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Editos de Lamine Gharbi

Dimanche, on vote aussi pour la santé !


edito 16 juin
48 millions de Françaises et de Français sont appelés aux urnes dimanche prochain, pour le premier tour des départementales et régionales. Dans une relative indifférence, qui laisse craindre une mobilisation électorale en berne… alors que, pourtant, c’est de notre quotidien qu’il s’agit.

Au sein de la Fédération de l’Hospitalisation Privée, nous n’avons pas voulu « enjamber » ces élections au motif qu’une autre, certes plus auréolée de prestige, se profile en 2022… Nous avons beaucoup de respect pour les élu.e.s de nos territoires, largement sollicités sur les enjeux de santé, et accordons une grande importance à la relation et à la construction de projets avec eux.

Confrontés à de vraies difficultés, ils tendent de plus en plus à privilégier une approche pragmatique qui fait fi des statuts : ce qui prime, c’est l’accès effectif et la qualité des soins prodigués à leurs concitoyens. La crise sanitaire, sans doute, a aussi contribué à faire tomber certaines barrières.

Nous avons donc entrepris depuis quelques semaines, en lien avec les Fédérations de l’hospitalisation privée de chaque Région, de mieux faire connaitre aux candidates et aux candidats la place des hôpitaux et cliniques privés dans l’offre de soins ; et de leur proposer des perspectives pour la santé dans leur territoire.

Notre conviction est qu’après une crise qui a fragilisé les acteurs, il est préférable de réunir, de rassembler, que d’opposer. Les Agences Régionales de Santé, qui ont été à la hauteur du combat contre le virus, et les collectivités territoriales, impliquées dans la définition des priorités de santé en adéquation avec les besoins de la population, doivent travailler ensemble au sein d’une véritable démocratie territoriale en santé, vivante et partagée.

A l’heure où les financements en santé se territorialisent, les collectivités territoriales auront un rôle essentiel à jouer pour privilégier des investissements à haute valeur ajoutée pour les patients et le système de santé. Les choix devront être motivés par leur apport à une vraie transformation de l’offre de soins, qualitative, pertinente, innovante, et non par des considérations idéologiques !

Et puis, il y a un enjeu majeur à construire, dans une stratégie vraiment partenariale, avec les élus locaux : la formation des professionnels de santé ! Les hôpitaux et les cliniques connaissent une cruelle pénurie de professionnels de santé, notamment paramédicaux. Nous pouvons impulser, ensemble, une vraie dynamique en matière de formation et d’attractivité des métiers de la santé, qui sont des métiers formidables et fondamentaux pour bâtir la société du soin de demain.

Nous serons donc particulièrement attentifs, à l’issue du scrutin, à tisser des liens de confiance et de collaboration avec les nouveaux exécutifs territoriaux, car nous avons, ensemble, de grands défis à relever.

Vaccins : la mécanique d’espoir


edito 9 juin
Avouons-le : rares sont ceux qui, il y a encore quelques mois, auraient misé sur la réussite de la dynamique vaccinale dans notre pays. Puissance du lobby antivax, doutes dans la population générale, inquiétudes autour des temps de fabrication record des vaccins, complexité des chaines d’approvisionnement, casse-tête des quantités et des délais, démarrage pour le moins frileux… Et pourtant, les faits sont venus balayer toutes ces préventions.

Aujourd’hui, en France mais aussi à travers le monde, les campagnes de vaccination présentent de remarquables résultats, déjouant les pronostics des nombreux sceptiques. Il conviendrait sans doute que les commentateurs divers, qui ont été si prompts à éreinter tel ou tel aspect de la gestion sanitaire, le reconnaissent. Mais sans doute ne faut-il pas trop demander dans un pays qui a érigé le « bashing » en vertu cardinale.

Au-delà du bénéfice sanitaire majeur et manifeste, il y a quelques autres leçons à tirer de cet élan vaccinal. D’abord, il faut se féliciter de l’implication de tous les acteurs de santé, souhaitée d’ailleurs par le Gouvernement. Quand il s’agit de lutter contre un péril pandémique, ce n’est pas le moment d’ergoter sur les périmètres ou d’avoir des visions corporatistes. Quant aux hôpitaux et cliniques privés, à la médecine et à la pharmacie de ville, je suis fier de leur action dans la vaccination. Dans l’avenir, il faut sanctuariser cette coopération fructueuse.

Autre enseignement intéressant, ce ne sont pas les injonctions qui amènent les citoyens à un comportement vertueux. Jamais. C’est l’impression de faire quelque chose de bien, pour soi, pour les autres, et pour la collectivité. De participer à une dynamique qui doit dépasser les frontières puisque le virus, lui, les franchit allégrement. Il faut en tirer les leçons pour la santé publique, miser sur cette intelligence collective plutôt que sur des modes coercitifs dépassés. On ne fait pas le bien des gens malgré eux.

Je vois aussi les impacts à plus long terme. Bien sûr, des incertitudes subsistent pour les mois à venir, avec les variants notamment. Mais si véritablement nous tirons un trait sur cette période terrible grâce à la vaccination, il y aura forcément un regain de confiance des citoyens envers les vaccins en particulier, et les progrès de la médecine en général. Et nous avons tout à y gagner.

Et puis il y a un point important et trop délaissé. La critique de l’Europe est l’arme politique facile de certains, qui ne s’en sont pas privés pendant la crise sanitaire. Aujourd’hui pourtant, un adulte européen sur deux a été vacciné avec au moins une dose, et l’objectif de 70% à la mi-juillet est atteignable. En prime, nous sommes le continent le plus solidaire, avec une cinquantaine de pays du monde qui ont reçu des doses produites sur le sol européen. Là aussi, il n’est pas superflu de rétablir quelques vérités…

Pour toutes ces raisons, et surtout pour le plaisir de « revivre » ensemble, poursuivons et amplifions encore cette mécanique d’espoir qui est enclenchée.


La santé au cœur des élections, vraiment ?


edito 2 juin
« La santé sera au cœur des prochaines élections » : telle est la formule un peu facile que chacun répète à l’envi ces derniers temps, tel un vœu pieux. Evidemment, les acteurs du monde de la santé le souhaitent ardemment, et l’hospitalisation privée parmi eux. Un enjeu aussi capital nécessite de s’inscrire au cœur du débat public, et de bénéficier d’un fort portage politique.

Bien sûr, les candidates et les candidats aux Départementales et Régionales inscrivent des propositions santé dans leurs programmes : désertification médicale, compétences santé des collectivités, santé environnementale… Mais en auscultant les « signaux faibles » ici et là, force est de constater que les Français s’emparent peu du sujet. En tout cas, semble-t-il, la santé n’est pas leur thème prioritaire d’interpellation des élus aujourd’hui.

Sans doute peut-on imputer ce désintérêt relatif à un phénomène conjoncturel, lié à l’envie bien légitime des citoyens, après 18 mois de crise sanitaire, de « passer à autre chose ». Sans doute aussi la machine médiatique, toujours avide de nouveautés, s’alimente-t-elle dorénavant à d’autres sources.

Mais cette tendance doit nous interpeller. Car il est inconcevable que les enjeux de santé n’irriguent pas très largement les discussions de la présidentielle. Nous le devons, car les enseignements de la crise sanitaire ne doivent pas être dilapidés. Nous le devons à toutes celles et tous ceux qui ont payé un lourd tribut à la crise. Nous le devons enfin, car peu de sujets engagent notre avenir collectif autant que la santé.

La Fédération de l’Hospitalisation Privée vient de communiquer ses propositions dans la perspective des élections territoriales de juin. Nous serons totalement engagés dans les réflexions pour la présidentielle. Nous croyons en la capacité du politique à porter des ambitions fortes en santé, nourries par une écoute attentive de celles et ceux qui en sont les acteurs.

Nous serons donc dans les prochains mois particulièrement vigilants et contributeurs, afin que la santé doit placée haut dans l’agenda, tout en échappant aux instrumentalisations polémiques auxquelles elle ne manquera pas de donner prise. Accès géographique et financier aux soins, indépendance sanitaire de la France, coopération des acteurs de l’offre de tous statuts pour mieux soigner, qualité et pertinence des soins, participation des hôpitaux et cliniques privés au Service Public Hospitalier… : la matière à brosser des perspectives prometteuses, voire à changer de paradigme, ne manque pas.

Alors, faisons vivre le débat en santé pour 2022 !

Mieux se former à ce qui vient


edito 26 mai
Depuis huit mois, j’ai la chance de présider, à la demande de Geoffroy Roux de Bézieux, le Comité des Acteurs de Santé du MEDEF. Je dis « la chance », car les membres de ce Comité, qui viennent d’horizons très divers, portent un regard riche et prospectif sur l’avenir de notre système de santé et de soin. Alors que nous sommes toutes et tous résolument engagés dans la lutte contre le virus, il est essentiel, et salutaire, de dégager du temps pour la réflexion.

Pour alimenter cette réflexion, les groupes de travail émanant du Comité procèdent à de multiples auditions. Au-delà de la diversité de celles-ci, il est frappant de constater la convergence de certaines analyses : comme si la crise sanitaire avait eu pour effet de mettre à bas certaines postures, d’acter la vanité de certains dogmatismes, en faisant émerger des points puissants de consensus. Pas un consensus « mou », mais une véritable prise de conscience collective, loin des controverses médiatiques.

Parmi ces analyses convergentes, figure de manière récurrente la nécessaire bascule à opérer dans notre rapport collectif à la crise, aux enjeux de sécurité sanitaire, et plus largement à la santé publique et à la prévention. Autant d’enjeux majeurs dont doivent bien sûr s’emparer nos élites, pour développer une véritable culture de l’anticipation et valoriser davantage celles et ceux qui en sont les acteurs.

