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Le risque et la crise

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edito 12 mai
Toute gestion de crise, sanitaire ou non, implique une prise de risque : le pari fait aujourd’hui par l’exécutif de desserrer progressivement l’étau des contraintes est jugé bienvenu par les uns, timoré par les autres, imprudent par les troisièmes. Il est le fruit d’arbitrages complexes, mêlant considérations sanitaires, politiques, économiques, sociétales. Il est pris dans un certain contexte, dont l’évolution peut demain valider ou contrarier les orientations.

Les hôpitaux et cliniques privés inscrivent depuis quinze mois leur action dans cette réalité difficile et mouvante. Mais nous ne nous sommes pas contentés de composer avec celle-ci. Nous avons, nous aussi, pris des risques : le risque de la coopération, en bousculant les schémas préétablis pour soigner « avec » l’autre, et pas seulement « à côté » ; le risque de l’innovation, en réinventant des pratiques soignantes adaptées à la prise en charge du Covid ; le risque, enfin, de l’engagement sans réserve, qui se manifeste aujourd’hui dans la campagne de vaccination.

« Prendre son risque », pour ne pas être dépassé par la crise, et pour surmonter l’adversité. Pourtant, il ne fait pas toujours bon entretenir cette culture du risque dans la gouvernance de notre système de santé ! On multiplie les expérimentations, mais leur passage dans le droit commun est sans cesse différé. On redonne des marges d’initiative aux acteurs de terrain, pour mieux reverrouiller ensuite à coup de circulaires. On vante la dynamique de recherche et d’innovation, mais ses process de validation s’étirent dans le temps… Les enseignements tirés de la lutte contre le virus devront apporter des remèdes à tout ceci.

Autre enseignement capital : l’esprit de gestion et d’anticipation des risques - pandémies, cybersécurité, terrorisme… - doit vraiment irriguer nos organisations de santé. Là aussi, c’est une nouvelle culture qui doit émerger : ne pas bâtir une planification de crise « hors sol » invalidée par la réalité du terrain, mais la construire en continu au fil de retours d’expérience positifs et non punitifs ; remettre le sujet des crises et de leur gestion au cœur des institutions et des organisations ; ne pas rogner sur les financements de crise sous prétexte qu’« on ne sait pas si et quand ça va arriver » ; et surtout, valoriser davantage les femmes et les hommes qui s’en occupent avec compétence et appétence et les remettre au centre des dispositifs, au lieu de les considérer comme ceux qui, éventuellement, serviront à quelque chose un jour…

Conjuguer anticipation des crises et culture du risque est un équilibre exigeant mais nécessaire, car on ne peut se mettre en mouvement, avec audace, que grâce à une maîtrise accrue des déterminants de notre devenir collectif.