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Pour un débat responsable et apaisé

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edito 04112020
Ce sont des images aussi récentes que frappantes : d’un côté, un parterre de supporters dépourvus de masques, devant lequel Donald Trump fait une allocution martiale tôt ce matin heure française ; de l’autre, peu de temps auparavant, son rival Joe Biden, son épouse masquée à ses côtés, prenant la parole en posant ostensiblement son masque sur le pupitre, illustrant ainsi l’importance accordée à la protection contre le virus.

Deux visages de l’Amérique, et dans un pays aux multiples fractures, sans doute l’une des plus manifestes de ces dernières mois. Dans une étude du Pew Research Center de mars 2020, à la question « Croyez-vous que l’épidémie du coronavirus est une menace majeure pour la santé de la population américaine », 59% des Démocrates répondaient oui, contre 33% des Républicains. Opposition entre économie sinistrée et catastrophe sanitaire, propagation des théories conspirationnistes et amplification de la fracture sociale (les Afro-Américains, les plus démunis, sont les plus vulnérables face au Covid), tous les ingrédients d’une situation explosive sont réunis.

Nous ne devons pas regarder cela de haut. Sans nier les différences culturelles, nous ne pouvons que constater, dans notre pays comme dans toute l’Europe, des brèches dans la cohésion nationale autour du combat contre la pandémie. Le sentiment d’appartenir à un collectif, exposé au même risque, se délite. Les intérêts particuliers reprennent le dessus par rapport au sentiment de « faire communauté » dans l’adversité.

Ce n’est pas mon rôle de juger sur le fond le bien-fondé de tel ou tel plaidoyer. Mais force est de constater qu’en tant qu’acteurs de santé, en première ligne de nouveau aujourd’hui, nous nous passerions volontiers des polémiques et des discordances qui émaillent le débat public. Si l’on commence à semer dans les esprits la graine du doute sur le bien-fondé du confinement et des mesures-barrières, nous en constaterons rapidement les effets délétères pour la santé des citoyens. Au niveau de tension où nous sommes, et au regard des projections inquiétantes pour les semaines à venir, pouvons-nous nous permettre de prendre un tel risque ?

Alors oui, certaines décisions mériteraient sans doute de gagner davantage en cohérence, et certaines doléances légitimes doivent être respectées et prises en considération. Mais hystériser le débat ne sert à rien, dans ce domaine pas plus que dans n’importe quel autre. Dans un contexte douloureux et anxiogène à plus d’un titre, les leaders d’opinion de toutes natures doivent faire preuve d’autant d’esprit de responsabilité que les Français, qui, dans un récent sondage du Parisien, sont à 71%, prêts à accepter, si l’obligation s’en fait sentir, d’être confinés jusqu’à la fin de l’année.

Souhaitons évidemment que cela ne soit pas nécessaire, et gardons le cap et l’esprit du printemps dernier. Si l’arrivée du froid dissuade d’applaudir au balcon, faisons confiance aux Français pour trouver d’autres moyens d’exprimer aux professionnels de santé leur soutien et leur reconnaissance, en premier lieu par leur attitude citoyenne.