Mais ces enjeux doivent aussi irriguer toute la société. On a un peu perdu de vue les sciences humaines et sociales pendant cette crise : pourtant, des mesures plus fines et régulières de l’acceptabilité sociale de telle ou telle mesure sanitaire auraient épargné bien des polémiques inutiles, et construit une vigilance commune fondée sur la confiance. Même chose aujourd’hui pour convaincre de l’intérêt du vaccin…

Sensibilisation, acculturation, formation, autant de mots-clés qui ont guidé l’Organisation Mondiale de la Santé pour son projet d’Académie mondiale de la Santé, qui ouvrira ses portes à Lyon en 2023. L’objectif ? Devenir une structure de formation de référence en matière de santé publique, et former aux enjeux sanitaires aussi bien les responsables publics que les dirigeants d’entreprise et toutes forces vives de la société civile à travers le monde.

A l’occasion de l’assemblée annuelle de l’OMS en début de semaine, Emmanuel Macron a pointé « l’importance de la science » face au « cortège de désinformations », et l’enjeu de la formation du grand public comme des professionnels, fondée sur des données fiables, pour faire face « à tous les chocs que nous ne manquerons pas de connaitre dans les décennies à venir ».

Je rappelle régulièrement les missions de service public qu’accomplissent les hôpitaux et cliniques privés, ou qu’ils doivent investir encore davantage dans l’avenir, des urgences à l’accueil des internes. Là réside le sens même de mon engagement syndical. Parmi ces missions, je suis convaincu que nous devons amplifier notre engagement en matière de prévention, pour rendre toujours mieux un véritable service de santé publique. Ainsi serons-nous pleinement des acteurs d’un monde mieux préparé à ce qui vient.

Faire mieux la prochaine fois


edito 19 mai
Le rapport commandé par le Président de la République au professeur Didier Pittet sur l’évaluation de la gestion de la crise Covid et l’anticipation des risques pandémiques vient de remettre ses conclusions. Un rapport équilibré, d’une tonalité apaisée, mais qui pour autant ne cède en rien à la complaisance dans ses constats, et émet des propositions claires.

Une certitude : la France figure dans le groupe des 33 pays, sur 179, qui ont été très affectés par le virus, avec plus de 1300 décès par million d’habitants. D’une analyse chronologique des événements, il ressort l’insuffisance du niveau de préparation à la crise dans notre pays, combinaison de multiples facteurs, structurels et conjoncturels : éclatement de la gouvernance de la santé et centralisation excessive, gestion trop hospitalo-publique centrée, limitation des systèmes d’information en santé nuisant au bon pilotage de la crise, faiblesse de la santé publique et déficit de culture de prévention du risque infectieux, cloisonnement entre le sanitaire et le médico-social… Autant d’analyses partagées et exprimées par l’hospitalisation privée ces derniers mois.

Mais le rapport souligne aussi avec justesse le fait que les autorités ont su tirer les enseignements au fil du temps. Réfutant tout erratisme dans la décision publique, il pointe les facultés d’adaptation, de manière parfois « spectaculaire », à une réalité constamment mouvante. Surtout, la Mission salue la réactivité et la mobilisation remarquable des acteurs - établissements et professionnels de santé, ARS…, permettant souvent de "compenser le manque d'anticipation des pouvoirs publics". Une fois dépassées les « tensions initiales », la coopération entre le secteur public et le secteur privé est qualifiée de « fluide ».

Alors, comment « faire mieux la prochaine fois, car il y aura une prochaine fois », selon les termes du professeur Pittet ? En créant dans notre pays une culture commune de la gestion du risque, de tous les risques auxquels nous pouvons être confrontés dans l’avenir. Cela impose, pour les auteurs du rapport, une dimension interministérielle accrue, une acculturation des acteurs de santé et de la société civile, des cadres théoriques adaptés aux réalités de terrain, une meilleure coordination de l’expertise scientifique, et un renforcement drastique de la santé publique.

Les propositions du rapport Pittet sont ambitieuses, de long terme et nécessite des réorganisations de fond. Mais elles ne sont pas clivantes, ne jettent l’opprobre sur personne et en cela, elles peuvent être fédératrices. Et c’est sans doute ce qu’il faudra pour aborder l’après-crise, tant notre pays aura besoin de cohésion, et de raisons d’espérer.



Le risque et la crise


edito 12 mai
Toute gestion de crise, sanitaire ou non, implique une prise de risque : le pari fait aujourd’hui par l’exécutif de desserrer progressivement l’étau des contraintes est jugé bienvenu par les uns, timoré par les autres, imprudent par les troisièmes. Il est le fruit d’arbitrages complexes, mêlant considérations sanitaires, politiques, économiques, sociétales. Il est pris dans un certain contexte, dont l’évolution peut demain valider ou contrarier les orientations.

Les hôpitaux et cliniques privés inscrivent depuis quinze mois leur action dans cette réalité difficile et mouvante. Mais nous ne nous sommes pas contentés de composer avec celle-ci. Nous avons, nous aussi, pris des risques : le risque de la coopération, en bousculant les schémas préétablis pour soigner « avec » l’autre, et pas seulement « à côté » ; le risque de l’innovation, en réinventant des pratiques soignantes adaptées à la prise en charge du Covid ; le risque, enfin, de l’engagement sans réserve, qui se manifeste aujourd’hui dans la campagne de vaccination.

« Prendre son risque », pour ne pas être dépassé par la crise, et pour surmonter l’adversité. Pourtant, il ne fait pas toujours bon entretenir cette culture du risque dans la gouvernance de notre système de santé ! On multiplie les expérimentations, mais leur passage dans le droit commun est sans cesse différé. On redonne des marges d’initiative aux acteurs de terrain, pour mieux reverrouiller ensuite à coup de circulaires. On vante la dynamique de recherche et d’innovation, mais ses process de validation s’étirent dans le temps… Les enseignements tirés de la lutte contre le virus devront apporter des remèdes à tout ceci.

Autre enseignement capital : l’esprit de gestion et d’anticipation des risques - pandémies, cybersécurité, terrorisme… - doit vraiment irriguer nos organisations de santé. Là aussi, c’est une nouvelle culture qui doit émerger : ne pas bâtir une planification de crise « hors sol » invalidée par la réalité du terrain, mais la construire en continu au fil de retours d’expérience positifs et non punitifs ; remettre le sujet des crises et de leur gestion au cœur des institutions et des organisations ; ne pas rogner sur les financements de crise sous prétexte qu’« on ne sait pas si et quand ça va arriver » ; et surtout, valoriser davantage les femmes et les hommes qui s’en occupent avec compétence et appétence et les remettre au centre des dispositifs, au lieu de les considérer comme ceux qui, éventuellement, serviront à quelque chose un jour…

Conjuguer anticipation des crises et culture du risque est un équilibre exigeant mais nécessaire, car on ne peut se mettre en mouvement, avec audace, que grâce à une maîtrise accrue des déterminants de notre devenir collectif.

Sortie de crise : à portée de mains ?


edito site internet 5 mai 2021
Aujourd’hui 5 mai, c’est la Journée mondiale de l’hygiène des mains ! Un enjeu de santé publique majeur, décliné cette année par l’OMS sous le slogan : « Sauvez des vies, lavez-vous les mains ». De nombreuses études démontrent l’importance de la transmission manuportée dans la diffusion du Covid, et bien sûr dans la prolifération de nombreuses autres maladies. D’ailleurs, des niveaux historiquement bas de gastro-entérite ont été recensés en 2020 en France.

Et pourtant… à quelques jours de la levée de nombreuses restrictions, un certain relâchement, voire un relâchement certain, semble se faire sentir dans les pratiques d’hygiène des Français. Une enquête Ipsos révèle que 63% d’entre eux déclaraient se laver régulièrement les mains en octobre 2020, contre 75% en juillet… et 86% en mars. Une tendance préoccupante, alors que de nombreuses inconnues subsistent quant au devenir de la pandémie.

A l’heure de la réouverture des restaurants et autres lieux de convivialité, il est plus que jamais capital de garder intact l’esprit de responsabilité dont les citoyens ont su faire preuve pendant la crise. Dynamique vaccinale, respect des gestes-barrières et application rigoureuse des règles d’hygiène sont la trilogie gagnante pour vaincre le virus et renouer, comme chacun y aspire, avec la vie sociale.

Pédagogie et prévention doivent donc être au rendez-vous, afin d’améliorer encore l’adhésion à ce geste qui allie simplicité et efficacité. Les professionnels de santé, médicaux et paramédicaux, jouent évidemment un rôle fondamental dans la prévention des infections. L’OMS invite d’ailleurs à les applaudir aujourd’hui, pour témoigner la reconnaissance que chacun leur doit !

Nos hôpitaux et cliniques privés, et les soignants qui y exercent, mènent sur cet enjeu-clé de qualité et de sécurité des soins pour les patients, une stratégie volontariste guidée par une vigilance permanente.

L’hygiène des mains est emblématique de tous les acquis, fragiles, de la crise : une avancée qui ne doit pas se perdre au fil du temps, mais au contraire qui doit se pérenniser dans l’avenir, au bénéfice de la santé de tous.

Les vaccins nous rapprochent


edito 28 avril
Célébrée fin avril depuis 2005, la Semaine mondiale de la vaccination qui se déroule actuellement revêt en 2021 une solennité particulière, sur fond de crise sanitaire. Son enjeu est simple : faire comprendre l’importance de la vaccination, en encourageant notamment les parents du monde entier à faire vacciner leurs enfants contre des maladies mortelles.

Le vaccin, qui sauve trois millions de vies chaque année à travers la planète, est sans conteste l’un des plus grands succès de santé publique de l’Histoire. En bénéficier est une chance, que nous devons mesurer à sa juste valeur.

Le thème de la Semaine 2021 est particulièrement évocateur : « Les vaccins nous rapprochent ». Depuis 200 ans, c’est effectivement grâce au vaccin que notre humanité peut progresser, libérée des fléaux de maladies terribles. Aujourd’hui, c’est encore grâce au vaccin que nous allons renouer des liens humains distendus par le virus, sauver des vies et nous protéger mutuellement.

