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Dépassement de soi

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Edito 106 22 avril
L’échéance du 11 mai focalise aujourd’hui tous les espoirs et toutes les peurs. Chacun mesure bien au fond de soi ce que cette date revêt de symbolique, voire d’un peu dérisoire, tant la réalité épidémique va encore s’inscrire longtemps dans le sillage de nos vies. Mais après ces semaines éprouvantes pour tous, il est légitime d’avoir besoin de perspectives rassurantes.

Il faut convenir que peu d’éléments participent à cette rassurance, car cette pandémie nous confronte à un monceau d’incertitudes, que ce soit sur la compréhension du virus ou sur les incidences sur nos modes de vie en particulier, et sur la marche du monde en général. Je perçois néanmoins, dans tout ce qui passe aujourd’hui, des phénomènes de dépassement de soi individuels et collectifs, qui permettent de retrouver un peu de confiance.

Dépassement de soi tout d’abord des professionnels et des établissements de santé, qui dans l’adversité déploient des ressources inouïes d’inventivité et d’humanité et repoussent les limites du possible. Et je ne parle pas seulement des solutions destinés à pallier le manque cruel d’équipements de protection… mais aussi des lits de réanimation crées en 48 heures, de l’entraide humaine et matérielle entre les régions, de la préservation de la dimension humaine du soin même sous la vague. Il y a de quoi être fier, et conforté sur notre capacité collective à faire face.

Dépassement de soi aussi par rapport à certains carcans ou certaines pesanteurs encore en vigueur dans un passé récent. Oui, le public et le privé sont parvenus à œuvrer ensemble contre le virus. Oui, certaines décisions administratives qui d’ordinaire prennent des mois ont été débloquées en quelques jours. Oui, chacun a dû sortir de sa zone de confort, et c’est bien l’un des rares apports de cette épreuve terrible : réaliser que d’autres modes d’action et d’organisation de la santé dans notre pays sont parfaitement possibles, et se donner les moyens de les pérenniser.

Dépassement de soi de la société : alors que les vies étaient bouleversées, nous avons assisté à une appropriation accélérées par la population française, de nouveaux modes relationnels, de nouvelles habitudes quotidiennes, autour notamment de ces fameux « gestes barrières ». On disait les Français indisciplinés et autocentrés, on les découvre responsables, créatifs et solidaires. C’est une leçon pour rebâtir en profondeur notre politique nationale de prévention, jusqu’ici notoirement insuffisante et davantage fondée sur la culpabilisation que sur la confiance. Nos établissements de santé auront un rôle majeur à jouer en la matière.

Dépassement de soi, enfin, pour préparer l’après, pour se mettre en capacité dans nos établissements de santé de continuer à soigner les patients Covid, bien sûr, mais aussi tous les autres patients de la manière la plus efficace et sécurisée. Là aussi, ce sont de nouveaux défis, compliqués, exigeants, mais nous allons y arriver, car les citoyens comptent sur nous, et cette sécurisation est la condition de la confiance et du retour indispensable aux soins.

Tous ces dépassements de soi, j’en ai la conviction, ne sont pas conjoncturels : la crise fonctionne comme un puissant révélateur de potentialités latentes, et il nous appartient de les faire fructifier. C’est un devoir, car personne n’a le droit de dire à toutes celles et ceux qui ont fait bouger les lignes : tout va redevenir comme avant. Plus que jamais, l’hospitalisation privée sera vigilante face à tout risque de retour des conformismes, et promotrice de voies nouvelles.