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La santé, au défi du marché de l’attention

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edito 17022021
« Apocalypse cognitive », c’est le titre de cet essai du sociologue Gérald Bronner qui se lit comme un roman sombre. Il y analyse la déferlante d’informations, inédite à l’échelle de l’humanité, qui se disputent un « marché cognitif » largement dérégulé, confronté « aux 1000 visages de la déraison ». Rapporté au contexte de la crise sanitaire, son récit prend encore davantage de sens pour les acteurs de santé que nous sommes.

Dans la « cacophonie cognitive » que nous subissons, la peur et le rapport perverti au risque se taillent la part du lion. La submersion d’informations conduit à une indifférenciation de leur valeur et laisse le champ libre aux théories les plus fantaisistes… ou les plus dangereuses. Autre caractéristique dominante, « la sensibilité exacerbée du marché cognitif à la conflictualité » : le clash fait recette car il capte notre attention. De même, la « démagogie cognitive », nourrie d’arguments spécieux brandis au nom du « bon sens », a de beaux jours devant elle.

Le décor est planté. Comment échapper à ce que Bronner n’hésite pas à appeler une « menace civilisationnelle » ? Je me garderais bien d’y répondre, mais je peux puiser dans l’expérience que l’hospitalisation privée a sur la crise sanitaire depuis plus d’un an.

Les journalistes me demandent parfois de donner mon avis sur telle ou telle option de stratégie épidémiologique - « M . Gharbi, faut-il reconfiner ? ». Je m’y refuse systématiquement. J’ai évidemment mon avis, mais il n’est pas question pour moi de rajouter à la confusion ambiante sur un sujet qui n’est pas de mon ressort. Mon rôle, en tant que président de la FHP, est d’être le porte-parole des établissements de santé privés mobilisés contre le virus. La crédibilité de mon propos est ancrée dans la réalité de l’action de nos professionnels de santé au service des patients. Mieux vaut faire œuvre utile que privilégier le buzz.

Les sollicitations médiatiques sont parfois subordonnées à une prise de position clivante voire frontale, assurée de succès auprès du temps de cerveau disponible… Là encore, je m’y refuse. Celles et ceux qui me connaissent savent que j’ai des convictions bien ancrées et les mots pour les défendre. Même si notre secteur privé bénéficie d’une reconnaissance largement accrue par rapport au passé, parfois le sentiment d’injustice affleure encore dans tel ou tel arbitrage, et ma vigilance, comme mon action, sont permanentes : c’est pleinement le cas aujourd’hui pour la campagne tarifaire. Mais je ne crois pas à l’intérêt de jeter en pâture sur la place publique les oppositions : je crois au dialogue, à la concertation, à la conviction, et à une expression des divergences et des désaccords qui soit posée, et pas racoleuse.

La situation sanitaire affecte beaucoup de citoyens, mais l’avalanche d’informations contradictoires et anxiogènes amplifie leur désarroi. Dans ce contexte, chaque parole nécessite d’être mesurée, pesée, non pas à l’aune d’emballements factices et éphémères, mais à l’aune de l’utilité effective de la contribution au débat. C’est compliqué, c’est astreignant, mais c’est une exigence collective de responsabilité.