Hier, le Gouvernement annonçait que 20 millions de Français avaient reçu au moins une première injection, devançant l’objectif initial. Les hôpitaux et cliniques privés prennent toute leur part dans cette dynamique… en France bien sûr, mais aussi dans les autres pays européens où l’hospitalisation privée est présente.

Cette dynamique vaccinale s’accompagne d’une veille épidémiologique constante de la situation nationale, mais aussi mondiale. Les images du chaos engendré par une seconde vague dévastatrice en Inde nous sidèrent. Sous nos yeux, nous assistons avec impuissance à l’effondrement d’un système hospitalier. Là aussi, nous devons mesurer notre chance, d’avoir un système de santé qui « tient » malgré la pression.

L’aide internationale s’organise, tandis que le variant indien B.1.617, identifié dans au moins 17 pays, dont plusieurs européens, fait l’objet d’une étroite surveillance. Là encore, le slogan de cette Semaine de la vaccination prend tout son sens : oui, « les vaccins nous rapprochent », car dans cette pandémie tous nos destins sont liés. L’irruption d’un variant quelque part sur la planète peut bouleverser les équilibres dans chaque pays.

C’est la raison pour laquelle les « vaccins de solidarité » - grâce notamment à l’activation du mécanisme Covax - sont non seulement une obligation morale de la part des pays les mieux dotés, mais aussi une nécessité au nom d’un combat commun et planétaire contre le virus. Souhaitons que la France continue à être moteur auprès de ses partenaires européens pour, selon les mots du Président de la République, « se tenir aux côtés de ceux qui ont moins ».

Incertitude créatrice


edito 21 avril
Une crise est une leçon d’humilité. Nous avons le droit de dire que nous ne savons pas. Ceux qui attendent des politiques ou des scientifiques qu’ils énoncent des certitudes se fourvoient. Ceux qui prétendent détenir ces certitudes ne sont pas dénués d’arrière-pensées politiciennes. La vérité, c’est que depuis un an, loin des polémiques, des millions de femmes et d’hommes, soignants, décideurs ou simples citoyens « de bonne volonté » font de leur mieux pour appréhender une réalité qui leur glisse constamment entre les doigts.

Le « Covid long » recèle de nombreuses inconnues pour la communauté médicale. Les variants font évoluer en continu la donne épidémique. Les modalités vaccinales de demain - troisième dose, rappel annuel… - sont en débat. « L’indice mondial d’incertitude » sur les impacts économiques sociaux de la pandémie demeure supérieur de 50% à la moyenne. Et l’horizon de reconquête d’une vie « normale » reste flou...

Mais l’incertitude ne signifie pas, bien au contraire, l’inertie. Dans l’état des connaissances dont nous disposons, des décisions politiques, stratégiques, médicales, sont prises au quotidien dans une volonté d’équilibre : équilibre entre liberté et protection, entre bénéfice et risque. Sans asséner, sans trancher, mais avec le souci du bien commun.

La philosophe Emmanuel Klein dit que le sens de la nuance s’est perdu dans notre société : les verdicts lapidaires sur certains vaccins en témoignent. A contrario, les chercheurs qui ont fait ces découvertes remarquables, qui demain nous sortiront du chaos, se caractérisent par leur modestie et leur discrétion.

Dans ce contexte, chaque geste, chaque acte qui contribue à amoindrir la perte de repères qui nous saisit, et à redonner du sens à ce que nous faisons, compte. C’est un peu passé inaperçu, mais il y a quelques jours, le Gouvernement a prolongé jusque juin la garantie de financement des établissements de santé, publics et privés : cette sécurisation, qui rime aussi avec reconnaissance, nous permet de mener sereinement nos missions pour les patients. Elle contribue à la réduction de l’incertitude, nous conforte dans l’action.

Les temps ne sont guère propices à ceux qui aiment les horizons dégagés. Il nous reste bien des défis à relever dans les prochains mois : nos équations, individuelles et collectives, ont de nombreuses inconnues. Mais cette situation exceptionnelle fait aussi émerger des myriades de réalisations remarquables, comme si l’incertitude était un aiguillon, un moteur pour agir. Celles-ci gagneraient, bien plus que les clashs et buzzs en tous genres, à être mises davantage en valeur pour redonner confiance et perspective.


Sur tous les fronts


edito 14 avril
Peu d’éclaircies sur le front de la situation épidémique, et toujours une mobilisation remarquable des professionnels des établissements de santé pour prendre en charge les patients touchés par le Coronavirus… mais également les autres patients, et il ne faut pas les oublier !
Oui, c’est vrai, en fonction des tensions épidémiques sur tel ou tel territoire, certaines interventions qui ne revêtent pas de caractère d’urgence sont décalées dans le temps. Mais pour toutes les autres, nous avons la responsabilité de répondre présent. Les hôpitaux et cliniques privés prennent en charge la chirurgie des cancers, les opérations cardiovasculaires... Les radiothérapies, les chimiothérapies se poursuivent dans des conditions parfaitement sécurisées, afin d’offrir aux personnes un environnement rassurant malgré la maladie.
Je tiens à le dire, pour répondre à des angoisses qui se manifestent. De même, la priorisation pour la vaccination de personnes particulièrement vulnérables - telles que celles traitées pour un cancer, ou encore pour une insuffisance rénale chronique - participent de cet impératif de protection.
Nous devons rester totalement mobilisés, pour réduire au maximum tout risque de perte de chance, lié à un renoncement aux soins ou à un dépistage trop tardif par exemple. Nous devons être dans le dialogue avec les associations de patients, qui remplissent leur rôle légitime de vigie, et garantir à toute personne qui franchit le seuil de nos établissements, quelle que soit sa pathologie, un accueil à la hauteur.
Pour y parvenir, les professionnels de santé sont sur tous les fronts. Ils déploient depuis des mois des capacités d’adaptation et d’agilité impressionnantes compte tenu de la dureté de la période. Aussi, tout ce qui contribue à la pleine reconnaissance du rôle et des missions des soignants et des établissements, et à un bon accompagnement de l’organisation des soins, est capital.
En ce début de semaine, s’est tenu un comité de suivi du Ségur de la Santé : le ministre Olivier Véran a présenté la deuxième étape de revalorisation des salaires des soignants paramédicaux, avec la volonté de « donner des perspectives d’évolution de carrières ambitieuses pour que les Français continuent à bénéficier demain de soins de qualité ».
Ces revalorisations devraient être d’application effective pour notre secteur à l’horizon de début 2022. Nous serons évidemment vigilants, alors que les discussions de transposition au privé vont s’ouvrir sous peu, aux enjeux d’équité public-privé, car c’est ensemble que nous affrontons la crise sanitaire, tout en veillant à la santé de l’ensemble des Français.

La filière santé, une chance pour la France


edito 7 avril
La santé est, et sera, au cœur du débat public dans les prochains mois. On peut sans trop de risque supposer, contrairement aux présidentielles précédentes qui avaient poliment effleuré le sujet, que les candidates et candidats de 2022 en feront un argument majeur de campagne.

Il faut y voir, pour les acteurs de santé que nous sommes, une opportunité inédite pour exposer notre vision de l’avenir de la santé dans notre pays. Si cette terrible crise sanitaire aura au moins permis de hisser la santé au rang des priorités majeures pour les Français, tout ceci n’aura pas été en vain.

Une contribution utile a été publiée il y a quelques jours par l’Institut Montaigne. Intitulée « Filière santé : gagnons la course à l’innovation », elle pose d’abord clairement la santé comme un secteur économique fondamental pour la France, créateur de croissance, employant « environ 7% de la population active française », et devant être davantage valorisé comme tel.

Hélas, ce dynamisme est enrayé par les multiples fonctionnements en silos du secteur de la santé, qui nuisent à la transparence et à la transversalité pourtant indispensables à la construction d’une vision de long terme. L’Institut Montaigne appelle donc à la coordination de « l’ensemble des acteurs, publics et privés, vers un objectif commun : la création de valeur pour les patients et l’ensemble du système de santé ».

Pour y parvenir - et nous ne disons pas autre chose ! - il convient de repenser profondément le rôle de l’Etat. Celui-ci doit passer « d’un rôle de gérant du système de santé, au statut de garant des règles du jeu et de la vision », faisant la part belle aux initiatives et aux marges de manœuvre des acteurs.

Cela suppose notamment de remédier à l’éclatement de la gouvernance de la puissance publique en santé, qui porte préjudice à l’élaboration de visions stratégiques et partagées… et de mettre en place une stratégie ambitieuse de pilotage par la donnée, pour être collectivement « plus réactifs et plus efficaces ».

Enfin, la note reprend notre communiqué FHP de septembre 2020 sur le manque de soignants en France, en recommandant de travailler sur deux axes : la création de passerelles des métiers en décroissance vers les métiers de la santé, et le développement de l’offre en formation continue ; et des passerelles également des métiers paramédicaux vers les métiers médicaux. Que ces sujets formation/emploi qui mobilisent largement l’hospitalisation privée, soient ainsi portés au débat est aussi important que nécessaire.

« Cette crise a montré la difficulté des décideurs traditionnels à donner aux acteurs privés toute leur place » : c’est sans doute vrai. Et elle a aussi montré, dans le même temps, que l’intelligence collective pouvait infléchir la donne. La semaine dernière, le Président de la République comme le Premier ministre ont salué la fluidité actuelle de la coopération public-privé dans la crise sanitaire. Pérennisons donc ces acquis et appuyons-nous sur des travaux de la qualité de ceux de Montaigne, pour amplifier ce mouvement.

Plutôt qu’alarmer, rassurer


edito 31 mars
Alors que de nouvelles décisions politiques devraient être annoncées ce soir, compte tenu de la progression alarmante de l’épidémie, une tribune de médecins de l’AP-HP sur le risque de « tri » des patients a jeté le trouble. Certes, elle traduit l’épuisement de professionnels confrontés depuis des mois à l’indicible. Mais est-ce bien raisonnable, alors que les citoyens comptent sur nous, d’instiller dans leur esprit l’idée que les établissements et les professionnels de santé n’arriveront pas à faire face ? L’époque n’est-elle pas déjà assez anxiogène, sans que l’on ne sape les derniers fondements de leur confiance, celle qu’ils vouent – et ils ont bien raison – au monde du soin ?

