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Présents au monde

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edito 10022021
Chacun se souvient de la fameuse phrase de Jacques Chirac prononcée en 2002 à Johannesburg : « Le monde brûle, et nous regardons ailleurs ». Aujourd’hui, ce serait plutôt « le monde brûle et nous regardons notre nombril », tant les impacts géopolitiques et la vision internationale de la crise sanitaire sont minorés dans le traitement de l’information. Pourtant, cela nous concerne tous, et particulièrement les acteurs de santé dont l’action présente et future dépend d’une prise de conscience globale à l’échelle de la planète.

Premier enjeu, celui de la capacité, ou non, des acteurs mondiaux à penser global. Le concept « one health », qui promeut une approche intégrée de la santé publique, animale et environnementale, a plus de vingt ans et reste largement une vue de l’esprit. Alors que 60% des maladies humaines sont d’origine animale, il n’existe pas aujourd’hui de cartographie consolidée des espèces et des régions à risque sur la planète, aussi incroyable que cela puisse paraître. Il existe un rapport de 1 à 5 entre la prévention et le coût de la gestion d’une crise sanitaire. Si la logique préventive sur ce sujet ne s’impose pas, les missions des acteurs de santé que nous sommes seront encore dans l’avenir largement bouleversées.

Deuxième enjeu, celui de la stabilité politique. Les crises sont des précipitatrices de phénomènes. Parfois de manière positive : dans le monde, le Covid-19 a donné un coup d’accélérateur aux nouvelles technologies numériques. Mais la crise sanitaire s’accompagne aussi de crises politiques multiples, certaines abondamment commentées et d’autres trop ignorées : personne ne s’émeut quand un pays africain voit son gouvernement décimé par le Covid… Pourtant, ces multiples instabilités ne seront pas sans conséquence sur l’équilibre du monde. Dans l’ébranlement des institutions peuvent s’engouffrer des forces bien sombres, et notre propre pays n’en est pas exempt.

Troisième enjeu, ce qui se joue aujourd’hui autour du vaccin. Notre latitude vaccinale dépend, nous le voyons bien, de rapports de force qui nous échappent. Les hôpitaux et cliniques privés, qui sont très engagés dans la vaccination, ne peuvent que constater les stratégies diplomatiques à l’œuvre dans la course au vaccin, avec parfois des relents de nouvelle « guerre froide », le bras de fer entre la Commission européenne et les laboratoires pharmaceutiques sur les approvisionnements, les débats complexes autour du vaccin comme « bien commun »… Les Occidentaux ont acheté 90 % des doses des deux vaccins américains. Il faudrait être bien naïf pour se dire que tout cela sera sans conséquences sur l’équilibre mondial, encore plus pour penser que cela ne nous regarde pas.

Vendredi dernier se tenait l’assemblée générale de l’Union Européenne de l’Hospitalisation Privée, qui reste sous présidence française avec à la réélection de Paul Garassus. Je tiens à le féliciter pour son engagement sans faille à défendre nos valeurs et celles de la santé comme bien collectif au sein de l’Union Européenne. Grâce à l’UEHP, nous pouvons avoir ce regard sur ce qui nous entoure et sur ce qui se joue au-delà de nos frontières, y compris pour consolider la place du privé et la reconnaissance de son action, notamment dans la lutte contre le virus et la vaccination. Ainsi pouvons-nous élargir notre regard, et être en tant qu’acteurs de santé, pleinement présents au monde.