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Croire en l’intelligence collective

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MODELE edito 106 hebdo 29 juillet 2020
Il est dans la nature humaine de se tourner vers l’après, et du rôle d’une Fédération d’anticiper les événements à venir. Néanmoins, après les mois qui nous venons de vivre, il est sage de faire un « arrêt sur image », de poser un regard en surplomb du tourbillon des événements, et de regarder ce qui a changé dans notre monde. La période estivale y est propice.

Au risque de surprendre, je refuse de me borner à analyser la crise sanitaire sous l’unique prisme des failles et des manquements. Oui, il y a eu des retards, des dysfonctionnements organisationnels, des refus de coopération, auxquels il convient de remédier pour être collectivement mieux préparés à une résurgence forte de la menace. Mais il y a aussi, et surtout, la grandeur d’un pays et de ses forces vives, en premier lieu les acteurs de santé, lorsque les circonstances l’exigent : des innovations se sont déployées, des lourdeurs administratives ont été cassées, des institutions et des professionnels qui se toisaient d’un air suspicieux ont travaillé ensemble, et l’Etat a joué son rôle de protecteur et d’amortisseur du choc. Les Français ont payé un très lourd tribut à la pandémie : nous avons le devoir de leur prouver que cette intelligence collective va perdurer, que personne ne retombera dans ses vieux travers, et bien sûr, qu’ils peuvent compter sur nous.

On entendait aussi dire, « avant », qu’il était difficile de mener des réformes vraiment systémiques en santé, et que les marges de manœuvre pour agir étaient ténues. La crise est venue balayer les frilosités et rebattre les cartes dans la hiérarchie des priorités. S’il ne répond pas à tous les problèmes, s’il reste encore frileux sur certains enjeux, le Ségur de la Santé est d’une ambition dont personne n’aurait pu imaginer l’ampleur il y a encore quelques mois. Ce n’est pas juste une question de rémunération, mais de représentation : la Nation reconnait que le monde du soin est l’armature d’une société en bon état de fonctionnement. On pourrait dire, sur le mode café du commerce : le Gouvernement n’avait pas le choix. Peut-être. Mais si on regarde plus loin que le bout du nez politicien, cela prouve qu’il y a dans notre pays des ressources d’intelligence collective qui nous permettent de changer, drastiquement, le cours des choses.

Enfin, on a beaucoup glosé sur l’irresponsabilité des citoyens face au virus. Il faut convenir qu’entre injonctions contradictoires et polémiques scientifiques livrées en pâture aux médias, on ne leur a pas beaucoup facilité la tâche ! Et pourtant, là aussi, l’intelligence collective est à l’œuvre : nous avons inventé d’autres façons d’interagir, d’exprimer nos émotions, de faire société, et cela avec une plasticité surprenante si l’on considère que nos modes de vie n’ont réellement changé que depuis mars dernier… Les professionnels de santé ont travaillé sur la préservation de la relation de soin dans le contexte du Covid. Peut-être a-t-on renoué davantage avec ce que signifie « prendre soin » de l’autre, et ce n’est pas le moindre des acquis de cette période.

Alors oui, demain, il y aura la déclinaison concrète du Ségur, un PLFSS 2021 aux contours exceptionnels, et beaucoup d’incertitudes quant à l’évolution de la situation sanitaire. L’hospitalisation privée sera au rendez-vous de ces challenges. Mais en attendant, profitons de ce moment pour rassembler toutes les énergies et mobiliser ce qu’il y a de meilleur, pour nous retrouver et préparer au mieux la rentrée.