Oui, nous allons vivre encore plusieurs semaines très difficiles, très éprouvantes, pour les soignants, les patients et l’ensemble des Français. Mais nous allons collectivement y parvenir, public et privé ensemble, comme nous y sommes parvenus lors de la première vague et de la deuxième vague : nous allons repousser les murs de nos établissements et jeter toutes nos forces dans ce qui, nous l’espérons tous, pourrait être la dernière bataille grâce à la vaccination.

Il ne sera pas dit qu’un pays comme la France n’est pas capable d’accueillir les patients qui doivent l’être en réanimation, sans considération de « quoi doit vivre et qui doit mourir ». Invoquer aujourd’hui le « tri » des patients, c’est créer une confusion préjudiciable dans l’esprit des gens : oui, une décision d’admission ou pas en réanimation peut être motivée par un choix thérapeutique et la mesure légitime de la balance entre bénéfice et risque.

C’est fondamentalement différent d’un choix fondé, non plus sur une décision médicale prise dans le meilleur intérêt du patient, mais sur une situation de pénurie de ressources ou de désorganisation : sur ce point, je le redis avec fermeté, la coopération sans faille des acteurs de santé et l’entière mobilisation de professionnels remarquables nous permettra de mettre à distance toute éventualité d’arbitrages contre-éthiques dans les temps qui viennent. Nos professionnels ne peuvent et ne doivent en aucun cas assumer un tel fardeau psychologique et éthique.

D’autant que notre responsabilité envers les Français est double : soigner les patients Covid, tout en continuant à maintenir un haut niveau de prise en charge des autres patients, pour éviter tout retard de soin. Contrairement à l’an dernier où les déprogrammations concernaient tout le territoire national, aujourd’hui les services continuent à accueillir d’autres patients non-Covid, qu’il faut soigner.

Demain, quand nous commencerons à voir le bout de cette pandémie, il faudra bien sûr tirer tous les enseignements de ce que nous avons vécu, remédier aux pénuries de professionnels de santé, améliorer le partage des données pour mieux piloter les crises... En attendant, l’heure n’est pas à la polémique ou à la critique pas toujours dénuée d’arrière-pensées politiques. L'heure est à l’action, gouvernée par l’éthique, au service de la santé des citoyens.

La dernière bataille ?


edito 24 mars 2021
L’épidémie s’emballe, et la chape de plomb retombe sur des professionnels de santé déjà très éprouvés. Dans les régions les plus en tension, la pression hospitalière s’intensifie à mesure que les capacités en réanimation s’accroissent. L’Ile-de-France, par exemple, pourrait compter 1500 malades en soins critiques à la fin de cette semaine. Mais plus largement, c’est la situation sanitaire dans l’ensemble du pays qui se dégrade, voire dépasse les seuils d’alerte.

Un an après la première vague, les Français voient donc déferler à nouveau la menace du virus, et de ses variants, et la perspective de mesures plus coercitives. Mais, contrairement à début 2020, dominé par une combativité collective face à l’irruption d’un péril nouveau, l’état d’esprit prédominant aujourd’hui est celui d’une profonde usure psychologique.

Face à cela, et même si le découragement peut parfois saisir, nous devons tous maintenir intactes nos capacités de faire face. Dans les régions les plus touchées, l’hospitalisation publique et l’hospitalisation privée font front, ensemble. S’il y a, ici et là, des difficultés, nous intervenons pour les désamorcer immédiatement. Chaque jour, chaque heure comptent.

Chaque jour compte aussi pour la vaccination, érigée au rang de « priorité nationale » : les annonces du Président de la République hier vont dans le bon sens. Nous devons collectivement accélérer la dynamique, élargir les effecteurs, diversifier les lieux d’injection du vaccin en faisant preuve de créativité (des « drive » de vaccination par exemple), convaincre les réticents parmi les publics prioritaires… Les hôpitaux et cliniques privés sont pleinement engagés. Pour la vaccination des professionnels de santé, nous demandons que ceux-ci puissent se faire vacciner sur leur lieu d’exercice : cela rentre dans le cadre de « l’aller vers » évoqué par Emmanuel Macron.

Chaque annonce politique est suivie d’un flot de réactions contradictoires, le plus souvent critiques. Ne nous affligeons certes pas d’un débat démocratique encore vivace dans un pays affaibli. Mais un peu de pragmatisme ne nuirait pas : LA bonne solution n’existe pas plus que des vérités immuables, dans un environnement en perpétuelle mutation. Ce qui était applicable hier (hors variants, hors tension sur les ressources humaines en santé…) n’est plus forcément de mise aujourd’hui, et nous contraint à composer avec le principe d’incertitude.

Raison de plus pour jeter sans tergiverser toutes nos forces dans la bataille, en se disant que c’est la dernière, et que les fruits d’une vaccination de masse seront bientôt récoltés. Et aussi pour continuer plus que jamais à encourager et soutenir les soignants, car tout autant qu’en 2020, et peut-être encore davantage au regard de cette pandémie sans fin, ils méritent des applaudissements.

La force d’une santé unifiée


edito lg 17 mars 2021
Il y a une année tout juste, le confinement venait percuter le quotidien des Français. Les soignants se préparaient au déferlement de la pandémie sur le territoire national. Un an après, la menace est toujours omniprésente dans nos vies, et l’épreuve se poursuit pour toutes celles et ceux qui prennent en charge les patients, avec un courage remarquable.

C’est dans ce contexte difficile que le Premier ministre Jean Castex est venu samedi dernier à la rencontre des professionnels de santé et des patients de l’hôpital privé de l’Est parisien, en Seine-Saint-Denis. Ce témoignage de reconnaissance de l’action menée par les hôpitaux et cliniques privés dans la crise sanitaire est précieux pour toute la profession.

Parmi les messages qu’il a délivrés, j’en retiens particulièrement un : « La force de la santé en France réside dans un système unifié entre tous ses acteurs ». La complémentarité actuellement à l’œuvre entre public et privé en est la meilleure illustration : en Ile-de-France, les établissements privés prennent aujourd’hui en charge 25% des patients en réanimation.

Mais les tensions hospitalières sont telles que les évacuations sanitaires sont parfois indispensables. Le Premier ministre nous a demandé d’être mobilisés sur les EVASAN : ces jours-ci, par exemple, ce sont 25 patients d’Ile-de-France qui vont être accueillis en région Occitanie et répartis entre établissements publics et privés.

Nous avons aussi assuré Jean Castex de notre participation à la stratégie vaccinale, même si l’actualité, malheureusement, bouscule le bon ordonnancement de celle-ci. Un sujet est particulièrement sensible : celui de la vaccination des professionnels de santé. Depuis début 2020, les professionnel.le.s de santé ont fait preuve d’un engagement exceptionnel dans la crise, et d’un sens aigu des responsabilités au service des Français. Je suis convaincu que sur le sujet de la vaccination, ce même sens des responsabilités va prédominer. Pour eux bien sûr, pour se protéger : mais aussi parce qu’ils sont des exemples pour les citoyens, qui leur font confiance. Ils sont donc les fers de lance de la dynamique vaccinale dans notre pays, et de la reconquête de jours meilleurs, en se faisant vacciner, et bien sûr en vaccinant !

« Vous êtes, à part entière, au service de la santé en France », nous a dit Jean Castex à la fin de sa visite. Ces mots résonnent particulièrement pour l’hospitalisation privée. Oui, cette notion de service au public, que l’on nous dénie parfois pour des motifs idéologiques, irrigue chacune de nos actions. Dans les semaines et les mois à venir, nous continuerons à en apporter la preuve par l’exemple.

La santé vecteur de liberté


edito site internet 10032021
La santé n’est pas seulement la guérison des maladies. Elle est aussi, à travers l’Histoire, ce qui permet aux êtres humains d’agir et de gagner en liberté : telle est en substance, le message central du dernier opus de Nicolas Bouzou, « Homo Sanitas ». En ce sens, plutôt que de fustiger une prétendue dictature hygiéniste censée caractériser notre époque, et d’opposer artificiellement santé et liberté, il y a plutôt matière à se réjouir du prix qui y est accordé à la vie humaine.

Ce « choix philosophique », assez communément partagé partout sur la planète, motive chacune de nos actions. Il nous permet d’agir avec une détermination toujours renouvelée, malgré la lassitude, voire l’épuisement engendrés par une pandémie dont nous peinons à voir l’issue.

Aujourd’hui, c’est l’Ile-de-France notamment qui inquiète, et qui impose la mobilisation conjointe de tous les établissements de santé, publics et privés. Les hôpitaux et cliniques privés créent des lits de réanimation supplémentaires, réarment de nouvelles unités de réanimation, tout en continuant à prendre en charge les patients non-Covid en médecine, en soins de suite ou en chirurgie. Les professionnels de santé de territoires plus épargnés viennent en renfort des équipes les plus éprouvées.

Depuis un an, l’hospitalisation privée maintient donc un niveau d’engagement exceptionnel dans la crise sanitaire, mue par l’espoir, partagé avec les citoyens, de voir l’horizon s’éclaircir grâce à la vaccination. Nous avons, au fil des mois, appris de cette situation d’exception, amélioré nos pratiques médicales et fait progresser nos logiques coopératives, tout ceci dans un contexte qui a laissé davantage de marge de manœuvre aux acteurs.

Comme l’exprime Nicolas Bouzou à de nombreuses reprises dans son ouvrage, les ruptures, épidémiologiques ou technologiques, ne sont et ne seront correctement absorbées que par les organisations les plus évolutives et les plus ouvertes aux opportunités nouvelles. C’est un enseignement majeur, et si nous le faisons prospérer, toute notre peine – à tous les sens du terme – n’aura pas été en vain.

