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Plutôt qu’alarmer, rassurer

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edito 31 mars
Alors que de nouvelles décisions politiques devraient être annoncées ce soir, compte tenu de la progression alarmante de l’épidémie, une tribune de médecins de l’AP-HP sur le risque de « tri » des patients a jeté le trouble. Certes, elle traduit l’épuisement de professionnels confrontés depuis des mois à l’indicible. Mais est-ce bien raisonnable, alors que les citoyens comptent sur nous, d’instiller dans leur esprit l’idée que les établissements et les professionnels de santé n’arriveront pas à faire face ? L’époque n’est-elle pas déjà assez anxiogène, sans que l’on ne sape les derniers fondements de leur confiance, celle qu’ils vouent – et ils ont bien raison – au monde du soin ?

Oui, nous allons vivre encore plusieurs semaines très difficiles, très éprouvantes, pour les soignants, les patients et l’ensemble des Français. Mais nous allons collectivement y parvenir, public et privé ensemble, comme nous y sommes parvenus lors de la première vague et de la deuxième vague : nous allons repousser les murs de nos établissements et jeter toutes nos forces dans ce qui, nous l’espérons tous, pourrait être la dernière bataille grâce à la vaccination.

Il ne sera pas dit qu’un pays comme la France n’est pas capable d’accueillir les patients qui doivent l’être en réanimation, sans considération de « quoi doit vivre et qui doit mourir ». Invoquer aujourd’hui le « tri » des patients, c’est créer une confusion préjudiciable dans l’esprit des gens : oui, une décision d’admission ou pas en réanimation peut être motivée par un choix thérapeutique et la mesure légitime de la balance entre bénéfice et risque.

C’est fondamentalement différent d’un choix fondé, non plus sur une décision médicale prise dans le meilleur intérêt du patient, mais sur une situation de pénurie de ressources ou de désorganisation : sur ce point, je le redis avec fermeté, la coopération sans faille des acteurs de santé et l’entière mobilisation de professionnels remarquables nous permettra de mettre à distance toute éventualité d’arbitrages contre-éthiques dans les temps qui viennent. Nos professionnels ne peuvent et ne doivent en aucun cas assumer un tel fardeau psychologique et éthique.

D’autant que notre responsabilité envers les Français est double : soigner les patients Covid, tout en continuant à maintenir un haut niveau de prise en charge des autres patients, pour éviter tout retard de soin. Contrairement à l’an dernier où les déprogrammations concernaient tout le territoire national, aujourd’hui les services continuent à accueillir d’autres patients non-Covid, qu’il faut soigner.

Demain, quand nous commencerons à voir le bout de cette pandémie, il faudra bien sûr tirer tous les enseignements de ce que nous avons vécu, remédier aux pénuries de professionnels de santé, améliorer le partage des données pour mieux piloter les crises... En attendant, l’heure n’est pas à la polémique ou à la critique pas toujours dénuée d’arrière-pensées politiques. L'heure est à l’action, gouvernée par l’éthique, au service de la santé des citoyens.