En poursuivant sur ce site, vous acceptez l'utilisation des cookies.
Ces cookies nous sont nécessaires au bon fonctionnement des fonctionnalités du site.
Gérer mes cookies.

Incertitude créatrice

share share
print

edito 21 avril
Une crise est une leçon d’humilité. Nous avons le droit de dire que nous ne savons pas. Ceux qui attendent des politiques ou des scientifiques qu’ils énoncent des certitudes se fourvoient. Ceux qui prétendent détenir ces certitudes ne sont pas dénués d’arrière-pensées politiciennes. La vérité, c’est que depuis un an, loin des polémiques, des millions de femmes et d’hommes, soignants, décideurs ou simples citoyens « de bonne volonté » font de leur mieux pour appréhender une réalité qui leur glisse constamment entre les doigts.

Le « Covid long » recèle de nombreuses inconnues pour la communauté médicale. Les variants font évoluer en continu la donne épidémique. Les modalités vaccinales de demain - troisième dose, rappel annuel… - sont en débat. « L’indice mondial d’incertitude » sur les impacts économiques sociaux de la pandémie demeure supérieur de 50% à la moyenne. Et l’horizon de reconquête d’une vie « normale » reste flou...

Mais l’incertitude ne signifie pas, bien au contraire, l’inertie. Dans l’état des connaissances dont nous disposons, des décisions politiques, stratégiques, médicales, sont prises au quotidien dans une volonté d’équilibre : équilibre entre liberté et protection, entre bénéfice et risque. Sans asséner, sans trancher, mais avec le souci du bien commun.

La philosophe Emmanuel Klein dit que le sens de la nuance s’est perdu dans notre société : les verdicts lapidaires sur certains vaccins en témoignent. A contrario, les chercheurs qui ont fait ces découvertes remarquables, qui demain nous sortiront du chaos, se caractérisent par leur modestie et leur discrétion.

Dans ce contexte, chaque geste, chaque acte qui contribue à amoindrir la perte de repères qui nous saisit, et à redonner du sens à ce que nous faisons, compte. C’est un peu passé inaperçu, mais il y a quelques jours, le Gouvernement a prolongé jusque juin la garantie de financement des établissements de santé, publics et privés : cette sécurisation, qui rime aussi avec reconnaissance, nous permet de mener sereinement nos missions pour les patients. Elle contribue à la réduction de l’incertitude, nous conforte dans l’action.

Les temps ne sont guère propices à ceux qui aiment les horizons dégagés. Il nous reste bien des défis à relever dans les prochains mois : nos équations, individuelles et collectives, ont de nombreuses inconnues. Mais cette situation exceptionnelle fait aussi émerger des myriades de réalisations remarquables, comme si l’incertitude était un aiguillon, un moteur pour agir. Celles-ci gagneraient, bien plus que les clashs et buzzs en tous genres, à être mises davantage en valeur pour redonner confiance et perspective.