Si la santé, comme il est écrit dans « Homo Sanitas », est un vecteur de liberté et d’émancipation, ces principes doivent aussi se décliner davantage dans l’organisation et la gouvernance de notre système de santé. Voilà à l’évidence un beau sujet de débat avant la présidentielle.

Au rendez-vous de la confiance


edito site 03032021
C’est la 12e édition, et cela est toujours aussi intéressant et riche d’enseignements : le Centre de recherches politiques de Science Po (CEVIPOF) vient de publier son Baromètre de la confiance. Cette enquête de référence sur le sujet de la confiance des Français dans les institutions, qui interroge aussi l’adhésion des citoyens à un certain nombre d’opinions, est édifiante à plus d’un titre.

Ça commence mal : les trois termes qui qualifient le mieux l’état d’esprit actuel des Français sont « lassitude » (à 41%, contre 15% pour les Allemands), « morosité » et « méfiance ». Le fonctionnement de nos instances démocratiques est jugé peu convaincant, et la « méfiance » - une fois encore - caractérise en priorité le rapport ressenti à la politique, jugée éloignée des préoccupations du quotidien, exception faite des exécutifs territoriaux.

Dans ce contexte qui révèle une société fragmentée, une lueur, et non des moindres : parmi toutes les organisations recensées, ce sont les professionnels de santé, suivis juste après des établissements de santé, qui bénéficient du plus haut niveau de confiance, respectivement 85% et 81%. En troisième position, arrive de manière aussi inattendue que bienvenue… la science, à 78% : dans un pays que l’on disait de plus en plus rétif à l’idée de progrès, c’est une bonne nouvelle, même si les intentions vaccinales des Français sont nettement plus basses que certains de nos voisins européens (49%, contre 80% au Royaume-Uni par exemple).

Je veux retenir le formidable crédit que les Français accordent à leurs structures et à leurs professionnels de santé. Il n’y a pas de meilleure raison pour nous dépasser, jour après jour. La crise sanitaire nous challenge, mais leur confiance renouvelée prouve que nous sommes à la hauteur de nos missions, dans cette situation qui nous met tous à l’épreuve. Les hôpitaux et cliniques privés sont entièrement mobilisés dans l’accueil et le soin des patients Covid, et bien sûr dans la dynamique vaccinale.

Cela n’est évidemment pas à souhaiter, mais si le besoin s’en faisait sentir, nous pourrions évidemment augmenter nos capacités, disposer en particulier d’un plus grand nombre de lits de réanimation, et déprogrammer des opérations non urgentes sur certains territoires pour concentrer nos moyens humains et matériels sur la prise en charge des patients Covid. Ainsi, les établissements de santé publics et privés travaillent en complémentarité, et rien ne doit venir déroger aux règles d’une entente intelligente.

Car la confiance des Français se fonde aussi sur notre aptitude à dépasser les oppositions pour servir une cause qui engage notre avenir : soyons donc collectivement au rendez-vous de cette confiance.


Loi 4D, élections de juin : la santé et le territoire


edito lg 24022021
Après un long suspense, le Premier ministre a finalement tranché : il devrait bien y avoir un projet de loi 4D (différenciation, décentralisation, déconcentration et décomplexification), présenté en conseil des ministres au printemps. Même si son sort parlementaire n’est pas définitivement réglé, compte tenu de l’embouteillage des textes, nous regarderons ce sujet avec beaucoup d’attention.

Initialement en effet, les sujets portés par le projet de loi étaient le logement, les transports et la transition écologique, mais la situation sanitaire exceptionnelle y a logiquement imposé la santé et la cohésion sociale. Le Ségur de la Santé a d’ailleurs amorcé le basculement vers des financements davantage territorialisés.

Dans la lignée des propositions faites par la Fédération de l’Hospitalisation Privée pour le Ségur, la loi 4D en préparation réforme la gouvernance des ARS, avec un Conseil d’administration renforçant la place des élus territoriaux. Nous portons la conviction qu’au-delà des querelles de prérogatives, un équilibre peut se dessiner dans les territoires, entre des ARS confortées dans leurs missions, et des élus qui, légitimement, souhaitent se déployer sur ce thème majeur pour leurs concitoyens qu’est la santé.

A quelques mois de la présidentielle, un grand soir de la réforme territoriale serait certainement malvenu : mais l’émergence d’une démocratie territoriale de santé vivante est essentielle pour répondre aux besoins des populations.

Le projet de loi prévoit aussi que les collectivités territoriales peuvent participer au financement du programme d’investissement des établissements de santé publics et privés. La FHP sera vigilante et contributrice sur ce point. Les principes de transparence dans l’allocation des fonds et d’équité de traitement entre les différents secteurs de l’hospitalisation doivent être la clé de voute des arbitrages.

Le Ségur porte une réelle ambition en matière d’investissement en santé : il ne s’agit donc pas d’exhumer de vieux projets du placard, mais d’impulser de manière collégiale des initiatives fondatrices d’un vrai renouveau de notre système de santé au service des patients. Là aussi, la démocratie territoriale de santé doit être convoquée.

Les équilibres sont complexes et subtils à trouver, entre l’importance de définir des règles communes afin d’empêcher tout arbitraire dans les décisions, et la nécessité d’encourager les initiatives locales et de faire confiance aux acteurs de terrain, eux-mêmes sécurisés par des règles du jeu claires. Mi-juin auront lieu les élections régionales et départementales : nul doute que la santé sera au cœur de la campagne. L’hospitalisation privée fera bientôt des propositions concrètes sur tous ces enjeux, auprès notamment des associations d’élus et des collectivités, afin que malgré la crise du Covid, des perspectives ambitieuses puissent se dessiner pour la santé en France.

La santé, au défi du marché de l’attention


edito 17022021
« Apocalypse cognitive », c’est le titre de cet essai du sociologue Gérald Bronner qui se lit comme un roman sombre. Il y analyse la déferlante d’informations, inédite à l’échelle de l’humanité, qui se disputent un « marché cognitif » largement dérégulé, confronté « aux 1000 visages de la déraison ». Rapporté au contexte de la crise sanitaire, son récit prend encore davantage de sens pour les acteurs de santé que nous sommes.

Dans la « cacophonie cognitive » que nous subissons, la peur et le rapport perverti au risque se taillent la part du lion. La submersion d’informations conduit à une indifférenciation de leur valeur et laisse le champ libre aux théories les plus fantaisistes… ou les plus dangereuses. Autre caractéristique dominante, « la sensibilité exacerbée du marché cognitif à la conflictualité » : le clash fait recette car il capte notre attention. De même, la « démagogie cognitive », nourrie d’arguments spécieux brandis au nom du « bon sens », a de beaux jours devant elle.

Le décor est planté. Comment échapper à ce que Bronner n’hésite pas à appeler une « menace civilisationnelle » ? Je me garderais bien d’y répondre, mais je peux puiser dans l’expérience que l’hospitalisation privée a sur la crise sanitaire depuis plus d’un an.

Les journalistes me demandent parfois de donner mon avis sur telle ou telle option de stratégie épidémiologique - « M . Gharbi, faut-il reconfiner ? ». Je m’y refuse systématiquement. J’ai évidemment mon avis, mais il n’est pas question pour moi de rajouter à la confusion ambiante sur un sujet qui n’est pas de mon ressort. Mon rôle, en tant que président de la FHP, est d’être le porte-parole des établissements de santé privés mobilisés contre le virus. La crédibilité de mon propos est ancrée dans la réalité de l’action de nos professionnels de santé au service des patients. Mieux vaut faire œuvre utile que privilégier le buzz.

Les sollicitations médiatiques sont parfois subordonnées à une prise de position clivante voire frontale, assurée de succès auprès du temps de cerveau disponible… Là encore, je m’y refuse. Celles et ceux qui me connaissent savent que j’ai des convictions bien ancrées et les mots pour les défendre. Même si notre secteur privé bénéficie d’une reconnaissance largement accrue par rapport au passé, parfois le sentiment d’injustice affleure encore dans tel ou tel arbitrage, et ma vigilance, comme mon action, sont permanentes : c’est pleinement le cas aujourd’hui pour la campagne tarifaire. Mais je ne crois pas à l’intérêt de jeter en pâture sur la place publique les oppositions : je crois au dialogue, à la concertation, à la conviction, et à une expression des divergences et des désaccords qui soit posée, et pas racoleuse.

La situation sanitaire affecte beaucoup de citoyens, mais l’avalanche d’informations contradictoires et anxiogènes amplifie leur désarroi. Dans ce contexte, chaque parole nécessite d’être mesurée, pesée, non pas à l’aune d’emballements factices et éphémères, mais à l’aune de l’utilité effective de la contribution au débat. C’est compliqué, c’est astreignant, mais c’est une exigence collective de responsabilité.

Présents au monde


edito 10022021
Chacun se souvient de la fameuse phrase de Jacques Chirac prononcée en 2002 à Johannesburg : « Le monde brûle, et nous regardons ailleurs ». Aujourd’hui, ce serait plutôt « le monde brûle et nous regardons notre nombril », tant les impacts géopolitiques et la vision internationale de la crise sanitaire sont minorés dans le traitement de l’information. Pourtant, cela nous concerne tous, et particulièrement les acteurs de santé dont l’action présente et future dépend d’une prise de conscience globale à l’échelle de la planète.

Premier enjeu, celui de la capacité, ou non, des acteurs mondiaux à penser global. Le concept « one health », qui promeut une approche intégrée de la santé publique, animale et environnementale, a plus de vingt ans et reste largement une vue de l’esprit. Alors que 60% des maladies humaines sont d’origine animale, il n’existe pas aujourd’hui de cartographie consolidée des espèces et des régions à risque sur la planète, aussi incroyable que cela puisse paraître. Il existe un rapport de 1 à 5 entre la prévention et le coût de la gestion d’une crise sanitaire. Si la logique préventive sur ce sujet ne s’impose pas, les missions des acteurs de santé que nous sommes seront encore dans l’avenir largement bouleversées.

