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Une nouvelle ambition pour l’action publique

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MODELE edito 106 hebdo 10 juin 2020
Les temps d’après-crise voient invariablement le retour de postures familières : la volonté de polémiquer et de régler des comptes à peu de frais ; le « je vous l’avais bien dit », tant il est facile de se complaire dans les charmes de la lucidité a posteriori ; ou encore la velléité de reconstruction de l’histoire à son seul profit.

Pour ma part, je considère que seul un diagnostic éclairé et partagé de la crise sanitaire, sans manichéisme, dépourvu d’effets de manche, permettra de poser des bases solides à la refondation de notre système de santé. C’est tout l’enjeu de ce Ségur de la Santé dans lequel l’hospitalisation privée a choisi de s’engager sans réserve, afin de contribuer à une reconstruction basée sur une considération distribuée à parts égales entre tous.

Dans la foultitude de contributions au débat, une note toute récente de l’Institut Montaigne apporte un éclairage intéressant sur la gestion de la crise, en pointant la tentation dans des temps exceptionnels, de « surjouer la verticalité ». Auparavant, acteurs de santé et administrations déconcentrées partageaient déjà cette réalité commune, faite d’inflation normative et d’injonctions descendantes, parfois contradictoires.

La crise n’a donc fait qu’amplifier certaines pesanteurs préexistantes, mais elle a aussi, en réaction, brisé quelques carcans et permis des réactions exemplaires face au virus. Les hôpitaux et cliniques ont soulevé des montagnes, et certaines ARS ont remarquablement orchestré la réponse sanitaire. C’est tout ceci qu’il faut capitaliser.

Plutôt que d’opposer les uns aux autres, considérons donc le bénéfice commun que nous aurions à impulser une nouvelle ambition pour l’action publique, vers, comme le préconise l’Institut Montaigne, « une plus grande transparence, une habitude du partage de l’information, une clarification de l’échelon de la décision et une responsabilisation des différents acteurs ». Ce dernier point, autour de l’accroissement des marges de manœuvre laissées à l’appréciation et à l’initiative des acteurs de terrain - l’épisode des masques est édifiant à ce titre - constitue l’une des attentes majeures de l’hospitalisation privée, que nous portons dans le Ségur.

Ne pas opposer, ne pas tomber dans la facilité non plus : il n’y a pas d’un côté un Etat défaillant et des collectivités territoriales exemplaires. Mais il y a à l’évidence de nouvelles formes de collaboration à faire émerger, « marquées par une confiance et une agilité inédites », notamment avec les Régions qui constituent certainement un échelon pertinent. La réussite indéniable de la stratégie de déconfinement illustre l’importance de ce dialogue, à consolider dans l’après-crise, au sein d’une gouvernance renouvelée de la santé sur les territoires.

Enfin, l’institut Montaigne plaide pour une « recomposition des rapports entre l’Etat et la société ». A l’issue de cette crise, notre pays est celui qui a le moins confiance en ses dirigeants. C’est assez injuste, notamment lorsque l’on considère l’ampleur des amortisseurs mis en place par l’Etat français pour tenter d’atténuer le choc économique et social. Mais il faut entendre ce signal, car nous ne pourrons affronter la suite sans cohésion nationale. Et dans le domaine du soin, sans bâtir une démocratie territoriale de santé, avec les élus, les ARS, les citoyens, et bien sûr les acteurs de santé dans toute leur diversité.