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edito 106 28012021
Ce sont deux unes du Parisien, à un an d’intervalle. La première remonte à janvier 2020 et titre : « Pas de panique ». La seconde, il y a quelques jours, se demande si nous allons vers un troisième reconfinement…

Un an, avec cette impression parfois que le temps se dilate et que la crise sanitaire est installée depuis une éternité. On peine à croire par exemple qu’il y a seulement un an, toutes les Fédérations hospitalières signaient aux côtés de la ministre de la santé Agnès Buzyn, un Protocole de pluriannualité des ressources pour, précisément, construire avec davantage de sérénité l’avenir de nos métiers et de la santé. Depuis, nos environnements ont été bouleversés, mais cette nécessité de « voir loin » pour s’extraire de la crise et bâtir notre futur au service des patients, s’impose plus que jamais.

Un an, avec aussi parfois cette impression d’une folle accélération du temps, dans l’urgence des jours et des jours consacrés au sein à lutter contre le virus, à prendre en charge des malades sévèrement touchés, à maintenir un haut niveau de soin des autres pathologies, à panser les plaies physiques et psychiques, et aujourd’hui, à vacciner… avec au moins, dans la difficulté, la conviction pour notre profession de faire œuvre utile.

Un an après, dominent ces temps-ci un sentiment flottant, une sorte de « trou d’air » fait de mauvaises nouvelles - les variants, les retards de livraison de certains laboratoires, une lassitude morale croissante au gré des confinements - et d’indices de confiance en berne. Nous sommes tous des Sisyphes modernes.

Pourtant, si j’ose employer une expression familière, ce n’est pour personne le moment de flancher. Pour les acteurs de santé que nous sommes, la dynamique de vaccination, malgré ses écueils, est un défi majeur à relever, avec l’espoir de tarir la pandémie. En trois semaines, nous avons collectivement réussi la première étape, avec plus d’un million de nos concitoyens et collaborateurs vaccinés. Quant aux Français, ils ont fait montre d’une formidable résilience, et pour un ou deux hashtags irresponsables appelant à la désobéissance civile, il y a mille initiatives remarquables et solidaires.

Et puis il y a la puissance publique, qui compose au quotidien avec un environnement totalement instable, rendant tout arbitrage infiniment délicat. Aujourd’hui, elle doit faire face à un double mouvement divergent, entre émergence de nouveaux risques (variants, reconfinement…) et acceptabilité sociale en nette régression ; entre concentration de tous les efforts sur le virus, et prise en compte de la « santé globale » des populations et du pays, dont la santé mentale et les pathologies chroniques et évolutives, et le maintien à flot de l’économie.

Oui, le contexte actuel est d’une abyssale complexité en tant que tel. Inutile donc d’en rajouter avec des « bruits » parasites ou des injonctions contradictoires anxiogènes. Il faut collectivement tenir bon, coopérer, être attentif aux fragilités, et parvenir à maintenir notre corps social dans un double mouvement de vigilance et de confiance. C’est l’état d’esprit aujourd’hui de l’hospitalisation privée, car comme l’exprime bien le philosophe Laurent Bibard, « L’incertitude vis-à-vis de l’avenir, c’est l’ouverture à tout un champ des possibles ».