Deuxième enjeu, celui de la stabilité politique. Les crises sont des précipitatrices de phénomènes. Parfois de manière positive : dans le monde, le Covid-19 a donné un coup d’accélérateur aux nouvelles technologies numériques. Mais la crise sanitaire s’accompagne aussi de crises politiques multiples, certaines abondamment commentées et d’autres trop ignorées : personne ne s’émeut quand un pays africain voit son gouvernement décimé par le Covid… Pourtant, ces multiples instabilités ne seront pas sans conséquence sur l’équilibre du monde. Dans l’ébranlement des institutions peuvent s’engouffrer des forces bien sombres, et notre propre pays n’en est pas exempt.

Troisième enjeu, ce qui se joue aujourd’hui autour du vaccin. Notre latitude vaccinale dépend, nous le voyons bien, de rapports de force qui nous échappent. Les hôpitaux et cliniques privés, qui sont très engagés dans la vaccination, ne peuvent que constater les stratégies diplomatiques à l’œuvre dans la course au vaccin, avec parfois des relents de nouvelle « guerre froide », le bras de fer entre la Commission européenne et les laboratoires pharmaceutiques sur les approvisionnements, les débats complexes autour du vaccin comme « bien commun »… Les Occidentaux ont acheté 90 % des doses des deux vaccins américains. Il faudrait être bien naïf pour se dire que tout cela sera sans conséquences sur l’équilibre mondial, encore plus pour penser que cela ne nous regarde pas.

Vendredi dernier se tenait l’assemblée générale de l’Union Européenne de l’Hospitalisation Privée, qui reste sous présidence française avec à la réélection de Paul Garassus. Je tiens à le féliciter pour son engagement sans faille à défendre nos valeurs et celles de la santé comme bien collectif au sein de l’Union Européenne. Grâce à l’UEHP, nous pouvons avoir ce regard sur ce qui nous entoure et sur ce qui se joue au-delà de nos frontières, y compris pour consolider la place du privé et la reconnaissance de son action, notamment dans la lutte contre le virus et la vaccination. Ainsi pouvons-nous élargir notre regard, et être en tant qu’acteurs de santé, pleinement présents au monde.

Présents, plus que jamais


edito 3 fev 2021
Si début février 2020, on nous avait annoncé qu’un an après, la France aurait à déplorer près de 77 000 décès dus au Covid-19, nous aurions eu une représentation apocalyptique de notre avenir. Aujourd’hui, entre les débats sur l’enjeu vaccinal, la réouverture des restaurants, la fermeture des écoles ou encore le soutien aux entreprises, ce chiffre que peu d’entre nous auraient imaginé suscite à présent une indifférence polie de la part des médias.

Lundi soir, 456 personnes sont mortes en 24 heures à cause du virus, et pourtant la banalisation de ces annonces quotidiennes est à peine rompue par, de loin à loin, le cri de détresse d’un proche qui n’a pas pu faire son deuil dans des conditions satisfaisantes.

Il est un peu facile d’accuser l’ogre médiatique, qui doit toujours se mettre quelque chose de nouveau sous la dent. Sans doute aussi la société, face à l’avalanche de mauvaises nouvelles, met-elle en branle des réflexes de défense collectifs. Mais il ne doit pas y avoir de « concurrence des empathies » entre les détresses sanitaires et les dégâts économiques. Le virus continue à faire des victimes, qui au-delà des statistiques représentent autant de drames humains, et impose que notre attention ne se relâche en rien.

Dans ce contexte, je tiens à rappeler à quel point les établissements et les professionnels de santé sont encore pleinement présents et engagés dans la lutte contre le virus. Ce n’est pas parce que les caméras se sont tournées vers d’autres objets d’intérêt, que l’intensité de cette lutte est moindre : les déprogrammations actuelles en témoignent.

Notre rôle est actuellement triple : le soin des nombreux patients touchés par le Covid-19, la prise en charge des autres malades afin d’éviter tout retard de soin, et l’engagement déterminé dans la stratégie vaccinale. Les incertitudes sur l’avenir - l’émergence de nouveaux variants, les aléas dans la campagne de vaccination… - laissent entrevoir une mobilisation encore très soutenue dans les prochains mois.

Il y a quelques jours, je participais à la restitution des résultats du Baromètre 2020 de l’Expérience Patient : il est très intéressant de constater que celui-ci ne conclut pas à une dégradation de l’expérience patient pendant la crise. La lutte contre le virus a développé une considération à autrui et un sentiment partagé de besoin relationnel au-delà de la technique du soin, y compris de la part des soignants éprouvés qui ont besoin de puiser chaque jour du sens à leur pratique. J’y vois un indicateur important de la qualité de nos pratiques, alliant rigueur et humanité, même dans des situations extrêmes.

Aujourd’hui donc, plus que jamais, les établissements de santé doivent continuer à être soutenus dans leurs missions, tant par la puissance publique dans ses arbitrages, que par une société attentive à garder intactes ses capacités de vigilance et d’empathie.

Tenir bon


edito 106 28012021
Ce sont deux unes du Parisien, à un an d’intervalle. La première remonte à janvier 2020 et titre : « Pas de panique ». La seconde, il y a quelques jours, se demande si nous allons vers un troisième reconfinement…

Un an, avec cette impression parfois que le temps se dilate et que la crise sanitaire est installée depuis une éternité. On peine à croire par exemple qu’il y a seulement un an, toutes les Fédérations hospitalières signaient aux côtés de la ministre de la santé Agnès Buzyn, un Protocole de pluriannualité des ressources pour, précisément, construire avec davantage de sérénité l’avenir de nos métiers et de la santé. Depuis, nos environnements ont été bouleversés, mais cette nécessité de « voir loin » pour s’extraire de la crise et bâtir notre futur au service des patients, s’impose plus que jamais.

Un an, avec aussi parfois cette impression d’une folle accélération du temps, dans l’urgence des jours et des jours consacrés au sein à lutter contre le virus, à prendre en charge des malades sévèrement touchés, à maintenir un haut niveau de soin des autres pathologies, à panser les plaies physiques et psychiques, et aujourd’hui, à vacciner… avec au moins, dans la difficulté, la conviction pour notre profession de faire œuvre utile.

Un an après, dominent ces temps-ci un sentiment flottant, une sorte de « trou d’air » fait de mauvaises nouvelles - les variants, les retards de livraison de certains laboratoires, une lassitude morale croissante au gré des confinements - et d’indices de confiance en berne. Nous sommes tous des Sisyphes modernes.

Pourtant, si j’ose employer une expression familière, ce n’est pour personne le moment de flancher. Pour les acteurs de santé que nous sommes, la dynamique de vaccination, malgré ses écueils, est un défi majeur à relever, avec l’espoir de tarir la pandémie. En trois semaines, nous avons collectivement réussi la première étape, avec plus d’un million de nos concitoyens et collaborateurs vaccinés. Quant aux Français, ils ont fait montre d’une formidable résilience, et pour un ou deux hashtags irresponsables appelant à la désobéissance civile, il y a mille initiatives remarquables et solidaires.

Et puis il y a la puissance publique, qui compose au quotidien avec un environnement totalement instable, rendant tout arbitrage infiniment délicat. Aujourd’hui, elle doit faire face à un double mouvement divergent, entre émergence de nouveaux risques (variants, reconfinement…) et acceptabilité sociale en nette régression ; entre concentration de tous les efforts sur le virus, et prise en compte de la « santé globale » des populations et du pays, dont la santé mentale et les pathologies chroniques et évolutives, et le maintien à flot de l’économie.

Oui, le contexte actuel est d’une abyssale complexité en tant que tel. Inutile donc d’en rajouter avec des « bruits » parasites ou des injonctions contradictoires anxiogènes. Il faut collectivement tenir bon, coopérer, être attentif aux fragilités, et parvenir à maintenir notre corps social dans un double mouvement de vigilance et de confiance. C’est l’état d’esprit aujourd’hui de l’hospitalisation privée, car comme l’exprime bien le philosophe Laurent Bibard, « L’incertitude vis-à-vis de l’avenir, c’est l’ouverture à tout un champ des possibles ».


Les raisons d’une vaccination


edito 106 site internet 20012021
Une fois n’est pas coutume, je vais imprimer à cet éditorial une touche plus personnelle : hier, à l’occasion des Vœux de la Fédération de l’Hospitalisation Privée, je me suis fait vacciner contre le Covid-19. Je réponds évidemment aux critères requis : je suis professionnel de santé, j’ai plus de cinquante ans. Mais au-delà, je suis président d’une fédération hospitalière et à ce titre, il me semble que ce geste revêt une portée plus collective, empreinte de responsabilité, voire mue par le devoir.

D’abord, à travers cette démarche, j’ai souhaité illustrer l’engagement résolu des hôpitaux et cliniques privés dans la campagne vaccinale. La dynamique est bien enclenchée, à travers la création de centres de vaccination à travers toute la France. Nous souhaitons que les labellisations préfectorales soient délivrées avec fluidité, indépendamment des considérations de statut, pour accompagner l’élan citoyen en faveur de la vaccination.

S’engager, c’est aussi aider la puissance publique à affiner sa stratégie vaccinale. Aux côtés d’autres acteurs de santé, nous avions plaidé pour la prompte prise en considération des personnes à haut facteur de risque face au virus : personnes atteintes de cancer, personnes insuffisantes rénales chroniques... Le Premier ministre a confirmé il y a quelques jours que le message avait bien été entendu.

Ensuite, il y a cette notion fondamentale de confiance, qui fait tant défaut à notre société. Les établissements de santé publics comme privés, les professionnels de santé, ont un grand motif de fierté, et toutes les études d’opinion le montrent : au milieu du désamour généralisé, ils sont en tête de la confiance des Français. Pas une confiance aveugle, mais une confiance incarnée dans la conviction de l’importance fondamentale du soin, et de la compétence de celles et ceux qui le prodiguent.

