à concertation, visant à créer un mécanisme pérenne de neutralisation des mesures fiscales en faveur des établissements de santé.

Voilà un exemple édifiant de tout ce qu’il ne faudrait pas faire politiquement.

D’abord, se protéger a posteriori de ses propres erreurs, en les amplifiant. 

Il s’agit là, ni plus ni moins, de renforcer la robustesse juridique d’arrêtés tarifaires qui ont été jugés l’an dernier par le Conseil d’Etat non conformes au droit, car manifestement contraires au principe d’égalité entre les établissements de santé. Avant de se faire à nouveau taper sur les doigts par ce même Conseil d’Etat, on sort opportunément un tel texte...

Ensuite, aller à l’encontre des impératifs économiques du pays. 

Ce projet institue un « principe de privation » des établissements privés et associatifs des bénéfices des allègements de charge, pourtant mis en place par les mêmes pouvoirs publics. On n’en est pas à une contradiction près, tandis qu’on en appelle parallèlement à l’efficience de tous… Nous sommes des entreprises comme les autres, soumises aux mêmes réalités économiques, et l’importance des défis auxquels nous sommes convoqués dans la transformation du système de santé devrait au contraire inviter à d’autres logiques.

Enfin, s’inscrire en contradiction avec les intentions politiques affichées et entamer une fois encore la confiance.

Nous devions poser ensemble les bases de campagnes tarifaires fondées, pour tous les secteurs sans distinction de statut, sur plus de sincérité, de transparence et de visibilité. Mais les vieux réflexes, à courte vue, entrainant l’effritement de nos capacités d’action collectives, ont à l’évidence la peau dure.

Ce projet est donc une erreur sur toute la ligne, et nous y sommes, avec la FEHAP notamment, résolument opposés. Les entrepreneurs de santé que nous sommes, au service du public, doivent bénéficier des mêmes capacités d’adaptation que les autres acteurs de l’économie. Le contraire serait un non-sens absolu. 

Mais cela en dit long sur la persistance des stéréotypes de la puissance publique : des entrepreneurs sont-ils légitimes en santé ? Les Français quant à eux, et c’est heureux, ont tranché depuis longtemps.

2018, sous le signe de la responsabilité


Edito 106 LG option 2

Edito du 18 janvier 2018

Agnès Buzyn répondait récemment à une interpellation sur le sujet de l’obligation vaccinale en ces termes dépourvus d’ambiguïté : « J’assume et j’en suis fière. Quand l’Etat prend ses responsabilités, cela rassure ».

Nous ne pouvons que souscrire à cette idée : quand chacun est pleinement conscient des responsabilités qui lui incombent, on peut construire l’avenir sur des bases saines. Pour nous acteurs de santé, il s’agit de remplir avec une exigence sans faille nos missions au service du public. Pour l’Etat, il s’agit de prendre les décisions les plus justes au regard de l’intérêt du pays.

Or, peu de domaines incarnent mieux l’intérêt général que les missions de santé. Ces dernières doivent être défendues, portées, valorisées, car elles sont primordiales pour les Français.

C’est pourquoi, en ce début d’année, la Fédération de l’Hospitalisation Privée lance un appel à la responsabilité de l’Etat. Nous sommes disposés à être pleinement contributeurs à la Stratégie Nationale de Santé, mais des gages de confiance s’imposent.

Appel au respect des engagements d’abord : la restitution très partielle des réserves prudentielles a émoussé la confiance des acteurs hospitaliers, comme un symbole de non reconnaissance de nos efforts.

Appel à la prise en considération des réalités du terrain : un quart des cliniques est en déficit. Notre exigence quant à l’excellence des soins dispensés n’est pas compatible avec des baisses tarifaires réitérées. La stabilité tarifaire est le seul scénario envisageable et admissible en 2018.

Appel enfin à la transparence et à la concertation. Nos revendications n’ont rien d’outrecuidant : il s’agit de renouer avec la sincérité des données qui président aux arbitrages budgétaires, et d’être pleinement partie prenante des décisions qui nous concernent. Notre secteur fait au quotidien la démonstration que d’autres modes d’action, alliant qualité et efficience, fonctionnent.

Le contexte économique est difficile : raison de plus pour rompre définitivement avec les raisonnements qui ont échoué jusqu’à présent. « Les transformations profondes se poursuivront avec la même force en 2018 », a annoncé le président de la République lors de ses vœux.

Nous ne saurions formuler un meilleur souhait pour notre système de santé en cette année nouvelle !

S’autoriser l’imagination


Edito 106 LG option 2

Edito du 11 janvier 2018

L’année 2018 s’ouvre sur la publication, le 4 janvier, d’une première ordonnance sur un sujet fondamental, s’il en est, pour nos établissements et l’impact territorial en matière d’offre de soins : la simplification et la modernisation du régime des autorisations.

Nous accueillons avec satisfaction l’extension de la durée des autorisations de 5 à 7 ans, même si l’option de 10 ans aurait sans doute été plus cohérente avec les autres outils de planification sanitaire.

Quant à la prise en compte de la certification HAS dans la décision d’autorisation, si elle est en résonance avec les exigences d’excellence qui fondent nos missions et les résultats positifs de nos démarches qualité, il convient d’être prudent sur les modalités. Des appréciations discrétionnaires des ARS en fonction des territoires seraient très préjudiciables : nous n’avons pas la mémoire courte !

Cette ordonnance marque en tout cas la première étape d’une réforme plus globale. Nous devons, sur cet enjeu stratégique de premier plan, nous fixer des objectifs ambitieux pour l’avenir.

Les prérequis indispensables sont évidemment le respect des principes d’équité et de transparence. Les Groupements Hospitaliers de Territoire ne doivent pas phagocyter les décisions prises. Nous attendons de la ministre qu’elle nous prouve son attachement à la pluralité de l’offre de soins !

Au-delà, la réforme des autorisations constitue une opportunité pour faire émerger dans notre secteur de nouveaux modes de prises en charge pour les patients, et ainsi favoriser l’innovation et le développement économique.

Il s’agit aussi d’aller plus loin dans la réflexion sur ce sujet. Les pistes évoquées par la puissance publique sont trop timides. Les seuils d’activité ne peuvent pas être la panacée en matière de sécurité des soins, pas plus que la gradation des soins. La capacité à assurer le retour d’expérience d’événements porteurs de risque est essentielle, l’appréciation du patient aussi. L’audit des équipes par les pairs peut constituer une piste à étudier. Soyons imaginatifs et constructifs, pour simplifier et dégager du temps pour… soigner.

« J'ai refait tous les calculs, ils confirment l'opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste qu'une seule chose à faire : la réaliser ! » avait coutume de dire l’entrepreneur Pierre-Georges Latécoère. Puisse cet élan de volonté nous guider tout au long de cette nouvelle année, que je vous souhaite fructueuse et heureuse.