D’où l’importance de la vaccination des professionnels de santé. Pas seulement pour « montrer l’exemple », même si c’est important. Un vaccin ne donne pas un brevet de moralité, il est juste une démarche volontaire, responsable, fondée sur la protection des autres certes, mais aussi sur le souci légitime de soi. Le professionnel de santé qui se vaccine exprime surtout sa conviction dans le progrès médical et s’inscrit dans la lignée de celles et ceux qui, à travers les âges, ont œuvré pour mettre la vaccination au service des populations partout dans le monde, et ont ainsi préservé des millions de vies.

Enfin et surtout, j’ai voulu faire passer hier un message d’espoir : la vaccination est une formidable opportunité de reconquérir la vie telle qu’on l’aime, les retrouvailles avec nos proches, les perspectives et les projets, ainsi que la relance de l’économie et la cohésion de notre société éprouvée. Dans cette aspiration, elle nous relie tous, comme citoyens du monde.

Élan vaccinal


edito 106 13 janvier 2021
C’est une enquête d’opinion riche d’enseignements que vient de publier l’institut Harris Interactive, à la suite de l’intervention du Premier ministre Jean Castex le 7 janvier dernier. Elle montre une adhésion croissante des Français à la vaccination, avec un bond de 11 points des intentions d’être vacciné en l’espace un mois. Aujourd’hui, 56 % des Français – soit plus d’un sur deux – indiquent souhaiter se faire vacciner.

Il se passe donc en ce début d’année quelque chose de tout à fait essentiel, l’amorce d’une dynamique vertueuse qui est de bon augure pour les prochaines phases vaccinales. Cela tient pour partie à ce qu’on appelle en science comportementale « le désir mimétique », un besoin de s’inscrire dans ce mouvement collectif qui s’initie partout sur la planète. L’acte vaccinal nous relie comme citoyens du monde, rompant l’isolement dont chacun souffre aujourd’hui. Mais, face à l’épuisement moral qui saisit la société, c’est surtout le désir ardent de reconquête de la vie d’avant qui motive les citoyens.

La conduite d’une campagne vaccinale aussi ample que performante impose mobilisation et réactivité de la part des acteurs de santé. En ce qui concerne l’hospitalisation privée, de nombreux établissements entreprennent actuellement d’ouvrir des centres de vaccination : pour leurs professionnels qui le souhaitent bien sûr, mais aussi pour les professionnels de santé en ville ainsi que pour l’ensemble des Français, à commencer par les plus fragiles, conformément aux recommandations des autorités sanitaires.

Début 2020, le recours au privé dans la lutte contre le virus avait connu des débuts hésitants, avant que les pouvoirs publics ne réalisent qu’ils ne pouvaient pas faire « sans nous ». Début 2021, je suis convaincu que les enseignements ont été tirés, et que la politique vaccinale ne manquera pas d’associer étroitement le public et le privé, dans le cadre d’un dialogue soutenu pour ajuster au mieux les moyens aux besoins.

Cette co-construction est d’autant plus nécessaire, qu’en tant qu’acteurs de terrain, nous pouvons enrichir la stratégie avec des propositions concrètes, favorisant simplicité et fluidité accrues. Nous pouvons répondre avec réactivité et souplesse aux attentes qui s’expriment sur les territoires. Nous pouvons aussi, et c’est important, apporter notre regard sur les arbitrages opérés et suggérer d’éventuels ajustements : aujourd’hui, il convient notamment de prendre rapidement en considération la question de la vaccination des personnes vulnérables de moins de cinquante ans.

Les semaines qui viennent vont être décisives pour la consolidation de la démarche de la France. Rien ne doit venir brider l’élan vaccinal qui s’engage, et qui engage notre avenir.

Vœux d’espoir


edito 106 6 janvier
En temps ordinaire, une nouvelle année est synonyme d’espérance, de perspectives renouvelées et de bonnes résolutions. Les incertitudes que la crise sanitaire, doublée d’une inévitable crise économique, fait peser sur 2021, teintent cette fois-ci nos vœux d’inquiétude. Surtout, cette petite phrase jadis anodine, « et surtout, la santé », revêt un sens tout particulier.

La trêve des fêtes aura été de courte durée, et déjà la polémique resurgit de tous côtés. Nous avons la chance de disposer de vaccins contre le Covid dans des délais records ? Des doutes sont émis sur leur innocuité. Le Gouvernement a souhaité tenir compte des réticences vaccinales massives des Français, en sacralisant notamment le consentement ? On lui fait grief à présent de sa frilosité. Des populations cibles sont clairement identifiées ? Ces arbitrages sont contestés, alors même que davantage de flou aurait sûrement accrédité la thèse d’une vaccination arbitraire, réservés à quelques privilégiés…

Il est urgent de revenir à davantage de rationalité, et de placer cette année sous le triple signe de la réactivité, de la mobilisation et surtout, de l’espoir.

La réactivité tout d’abord, face à une situation très évolutive. Nous devons composer aujourd’hui avec les variants, anglais et sud-africains, du coronavirus. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? Les décisions politiques et scientifiques s’adaptent à ces nouvelles donnes, et c’est d’ailleurs ce que le ministre de la santé a fait cette semaine en faisant évoluer la doctrine vaccinale.

La réactivité suppose aussi certainement un allègement de procédures qui embolisent le processus de vaccination : l’éthique du consentement, oui, mais en simplifiant son recueil. L’hospitalisation privée a plaidé en faveur d’une simplification accrue tout au long de 2020, et continuera en 2021 !

Ensuite, la mobilisation, pleine et entière, des acteurs de santé, des élus, des associations, et de l’ensemble de la société dans cette dynamique vaccinale. Nous avons tous un rôle à jouer, pédagogique et pratique. Attention à ne pas reproduire les pesanteurs logistiques, les logiques trop descendantes ou certaines approches excluantes, qui cassent les élans et la motivation. Je suis optimiste, car ce qui est en jeu est trop important. Nous serons bien sûr vigilants à ce que les professionnels de notre secteur soient pleinement inclus dans la stratégie de vaccination.

Enfin, l’espoir, et il est immense : celui que nous puissions tous, le plus rapidement, renouer avec, non pas la vie d’avant, mais une vie encore meilleure parce que nous aurons pris conscience de ce qui est vraiment précieux. Une expression ironise sur la capacité du politique à nous proposer « des lendemains qui chantent »… Mais là, il y a vraiment une reconquête possible à portée de seringue. Le politique doit, au-delà des précautions indispensables, exprimer sa confiance dans cette trajectoire, dans ces perspectives pour notre avenir individuel et collectif, qui engagent notre santé, notre économie et la cohésion de notre société.

Je vous souhaite donc, pour 2021, de croire en cet espoir, et vous pouvez compter sur tous les acteurs de l’hospitalisation privée pour y contribuer.

La culture du recours au privé


edito 16122020
A quelques jours d’intervalle, les deux Commissions d’enquête sur le Covid, à l’Assemblée Nationale comme au Sénat, ont rendu leurs conclusions au sein de rapports-fleuves extrêmement fouillés et documentés. Alors que, malheureusement, la lutte contre le virus s’avère plus que jamais d’actualité, la publication de ces travaux en cette fin d’année offre une riche matière à réflexion, pour améliorer drastiquement notre préparation collective à une crise sanitaire.


Les parlementaires dédient évidemment de larges développements aux enjeux de la coopération public-privé. Le document de l’Assemblée Nationale déplore notamment un dispositif de crise trop centré sur l’hôpital public. Le retard pris dans la sollicitation du privé, vu au début de la crise comme une solution d’ultime recours lorsque l’hôpital public arrive à saturation, est hérité aux yeux des députés d’une tradition de régulation médicale centrée sur l’hôpital public. Ils soulignent aussi que par la suite, la participation des hôpitaux et cliniques privés à la gestion de la crise a été importante et croissante.


Les sénateurs, de leur côté, saluent le fait que l’épidémie ait fourni le cadre d’une coopération réelle entre public et privé, facilitée par les Agences régionales de santé ; mais ils estiment que l’attribution des autorisations exceptionnelles délivrées aux établissements privés souhaitant fournir un service de réanimation aurait pu être encore plus prompte, dans un contexte où pas une minute ne doit être perdue. En outre, le rapport sénatorial, sévère sur la gestion des équipements de protection, évoque la méthode « contre-productive » des réquisitions et le choix contesté de faire appel aux Groupements hospitaliers de territoire sur le volet logistique.


La préconisation commune de ces deux rapports est claire : face à une situation de crise, mais plus largement dans l’organisation de l’offre de soin, l’automatisme du recours au privé doit faire partie intégrante de la culture des pouvoirs publics. Rien n’est plus délétère que le sentiment d’être mis à l’écart. Si le politique aujourd’hui est bien davantage que par le passé imprégné de ce « réflexe privé », il reste encore à irriguer puissamment de cette conviction l’ensemble de la gouvernance du système de santé, encore « complexe et peu lisible », pour reprendre les termes des sénateurs. Nous continuerons à nous y employer en 2021.


D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous, de très belles fêtes de fin d’année !

Un homme de dialogue


edito 09122020
Dans une actualité largement prédominée par les enjeux de santé, Olivier Véran a tenu hier à venir dialoguer pendant plus d’une heure avec l’hospitalisation privée. Il a délivré à notre secteur des messages forts, et bienvenus au terme d’une année qui a mis rudement à contribution tous les acteurs de santé.

Le ministre de la santé a réaffirmé la valeur qu’il accorde au principe d’équité entre acteurs de santé de tous statuts : « comment peut-on envisager de traiter différemment des acteurs à qui l’on demande le même engagement ? », a-t-il dit. Je lui ai exprimé combien, en effet, le service au public, essence même de notre profession, gagnerait à s’inscrire dans une conception plus inclusive !

Olivier Véran a aussi voulu rendre hommage à la pleine mobilisation du privé pendant la crise sanitaire, et aux coopérations « formidables », « intelligentes », qui se sont déployées à cette occasion. Celles-ci doivent à présent s’inscrire dans la durée dans le paysage de l’offre de soin de notre pays, et le ministre s’est engagé à appuyer cette dynamique, grâce à une simplification et un pragmatisme accrus.

A l’image de ce qui s’est passé tout au long de cette année, à savoir une écoute attentive et une considération des pouvoirs publics, les établissements de santé continueront à être soutenus financièrement dans leur action contre le virus, si nécessaire sur l’ensemble du premier semestre 2021. C’est fondamental pour parvenir à maintenir, alors que la deuxième vague est loin d’être terminée, un niveau d’engagement absolu au service des patients.

2021 sera aussi l’année de la campagne vaccinale, et j’ai suggéré au ministre que les établissements privés puissent y prendre part si nécessaire. Une proposition bien accueillie par Olivier Véran, qui en appelle à toutes les bonnes volontés au regard de l’ampleur de la tâche, y compris pour vaincre la défiance et apaiser les inquiétudes qui peuvent se faire jour.

Au terme de cette heure, nous avons jeté les bases de ce qui devra continuer à nous guider en 2021 : le dialogue et la confiance mutuelles, au-delà des différences et des divergences. « Que vous soyez fiers du rôle que vous tenez est la plus belle des récompenses pour moi », a dit le ministre. Cette fierté, les hôpitaux et cliniques privés la puisent dans les missions accomplies chaque jour, car « nous sommes tous au service des patients ».


Modernisation, réparation, cohésion, ambition


edito LG 02122020
Hier, les adhérentes et les adhérents des hôpitaux et cliniques privés m’ont fait l’honneur de me réélire largement à la présidence de la Fédération de l’Hospitalisation Privée. Au-delà du témoignage personnel de confiance, je vois dans ce soutien massif la marque de la belle unité de notre profession, soudée dans ses missions, rassemblée autour des valeurs du soin, et encore renforcée par une année dédiée à la lutte contre le coronavirus.

Il y a quelques temps, j’ai entendu un infirmier dire : « C’est une période très difficile. Mais puisqu’on ne peut pas l’éviter, puisqu’il faut composer avec cette maladie, voyons-là comme une occasion d’apprendre, progresser, dans nos pratiques soignantes comme dans nos relations avec les patients ». Tirer le meilleur du pire : cette citation d’Alain Peyrefitte s’applique parfaitement à la situation. Nous le devons à toutes celles et tous ceux qui ont été lourdement éprouvés, sur le plan personnel comme sur le plan professionnel.

Cette pandémie est un coup de semonce pour remédier à l’impréparation de nos sociétés face à des événements extrêmes, et pour engager les ruptures nécessaires. Notre Fédération hospitalière est écoutée, le rôle de nos établissements est reconnu, et la crise sanitaire a contribué à amplifier la confiance des citoyens vers le privé. Ne nous contentons pas d’en tirer une satisfaction de court terme. Profitons de l’opportunité qui nous est donnée, de cette confiance qui nous oblige, pour aborder 2021 en bâtisseurs et en précurseurs.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la modernisation. Sachons considérer avec lucidité les failles du système de santé, son hypercentralisation, ses dédales de procédures, ses injonctions contradictoires. Sachons protéger et pérenniser ce qui l’a renforcé, la capacité à faire tomber des cloisons, la coopération des acteurs de santé, la créativité mue par l’urgence, la reconnaissance des professionnels. Rien ne serait plus délétère que de renouer avec les travers du passé : 2020 a délivré des messages forts, c’est un devoir de les entendre. L’hospitalisation privée y veillera.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la réparation. Nous le savons, cette crise sanitaire s’inscrit dans un temps long qui en accentue la charge psychologique. Mais, les rassuristes, les agitateurs de peurs, les attiseurs de polémiques à répétition, ne construisent rien. Ce sont les Français, par leur attitude responsable, qui ouvrent des perspectives plus positives pour demain. Dans un quotidien complexe, parfois un peu ubuesque, ils réinventent des façons de faire société, plus protectrices d’autrui. A terme, et alors que se profilent des perspectives vaccinales, il faudra sauvegarder cela, ce soin à l’autre, qui est aussi une façon de témoigner d’une solidarité envers l’action des professionnels de santé.

Si nous le voulons, 2021 peut être l’année de la cohésion. Les cliniques et hôpitaux privés sont ancrés dans les territoires, au plus près des besoins des populations. Demain, au-delà du Covid, d’autres souffrances s’exprimeront, physiquement et psychologiquement, dans un contexte de crise économique et sociale. Nous serons présents. Dans une société fracturée, les acteurs de santé ont un rôle à jouer, pour peu qu’on valorise leurs mission au-delà du statut.

Enfin, si nous le voulons, 2021 peut être l’année de l’ambition pour les établissements de santé, pour repenser les modèles d’innovation numérique, pour travailler les enjeux de responsabilité sociale, pour promouvoir les métiers du soin, et surtout, pour parier plus que jamais sur la santé comme facteur d’avenir. Modernisation, réparation, cohésion, ambition : un beau programme pour une première année de mandat !


Santé mentale, l'autre enjeu


edito LG 25112020
Lors de son allocution hier soir, le Président de la République a abordé les répercussions de long terme liées au virus, concernant notamment la santé mentale, en demandant au Gouvernement « de préparer une stratégie prenant en compte les conséquences psychologiques de la pandémie et des divers confinements ». La semaine dernière, c’est le ministre de la santé Olivier Véran qui faisait état d’une dégradation significative de la santé mentale des Français, traduite notamment dans plusieurs études par une augmentation des syndromes dépressifs.

Cette situation peut conduire à l’amplification des troubles chez des personnes souffrant de pathologies psychiatriques prééxistantes. Mais on observe aussi, ceci de manière plus marquée depuis fin août, une montée des états anxieux, sous les effets conjugués de la menace pandémique, de l’isolement, et des épreuves liées au contexte économique. Les jeunes paient notamment un lourd tribut, tant leur capacité à se projeter dans l’avenir est obérée. Et gardons-nous d’oublier, en cette Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, les traumatismes de certains huis-clos familiaux en confinement…
Les 180 cliniques psychiatriques privées, partout en France, figurent évidemment parmi les premiers capteurs de cette souffrance qui s’exprime dans notre société. Elles sont, elles aussi, des contributrices majeures dans ce contexte épidémique, par leur prise en charge de ces détresses aux multiples visages. Elles ont, elles aussi, fait preuve de grandes qualités d’innovation tout au long de 2020, en développant notamment des prises en charge en hospitalisation de jour dématérialisée, complémentaires du « présentiel » et guidées par le souci constant de la qualité de la relation de soin. Tout ceci doit être encouragé et pérennisé, en donnant aux établissements de vraies latitudes pour innover.

C’est maintenant que nous devons, tous ensemble, prendre la mesure de l’importance de ces enjeux de santé mentale : car le bien-être individuel et la foi collective dans un futur meilleur constituent autant de conditions essentielles pour se relever d’une crise et « réparer », dans tous les sens du terme, tout un pays.

Pandémie, le temps long


edito LG 18112020
Le temps long… En cette fin d’année 2020 qui s’étire, ces mots résonnent particulièrement en nous. Notre rapport au temps se trouve bouleversé lors de ces périodes de confinement, avec la mise en suspens de certains repères qui scandent d’habitude le quotidien.

Le temps long, c’est celui d’une maladie qui affecte fréquemment les patients sur la durée, et celui de l’inquiétude des proches qui guettent une guérison.
Le temps long, c’est celui de l’épidémie et de ses rebonds, auxquels les établissements comme les professionnels de santé font face avec, en dépit de la lassitude, un engagement qui force l’admiration.
Il va donc falloir « vivre avec le virus sur le temps long », a dit le Premier ministre Jean Castex. Dans toute l’Europe, les Gouvernements préparent donc des « règles » pour les mois à venir. C’est hautement souhaitable, car ce qui était toléré socialement au printemps, sous l’effet de l’angoisse et de la sidération, risque sinon de s’émousser davantage au fil des semaines.

Nous voyons bien les fronts de contestation qui s’élèvent ici et là, alors que pourtant, en tant qu’acteurs de santé, nous sommes bien placés pour dire aux Français qu’il ne faut en rien relâcher l’effort.
Donner des perspectives, même si elles demeurent contraignantes, de la visibilité de long terme, des raisons d’espérer aussi et de se projeter dans l’avenir : tel est sans nul doute le meilleur chemin à emprunter.
Nous devons nous aussi, hôpitaux et cliniques privés, composer avec ce temps long.

Il suppose que les établissements de santé continuent à être soutenus pour remplir sereinement leurs missions, tant que durera la pandémie.
Il impose de maintenir dans les semaines et les mois qui viennent un haut niveau de prise en charge, non seulement des patients Covid, mais aussi des patients souffrant d’autres pathologies, afin d’atténuer au maximum les retards de soin.

Il nécessite de hiérarchiser avec pertinence les priorités, et de simplifier le quotidien des établissements pour leur permettre de se concentrer sur le soin. En cela, l’adoption il y a quelques jours d’un amendement du Gouvernement décalant les réformes des financements des établissements de soins de suite et de réadaptation, ainsi que des cliniques psychiatriques, est mieux que bienvenu.

Ce temps long doit aussi être celui de la fidélité aux bons gestes, aux bons réflexes, qui constituent, non des atteintes à notre liberté, mais autant de jalons pour la reconquérir.

Enfin, ce temps long doit être mis à profit pour préparer l’après, avec notamment les perspectives ouvertes par le vaccin, et l’importance d’inscrire de manière pérenne dans l’organisation des soins les acquis de la crise sanitaire en matière de coopérations public-privé. Dans cette perspective, la FHP jouera à la fois son rôle syndical, de promotion du rôle de notre profession, et sociétal, en misant sur la pédagogie et l’intelligence collective.